NEUNEU

Le titre : Dungeon Master

L’artiste : Gus Englehorn

Le format : 33T/30 cm.

La date de sortie : 2022

Le genre : Rock indé générique

C’est qui ?: Un surfeur à la retraite

Qui joue dessus ?: Gus Englehorn

Comment ca sonne ? : Fait à la maison

Qualité du pressage :

Bonne.

Secret City Records – Pressage original CAN

Ce qu’on en pense :

Contrairement à l’Angleterre, il y a aux Etats-Unis une véritable tradition de la musique « bricolée ». Le truc que la presse appelle « low-fi » et dont Lou Barlow ou Robert Pollard sont les papes officieux. (On aurait aussi bien pu dire Daniel Johnston, plus « low-fi » que lui, tu meurs.)

La musique des gens « bizarres », celle de ceux qui font leur truc dans leur coin et assument généralement eux-mêmes la production de la pochette de leurs disques avec un boite de Crayola, des collages de coupures de presse ou un Polaroid. La musique du « nerd », finalement devenu un figure commode de l’industrie du divertissement.

Digression malveillante à l’égard des groupes « indés » américains :

Tout cela remonte à l’émergence du rock indépendant en Angleterre, le label Factory Records en tête. Pour le label de Tony Wilson, tout était « bricolé », même si le visuel était pourtant confié à Peter Saville, formé aux Beaux-Arts, mais capable de rendre l’affiche d’un concert deux jours après que le groupe ait replié le matos. La vraie esthétique « do it yourself », on la doit aussi à des groupes comme The Fall, dont la facture des pochettes des premiers singles (collages, écriture manuelle et rendu photocopieuse) sera reprise par une large majorité de groupes indés américains: Black Flag, The Dead Kennedys, Sonic Youth ou Pavement (ces derniers allant même jusqu’à piller musicalement Mark E. Smith comme des gorets, mais c’est un autre sujet). Bizarrement, cela n’arrivera pas au plus grand des groupes américains de l’époque, Pixies,  qui signera avec le label anglais 4AD, pour qui la production visuelle comptait autant que le contenu des disques, parfois au détriment de son catalogue.)

Il faut bien dire que, quand vous êtes américain, il n’en faut pas beaucoup pour que vous soyez catapulté dans la catégorie « nerd » : un livre d’Albert Camus dans la musette, une aversion pour les armes à feu ou la simple reconnaissance du bien commun, et des lois qui vont avec, comme une nécessité et c’est bon : vous êtes communiste, le nerd ultime pour les américains. C’est peut être aussi pour cela que, pour la majorité des habitants des USA, les français sont des « nerds ». Mais des « nerds » qui leur plaisent, de gentils « nerds », version Disney, parce que…Paris, parce que…Gabrielle Chanel (même si c’était une salope), parce que la baguette, parce que l’apéritif, l’anisette, les croissants et par dessus tout l’élégance infinie des autochtones possédant deux chromosomes X.

Tout cela pour dire qu’au premier regard jeté sur la pochette de ce disque (une photo floue d’un gars déguisé en pape façon Marvel avec une cape), on comprend où on est. On sent que ça va être un truc que n’importe quel quarterback de base qualifiera de bizarre ou naze, claquant les fesses de sa cheerleader préférée dans le même mouvement. Lui, il s’y connaît en musique, son père a tous les albums des Eagles.

Pour notre plus grand plaisir, c’est le cas. Un vrai disque « indé », avec en plus un véritable talent pour l’écriture. Des morceaux sans cadre précis et dont la qualité est de pouvoir basculer à tout moment vers quelque chose de différent, comme si on avait caché une chanson à l’intérieure d’un autre («The Gate », premier morceau de l’album). Seul défaut, les deux derniers morceaux ne sont pas à la hauteur du reste, placés à la fin de la face B, comme si le musicien avait hésité à les virer, ce qui aurait pourtant fait de l’ensemble un disque parfait. Dans une autre vie, Gus Englehorn était surfeur des neiges, carrière professionnelle, sponsors, dents blanches et tout le bastringue. Sa carrière finie, il a pris une guitare et depuis il fait de la musique, bien mieux que la plupart des ses contemporains. Peut-être que certains groupes anglais devraient en faire autant et troquer leurs guitares pour un surf.  Sauf qu’en Angleterre il n’y a ni montagnes, ni déferlantes.

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