JE SUIS MORTE UNE CENTAINE DE FOIS

Le titre : Back To Black

L’artiste : Amy Winehouse

Le format : 45T/17,5 cm.

La date de sortie : 2006

Le genre : Pop music

C’est qui ?: Une grande chanteuse

Qui joue dessus ?: Amy Winehouse et 28 musiciens (on ne va pas faire la liste, dès qu’il y a des arrangements de cordes on se retrouve avec plusieurs équipes de foot…)

Comment ca sonne ? : Comme si Sinatra avait été une femme, avec arrangements de cordes de l’enfer et la classe en plus.

Qualité du pressage :

Bonne.

Universal/Island Records – Pressage original UK

Ce qu’on en pense :

Définition du Petit Robert pour le terme « Diva »: cantatrice célèbre. Définition de « Cantatrice », dans le même dico: chanteuse professionnelle d’opéra ou de chant classique. Ah ben bravo Monsieur Robert, le petit, le grand, ou qui que vous soyez! Et Billie Holiday? Et Janis Joplin? Et Diana Ross, Dusty Springfield ou Polly Jean Harvey? Monseigneur Robert, on va vous emmener chez Spliff (le pays magnifique où les disques viennent pour mourir) et vous verrez que des « divas », il n’y en a pas que sur la scène de l’Opéra Bastille, du Carnegie Hall, ou dans les BD de Hergé. D’un autre coté, qui aurait envie d’être comparée à Maria Callas? Surement pas Amy Winehouse. Tout ce qu’elle voulait c’était chanter et composer. En vrai.

Trois choses étaient frappantes à l’écoute de ce single, sorti en 2006 :

  • en premier lieu la production, comme si un inédit du Brill Building avait atterri sur votre platine.
  • en second la voix, à des années lumières des chanteuses génériques pourrissant les charts à grand coups de vocalises ou de vocoder.
  • en dernier, la composition. Terrible et servie par des arrangements de la mort avec un refrain sonnant comme la version musicale du chœur d’une tragédie grecque.

Un disque montrant que finalement dans la musique pop, le son et la facture importent peu, et que souvent seule chanson compte. Premier reproche des peine à jouir : cela sonne comme un disque des années 60. Un argument tout pourri, comme si par exemple on jugeait une peinture sur sa facture, ou qu’on considérait qu’on ne peut plus faire de films en noir et blanc. L’argument à la con de la modernité, qui n’a aucune valeur quand on parle de ritournelle populaire.

Sur ce morceau, tout est parfait. La mélodie, la voix, la production, le texte édifiant qui résonne avec les arrangements (ou l’inverse, ce qui revient au même). Un vrai single qui tue. Pas besoin de préciser que la qualité de ce titre n’a rien a voir avec tout le fatras habituellement associé à Amy Winehouse : addictions, comportement erratique et billet gagnant pour le club à la con des 27. Vivante, le morceau n’en serait que meilleur.

NEUNEU

Le titre : Dungeon Master

L’artiste : Gus Englehorn

Le format : 33T/30 cm.

La date de sortie : 2022

Le genre : Rock indé générique

C’est qui ?: Un surfeur à la retraite

Qui joue dessus ?: Gus Englehorn

Comment ca sonne ? : Fait à la maison

Qualité du pressage :

Bonne.

Secret City Records – Pressage original CAN

Ce qu’on en pense :

Contrairement à l’Angleterre, il y a aux Etats-Unis une véritable tradition de la musique « bricolée ». Le truc que la presse appelle « low-fi » et dont Lou Barlow ou Robert Pollard sont les papes officieux. (On aurait aussi bien pu dire Daniel Johnston, plus « low-fi » que lui, tu meurs.)

La musique des gens « bizarres », celle de ceux qui font leur truc dans leur coin et assument généralement eux-mêmes la production de la pochette de leurs disques avec un boite de Crayola, des collages de coupures de presse ou un Polaroid. La musique du « nerd », finalement devenu un figure commode de l’industrie du divertissement.

