ON RÉCOLTE CE QU’ON SÈME

Le titre : Perfect Night Live In London

L’artiste : Lou Reed

Le format : 33T/2×30 cm

La date de sortie : 2017

Le genre : Chansons toxiques

C’est qui ?: Le musicien préféré de Charles Thompson

Qui joue dessus ?: Lou Reed (beaucoup), Mike Rathke (un peu), Fernando Sanders (à peine), Tony « Thunder » Smith (quasiment pas)

Comment ca sonne ? : D’enfer que t’y crois pas

Qualité du pressage :

Excellentissime.

Reprise Records – Pressage EU – Pressage original de 2017.

Ce qu’on en pense :

Si c’est pour publier des trucs comme ça, on va finir par arrêter de dire du mal du Record Store Day. Voir même s’excuser. En fait non, le sujet étant Lou Reed, on ne va pas s’excuser du tout et on va continuer de penser que les gens qui se rendent une fois dans l’année chez leur disquaire, ce jour là précisément, sont un peu bizarres. C’est comme pour la fête de la musique. Quand on aime vraiment ça, la fête de la musique c’est tous les jours. Sauf le 21 Juin.

Enfin bref, ce live de Lou Reed a été publié à l’occasion du Record Store Day de 2017 et on ne va pas le bouder par principe, ce qui serait scandaleux vu la qualité de l’enregistrement. Même si on pense que, du coup, le principe de cet « événement » étant de rendre artificiellement certains disques «collector» (terme horrible, un vrai truc de blaireau – ou de fan de Queen, ce qui revient au même), on trouve merdique qu’il n’ait été publié qu’à 3000 exemplaires, donnant des cartouches à tous les connards qui achètent ces publications le jour de leur sortie, sans les écouter, uniquement pour les revendre plus tard avec une plus-value aux gens que cela intéresse vraiment. Des disques de rock’n’roll, un genre normalement populaire et accessible par nature, soumis à la spéculation, vous y croyez vous? Un coup à vous faire bouffer votre exemplaire anglais original (Mono) de Sgt Pepper. Alors que ce disque de Lou Reed devrait être distribué gratuitement dans toutes les écoles américaines par le ministère de l’éducation, s’il existe.

Enregistré à Londres en 1997, lors du Meltdown Festival, il s’agit du Lou Reed tardif, celui d’après « New-York ». Le Lou Reed purgé et devenu obsédé par le son de sa guitare. L’affreux capable de traumatiser un ingénieur du son en lui demandant « Pour le son de la guitare, c’est pas terrible. Tu peux me le faire plus « boisé » ?. On imagine la tête du mec se disant « Bon, j’aime bien le Velvet, mais là le vieux il fait vraiment chier ». Pour le bien de tous, car il est manifeste qu’à partir de 1989, année de sortie de « New York », Reed a arrêté de produire ses albums n’importe comment, même si pour cela il a du rendre fou plusieurs producteurs.

C’est la première chose frappante à l’écoute. Le son de guitare. A tel point que c’est l’unique sujet des notes de pochettes et que sont crédités sur le disque, juste après les musiciens, les techniciens guitare et basse, chose inédite à notre connaissance. Notes qui raconte que Loulou était enchanté de faire ce concert, ayant enfin le son qu’il attendait : « an acoustic guitar with the sound of diamonds ». Rien que ça…Quel frimeur, j’te jure, ça va que c’est lui.

Effectivement, si vous aimez la guitare (mais qui ne l’aime pas), vous allez passer un moment unique. Reed joue donc sur une guitare acoustique, directement branchée sur un ampli et le résultat est en effet édifiant. « Ça sonne sa mère » comme dirait Pete Townsend, et on à le sentiment d’écouter une version mise à jour du Velvet Underground, groupe dont la qualité sonore des enregistrements n’est pas le point fort.

Si ce n’était que cela, cela suffirait amplement, mais c’est sans compter avec le répertoire du chanteur, plutôt balèze, même s’il l’a souvent massacré en sortant des albums à la production limite. Des versions formidables de morceaux dont les versions studios sont pourries (« New Sensations »), des morceaux inédits sortis de nulle part (« Talking Book »), des versions mortelles de morceaux déjà connus (« The Kids », « Busload Of Faith » ou « Coney Island Baby ») et en ouverture de l’album une version d’ « I’ll be your Mirror » qui vous fera trembler. Certes, il craque un peu sur la face D, avec un morceau au phrasé rap pas terrible du tout, mais comme il termine par « Dirty Blvd. », tout roule (même s’il y force un peu trop sa voix).

Ce disque est une merveille. Outre la qualité du répertoire, la prise de son est tellement bonne qu’on dirait un album studio et on se demande sérieusement si ce n’est pas le meilleur album de Lou Reed, toutes publications confondues. Tout court, en fait.

SA GUITARE ET SON COUTEAU

Le titre : The Alan Lomax Recordings

L’artiste : Fred McDowell

Le format : 33T/30 cm

La date de sortie : 2011

Le genre : Blues létal

C’est qui ?: Un fermier

Qui joue dessus ?: Fred McDowell

Comment ca sonne ? : Naturel

Qualité du pressage :

Moyenne.

Mississippi Records – Pressage US – Pressage original de 2011.

