CADEAU BONUX

Le titre : No Name

L’artiste : Jack White

Le format : 33T/30 cm.

La date de sortie : 2024

Le genre : PLAY IT LOUD!

C’est qui ?: Un tapissier qui joue bien de la guitare

Qui joue dessus ?: Jack White, Dominic Davis, Patrick Keeler, David Swanson, Olivia Jean, Daru Jones, Scarlett White

Comment ca sonne ? : Brutal

Qualité du pressage :

Nickel.

Édition originale de 2024 – Third Man Records – Pressage US

Ce qu’on en pense :

L’été dernier, Jack White a fait une blague.

Fin Juillet, il a demandé aux employés tenant la caisse des deux magasins de son label Third Man Records (Détroit et Nashville) de glisser en supplément, dans le sac des acheteurs, un disque gratos, cadeau de la maison. Un truc tout blanc, sans pochette, sans étiquette, genre « test pressing ».

Apparemment les clients l’ont écouté et se sont aperçus que le contenu ressemblait furieusement à un album de Jack White, totalement inédit. Ni une, ni deux, Internet a vrombi de la rumeur (avec des vidéos du genre « Jack White à sorti un disque qui n’existe pas » et mise en ligne du contenu, qui du coup n’était accessible que via l’écoute d’une vidéo Youtube). Dans le genre « faut pas s’aimer », écouter un disque de cette façon , ça vaut des points…. Et bien sur, les gens qui avaient eu le cadeau dans leur musette se sont empressés de tout bazarder sur Discogs, avec des tarifs approchant les 600 €. Gloups ! D’autant plus que ceux qui se sont fadé l’écoute sur Youtube ont pu constater que le disque avait l’air excellent.

On n’a pas fait d’école de commerce, mais si la nouvelle façon de vendre un disque c’est ça, on n’est pas sur d’être ravi. Toujours est il que le disque a tout de même été commercialisé ensuite, dans une version abordable pour la plèbe.

Franchement, avec Jack White on avait un peu lâché l’affaire. Des albums moyens, au genre indéfini, avec à chaque fois la même sensation : pourquoi il ne fait plus ce qu’il sait faire? D’un autre coté, on comprend aisément que ses disques solos devaient s’éloigner des albums des White Stripes, sous peine de redites. Sauf que le genre (la musique rock) est en soi une forme d’expression limitée, condamnée à la répétition. On ne compte plus le nombre de musiciens qui ont voulu s’éloigner de leur manière de faire initiale, sortant plusieurs disques moyens avant, le temps passant, de revenir à ce qu’ils faisaient à leur début, pour de meilleurs disques.

Comme si un disque de rock ça pouvait être original. La bonne blague. C’est le même morceau depuis le début, et de toute façon c’est un morceau de Robert Johnson, alors bon…arrête de réfléchir, allume ton ampli (à fond, bien sur) et fait ce que tu sais faire. C’est exactement ce qu’a fait Jack White sur ce disque. En formation ramassée. Façon garage, son cradingue et grosses guitares en avant comme le genre l’exige, comme avant.

Et comme c’est un bon guitariste, doublé d’un bon chanteur, le résultat est excellent. Son meilleur disque solo à ce jour, et de loin.

« JESUS DIED FOR SOMEBODY’S SINS, BUT NOT MINE »

Le titre : Wild God

L’artiste : Nick Cave and The Bad Seeds

Le format : 33T/30 cm.

La date de sortie : 2024

Le genre : Saville Row

C’est qui ?: Un mec qui a assisté au « couronnement » du prince Charles, non de Charles III, non de…en fait, on s’en fout

Qui joue dessus ?: Nick Cave, Warren Ellis, Thomas Wylder, Martyn Casey, Jim Sclavunos, George Vjestica, Carly Paradis

Comment ca sonne ? : Mal

Qualité du pressage :

Pas top.

