
Le titre : Echoes of the past : The Anthology
L’artiste : Dead Moon
Le format : 33T/4×30 cm.
La date de sortie : 2023
Le genre : Mausolée garage
C’est qui ?: Le groupe préféré de Corin Tucker
Qui joue dessus ?: Fred Cole, Kathleen « Toody » Cole et Andrew Loomis
Comment ca sonne ? : Garage
Qualité du pressage :
Bonne.
Édition originale de 2023 – The Area Rock Recording Company– Pressage US
Ce qu’on en pense :
Extrait des manuscrits de la bière morte, retrouvés dans une cave de Los Angeles en 1964 par Lester Bangs, et souvent attribués au groupe américain « The Sonics » ( mais vraisemblablement apocryphes):
1 – Guitare/basse/batterie et puis c’est tout.
2 – Guitare électrique évidemment, pédale Fuzz hautement recommandée. Volume à fond dans tous les cas.
3 – Accordage nickel facultatif et virtuosité hors sujet.
4 – Gueuler dans le micro des textes insignifiants, même en chantant faux, c’est l’intention qui compte.
5 – Prise de son à l’arrache et pas de production, les arrangements c’est pour les frimeurs.
6 – Si personne ne vous signe (« les majors c’est des cons et de toute façon on n’ira pas »), pas de problème, monter son propre label pour éditer ses disques. (Option : faire aussi ses pochettes soit même).
7 – Commencer jeune et ne jamais s’arrêter, quitte à avoir l’air un peu con la soixantaine arrivée. Mais normalement, à ce stade, vous aurez acquis le statut de « légende underground ».
8 – Connaître la compile « Nuggets » de Lenny Kaye PAR COEUR.
9 – Cracher au ciel en pensant qu’on ne mourra jamais.
10 – Ne pas parler aux hippies.
Selon le décalogue du rock garage précédemment cité, le groupe américain Dead Moon coche toutes les cases.
Trio originaire de Portland et actif de 1987 à 2016, Dead Moon était composé d’Andrew Loomis, de Kathleen « Toody » Cole et de son mari Fred Cole. Cole, véritable relique du binaire neuneu, opérant dans des formations garage depuis le début des années 60. On parle donc d’un mec né en 1948 et jouant toujours sur scène une musique d’adolescent attardé à plus de soixante ans (il le fera jusqu’a sa mort, en 2017). La longévité de Jagger, à la dure, sans les jets privés et les assistants serviles. Une certaine idée de ce que doit être un groupe de rock, la ténacité primant parfois sur le talent, mais là n’est pas le sujet. Trois accord, tout à fond, et le reste on s’en fout. Sans artifice, et tout pour le rock’n’roll.
Musicalement, Dead Moon est un groupe un peu étrange car Cole à parfois des intonations proche de celles de Bon Scott. AC/DC sans le marteau du tonnerre d’Angus Young… Mais l’essentiel est là : la simplicité formelle, l’attitude adolescente « fuck la mort » et les grands coups de guitare derrière les oreilles. Oui-oui au royaume du binaire crado.
Publié à l’origine en 2006 chez Sub Pop, et constituant à la fois une sorte de résumé, autant qu’un testament de la carrière du groupe, cette compilation vient de faire pour la première l’objet d’une publication en vinyle (autant dire qu’avant elle n’existait pas puisque, vous le savez, le vrai format du rock’n’roll c’est ….bip….ok, on arrête). Tout sonne nickel (enfin « nickel » pour un groupe garage, s’entend) et est assemblé dans un coffret tout beau, comprenant même un machin en mousse à l’effigie du groupe dans lequel vous pouvez glisser votre cannette de bière.
Une musique pour la beauté du geste. Pour l’attitude. Pour le ressenti, celui d’être vivant. L’attitude des gamins qui autrefois montaient des groupes dans leur garage après avoir écouté, en vrac : The Velvet Underground, The Stooges, The Troggs, The Sonics, The Rolling Stones, etc, etc… (pour la liste complète demandez à Legs McNeil). Un truc disparu, déjà mort au moment où Dead Moon s’est formé, inexistant aujourd’hui, mais dont la force demeure pourtant (pour ceux qui aime ça). Ce n’est pas un hasard si le coffret à pour titre « Echoes of the past » et si, sur le premier morceau de ce coffret, Cole s’époumone en beuglant : « I’m in a graveyard ».
Un vrai paradoxe. Une musique morte, mais autrefois si vivante qu’elle n’en finit plus de mourrir.