Ce qu’on en pense :

Il n’y a pas de mot pour décrire l’importance du travail d’Alan Lomax, le type qui a documenté les musiques vernaculaires américaines, tout seul avec son magnéto sous le bras. La musique des malpropres dont tout le monde se fout aux Etats-Unis. Celle des bouseux des Appalaches ou celle des esclaves des états ségrégationnistes. Son travail le plus célèbre, autant que le plus déterminant, étant la série d’enregistrements qu’il réalisa en 1941/42 dans les états du Sud, avec, entre autres, les premiers enregistrements de Muddy Waters et de Son House. On imagine même pas l’effet que cela doit faire de poser son magnéto devant Son House et de l’écouter vibrer en direct, à 50cm…un coup à faire un AVC.

Presque vingt ans plus tard (1959), Lomax retourna dans le Sud pour voir s’il n’avait rien raté, sans se faire d’illusion et se disant que la plupart des types devaient être canés. C’est ce que racontent les excellentes notes de pochette de ce disque (cherchez pas, sur Spotify y’a pas…), où on apprend que Lomax, en train d’enregistrer tranquillou les frères Pratcher (des types sortant plutôt un répertoire de minstrel songs) voit débarquer leur voisin qui vient de rentrer du boulot. Ce type, qui revient de son champ de coton (cliché, mais véridique) c’est Fred McDowell.

Salut les gars, ça va ? Ouais je veux bien une bière…Tu me passes ta guitare Lonnie? Je peux vous jouer un truc? Et là….Lomax et Collins (un musicien anglais qui l’accompagnait) ont du triper comme des gorets à l’écoute du blues dépouillé mais vivace du fermier. Bingo! Ils ont trouvé un mec qui était passé sous le radar.

Fred McDowell, né en 1905,  avait jusque là passé sa vie à travailler comme fermier, jouant de la guitare le samedi soir pour ses copains, puis dans les pique-niques et fêtes de mariage (schéma récurent chez les bluesmen du Sud). De la guitare slide, avec les moyens du bord, se servant d’un os ou d’un couteau en guise de bottleneck. Ou du cou d’une bouteille de gin Gordon’s qui, selon lui, donne « un son plus clair ». Plus vernaculaire, tu meurs.

Pour ceux qui aiment le blues des origines, celui du Delta (le seul, en fait), ces enregistrements de 1959 sont extraordinaires. Un type tout seul à la guitare, dont la facture slide grossit le son. En fait la guitare chante, autant que le bonhomme qui en joue. Comme par exemple sur le morceau « When You Get Home Please Write Me Your Lines », à la partie de guitare hallucinante. Brutale et tonique comme un morceau des Stones. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien, qu’ayant repris un de ses morceaux («You Got To Move » sur « Sticky Fingers ») ils lui ont offrirons un habit de lumière (un costume lamé argent).

Il mourra juste après et sera enterré avec. Trop tard.

MAUVAISE BLAGUE

Le titre : Instant Street

L’artiste : Deus

Le format : 45T/17,5 cm

La date de sortie : 1999

Le genre : Chef d’œuvre burgonde

C’est qui ?: Le meilleur groupe de rock belge (ce n’est pas une blague)

Qui joue dessus ?: Tom Barman, Craig Ward, Danny Mommens, Piet Jorens

Comment ca sonne ? : Magnifiquement

Qualité du pressage :

Excellente.

Island Records – Pressage UK – Pressage original de 1999.

Ce qu’on en pense :

Si vous aimez Deus, n’achetez surtout pas ce single. Remarquez, si vous ne l’avez pas, cela ne risque pas d’arriver, à moins de tomber dessus par hasard dans une brocante, entre 12 Johnny Hallyday et 50 Claude François. Donc, si vous l’avez, vous savez de quoi on parle et si vous ne l’avez pas, vous n’avez rien raté, à moins de vouloir documenter la façon inique dont l’industrie du disque traite ses clients.

En effet, on lit sur la pochette « Instant Street – Deus ». Clairement. Comme on aime bien les singles, et encore plus les grandes chansons, vas-y qu’on l’achète, tout content. On pose le disque sur la platine et c’est parti.

Le riff d’intro au banjo, ultra cool. Premier couplet super. Le deuxième pareil, avec les arrangements d’enfer. Le refrain tout bizarre, encore mieux. Retour au couplet et de nouveau le refrain, avec là gros décollage (les violons ça fait toujours ça…). Encore un couplet et un refrain, et puis le début de la partie instrumentale, un truc venu d’ailleurs qu’on croirait écrit par Sonic Youth. La guitare toute bizarre – on guette la partie de grosse guitare rythmique qu’on adore, celle qui finit de vous achever et là….un fondu et au revoir.

DE QUOOOIIIII ? Non mais, ça va pas ? Du coup, on vérifie sur le macaron. Non, il y a bien écrit « Instant Street ». La suite ça doit être sur la face-b, c’est pas possible. On retourne le disque, et là on constate qu’en face-b il y a une démo pas terrible. Aaaaaargh ! Dépité, on consulte le verso de la pochette, où effectivement est renseigné un lamentable « Instant Street – Radio Edit ». Donc, une version pour la radio.