Digression malveillante à l’égard des groupes « indés » américains :

Tout cela remonte à l’émergence du rock indépendant en Angleterre, le label Factory Records en tête. Pour le label de Tony Wilson, tout était « bricolé », même si le visuel était pourtant confié à Peter Saville, formé aux Beaux-Arts, mais capable de rendre l’affiche d’un concert deux jours après que le groupe ait replié le matos. La vraie esthétique « do it yourself », on la doit aussi à des groupes comme The Fall, dont la facture des pochettes des premiers singles (collages, écriture manuelle et rendu photocopieuse) sera reprise par une large majorité de groupes indés américains: Black Flag, The Dead Kennedys, Sonic Youth ou Pavement (ces derniers allant même jusqu’à piller musicalement Mark E. Smith comme des gorets, mais c’est un autre sujet). Bizarrement, cela n’arrivera pas au plus grand des groupes américains de l’époque, Pixies,  qui signera avec le label anglais 4AD, pour qui la production visuelle comptait autant que le contenu des disques, parfois au détriment de son catalogue.)

Il faut bien dire que, quand vous êtes américain, il n’en faut pas beaucoup pour que vous soyez catapulté dans la catégorie « nerd » : un livre d’Albert Camus dans la musette, une aversion pour les armes à feu ou la simple reconnaissance du bien commun, et des lois qui vont avec, comme une nécessité et c’est bon : vous êtes communiste, le nerd ultime pour les américains. C’est peut être aussi pour cela que, pour la majorité des habitants des USA, les français sont des « nerds ». Mais des « nerds » qui leur plaisent, de gentils « nerds », version Disney, parce que…Paris, parce que…Gabrielle Chanel (même si c’était une salope), parce que la baguette, parce que l’apéritif, l’anisette, les croissants et par dessus tout l’élégance infinie des autochtones possédant deux chromosomes X.

Tout cela pour dire qu’au premier regard jeté sur la pochette de ce disque (une photo floue d’un gars déguisé en pape façon Marvel avec une cape), on comprend où on est. On sent que ça va être un truc que n’importe quel quarterback de base qualifiera de bizarre ou naze, claquant les fesses de sa cheerleader préférée dans le même mouvement. Lui, il s’y connaît en musique, son père a tous les albums des Eagles.

Pour notre plus grand plaisir, c’est le cas. Un vrai disque « indé », avec en plus un véritable talent pour l’écriture. Des morceaux sans cadre précis et dont la qualité est de pouvoir basculer à tout moment vers quelque chose de différent, comme si on avait caché une chanson à l’intérieure d’un autre («The Gate », premier morceau de l’album). Seul défaut, les deux derniers morceaux ne sont pas à la hauteur du reste, placés à la fin de la face B, comme si le musicien avait hésité à les virer, ce qui aurait pourtant fait de l’ensemble un disque parfait. Dans une autre vie, Gus Englehorn était surfeur des neiges, carrière professionnelle, sponsors, dents blanches et tout le bastringue. Sa carrière finie, il a pris une guitare et depuis il fait de la musique, bien mieux que la plupart des ses contemporains. Peut-être que certains groupes anglais devraient en faire autant et troquer leurs guitares pour un surf.  Sauf qu’en Angleterre il n’y a ni montagnes, ni déferlantes.

FRÉQUENCE PROPRE

Le titre : Wilderness Of Mirrors

L’artiste : The Black Angels

Le format : 2x33T/30 cm.

La date de sortie : 2022

Le genre : Perdu dans le son

C’est qui ?: L’autre versant du Texas

Qui joue dessus ?: Stephanie Bailey, Christian Bland, Jake Garcia, Alex Maas, Ramiro Verdooren

Comment ca sonne ? : Comme entrer en résonnance

Qualité du pressage :

Bonne.