Édition originale de 2024 – Bad Seed / Play it again Sam– Pressage UK

Ce qu’on en pense :

Nick Cave, c’est le genre d’artiste dont on attend la sortie des disques. Un type qui vous fait aller chez le disquaire le jour de la sortie, pour rentrer immédiatement à la maison et écouter l’album, le téléphone débranché. Le type qui a écrit «Jubilee Street », « The Mercy Seat », « Tupelo », « Red right hand », « Papa won’t leave youy, Henry », etc, etc…la liste est longue.

Ayant écouté le (bon) « single » (« Wild God »), mais tout de même un peu anxieux considérant la tournure qu’avait pris sa musique sur ses dernières publications, on pose le disque sur la platine. Et là, dès les premières mesures, on se demande ce qu’il se passe. Au niveau du son, et au niveau des arrangements.

On savait, depuis le départ de Mick Harvey et de Blixa Bargeld, que ses disques sonnaient différemment, la production étant désormais largement assurée par Warren Ellis. Et à l’écoute de l’entame du disque, la pire de tous les albums publiés par Nick Cave and The Bad Seeds, on se demande si l’apport de Warren Ellis est vraiment bénéfique. Si, quelque part, on aurais pas envie de lui faire bouffer ses claviers, son MacBook Pro et sa barbouze de 30 cm de long. Et c’est sans compter sur l’emploi d’un chœur en arrière plan, façon gospel pénible, qui sera omniprésent sur l’ensemble de l’album. Sidéré, on constate qu’on est en train d’écouter le premier disque de Nick Cave dont on n’aime pas le son.

Et s’il n’y avait que les arrangements, pompeux comme une messe du Dimanche, on pourrait peut être passer outre, sauf que depuis quelque albums, le chant a lui aussi changé. Autrefois éructant, rempli d’animosité, d’acrimonie ou de colère, de tout ce que vous voulez sauf de mièvrerie, le chant est passé de la harangue vindicative à la plainte contrite. Le tout enrobé d’une « gospelisation » quasi permanente. C’est tout juste s’il ne fait pas péter une reprise d’ « Amazing Grace ». Etant tout blanc comme un croque mort, il ne doit pas oser…

Alors que reste t’il à Nick Cave? Le verbe, bien sur, qui est plutôt la spécialité de la grande saucisse australienne, surtout depuis qu’il passe sa vie à essayer de devenir Leonard Cohen, à répondre aux questions de ses fans sur son site (mais pas des questions sur sa marque de bière préférée, plutôt des trucs sur la mort, Dieu, la vie, Dieu, le chagrin, Dieu et Dieu), à publier des livres d’entretien sur son travail, ou à s’assoir sur scène pour répondre au public dans des célébrations du genre « An evening with Nick Cave ». Sauf que là aussi, on ne comprends pas trop ce qui se passe.

En effet, et depuis quelques années, Nick Cave parle sans arrêt du bon dieu. Il l’a toujours plus ou moins fait, sauf que désormais il a troqué le dieu colérique de l’ancien testament pour celui, beaucoup moins rock’n’roll, qui passe sa vie à glander au Vatican, et qui, franchement, emmerde tout le monde. (Si vous ne savez pas distinguer l’un de l’autre, c’est pas dur. Le premier a demandé à Abraham de sacrifier son fils pour éprouver sa foi, avant d’arrêter son bras au dernier moment – mouhahaha!, alors que le deuxième a laissé un connard flinguer John Lennon, c’est dire s’il est nul). En dehors de toute référence biblique, là ou encore récemment on pouvait entendre « I got love in my tummy, and a tiny little pain / and a ten ton catastrophe, on a sixty pound chain » on a « It’s Sunday morning and i’m holding your hand ». C’est pas que c’est pas bien, juste que le goût est …différent, et les images évoquées sont quand même, sur l’ensemble des textes, un peu fadasse sur les bords.