Ah ben bravo. Qui a entendu ce titre à la radio en 1999? Franchement? Et pour quelle radio? Celles prêtes à le diffuser l’auraient surement fait sans tronquer la partie instrumentale de 2 minutes qui conclue le morceau (là où le groupe sort de boite de nuit et se met à danser dans la rue, pour ceux qui se souviennent de la vidéo – ou alors le moment où vous hochez la tête comme un perdu tellement c’est bon, en vous disant que c’est pas possible que des belges aient cartonné un truc comme ça). Allez hop, on ouvre la fenêtre et ziiiiiiiim,  on jette le disque sur le boulevard.

On le voit d’ici le gros con de chez Island Records: « Mouais, un single de 6 minutes, c’est pas possible…On vire la fin, là où y’a plus de paroles. De toute façon c’est trop long.». Il a surement cru qu’en faisant cela il allait en vendre 10 de plus, alors que le morceau aurait pu être découpé en deux faces (même si 6 minutes de musique ça rentre sur une face…), comme cela s’est déjà fait pour de grands singles. « What’d I Say » de Ray Charles par exemple, où la partie avec les chœurs est sur la face-b, ou même « Bad Girl » de Lee Moses, carrément coupée en plein milieu. Mais bon, inscrire « Instant Street » au Panthéon des grands singles, le mec d’Island il s’en contrefoutait.

Pour avoir une idée de l’effet que produit l’écoute de ce machin, écoutez la version de l’album et à 4 minutes 10 précisément…coupez le son. Le plus grand coïtus interruptus musical qui soit.

Vu le trésor national qu’un groupe comme Deus représente, le roi des Belges devrait demander réparation à la maison de disque.

CROCODILE

Le Titre : Boys Don’t Cry (New voice – New mix)

L’artiste : The Cure

Le format : 45T/17,5 cm

La date de sortie : 1986

Le genre : Pop tordue

C’est qui ?: Les mecs du générique des « Enfants du Rock »

Qui joue dessus ?: Robert Smith, Michael Dempsey, Laurence Tholhurst

Comment ca sonne ? : Pas clair

Qualité du pressage :

Bonne.

Fiction Records – Pressage FR – Pressage original de 1986.

Ce qu’on en pense :

Dans les années 80, l’orchestre anglais « The Cure » a vendu des camionnées de disques aux petits français. A tel point que tous ceux qui sont nés après le choc pétrolier gardent le souvenir de gens fringués en noir, les cheveux hirsutes, trainant dans la cour du lycée. Tout le monde a croisé au moins une fois un de leur fan, parfois appelé « curiste ».

Petite description rapide du « curiste de lycée », basée sur une étude réalisée in situ en 1986 et à l’échelle nationale:

  • Fringué(e) tout(e) en noir
  • Cheveux noir de jais, en pétard (pour les cas sérieux)
  • Les yeux maquillés au Khol (pour les cas extrêmes)
  • Fait la gueule et parle peu
  • Quand on lui pose la question « Et à part Cure, t’écoutes quoi d’autre? » (question primordiale dans une cour de lycée), ne réponds rien (ou bien, après un bon quart d’heure : « Jesus » (comprendre « The Jesus And Mary Chain »), pour les spécimens les plus raffinés)
  • N’a pas le logo AC/DC dessiné à la salaud au marqueur sur sa bauge (c’est d’ailleurs pour ça qu’on essaie de lui parler)
  • Pas réservé au genre masculin (c’est aussi pour ça qu’on essaie de lui parler)

On a toujours trouvé un peu étrange le succès de ce groupe. Leur musique est un peu chiante et si vous voulez écouter un truc triste pour vous la péter genre ténébreux, autant écouter Joy Division. Au moins là, la citation de Camus elle est direct dans la musique, pas dans le texte.

Mais il faut bien reconnaître que ce morceau a de l’allure. Initialement sorti en 1979, il s’agit ici de la version single de 1986. Le même morceau, mais remasterisé, et la voix re-enregistrée par Robert Smith. Et pas pour rien, cette version étant meilleure que l’ancienne, notamment grâce au chant.

Au sujet de la voix de Smith, il est vrai qu’elle peut être agaçante pour certains, mais pour l’avoir vu sur scène, on est sur que c’est un grand chanteur (on ne se rappelle plus ce qu’on foutait là – ah si ! c’était pendant un festival où ils jouaient après Sonic Youth (un scandale…), et comme on était resté tétanisé, on avait pas changé de place). Par contre, sur scène, la musique reste la même et on s’ennuie grave. Sauf notre voisin, qu’on a littéralement vu devenir fou à l’écoute de ce morceau, nous beuglant dans les oreilles la totalité du texte avec l’accent de Tourtoule (« Boillezeeee dooonte craillle »). Un souvenir comme on les aime.

Un vrai single pop de la mort, avec tout ce qu’il faut. Le sujet, l’intro, le petit riff qui va bien, la progression d’accord mortelle, la mélodie idem, avec en plus un pont, un vrai. Et le texte. Simple, et qu’on comprend même avec un niveau d’anglais moyen, ce qui fait que Robert Smith, c’est direct notre copain.