Partisan Records – Pressage original GER

Ce qu’on en pense :

Aimer le Rock’n’Roll, c’est aimer la guitare. Par dessus tout. Electrique, bien sur. Amplifiée. Le seul instrument qui produit le bruit du tonnerre, le fracas de la machine et exprime la colère du dieu du binaire, celui qui crache au ciel. Uniquement en frappant sur des cordes. Car évidemment, seuls les instruments dont le son résulte d’une percussion sont à propos lorsqu’on parle de Rock’n’Roll. Que des outils sur lesquels on cogne. Souffler dans un instrument? Ridicule, pas pratique, pas percutant, on a l’air con et en plus personne ne peut cracher au ciel la bouche dans une trompette. On vous dira que c’est réducteur comme formule, mais vous n’écouterez pas. Car vous le savez, le son de la guitare électrique, autant que sa pratique, est une religion en soi.

Franchement, comment expliquer autrement qu’on aime cette sorte de bruit, quelque chose qui, finalement, n’a pas grand chose à voir avec de la musique. De l’ordre de la vibration et de la sensation, comme un abrutissement volontaire, proche de l’ébriété.

A ce sujet, The Black Angels est un groupe qui sait de quoi il parle, leur musique ayant toujours reposé sur le travail de cette sensation. Une sensation qui vous enveloppe comme un cocon, à l’intérieur duquel tout le monde serait cool. Un groupe pour lequel le rendu sonore est finalement plus important que la composition des morceaux, un groupe capable d’évoquer un horizon juste par le son, plutôt qu’avec la ligne mélodique d’un refrain. Ce qui les place, au coté de My Bloody Valentine, The Brian Jonestown Massacre ou Black Rebel Motorcycle Club, dans la grande Internationale des forçats du son. Du seul son qui compte, celui avec lequel on peut sombrer.

Outre une production enivrante et électrique, le groupe Texan est de surcroit capable de composer de véritables morceaux (c’est pas les Beach Boys non plus, faut pas pousser) ce qui les place largement au dessus de la mêlée.

L’humanité remercie Fender, Gibson, Boss, Marshall et au bout du compte Thomas Edison d’avoir rendu tout cela possible.

MORPHÉE

Le titre : Mission Bells

L’artiste : The Proper Ornaments

Le format : 33T/30 cm.

La date de sortie : 2022

Le genre : Neurasthénie musicale

C’est qui ?: Des anglais un peu mou

Qui joue dessus ?: Max Oscarnold, James Henri Hoare, Bobby Voltaire (pas mal comme pseudo !), Nathalie Bruno

Comment ca sonne ? : Tout doux

Qualité du pressage :

Rendu sonore ok, mais il y a des clicks, comme c’est souvent le cas sur les pressages récents. Merci à l’industrie du disque de rouvrir les usines de pressages des années 70, là ça craint.

Tapete Records – Pressage Original EU

Ce qu’on en pense :

Il y a des groupes comme cela. Des groupes qui donnent l’impression de ne pas vouloir être là. Le chanteur murmure, le guitariste met  l’ampli sur 3 et le batteur une serviette sur la caisse claire. Le résultat pourrait être chiant, mais non. Alors évidemment, ça ne fait pas le même effet que Motörhead. Faut pas comparer les amphétamines et les anxiolytiques, leur usage dépendant de l’envie, du moment de la journée et du nombre d’élus RN à l’Assemblée Nationale.

Donc, si vous avez envie de glander dans votre canapé et de regarder passer les nuages en musique, en pensant à autre chose qu’à la fascination sophistiquée du monde contemporain pour sa propre destruction, The Proper Ornaments est le groupe parfait.

Influencé par les Feelies, The For Carnation, Mazzy Star et vaguement Syd Barrett, ce groupe Anglais le bon goût de sonner parfaitement pour ce genre d’emploi: pas trop fort, avec quand même des petits embryons de mélodie, comme si on vous tricotait un petit plaid pour la sieste. Un disque à écouter en dormant ? Peut être. Étrangement, il y a un petit passage instrumental plus fort que le reste avant les deux  derniers morceaux, comme pour vous réveiller doucement afin de ne pas louper la fin du disque.

TOUT NU

Le titre : The Modern Lovers

L’artiste : The Modern Lovers

Le format : 33T/30 cm.

