
Le titre : Bird Machine
L’artiste : Sparklehorse
Le format : 33T/30 cm
La date de sortie : 2023
Le genre : Lève toi et marche
C’est qui ?: Un groupe américain excellent
Qui joue dessus ?: Mark Linkous, Jason Lytle, Spencer Linkous, Melissa Linkous, Steve Nistor, Paul Dillon, Alan Waterhead
Comment ca sonne ? : Comme un disque de Sparklehorse
Qualité du pressage :
Nickel, pour une fois.
Anti / Pressage POL de 2023
Ce qu’on en pense :
Memphis, Tennessee, le 24 avril 1979 :
Le petit Bruce Springsteen, enfin pas si jeune que ça puisqu’il a déjà 30 ans, a réussi à s’introduire en douce à Graceland. Il est là, tout tremblant dans la « southern breeze », devant la tombe d’Elvis Aaron Presley, ne sachant pas trop quoi faire…Alors il lui parle. « Dis-moi, comment t’as fait pour devenir Elvis ? ». Venue d’ailleurs, un voix pleine de reverb rockabilly lui réponds : « Sais pas, j’ai rien compris à ce qu’il s’est passé. Alors je me suis laissé faire. Moi je voulais juste faire plaisir à ma maman. A la fin j’en avais tellement marre que j’étais défoncé H24 et que j’ai finis par mourir assis sur mes chiottes. T’es sur que c’est ça que tu veux ? Allez, maintenant dégage de chez moi.».
Evidemment, rien de tout cela n’est arrivé, car quand on parle aux morts, ils ne répondent pas. Heureusement, sinon on vous laisse imaginer le merdier au Panthéon, à Arlington, ou pire encore, devant les tombes d’Oscar Wilde ou Jim Morrison au père Lachaise.
Tout ça pour dire que les disques posthumes, il faut s’en méfier comme du sourire de Mick Jagger. Faire parler les morts, cela marche rarement. C’est pourtant un album posthume de Sparklehorse qui est publié, 13 ans après que Mark Linkous se soit tiré une balle en plein cœur…
Les précédents honorables existent, comme par exemple l’album posthume de Cohen terminé par son fils. Les exemples indigents existent, hélas, aussi. Là c’est le frère de Linkous qui a rassemblé les bandes et a demandé de l’aide pour finir le boulot à Jason Lytle sur certains titres. Selon lui, l’album était terminés à 90%, la liste des morceaux et leur ordre arrêté, et son frère avait même défini le titre : « Bird Machine » (c’est d’ailleurs son écriture sur la pochette).
Le résultat est un truc étrange. On dirait des morceaux arrangés pour « sonner » comme un disque de Sparklehorse (voix compressée, mellotron, petits bruits parasites dans le mix, etc..). Afin de ne pas mourir idiot, on a immédiatement re-écouté le dernier album en date de Sparklehorse et la différence saute aux yeux. Les arrangements sont ici bien moins riches. Ce n’est pas forcément grave, mais un peu gênant tout de même car c’est bien « Sparklehorse » qui est écrit sur la pochette du disque… On a donc l’impression que les « 90% prêts » étaient en fait 90% de démos plutôt élaborées qui ne demandaient qu’à être arrangées au moment du passage en studio. Il y a même deux ou trois titres un peu faiblards qui laissent penser qu’ils n’auraient peut-être pas été retenus. On pinaille un peu, car la qualité d’écriture et l’aisance mélodique de Mark Linkous demeurent tout de même, faisant de ce disque un bon album.
Heureusement, grâce à l’intelligence artificielle, ce genre de bricolage sera bientôt obsolète et nous pourrons enfin écouter le nouvel album des Beatles, tout en contemplant les océans entrer en ébullition.
PS :
On vient d’assister au Barnum médiatique qu’ont relancé les Stones pour la sortie de leur nouveau single, et contre toute attente, il semble bien qu’ils aient une fois de plus repoussé les limites du temps et de l’espace en étant le premier groupe à avoir sorti un disque posthume de son vivant.