Nous non plus, on n’aime pas les menteurs qui pensent qu’ils ne font jamais de conneries. Nous non plus, on n’aime pas les brutes qui pensent que les excuses sont l’expression d’une faiblesse alors que c’est tout le contraire. Sauf que…il y a quand même de grosses ambiguïtés dans le texte, comme par exemple les lignes « I would say i’m sorry / If i thought that it would change your mind » ou bien «I would tell you that i loved you / If i thought that you would stay ». Si ça se trouve, on avait rien compris. Qu’est ce qu’il raconte en fait ? Pourquoi employer le conditionnel ? Les larmes qu’essaie de cacher Robert Smith seraient en fait des larmes de joie? Quel saligaud. On le savait bien, ces gens sont bizarres.

COME OOON!

Le Titre : The Richmond Sluts

L’artiste : The Richmond Sluts

Le format : 33T/30 cm

La date de sortie : 2001

Le genre : Panthéon Garage

C’est qui ?: Un groupe de San Francisco

Qui joue dessus ?: Shea Roberts, Jesse Nichols, Chris B, Brad Artley, Justin Lynn

Comment ca sonne ? : Mortel

Qualité du pressage :

Bonne.

Media Creature Music – Pressage US – Réédition de 2016.

Ce qu’on en pense :

Dans la catégorie maudite du « grand disque caché dont tout le monde se fout et on comprend pas pourquoi », celui là c’est peut-être bien le champion. Sorti en 2001, la même année que le premier album des Strokes, et en pleine période dite du « retour des groupes à guitares », cela aurait pourtant pu faire l’affaire. Mais non. Queue dalle. Le groupe se séparera direct après (avant de se reformer 15 ans plus tard pour la même : un bon disque qui n’intéressera personne). Et pourtant, c’était autrement plus furieux que les Strokes. Et l’album plus que bon.

Si vous êtes de ceux que les parties de guitare rythmiques infernales et pétées de glorieuse fuzz font transpirer, vous pouvez sortir la serviette. Le bon vieux son des New-York Dolls et de Johnny Thunders, en mieux. Mixées bien en avant, on ingère sidéré 34 minutes de guitares électriques mortelles. Impossible à écouter en sourdine, tout dans le rouge, les voisins on s’en fout, monte le son, de toute façon ça leur fera du bien. Un disque qui donne immédiatement envie de s’acheter une guitare électrique et de monter un groupe de rock.

Sans exagérer, cet album à sa place à coté de son papa, le « L.A.M.F. » de  Johnny Thunders & The Heartbreakers. Dès la première nanoseconde, le bras à peine posé sur le disque, on sait de quoi on parle. Pas d’intro, direct la rythmique létale du rock’n’roll, celle venue du blues et de Chuck Berry, celle qui vous consume les synapses et qui fait s’allumer la petite lumière dans votre cerveau reptilien, celle qui vous fait dire « Putain, c’est le bruit le plus cool du monde, et en plus ça me donne envie de bouger la tête comme un débile. Et en fait…je veux bien être un débile pendant 30 minutes». Et quand le chanteur attaque par un « Come Ooooon ! » de circonstance, on se retient de ne pas répondre «OUUUAIIIIS !!! » tout seul comme un con dans son salon. Scié au bout de 12 secondes (on a chronométré).

Alors les grincheux diront que cela ressemble aux New-York Dolls et qu’on a déjà entendu cela mille fois. En fait on pense tout le contraire. On pense plutôt que ce genre de disque est rare. En effet cela « ressemble » aux New-York Dolls, qui eux même jouent la même musique que Chuck Berry, qui lui même joue la même musique que Robert Johnson, qui lui ….ah euh ….lui il a peut être bien fait péter le compteur avec ses copains du Delta, et encore il faudrait étudier la musique traditionnelle Malienne pour en être sur. Et de toute manière, ce n’est pas la facture qui compte, mais l’interprétation. Donc l’argument ne vaut rien.

Enfin bref, comme souvent en musique populaire, il vaut mieux éviter de trop réfléchir si on ne veut pas passer pour un con qui mélange tout et qui pense qu’on peut comparer «Sticky Fingers » et « Les Misérables ». De toute façon, tout cela on s’en fout, la tête renversée et perdu dans le bruit étourdissant de la machine.

LOI MALRAUX

Le Titre : The Real Folk Blues

L’artiste : Muddy Waters

Le format : 33T/30 cm

La date de sortie : 1966

Le genre : Ooooooh Yeeeaaaah !

C’est qui ?: Le papa de Keith Richards

Qui joue dessus ?: Muddy Waters et son groupe

Comment ca sonne ? : Tout noir

Qualité du pressage :

Introuvable en pressage original.

Écouté en numérique.

Ce qu’on en pense :

Autrefois, une chanson populaire en France, attribuée à un baltringue que l’histoire de la musique oubliera (on se base sur une échelle mondiale pour dire ça, et sur un état des lieux sérieux de l’histoire des musiques populaires),  commençait par cette ligne : « Touteuh la musique que j’aimeuuuh, elle vient deuh là, elle vient du Blues ». Même si nos souvenirs restent flous vis à vis du chanteur en question (il paraît qu’il aimait bien les motos), il semblerait que ce soit pourtant le truc le plus intelligent qu’il ait jamais dit. C’est déjà ça.