La date de sortie : 1976

Le genre : Peinture rupestre proto-punk

C’est qui ?: Le groupe de Jonathan Richman

Qui joue dessus ?: Ernie Brooks, Jerry Harrison, Jonathan Richman, David Robinson

Comment ca sonne ? : Sans artifice

Qualité du pressage :

Excellentissime, une des meilleures rééditions récemment publiée.

BMG – Réedition de 2016 – Pressage EU

Ce qu’on en pense :

Ce disque c’est un truc bizarre, un peu comme Jonathan Richman, le chanteur et compositeur du groupe.

Originaire de Boston, Richman a semble t’il vécu une expérience traumatisante à l’écoute du Velvet Underground. En pleine épiphanie, et n’ayant peur de rien, même s’il était encore tout gamin à l’époque, il décida de se tirer à New-York, jouant seul dans les rues et tentant de s’incruster dans la clique de Warhol. Pour l’incruste on ne sait pas si cela a marché, et peut être a t’il compris rapidement – Richman est un type intelligent –  que ce n’était qu’un ramassis de connards. Toutefois, et selon lui, il aurait vu le Velvet Underground sur scène plus d’une centaine de fois. Si c’est vrai, c’est quand même un putain de record, qui valait en soi le déplacement, en plus de l’obtention directe d’un doctorat en rock’n’roll.

De retour à Boston, remonté comme une pendule, Richman décide de former un groupe de rock, The Modern Lovers. Sans contrat et uniquement par le bouche à oreille, le groupe attirera l’attention de Danny Fields (futur manager des Ramones) et de la maison de disque A&M, à laquelle le groupe enverra des démos qui déboucheront sur l’enregistrement d’un premier album. Et quand on lui demanda : « Qui pour produire ? », Richman, de la manière la plus naturelle, répondit : « John Cale ». Pas con, fallait surtout pas dire Lou Reed.

Le groupe enregistra donc cet album en 1972 et, chose incroyable, la maison de disque ne l’a pas sorti. Il ne fut publié qu’en 1976, Warner jugeant le climat « plus propice » (bien que le groupe soit séparé depuis 1974…). Un climat plus propice, en clair, cela signifie : les New-York Dolls, les Ramones et le « punk » dans les tuyaux. Alors certes, c’est un album largement inspiré par le Velvet Underground mais on se demande bien ce qui se serait passé s’il était sorti en 72 tellement il est bon. Le premier disque punk avant tout le monde ? On ne saura jamais et de toute façon Richman s’en fout. Avec son coté direct qui confine à la naïveté, on dirait une sorte de Oui-Oui du rock, et c’est ce qui en fait sa qualité. Comme une espèce de Lou Reed inversé, sans la toxicité. Il adore la banlieue, le « vieux monde », les voitures, tout en ignorant qu’il écrit l’histoire avec son groupe.

Reste donc cet album excellent, à l’impact direct et presque enfantin, sans la pose New-Yorkaise. Celui d’un type qui veut juste monter un groupe de rock et jouer sa musique, comme l’illustre  le texte de « Roadrunner », l’immense premier morceau du disque : l’histoire d’un gars qui va faire de la voiture toute la nuit parce qu’il trouve le Massachussets formidable, la radio allumée, juste parce que c’est cool. La même radio qu’écoute la petite Jenny, la fille du « Rock’n’roll » du Velvet. Vous ne vous en souvenez plus ? Mais si, c’est le morceau où une gamine qui s’emmerde à mort allume un beau matin la radio (« a New York station ») et là (on résumé vite fait) elle n’arrive pas à croire ce qu’elle entend, elle commence danser au son de la musique, et tout change, et comme le chante Lou Reed : «you know, her life was saved by Rock’n’Roll ».

Ce n’est pas pour rien que les Sex Pistols, alors encore infoutus d’écrire leurs propres morceaux, reprenaient « Roadrunner » lors de leurs premiers concerts.

BIG BANG

Le titre : Here’s Little Richard

L’artiste : Little Richard

Le format : 33T/30 cm.

