CHAGRIN

Le titre : Now and then

L’artiste : The Beatles

Le format : 45T/17,5 cm

La date de sortie : 2023

Le genre : Fin des haricots

C’est qui ?:  L’honneur du genre humain

Qui joue dessus ?: John Lennon, Paul McCartney, George Harrison, Ringo Starr

Comment ca sonne ? : Triste

Qualité du pressage :

Bonne.

Apple Records / Pressage Original EU de 2023

Ce qu’on en pense :

Il y a quelque chose d’étrange dans le fait d’acheter, en 2023, le nouveau single des Beatles. Rien que de le dire, ça fait bizarre. Un vrai single en dur, 17,5 cm de diamètre avec un trou au milieu. Et pas un truc remasterisé pour la douzième fois, une vraie chanson originale. Inédite. Sortie des cartons des sessions de l’Anthology de 1995.

C’est lors de la publication de ces trois albums, composés de versions alternatives et de prises inédites, qu’étaient déjà sortis deux titres inédits, Real Love et Free as a Bird , des morceaux fabriqués à partir de démos de Lennon. Ce nouveau titre, également basé sur une démo de Lennon,  avait été travaillé par les trois Beatles bougeant encore, mais laissé de coté. (Ce qui explique la présence d’Harrison au générique).

On a donc le single dans la main, va bien falloir l’écouter. Ça c’est sur, on va le faire, vu que le bazar est quand même vendu 14 balles (et publié en douze-mille versions avec des pâtes différentes – choisissez votre couleur, un peu comme les Imac du retour de Steve Jobs chez Apple. C’est quasiment plus compliqué d’avoir une version pâte noire basique plutôt qu’un machin rouge ou white marble  – Marbre Blanc? S’ils avaient pu techniquement ils auraient p’tet effectivement tenté la version en marbre de Carrare à 599 euros, prix d’ami….)

Le premier truc qu’on entend c’est « One, Two » puis deux silences, comme si le « Three, Four » était tu, juste avant l’accord de piano qui ouvre le morceau. Un « One, Two » égrené par une voix de pépé. Deux voix de pépé en fait, car on pense ne pas se tromper en disant que McCartney dit « One » et Ringo « Two ». On imagine que les deux blancs laissés le sont pour les absents.

 On pense alors  immédiatement au premier morceau du premier album des Beatles et au « One, Two, Three, Four » tonitruant du McCartney de 1963 précédant « I saw her standing there ». Pas un décompte, plutôt un « Oh-Hisse » à la façon des marins, comme pour prendre le monde sur ses épaules, a l’aune de sa jeunesse. Et là, d’un coup, on se sent tout triste.

Triste, parce que toute cette histoire sent le sapin. On aurait pu se douter en voyant la Face-B : Love Me Do. Sur un même single, le premier et le dernier morceau…On se souvient en général du premier livre qu’on a lu (même si c’est « Oui-Oui champion » d’Enid Blyton). Que se passerait t’il si on avait connaissance du dernier qu’on lira jamais? Si en l’ouvrant, un petit message à caractère informatif se déclenchait vous disant « Attention – ceci est le dernier livre que vous lirez », avec un petit jingle doum dam di dam comme pour les annonces de la Sncf en gare……gloups….l’angoisse existentielle absolue.

Après l’intro, la voix de Lennon, qui paraît fébrile parce qu’inhabituelle. Ne supportant pas sa voix, il avait l’habitude de chanter à travers une cabine Leslie (un machin avec des aimants qui modifie le signal, nous demandez pas, on a jamais vraiment compris comment ça marchait). Là ce n’est pas le cas. Un Lennon tout nu, accompagné post-mortem par ses copains. Pour un bon morceau, mais dont la particularité, étourdissante pour les Beatles, est de dégager un sentiment de tristesse absolue. La tristesse, d’habitude , c’est pas le genre de la maison.

C’est sans compter sur la vidéo qui accompagne la sortie du disque, ou l’on voit les deux Beatles restants en studio, parfois le regard dans le vague. Avec un plan saisissant de McCartney et Ringo Starr en plein refrain, accompagnés en incrustation à leurs cotés de Lennon et Harrison version 67. Et là, s’ouvre à nouveau l’abîme existentiel béant provoqué par ce titre…On aurait quand même préféré avoir quatre pépés à  l’écran plutôt que deux.

Revient en mémoire une archive des années 70 où l’on voit Lennon s’agacer lors d’une interview où la journaliste (Gloria Emerson) lui demande pourquoi il s’est politisé, pourquoi il ne veut plus entendre parler des Beatles, pourquoi il fait « campagne pour la paix » comme un con. Lennon lui répond, narquois : « J’ai grandi, pas vous. Vous voulez retrouver les 4 garçons dans le vent , mais c’est fini », tout juste s’il ne lâche pas un lapidaire : « The dream is over » (l’avait déjà fait – cf le texte du morceau « God » sur son premier album solo).

Après avoir répandu la joie et l’optimisme all over the world dans les années 60, le dernier morceau des Beatles dégage une tristesse infinie  et le sentiment que la fête est finie. On le savait déjà, mais qu’eux même le disent, ça nous fait mal aux années 60. On ne voulait pas que cela arrive, mais pour paraphraser Duchamp : c’est toujours les autres qui meurent.

En fait, ce n’est pas un single, c’est une épitaphe.

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