Que lui aime ça, vu ce qu’il en a fait, on s’en fout. De la même manière qu’on ne va pas se faire piquer le drapeau et l’hymne national par les fachos, on ne va pas non plus se faire voler le blues par des types dont la carrière est une escroquerie, voir une insulte au « Darwinisme musical ». (Bon d’accord, le Darwinisme musical on vient de l’inventer, mais c’est tout ce qu’on à trouvé pour exprimer l’influence du Blues sur la musique populaire et instruire l’arnaque propagée par ce genre de chanteur dont toute la carrière hurle : « Cette musique n’est pas la mienne, mais je ferai tout pour vous faire croire que si ».)

Bon. On s’égare un peu du sujet, mais des trucs comme, ça c’est pas possible. Le blues, c’est un truc sérieux. Sans le blues, rien sous le soleil.

De blues, il y en a deux. Celui des paysans (des esclaves, pardon…) du Delta du Mississippi. Et celui des mecs qui plus tard ont réussis à se tirer vers le Nord, à Chicago en particulier. Le premier est acoustique (un mec tout seul à la guitare, qui parle au cosmos au nom de l’humanité). Le deuxième est électrifié (un type avec un groupe, qui laisse son guitariste faire des solos de deux heures). Le premier est fascinant. Le deuxième, un peu moins.

Le pont entre le premier et le deuxième? Muddy Waters, barré de sa plantation du sud vers Chicago dans les années 50. Echappé de l’enfer sudiste, c’est à lui qu’on doit l’électrification du blues des origines.

Le problème avec ces musiciens, c’est que leur discographie est absolument imbitable. Vu que tout le monde se foutait de les enregistrer, 70 ans plus tard on n’y comprends plus rien. Et depuis que les droits sont tombés dans le domaine public, c’est la porte ouverte à n’importe quelle réédition douteuse par des labels italiens au son pourri (véridique). Sans déconner, le ministère de la culture des Etats Unis d’Amérique (si cela existe) devrait s’occuper de rééditer tout cela proprement, parce que là c’est l’enfer. C’est comme si en France on avait laissé pourrir le « Déjeuner sur l’herbe » dans une cave du 6ème arrondissement.

Au milieu de ce cauchemar éditorial, on ose même pas parler des disques qu’on a achetés et qui sont en fait des pirates. Si on devait se rabattre sur les publications officielles, on choisirait ce disque. Même si on ne sait pas trop ce que c’est, sauf qu’il contient des enregistrements allant de 1949 à 1964, mais comme il s’agit de Chess Records, le label de Chuck Berry, on leur fait confiance.

Ce qu’on sait par contre, c’est que le premier morceau (« Mannish boy ») résume à lui tout seul la carrière de Muddy Waters. Le monolithe de « 2001, l’odyssée de l’espace » du blues électrique. Tous les sujets dans un seul morceau. Tout noir. Tout vibrant. Tout beau. Une fois que vous l’avez vu, comme les singes du film de Kubrick, vous êtes transformé.

Le riff d’intro, qui résonne comme étant LE riff du blues électrique (Ta Din Ta Da din). Le son bastringue, qui sent bon le « juke-joint », la gnôle et la baston du samedi soir. Le texte, libidineux et à double sens comme le sont la plupart des textes des bluesmen. Et par dessus tout, la voix. Vu le texte, du genre viril, un mec qui chante d’une voix vibrante « I’m a maaaaaan » pourrait paraître déplacé. Mais quand  il s’agit d’un noir  américain né en 1913 et ayant travaillé dans une plantation du Mississippi, la résonnance est toute autre.

PS: Pas besoin de préciser qu’une des lignes du texte de ce morceau est « I’m a rolling stone », et que Brian Jones n’étant pas sourd, etc, etc….

BLITZKRIEG

Le Titre : Live At The Star Club Hamburg

L’artiste : Jerry Lee Lewis

Le format : 33T/30 cm

La date de sortie : 1964

Le genre : Grosse décharge

C’est qui ?: Un voyou

Qui joue dessus ?: Jerry Lee Lewis and the Nashville Teens

Comment ca sonne ? : Wunderbar!

Qualité du pressage :

Excellente.

Bear Family Records – Réédition de  2010 – Pressage GER

Ce qu’on en pense :

Bon ben cette fois, ça y est. Sont tous morts.

Chuck Berry, Bo Diddley, Little Richard et récemment Jerry Lee Lewis. Ceux qui ont « écrit le livre » comme on dit. Vu l’état actuel de la production musicale, rayon rock’n’roll, on n’a pas fini d’écouter des vieux machins. Est-ce que c’est grave ? Non.

La musique rock porte en soi une forme de leurre, celui de la nouveauté. L’illusion que c’était la musique des jeunes. C’était en partie vrai dans les années 50, mais il s’agissait surtout d’un des attributs de la manifestation d’une nouvelle catégorie sociale, émergeante après guerre, celle des adolescents. Avant, c’était direct des culottes courtes au veston-cravate, avec passage par le service militaire, ça leur fera du bien à ces p’tits cons. Entre les deux, rien. Sauf pour les petits anglais, qui du coup auront tout loisir de jouer de la guitare et d’inventer la pop music, plutôt que d’aller se faire chier à la caserne. Le monde les en remercie.