Si êtes parvenu à rester jusqu’à la fin de la première face (le deuxième morceau, « Wild God » étant tout de même excellent), il va falloir vous accrocher grave dès le début de la deuxième face, qui débute par le morceau « Conversion ». Tout commence a peu près bien sur les trois premiers couplets, malgré des arrangements pénibles, quand soudain…c’est le retour du chœur « gospel du dimanche », qui tout au long de la deuxième moitié du titre va bourriner la même phrase : « Touch by the spirit, touch by the flame »….Franchement, euh…., pffff, …maman !!! Si vous n’êtes pas parti en courant, il y a de forte chance que le morceau suivant vous achève, tant les arrangements, le texte (des chevaux cannelles…., un lune de fraise….), le chant plaintif et un contre chant pas top dans le fond du mix sont pénibles. Vous avez tenu jusque là ? Bravo, vous avez des oreilles d’acier.

Nick Cave a toujours eu la classe, en costard tout nickel. Mais depuis quelque temps, vous l’aurez surement remarqué, il porte systématiquement des cravates et se teint les cheveux, comme si on allait pas voir son âge…Le problème c’est que sa musique est devenue pareille : en cravate et avec une teinture à la con.

SOUTHERN COMFORT

Le titre : I’m Just a Prisoner

L’artiste : Candi Staton

Le format : 33T/30 cm.

La date de sortie : 1970

Le genre : L’Amérique comme on l’aime

C’est qui ?: Une chanteuse de l’Alabama

Qui joue dessus ?: Candi Staton et les musiciens du studio Fame

Comment ca sonne ? : Cool as fuck

Qualité du pressage :

Parfaite.

Réédition de 2023 – Kent Soul – Pressage UK

Ce qu’on en pense :

Les gens du labels Kent, une sous-division du label anglais Ace Records, on devrait leur donner une médaille. Déjà responsables d’un nombre incalculable de rééditions parfaites, ils viennent de rééditer le deuxième album de Candi Staton, un truc absolument introuvable en vinyle depuis des lustres de ce coté de l’Atlantique. Avec notes de pochettes et son nickel. C’est carrément Noël !

Si vous aimez la musique populaire américaine des années 60, vous allez transpirer juste à l’énoncé du programme : enregistré en 1969 à Muscle Shoals – Alabama, produit par Rick Hall, et personnel engagé pour les sessions : les musiciens du label Fame. Le grand chelem de la nation soul (si cela vous intéresse, vous pouvez lire l’excellent livre de Peter Guralnick sur le sujet : « Sweet Soul Music »/ Editions Allia. D’ailleurs vous pouvez lire tout ce qu’a publié Guralnick, c’est systématiquement excellent).

Dans les notes de pochettes, Candi Staton raconte qu’elle a, le même jour, rencontré Clarence Carter (co-auteur de certains des morceaux), rencontré Rick Hall et signé sur le label Fame, avec distribution Capitol Records. Et ensuite, zou, tout le monde en studio pour une première session qui a donné « I’d rather be an old man sweetheart (than a young man’s fool) ». Une tuerie intégrale, à en perdre ses cheveux, et à la hauteur des meilleurs enregistrements du label. Et le reste de l’album est excellent, avec tout l’attirail du label Fame vent debout : qualité d’écriture, groupe de tueurs, section de cuivres de l’enfer, groove létal et chant habité, comme pour toutes les grandes chanteuses de soul-music (elles viennent toutes du Gospel, ça doit aider).

Digression sur le terme « soul-music » :

On ne sait pas trop ce que ça veut dire et cela sonne un peu ronflant comme titre. Du rythm‘n’blues ? Sûrement. En tout cas, pas du R’n’B comme on l’entend aujourd’hui. (Entrez R&B sur Itunes Music ou Spotify et vous prendrez la mesure du malentendu). En fait, on peu considérer que la soul-music, c’était le rock’n’roll des afro-américains. Au moins, cela, il ne se l’ont pas fait piquer par des petits blancs venus d’Angleterre.

Tout ça pour dire que ce genre de disque, un parmi tant d’autres publié à cette époque, révèle le puits sans fond qu’est la musique populaire américaine de la deuxième moitié du XXème siècle, encore vivace même à 50 ans de distance.

Le genre de truc qui fait qu’on se retrouve aujourd’hui à acheter plus de rééditions que d’albums sortis récemment, au risque de passer pour un vieux con, mais on s’en fout. Comme disait Philippe Paringaux : « c’est ceux qui aiment qui ont raison ».