La date de sortie : 1957

Le genre : Bastringue sublime

C’est qui ?: La peau de pêche de Georgie

Qui joue dessus ?: Little Richard et un groupe non crédité

Comment ca sonne ? : Comme le cauchemar des fachos

Qualité du pressage :

Excellentissime.

Specialty – Réedition de 2012 – Pressage US

Ce qu’on en pense :

Little Richard, cauchemar ambulant de tous les connards. Uniquement par nature.

Petit rappel rapide de sa config :

  • tout noir
  • ouvertement efféminé
  • fringué comme pas possible, avec maquillage et pompadour
  • hurle comme un damné
  • joue une musique de malpropre, bruyante et libidineuse

Tout cela dans la Georgie dans années 50, état du Ku Klux Klan. Avec le recul, on a du mal à y croire. Le Klan aussi, on imagine. S’il y avait eu une coupe du monde de la transgression, Little Richard l’aurait gagné tous les ans (jusqu’à ce qu’il flippe pour son âme et devienne révérend).

Sorti en 1957, en même temps que les disques déterminants de Chuck Berry, il était difficile d’écouter cet album dans de bonnes conditions. Pour les pressages originaux, laissez tomber. Pour les rééditions, c’est la jungle depuis que les droits d’édition sont tombés dans le domaine public et qu’on trouve un paquet de rééditions apparemment masterisées avec un Iphone. Jusqu’en 2012, ou Specialty, le label d’origine, a re-masterisé le disque pour cette édition, en mono, à partir des masters originaux.

Alors on pose le disque sur la platine, et au premier contact du sillon, on passe de « awopbopaloobop balam bam boo » à … « AWOPBOPALOOBOP BALAM BAM BOO »….les cheveux qui se dressent sur la tête…..les frissons partout….la gloire en mono. Avec l’impression d’écouter le disque pour la première fois. Exsangue à l’écoute de cette voix. LA voix. Pour l’éternité, celle du rock’n’roll. Un truc impossible, un type qui chante comme un fusil mitrailleur. L’équivalent vocal du graffiti de Woody Guthrie sur sa guitare(This machine kills fascists), que le bon dieu avait surement gravé en douce sur les cordes vocales de Little Richard. Sûr que personne n’a vérifié à l’autopsie.

Figurant sur ce disque, quasiment que des titres à tomber par terre (Tutti Frutti / Ready Teady / Long Tall Sally / Rip It Up / Jenny Jenny). Contrairement à son copain Berry, il n’y a pas de guitare, mais la voix et l’énergie font tout.

Cette voix qu’adorait imiter McCartney, quand il en avait encore (le pauvre, après tout c’est pas sa faute si à 80 balais il n’en a plus – faites attention il est fortement déconseillé de dire du mal de Paul McCartney, votre papa à tous). Cette voix que Paulo prenait pour « Helter Skelter » ou « Sgt Pepper’s Lonely Hearts Club Band» (Le morceau, pas l’album). La voix rock’n’roll des Beatles.

Car en effet, sans Little Richard, pas de Beatles, pas de Sgt Pepper, pas de Stones, pas de Stooges, pas de…….rien du tout, en fait.

PS : les gens capables de se dire à l’écoute de «Tutti Frutti », « Long Tall Sally » ou « Jenny Jenny » : « Ouais, ben ça m’en touche une sans bouger l’autre », en plus d’être vulgaires, devraient s’inquiéter pour leur âme.

BERNADETTE SOUBIROUS

Le titre : Seven Psalms

L’artiste : Nick Cave

Le format : 33T/25 cm.

La date de sortie : 2022

Le genre : Messe

C’est qui ?: Un pote de Kylie Minogue

Qui joue dessus ?: Nick Cave, Warren Ellis

Comment ca sonne ? : Comme votre communion solennelle

Qualité du pressage :

Tout pourri, comme d’habitude avec les dernières parutions de Nick Cave. Il y a un problème et on lui a écrit pour lui dire. On attend la réponse.