Tout ça bien sur sans tenir compte des filles. Sauf que désormais les filles, en plus d’avoir la certitude qu’elle avait une âme comme les garçons,  avaient également un porte monnaie. Prêtes à se rendre chez le disquaire du coin (en fait plutôt des magasins d’électroménager, à l’époque) en disant au vieux en blouse derrière le comptoir: « Vous l’avez « Heartbreak Hotel » ? Vaudrait mieux, sinon avec mes copines on va tout casser chez vous».

Immersion dans le cerveau de Ruppert, cadre exécutif chez RCA en 1955 :

Ruppert : Dis donc, Bill, c’est quoi ce bordel avec ces blancs qui jouent de la musique de nègres? Sans dec, ça ressemble à rien…

Bill : T’inquiètes, c’est dans le Sud, c’est un truc de bouseux. Ça va leur passer à ces bourrins.

Ruppert : Ouais mais l’autre là, Elvis machin, il vend des carriolées de disques dans le Tennessee et quand il monte sur scène les filles font pipi dans leurs culottes. C’est bizarre quand même, non ?

Bill : T’inquiètes, j’te dis, c’est des conneries pour les gamins.

Ruppert : On se renseigne quand même, non? C’est quoi le nom du mec qui les enregistre dans son studio de pequenaud à Memphis ?

Bill : Sam Philips, un mec sympa. Attends, je l’appelle. Si les gamins veulent acheter ces conneries, t’as raison faut qu’on s’en occupe.

Jerry Lee Lewis était un artiste du label de Sam Philips (Sun Records), au même titre que Presley, Roy Orbison et Johnny Cash. Oui, oui, ces quatre là, sur le même label, au même moment. Heureusement que les faits sont irréfutables et historiquement établis, sinon les historiens du futur croiront à une blague.

Pas besoin de s’étendre sur la personnalité King Size de Jerry Lee Lewis (au hasard : mariage avec sa cousine de 14 ans, grande gueule, défoncé aux amphètes et crémation de piano live pour faire chier Chuck Berry qui refusait de passer avant lui sur scène). Sorti en 1964, mais enregistré en 1963, ce disque révèle une des particularité de cette musique: son effet de sidération.

Les lives, en général, c’est pas terrible, mais là c’est l’exception. La prise de son est excellente, d’une qualité étonnante pour un enregistrement des années 60. Le public étant mixé plutôt en avant (on entend même parfois tinter les verres) on « ressent » la salle. On voit littéralement les murs trembler et le club devenir le bastringue de l’enfer.

Ce concert est d’autant plus surprenant qu’il a été enregistré en Allemagne, dans un célèbre club du Reeperbahn, la rue de la soif d’Hambourg. Il était effectivement fréquent à l’époque que les clubs du quartier engagent des artistes anglo-saxons pour faire l’animation et rameuter les dockers au comptoir. C’est d’ailleurs comme cela que les Beatles apprendront le métier avant de revenir à la maison et de tout péter au Cavern Club. Vu l’enthousiasme du public, que l’on perçoit clairement sur l’enregistrement, on se dit que finalement les Allemands sont peut-être des êtres humains comme les autres.

Mais on assiste surtout à la performance d’un type dont on se demande s’il ne va pas s’embraser à la fin de chaque couplet. Les « grosses boules de feu » en vrai ! Accompagné d’un groupe terrible qui défonce tout, avec un guitariste (électrique bien sur) et un bassiste! Et pas des brêles, ce qui finit de grossir le son.

Les versions incandescentes de « Great Balls Of Fire », « Good Golly, Miss Molly », « Long Tall Sally » et « Whole Lotta Shakin’ Goin On » font de cet enregistrement un des plus grand live jamais publié. Un pur moment de rock’n’roll. Ne mettez pas trop fort, la peinture risque de se décrocher des murs. En fait si, mettez à fond, et laisser Jerry Lee Lewis faire tomber la foudre sur votre âme, pas grave pour la peinture.

La meilleure illustration de ce que veut dire Nick Cave quand il chante sur « Push the sky away » : « And some people say it’s just rock and roll / Oh but it gets you right down to your soul ».

NO SPORTS

Le Titre : Big Beat From Badsville

L’artiste : The Cramps

Le format : 33T/30 cm

La date de sortie : 1997

Le genre : Sous-genre

C’est qui ?: Le groupe préféré de Jon Spencer

Qui joue dessus ?: Lux Interior, Poison Ivy, Slim Chance, Harry Drumdini

Comment ca sonne ? : Sauvage

Qualité du pressage :

Excellente.

Epitath – Pressage original de 1997 – Pressage US

Ce qu’on en pense :

Chez les Cramps, et selon la formule consacrée dans les Combrailles avant d’attaquer un bon tripou : « Y’a tout qui va bien ! ». Le nom du groupe (Les Ragnoutes), le nom du label (Epitaph – trop cool), le pseudo des protagonistes (Lux Interior et Poison Ivy – ouahou !), l’esthétique des pochettes (super grave) et même les costumes (pour ça on vous laisse aller vérifier sur Youtube – ou faire appel a vos souvenirs pour certains).