MODULATION DE FRÉQUENCE

Le titre : At the BBC

L’artiste : Pixies

Le format : 33T/3×30 cm.

La date de sortie : 2024

Le genre : Emissions de radio

C’est qui ?: Le groupe préféré de Kurt Cobain

Qui joue dessus ?: Black Francis, Joey Santiago, Kim Deal, David Lovering

Comment ca sonne ? : Brut

Qualité du pressage :

Nickel, pour une fois. Ce n’est pas toujours le cas chez 4AD

Edition originale de 2024 – 4AD – Pressage EU

Ce qu’on en pense :

Vous en conviendrez sûrement, mais lorsqu’on voit chez le disquaire un nouveau disque avec écrit dessus « Pixies », édité par 4AD, on a envie de l’acheter. Même si une petite voix vous dit que c’est bizarre un triple album de Pixies en 2024, et sur ce label. Même si la même petite voix insiste en disant : fait gaffe, si ça se trouve, tu as déjà, sur un autre disque, les morceaux figurant sur celui là, et comme maintenant t’es vieux, t’as oublié. Même si cette petite voix vous dit : barres toi, l’industrie du disque c’est des voyous.

La même petite voix vous dira : putain, un nouveau disque de Pixies, on l’achète! Tu déconnes ou quoi?

A l’instar des Alcooliques Anonymes, ou des Narcotiques Anonymes (ça existe, c’est la version défonce du truc), on pourrait monter une association appelée les Fans Anonymes (bon, d’accord, c’est moins grave comme problème, c’est juste pour déconner).

On voit d’ici le genre de scène qui pourrait s’y tenir :

Bonjour, je m’appelle Dave, et je suis fan de Queen.

L’assemblée : Bonjour Dave. T’inquiètes, on prend tout le monde.….reprend un donut.

Ou alors :

Bonjour, je m’appelle Tom, et cela fait maintenant 234 jours que je n’ai pas acheté de réédition pourrie des Rolling Stones.

Michel (son parrain) : c’est bien, Tom. Plus que 26 jours et tu auras franchi la première étape.

Pire encore :

Bonjour. Je m’appelle Régis, et hier j’ai craqué, je suis allé à la Fnac et j’ai acheté plein de rééditions de merde de Led Zeppelin.

Kevin (son parrain) : Putain, Régis….

Régis : Oui, je sais. Mais tu l’as écoutée la prise 4 de « Stairway to heaven », celle où on entend Jimmy Page faire un pain à 2’34’’

Kevin : De quoi ? C’est laquelle, tu dis ?

C’est triste à dire, mais l’industrie du disque s’est longtemps gavée en s’appuyant sur ce genre d’addictions. (Sans parler du passage du vinyle au CD dans les années 80, où elle à pu refourguer la totalité de son catalogue, en vendant plus cher un produit au prix de revient inférieur à des gens qui l’avait déjà.)

Donc là, c’est un peu la même : pour la première fois en vinyle, les Peel Sessions de Pixies. Youpi ! Sauf que c’est en partie inexact, deux de ces sessions figurant déjà sur l’édition vinyle du 25ème anniversaire de « Doolittle » (en l’écrivant, on se rend compte du ridicule de la chose et on espère un jour être guéri…).

Les Peel Sessions de Pixies, donc. Au nombre de six, une par face et dans l’ordre chronologique, s’étalant de 1988 à 1991. Une espèce de « foire au slip » avec des versions similaires des morceaux que vous connaissez déjà, peu de versions différentes (Velouria, avec juste le gros Charles à la guitare, ou Allison, avec seulement une guitare rythmique cradingue et une basse) et trois inédits, mais qui sont en fait des reprises : In Heaven, Wild Honey Pie et Hang On To Your Ego . Tenant plus du document que de l’album, ce disque n’apporte pas grand chose à la discographie du groupe.

Mais tout ça…on s’en fout, il y a « Pixies » écrit sur le disque et on s’est mangé tout cru les six faces d’affilée le jour de la sortie, le volume à fond évidemment.