Cave Things – Pressage original GER

Ce qu’on en pense :

Con comme on est, quand voit un disque avec Nick Cave écrit dessus, qu’est-ce qu’on fait à votre avis ? Parce que bon, c’est quand même pas Jason Lytle ou Stephen Malkmus. On l’achète, évidemment. Même si on a bien vu que c’était Nick Cave tout seul (sans les Bad Seeds), que le titre c’est « Seven Psalms » (même sans parler anglais couramment, on peut se douter), et qu’en plus il y a une petite croix sur la pochette. Pas une croix grecque, hein, ni une croix de Saint André, mais bien celle qui a servi de fond de plan pour toutes les églises et d’étendoir à Christ.

Enfin bref, il s’agit bien d’un disque où Nick Cave récite en Face A sept petits poèmes, avec en Face B un instrumental.

Deux choses qui fâchent :

  • il n’y a pas les textes. Ni sur la pochette, ni en insert. Vu la teneur de la production (il n’y a pas de musique, alors que c’est quand même publié en disque plutôt qu’en recueil, mais peut-être que ca faisait un peu salaud de publier sept textes rachitiques, donc tant qu’a faire autant éditer cela sur un 25 cm même si cela ne rime à rien, mais y’aura bien quelques fans qui l’achèteront et que, pfffffffff….ça y est, on en a marre…) Donc, a moins d’être parfaitement bilingue, il faut se fader de lire les textes sur internet ou sur Itunes.
  • l’instrumental en face B, franchement, c’est une blague. Autant faire un 25 cm uniface si c’est pour publier ce genre de truc.

Sinon, c’est Nick Cave qui récite des textes (plutôt bons) où il parle du bon dieu. Le problème étant qu’ auparavant, Nick Cave parlait plutôt du dieu de l’ancien testament, un dieu colérique qu’il ne fallait pas emmerder, sinon c’était pluie de sauterelles et compagnie. Là, il s’agit bien du dieu des JMJ et de Jean-Paul II (on ne sait plus le nom du pape actuel et on ne va pas chercher sur internet).

On nage en plein syndrome « Gospel », Aretha Franklin et la chorale qui tue en moins. Et encore, pour l’album de gospel de la chanteuse Américaine (« Amazing grace »), on a tellement l’impression d’être à la messe que s’en est saoulant, et qu’on se dit que ce genre de disque ne devrait pas être commercialisé dans les pays considérant la laïcité comme un vertu cardinale. Là, vu qu’il n’y a même pas de musique, on se demande où on est…

SICK BOYS

Le titre : Cave World

L’artiste : Viagra Boys

Le format : 33T/30 cm.

La date de sortie : 2022

Le genre : Night-club de l’enfer

C’est qui ?: Des Suédois

Qui joue dessus ?: Elias Jungqvist, Henrik Höckert, Linus Hillborg, Oskar Carls, Sebastian Murphy, Tor Sjöden

Comment ca sonne ? : Tordu

Qualité du pressage :

Bonne.

Year 0001 – Pressage original UK

Ce qu’on en pense :

Sur les pochettes de leurs disques, pas de photos du groupe. Dommage, car le chanteur vaut le déplacement à lui tout seul.

Torsepoil, blindé de tatouage, petit bidou et lunettes de soleil, on se dit qu’un mec montant sur scène comme ça n’en a rien à foutre de rien et qu’on ne va pas regretter de ne pas être allé voir les clowns de Coldplay couiner dans leurs fringues d’abrutis.

Bon nombre des meilleurs groupes de rock sont ceux qui véhiculent par leur aspect, autant que par leur musique, un sentiment de licence. En faisant rapide, ont peut considérer Jerry Lee Lewis comme le pape de ce genre d’attitude, sorte de proto-voyou originel : et que je me marie avec ma cousine de 15 ans si je veux (alors que je le suis déjà), et que je bois des tonneaux si je veux, et que je suis défoncé H24 aux amphetes parce que…..parce que, et que je mets le feu à mon piano parce que je suis Jerry Lee Lewis et je vous emmerde, etc, etc…Des gens pour qui c’est « tout dans le rouge » ou rien.