Digression 01:

A ce sujet, il y a un gros problème avec la pochette de ce disque dans sa version dématérialisée. En consultant Itunes Music, on vient de s’apercevoir que ce n’est pas la bonne qui est publiée (pas vérifié sur Spotify). C’est quasiment la même, mais c’est une version différente. Avec une pose différente de l’originale, qu’on imagine censurée et trop suggestive pour Internet , ou la charte à la con d’Apple sur les contenus qui défrise les curetons. C’est comme si Grasset avait changé le titre du premier roman de Virginie Despentes pour finalement l’appeler « Embrasse-moua », sans lui demander son avis. Comme quoi ces plateformes c’est vraiment de la merde. Espérons que, si le paradis existe, Lux Interior soit au courant et fasse péter deux claques à Steve Jobs (pas sur qu’il y soit lui, mais bon…), lui hurlant ses propres paroles de son haleine toxique (« Do you want the real thing / Or you just talk ? » – Extrait de « Garbageman » – The Cramps « The Songs The Lord Taught Us » – Acte I – Scène III).

Sorti en 1997, ce disque des Cramps peut être qualifié de « tardif » dans leur discographie. C’est d’ailleurs leur avant-dernière publication, avant que le chanteur parte rejoindre Johnny Thunders aux Champs-Elysées des braves. A ce moment là, le groupe n’a plus rien à prouver, ce qui ne l’empêche pas de sortir un disque d’anthologie, sonnant comme un résumé magnifique de l’ensemble de leur production.

Bon déjà, la pochette. On sent qu’on va passer un bon moment. Au verso pareil, photo du chanteur en pleine descente avec un petit texte pour faire la retape du groupe, façon années 60, qui se termine par un « Proceed with Caution ». Tout en bas on remarque une petite note : «Play Loaded ». Oualalalalala, avant d’avoir écouté la moindre note, on n’en peut déjà plus, complètement frappé de coolitude déviante. On sort le disque. Pochette intérieure idem, avec les textes et des photos du groupe sur scène, en habit de lumière et bas résilles. Pose le disque sur la platine. Et là d’un coup….bienvenue à la maison : le cri primal plein d’écho, la grosse guitare garage de l’enfer, les hurlements de tarés dans le fond du mix, la batterie façon tribale, un petit larsen pour la forme. YEEEEEES !!!!

En effet, c’est peut être l’album des Cramps qui sonne le mieux, et qui donne immédiatement envie de monter le son. A s’en flinguer le cortex cérébral.

Digression 02:

Ce disque peut d’ailleurs servir de baromètre social. Si vous voulez savoir si vous êtes en bonne compagnie, passez le (sans oublier de montrer la pochette, bien sur – on vous fait confiance, vous l’avez en vinyle), mettez l’ampli à fond (ou pas, ça dépend un peu de l’âge de vos convives – passé 40 ans, ne dépassez pas 7, on sait jamais). Observez. Seuls ceux qui aiment vraiment le rock’n’roll resteront finir leur apéritif. Les autres connaissent déjà la sortie.

Alors les grincheux diront : « c’est quoi ce mec qui essaye de chanter comme Elvis ? ». Ce à quoi vous répondrez : « Oui…..mais en total cuir et avec des talons aiguilles ». En effet, les Cramps ne font que proposer une version toxique et dévoyée des premiers enregistrements pour Sun Records du gominé à sa maman, version « garaaaaaaage ». Avec un véritable sens de l’humour, élément omniprésent dans la production du groupe, chose que l’on ne perçoit pas forcement tout de suite, mais qu’on capte bien à l’écoute des certains textes, notamment sur le titre «Like a Bad Girl Should » (entre autres, sur cet album) et qui résume l’état d’esprit des musiciens:

I love your ass for bad or worse

I love your nasty way you curse

When you sit down it’s wild how you sit

Grind your heel in the ground…the groovy way you spit

Si c’est pas La Pléiade des graveleux ça, on sait pas ce que c’est…

Que la musique des Cramps soit une version électrique des premiers singles d’Elvis période Sun importe peu. Outre la musique, excellente, tonitruante et électrisante comme le genre l’exige, c’est aussi le propos qui compte. Celui d’une Amérique de la déviance, mais finalement pas très éloignée de celle de la vitrine (c’est juste qu’ils sont un peu crades et qu’ils aiment bien les martinets). L’expression du trauma des gens qui ne supportent pas les cheerleaders et les quarterbacks testostéronés. Celle des fans inconditionnels du rock’n’roll des origines et qui ont eu le talent de faire du mauvais goût une forme d’art, instaurant la noblesse des freaks.

DELIRIUM TREMENS

Le Titre : Our Mother The Mountain

L’artiste : Townes Van Zandt

Le format : 33T/30 cm

La date de sortie : 1969

Le genre : Beau à pleurer

C’est qui ?: Le plus doué des alcooliques (hors littérature)

Qui joue dessus ?: Townes Van Zandt, James Burton, Mike Deasy Sr, Jack Clement, David Cohen, Don Randi, Jules Jacob, Ben Dennay, Charlie McCoy, Harvey Newmark, Lyle Ritz, Chuck Domanico, John Clauder, Donald Frost

Comment ça sonne ? : Américain

Qualité du pressage :

Excellente. Fat Possum, c’est la classe.

