
Le titre : Runaround Sue
L’artiste : Dion
Le format : 33T/30 cm
La date de sortie : 1961
Le genre : Variété
C’est qui ?: Un bon chanteur
Qui joue dessus ?: Pas de crédits, on sait pas.
Comment ca sonne ? : Comme une radio US, avant le carton d’Oswald
Qualité du pressage :
Bonne.
Ace Records – Réédition UK de 1985 (en Mono).
Ce qu’on en pense :
Dion, on peut dire que c’est le genre de mec qui sait viser.
Nous sommes en 1961, et la version « originale » du rock’n’roll est vacillante :
- Presley, revenu du service militaire et se trimballant désormais un pathos biblique suite à la disparition de sa mère, se retrouve transformé en priape à paillettes et passe son temps à Hollywood à faire des films tout nazes en draguant les gonzesses. Enfin, « draguer », ce n’est peut être pas le mot. Suffisait juste qu’il passe la tête par la fenêtre de sa caravane pendant les tournages.
- Les autorités ont réussi à foutre Chuck Berry en taule. Le verdict d’un premier procès sera annulé pour « atitude manifestement raciste du juge » ?!!?. Pour qu’un truc comme cela arrive dans les années 60 aux US, le juge avait vraiment du charger la mule, sûr de son bon droit de blanc caucasien tentant de mettre fin à ce merdier de musique noire qui passe partout à la radio. Le deuxième procès sera le bon : trois ans ferme pour Berry, pour avoir traversé une frontière inter-état en possession d’une arme. Même s’il faut bien dire que Chuck Berry était un sale con, apparemment le second amendement de la constitution de son pays ne s’appliquait pas pour lui.
- Little Richard, jamais le dernier pour la déconne, s’est mis soudainement, en bon gars du sud, à flipper grave pour son âme et à décidé d’arrêter la « musique du diable » pour devenir pasteur (heureusement, ça lui passera).
- Ce pauvre Buddy Holly, se rendant à un concert où il est tête d’affiche, avec Dion justement, monte dans un avion qui déconne. La gravité fera le reste.
Comme s’il avait pressenti que le rock’n’roll reviendrait, et les vannes ayant été ouvertes pour le marché de la musique destinée aux adolescents, Dion s’est retrouvé en position d’enquiller le filon, mais en version gentillette, du genre zéro sur l’échelle de Richter. Il a bien fait, en 1964 les Beatles débarqueront aux Etats-Unis et plus rien ne sera comme avant.
Sa musique peut donc être considérée comme ce que l’on appelle en France « de la variété » (le truc que votre mémé adore). Sauf qu’en France, la variété c’est carrément l’angoisse. Alors qu’aux Etats-Unis, c’est différent. Zéro danger, zéro gros mots, zéro zizi, mais quand même un gigantesque claquement de doigt, en rythme sur la musique. Et ici l’écriture des chansons fait le reste, à des années lumières de Maritie et Gilbert Carpentier.
12 morceaux en 31 minutes, tout plan-plan, tout lisse, comme si les Schtroumpfs avaient monté un groupe. Avec néanmoins une qualité d’écriture certaine et deux scies que le monde lui envie : « Runaround Sue » et « The Wanderer ». Et comme vous le savez, on pardonne tout aux gens qui savent écrire des chansons.
Le disque parfait pour faire le ménage, faire cuire des merguez, ou boire l’apéritif avec vos beaux-parents, qui gardent une souvenir ému de la fois où, tout bourré, vous avez absolument tenu à leur faire écouter « Raw power » (en entier et le volume à fond, évidemment), juste parce qu’ils ne connaissaient pas…
Trois ans plus tard, les Beatles sortiront leur premier disque aux US (« Introducing …The Beatles », la version américaine de « Please please me »), album ouvert par « I saw her standing there », et qui renverra d’entrée au vestiaire le gentil Dion, uniquement par les deux vers d’entame :
Well, she was just seventeen,
And you know what i mean.
Merci Lennon et McCartney.