Vous aurez surement remarqué que ce genre d’attitude a largement disparu. Dans le champ de la musique rock en tout cas. Elle a peut-être déménagée vers le rap, on sait pas, si y’a pas de guitare on se fait chier…

Il n’est toutefois pas obligatoire d’être un voyou, doublé d’un junkie, pour monter un groupe de rock de ce genre. Par contre il faut que votre musique exprime ce sentiment de licence, que vous deveniez le « street walkin cheetah with a heart full of  napalm » du morceau des Stooges. C’est ce qui différencie Viagra Boys de ses contemporains (Fontaines DC, Idles, TV Priest, …et…on sait plus qui tellement ils sont chiants).

Alors bien sur, il ne faut pas s’attendre à se manger une décharge comme avec les Stooges ou les Sonics, et comme d’habitude cela ressemble à vingt mille trucs que vous avez déjà entendu (Suicide/PIL/Bowie/Jon Spencer) mais Viagra Boys  semble bien parti pour reprendre le boulot là ou l’a laissé The Fat White Family , dernier bon groupe de la tendance « musique toxique avec opiacés ». De plus, certains textes sont excellents (« Ain’t no thief »), évoquant des personnages et des situations qu’on croirait sortis d’un roman d’Irvine Welsh. La classe.

Pour une fois, on peut écouter un disque sorti en 2022 sans s’endormir avant la fin.

STARS AND STRIPES

Le titre : Free Again : The « 1970 » Sessions

L’artiste : Alex Chilton

Le format : 33T/30 cm.

La date de sortie : 1996

Le genre : J’ai avalé la collection de disques de la Bibliothèque du Congrès

C’est qui ?: The Letter, The Box Tops, Big Star, etc…

Qui joue dessus ?: Alex Chilton, Terry Manning, Richard Rosebrough, Jeff Newman, Paul Cannon

Comment ca sonne ? : Comme Big Star

Qualité du pressage :

Excellente.

Réédition de 2012 – Omnivore Records – Pressage US

Ce qu’on en pense :

Alex Chilton, c’est le mec bizarre qui chantait « The Letter » en 1967, avec son groupe The Box Tops. A l’écoute du single, impossible de deviner que le gars avait seulement 16 ans. Et ce n’est pas parce qu’il était tout minot qu’il n’avait pas d’avis sur la musique. Ne voulant pas suivre l’orientation « pop band » que voulait prendre le groupe à la suite du succès mondial du single, il s’est engueulé avec Dann Penn (leur producteur, pourtant pas un branque) pour finir par se tirer du groupe afin de faire ce qu’il voulait.

Débarrassé de toute contingence mercantile, Chilton est entré en studio (les studios Ardent, Memphis-Tennessee, la classe quand même) pour faire son disque, ce disque…qui pourtant ne sera jamais publié. Le label, ne sachant pas quoi en faire, finira par le sortir en 1996, avec un tout petit tirage, ce qui donnera des sueurs froides bibliques aux fans hardcore de Big Star.

Ces enregistrements se situent juste avant que Chilton fonde Big Star avec Chris Bell. Musicalement, c’est du même niveau et on pourrait considérer que ce disque fait partie de la discographie du groupe. Tout est excellent et quand on mesure que Chilton n’avait que vingt ans lors de ces sessions, on reste interdit. L’ensemble éclate d’une incroyable musicalité, s’appropriant toute l’histoire musicale américaine avec une aisance surnaturelle (sur « I wish i could meet Elvis » par exemple), à la façon de Dylan ou de Neil Young.

Pour dire le niveau, outre des compositions excellentes, il y a carrément une reprise de « Jumpin’ Jack Flash ». Le truc que personne n’ose faire (ça va pour déconner, ou pour s’échauffer, mais de là à le mettre sur un album…). Une reprise intelligente, au groove létal, la meilleure qu’on ait jamais entendue (d’ailleurs on n’en connaît pas d’autres, sauf bien sur celles des baluchards français qui sortent de leurs terriers pour la fête de la musique).

