IMPLOSION POP

Le titre : The Madcap Laughs and Barrett

L’artiste : Syd Barrett

Le format : 2x33T/30 cm

La date de sortie : 1974

Le genre :  Je ne suis plus là

C’est qui ?:  Le proto Kurt Cobain

Qui joue dessus ?: Syd Barrett, Roger Waters, David Gilmour, Richard Wright, Robert Wyatt et des mecs de Soft Machine

Comment ca sonne ? : Lointain

Qualité du pressage :

Bonne.

Harvest – Pressage original US de 1974.

Ce qu’on en pense :

Extrait du journal d’un de nos collaborateurs : 

Pont L’Abbé – Finistère, le  27 juillet 1989, 10h12

Il pleut. Normal, en Bretagne il pleut tout le temps, et il n’y a que les Bretons pour penser le contraire. Doivent confondre la pluie avec la neige. Partant de là, effectivement,  il ne pleut pas en Bretagne… Faut pas leur en vouloir, ils font ce qu’ils peuvent. Qu’est ce qu’on disait déjà ? Ah oui, Pont l’Abbé, le Finistère, la Pluie et une ville où le disquaire est tout pourri, sauf si vous aimez Tri Yann.

Bon allez, on va chez le libraire d’occase, tout confiant, parce qu’en Bretagne les librairies sont souvent formidables, ça doit être a cause du temps pourri, de la neige, tout ça….. On entre, et bof, ça sent le patchouli et le fonds de commerce post-hippie-68-plateau du Larzac. Posés par terre, des 33 tours avec sur le devant un double album. Syd Barrett ? C’est pas le mec de Pink Floyd qui s’est cramé les synapses au LSD? Pink Floyd c’est pas terrible, ça doit être chiant…

Consciencieux, on jette un œil aux disques et là, sur le macaron…un tampon: « Rasputin Records, 2340 Telegraph Avenue, Berkeley-California ». De quouua? Ce disque vient des Etats-Unis, d’un des disquaires californien historique de l’époque Haight-Ashbury? Si ça se trouve Grace Slick l’a touché? Oualalalalala, même si la pochette est toute pourrie et qu’elle a pris l’eau, on se renseigne.

C’est combien, madame ? 10 francs, réponds la succube fan du Grateful Dead qui tient la caisse (rigolez pas, effectivement, ça date une peu). Comment ça tombe pas trop bien! Une pièce de 10 balles c’est justement ce qu’on a dans la poche. Allez zou, on le prend. Comment ça vous n’avez pas de sac ? Mais il pleut dehors ? Non, non, pleut pas…Putain de Bretons. Et c’est comme cela qu’on se retrouve sur la place du marché de Pont-l’Abbé sous la pluie, avec sous le bras un disque venu d’ailleurs et qu’on ne pourra même pas écouter en rentrant. Y’a pas de platine au camping.

Digression sur les disques (vinyles) achetés d’occasion :

Il y aurait beaucoup à dire sur le marché des disques d’occasions. Des disques qui ont vécus avant, et que l’on tient de quelqu’un d’autre. Quelqu’un qui a parfois écrit son nom sur le disque pour ne pas se le faire piquer dans une boum, ou bien a inscrit la date d’achat. Quelqu’un comme vous, puisqu’il a les même goûts. Un véritable «companiero ».

Ou comment ajouter de la poésie au commerce, ce qui vous en conviendrez n’est pas évident, pour ne pas dire contre-nature. A l’heure des plateformes de streaming, on est bien conscient qu’on parle dans le vide, mais le jour où vous recevrez un lot de singles de Beatles, tous achetés en Angleterre en plein british-boom par une future prof d’anglais, probablement jeune fille au pair à Londres en 1966, et ayant parfois laissé le ticket de caisse d’époque, vous comprendrez. Où que vous soyez Mme Delouches, nous vous remercions.

Tout ça pour dire que ce disque d’occase acheté 10 balles (1,5 €, pour les jeunes, ou bien le prix de trois cigarettes en 2023), une fois rentré des vacances pluvieuses, s’est avéré être excellent. On ne sait plus qui a dit « on ne connaît jamais vraiment la valeur d’un livre », mais là c’est pareil. Ce disque vaut bien plus que cela.

Publié en 1974, ce double-album (qui n’en est pas un puisqu’il s’agit de deux simples rassemblés) comprend les deux seuls albums publiés par Syd Barrett pendant son arrêt de travail qui dura 38 ans : « The Madcap Laughs » et « Barrett ».

The Madcap Laughs (sorti en Janvier 1970):

Même quand on a écrit 10 des 11 morceaux qui composent le premier album de Pink Floyd, il est difficile de monter sur scène avec ses copains et de jouer la même note pendant tout le concert, tout en ayant au préalable versé un pot de confiture dans ses cheveux. C’est pourtant ce qui est arrivé à Syd Barrett, et c’est ce qui a poussé les autres membres à lui dire gentiment : « euh, là c’est plus possible, va te faire soigner, s’il te plait ». Barrett n’a pas été viré du groupe, comme Pete Best l’a été avec les Beatles par exemple, c’est juste que ce n’était plus possible. Et c’est pourquoi David Gilmour, Roger Waters et une partie de Soft Machine l’aiderons à enregistrer ce disque. Mais même tout cramé, Syd Barrett avait encore des chansons dans sa musette.

Un véritable chef d’œuvre et un disque unique. Des compositions extrêmement singulières, aux structures délités, comme une version des Kinks ayant franchi le Styx (No man’s land, Octopus, Feel, Long Gone ou Dark Globe…oualalalalala, laissez tombez…). Au moins les mecs de Pink Floyd pourront dire, quand ils se présenteront devant le Saint Pierre du rock’n’roll, qu’ils ont enregistré un grand disque de Syd Barrett. Seront-ils absous d’avoir produit des cochonneries comme « Dark side of the moon » ? Pas sûr.

Barrett (sorti en Novembre 1970):

Enregistré quelques mois plus tard, c’est la grosse galère. Barrett ne peut plus parler à personne. Encore moins jouer avec les anciens membres de son groupe. Cette fois c’est Wright et Gilmour qui s’y collent et « overdubent » ses démos composées uniquement d’une voix et d’une guitare. Les compositions sont excellentes (Baby Lemonade ou Wined and Dined), mais on à tout de même le sentiment que Barrett est en route pour la stratosphère, sans ticket retour.

Extrait du texte du premier morceau de cet album, l’extraordinaire Baby Lemonade, une ligne semble résumer à elle seule toute la singularité de la musique de Barrett:

I’m screaming

I met you this way

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