Fat Possum Records – Réédition de  2007 – Pressage US

Ce qu’on en pense :

Townes Van Zandt, comme on dit, c’est un client. Pour les uns, un vrai taré. Pour les autres, juste un mec malade. Il suffit de regarder les images d’archives pour se rendre compte que quelque chose clochait (notamment celles où, en bon Texan, Stetson sur la tête, il fait le con avec une carabine chargée, une cannette de coca et une bouteille de bourbon à la main, avant de ranger maladroitement le fusil…dans son futal. A ce moment là, sa copine devient blême, on se dit que c’est pas possible, il va s’exploser les testicules par mégarde…mais non, tout finit bien….).

Van Zandt aimait la musique, picoler, jouer de la guitare, picoler, et composer. Et puis c’est tout. Le reste était sans importance. Ayant vu Presley au Ed Sullivan Show, et se disant que ce type avait tout, juste en étant chanteur, il avait demandé à son père de lui acheter une guitare. Il avait aussi surement écouté Dylan et les Bluesmen du Delta, bagage suffisant selon lui pour faire chanteur dans les bars du coin. Et c’est ce qu’il a fait. Le chanteur Folk à l’état de nature, véritablement. Neil Young sans l’ambition, sans les maisons de disques.

Heureusement pour nous, un confrère musicien (Mickey Newbury) le verra sur scène à Houston en 68 et se dira que ce n’est pas possible, un type comme ça ne peut pas rester inconnu, et lui obtiendra un contrat à Nashville pour l’enregistrement d’un album (« For The Sake Of The Song »).

« Our Mother The Mountain » est sont deuxième disque, en partie composé de morceaux figurants sur le précèdent, dont l’auteur était mécontent du rendu. Effectivement, même tout bourré, il avait quand même vu qu’on leur avait appliqué un vernis « Nashville ». Sur ce disque, la production en est débarrassée, le résultat étant une collection de morceaux au rendu sonore « à l’os », où demeure la plupart du temps la voix seule du chanteur, des arrangements minimalistes et des compositions d’une beauté édifiante. Toutes vibrantes. La folk-song à l’état pur. Le truc qui fait que les musiciens européens contemplent la musique populaire américaine assis sur leur banc, se demandant comment c’est possible d’écrire un morceau comme « Like A Summer Thursday ».

LADS

Le titre : International Rescue

L’artiste : Swell Maps

Le format : 33T/30 cm

La date de sortie : 1999

Le genre : Je veux faire du bruit

C’est qui ?: Le groupe de Nikki Sudden et Epic Soundtracks

Qui joue dessus ?: Nikki Sudden, Richard Earl, Epic Soundtracks, Jowe Head, David Barrington, John Cockrill

Comment ca sonne ? : Nature

Qualité du pressage :

Bonne.

Alive Records – Pressage original de 1999 – Pressage US

Ce qu’on en pense :

Comme chacun le sait, les Sex Pistols ont entrainé dans leur sillage malfaisant la formation d’une multitude de groupes anglais à la fin des années 70. Montés par des petits gars décomplexés du syndrome du musicien et affranchis de l’ombre écrasante des groupes des années 60, galvanisés tout plein par la formule des Clash : « No Elvis, Beatles or The Rolling Stones ». Autrement dit: même si t’es nul, t’as quand même deux bras – c’est suffisant pour attraper une guitare électrique et mettre l’ampli sur 10 – c’est le geste qui compte – va chier Mick Jagger.

Les vannes étant ouvertes, il y a eu de tout. Des bons (Buzzcocks, Damned), des pénibles (The Clash), des singuliers (The Fall), des terribles (Joy Division), des moyens (The Slits, X-Ray Spec), des gros nazes (Adam and the Ants) et des carrément mauvais.

Au milieu de tout ce fatras « Do It Yourself », il y avait Swell Maps, le groupe de Nikki Sudden et Epic Soundtracks (en fait ils étaient frères et se nommaient respectivement Kevin et Adrian Godfrey, mais à l’époque on aimait bien les pseudos un peu débiles). Bizarrement, ils seront plus connus pour leurs albums solos que pour les deux excellents disques publiés chez Rough Trade avec leur groupe de branleurs. A l’écoute de cette compilation, on se demande encore pourquoi.

Sorti en 1999 par un label américain, cet album rassemble des prises alternatives des premiers singles du groupe. Un truc un peu bizarre, mais qui reflète parfaitement l’affaire. Zéro complexe, aggression auditive, son pourrave, mais sensation maximum. L’expression brutale de la « tabula rasa » de l’époque, le son de la remise à zéro d’une musique rock devenue outrageusement pompeuse. Le plaisir brutal du bruit, celui de la jeunesse anglaise défoncée qui botte le cul de Genesis, l’essence du « Lad ».

Dissonant, malpropre, mais tellement vivant. Il suffit d’écouter le premier titre, « International Rescue » (au titre prémonitoire), pour en être convaincu (en plus d’être scié sur place, même 40 ans après la bataille). Mais comme ces gens sont anglais, ils ne peuvent pas s’empêcher de faire de la musique. Même perdus dans le bruit, les fantômes de Chuck Berry et Buddy Holly sont là. Les principaux intéressés s’en défendraient, bien sur, ça les feraient trop chier de reconnaitre que cette musique est américaine, et que leur boulot à eux c’est de la remettre de temps en temps sur les rails. Pourtant, ils l’ont toujours fait. Ça ne doit pas les déranger tant que ça.