Dernier morceau du disque, « All we ever got from them was pain », sorte de version pessimiste du « Thirteen » de Big Star, d’une beauté troublante et dont l’écoute à sans aucun doute traumatisé Elliott Smith.

A L’OUEST

Le titre : Gene Clark Sings For you

L’artiste : Gene Clark

Le format : 2x33T/30 cm.

La date de sortie : 2018

Le genre : Laurel Canyon forever

C’est qui ?: Un des mecs des Byrds

Qui joue dessus ?: Gene Clark, Jim Dickinson lui même et d’autres non crédités

Comment ça sonne ? : Comme des démos

Qualité du pressage :

Excellente.

Édition originale de 2018 – Omnivore Records – Pressage US

Ce qu’on en pense :

Gene Clark faisait partie des membres fondateurs des Byrds, avec Roger(Jim) McGuinn et David Crosby. Et il en était le principal compositeur (c’est lui qui a écrit « Eight Miles High », entre autres). A tel point que ses collègues, moins prolifiques mais beaucoup plus retords, feront tout pour minimiser son impact au sein du groupe, rejetant ses compositions au profit des leurs pour des questions de droits d’auteurs, entrainant son départ du groupe en 1966. Charles Manson ne dira pas le contraire, hippy ne rime pas forcément avec cool….Rien d’étonnant d’ailleurs de la part d’un type comme McGuinn, capable de s’attribuer avec un culot stratosphérique la composition de « Mr Tambourine Man » sur les crédits de leur reprise de Dylan. Putain de beatnik carriériste. (Et oui, en fait, ce n’est pas un oxymore. De la même manière il y a eu pire: des punks carriéristes, dont le nom par exemple commence par Mick et finit pas Jones).

Du coup, le pauvre Gene Clark, déjà pathologiquement dépressif, s’est retrouvé en plein Laurel Canyon avec sa guitare comme seule amie. Nous précisons que son état mental n’a rien à voir avec sa qualité de compositeur et que si tous les dépressifs écrivaient des chansons comme lui, la production musicale mondiale aurait bien plus d’allure.

Gene Clark a donc durant l’année 1967 écrit des chansons, tout seul dans son salon. Encore et encore. Plus de 200, d’après lui, ce que semble confirmer le voisinage, notamment Michelle Philips, des Mamas and the Papas, qui venait souvent lui rendre visite quand elle en avait marre que son mari lui tape dessus (John Phillips, chanteur du groupe – le gros blaireau qui porte une toque sur les images d’archives. Encore un hippy qui avait laissé sa coolitude au placard et la réservait aux maisons de disques, trouvant finalement que la fin du patriarcat, façon West Coast, ça allait bien 5 minutes…).

En vue de d’obtenir un nouveau contrat d’enregistrement, Clark rentre en studio fin 1967 afin de produire un acétate et démarcher les maisons de disques. Ce qui ne donnera rien, si bien que  les acétates seront perdus, oubliés, « oblivionisés »….puis retrouvés 50 ans plus tard, permettant ainsi la publication de ce disque par Omnivore Records (un label impeccable, déjà responsable de Big Star – Complete Third ).

En plus de vous replonger direct dans la Californie de 1967, ce disque confirme l’extraordinaire qualité de compositeur de Gene Clark, annonçant le chef-d’œuvre absolu qu’il publiera en 1974 (« No Other », peut être un des plus grand chef d’œuvre inconnu, qu’aiment citer les pitres qui veulent se la jouer, ceux qui vous disent « Nan, sans dec tu connais pas ? Rooh, t’es sur ? Vraiment ? Pourtant je croyais…non rien, laisse tomber », juste avant de se prendre une claque).

Mais Gene Clark n’était pas fait pour. N’a pas voulu, ou vraisemblablement n’a pas pu envoyer chier McGuinn et Crosby afin de conserver le groupe qu’il avait fondé. N’a pas pu voyager pour faire la promo de sa musique. N’a pas pu jouer le jeu. A la fin, c’est toujours les cuistres qui gagnent. Mais tant que des publications comme celle-là existent, une autre histoire peut être racontée.