In heaven

Everything is fine

HAPPY DAYS

Le titre : Walk the walk…Talk the talk

L’artiste : The Head Cat

Le format : 45T/30 cm.

La date de sortie : 2011

Le genre : Catalogue de reprises

C’est qui ?: La version toxique de Cream

Qui joue dessus ?: Lemmy Kilmister, Slim Jim Phantom, Danny B. Harvey

Comment ca sonne ? : Comme si Fonzie avait pris de la Benzédrine

Qualité du pressage :

Bonne.

Réédition de 2023 – BMG– Pressage EU

Ce qu’on en pense :

On l’ignorait, mais Lemmy Kilmister ne jouait pas que dans Motörhead. Il avait aussi un groupe, un trio, avec Slim Jim Phantom (le batteur des Stray Cats) et Danny Harvey (le guitariste de The Rockats, un groupe anglais de Rockabilly).

Le groupe de Lemmy quand il s’emmerdait le dimanche, ou quand il arrêtait deux secondes les amphètes pendant le carême.

Bien sur, cela ne ressemble pas à Motörhead, même s’il y a aussi « head » dans le nom (pour des raisons grivoises, on imagine) et que le slogan pourrait être le même que celui que Lemmy beuglait en montant sur scène avec son groupe: We are Motörhead, and we play ROCK’N’ROLL !

Car c’est bien le sujet de l’affaire, une célébration de la musique binaire qui a fait transpirer une bonne partie des adolescent(es) nés dans le monde occidental après la deuxième guerre mondiale. Un album constitué de reprises pour le plaisir, mais avec tout de même, au début du disque, une composition originale de haute tenue intitulée « American Beat », afin que les choses soient claires. Le seul morceau où Lemmy prend sa voix « Motörhead », le reste étant composé de reprises racées : Chuck Berry, Eddy Cochran, Wanda Jackson, Presley, etc…Une vraie playlist d’Ehpad, avec pour particularité d’entendre Lemmy chanter certains morceaux d’une voix qu’on qualifierait presque de douce (I ain’t never).

En fait, tout cela sonne un peu comme une sorte « groupe de mariage » ultime, de ceux qu’on voit dans les films anglo-saxons. Des mecs en costumes égrenant le répertoire de la musique populaire américaine pendant que le tonton déchiré danse avec sa nièce qui se marie, putain déjà ? mais j’ai quel âge ? ….qu’est-ce qui a bien pu se passer ? Je boirais bien un coup…

Le disque parfait pour rouler bourré. Lorsque vous vous ferez arrêter par les képis, le volume à fond, la clope au bec et la bouteille de Jack Daniel’s coincée entre les cuisses (ça rentre pas dans le porte-gobelet, fait chier…), vous aurez certes l’air d’un gros con qui fait n’importe quoi, mais un petit vernis de coolitude adolescente suintera de tous vos pores lorsque le brigadier Durand vous dira : « Monsieur, descendez du véhicule s’il vous plait, et éteignez moi ce boucan. »

IN MEMORIAM

Le titre : Echoes of the past : The Anthology

L’artiste : Dead Moon

Le format : 33T/4×30 cm.

La date de sortie : 2023

Le genre : Mausolée garage

C’est qui ?: Le groupe préféré de Corin Tucker

Qui joue dessus ?: Fred Cole, Kathleen « Toody » Cole et Andrew Loomis

Comment ca sonne ? : Garage

Qualité du pressage :

Bonne.

Édition originale de 2023 – The Area Rock Recording Company– Pressage US

Ce qu’on en pense :

Extrait des manuscrits de la bière morte, retrouvés dans une cave de Los Angeles en 1964 par Lester Bangs, et souvent attribués au groupe américain « The Sonics » ( mais vraisemblablement apocryphes):

1 – Guitare/basse/batterie et puis c’est tout.

2 – Guitare électrique évidemment, pédale Fuzz hautement recommandée. Volume à fond dans tous les cas.

3 – Accordage nickel facultatif et virtuosité hors sujet.

4 – Gueuler dans le micro des textes insignifiants, même en chantant  faux, c’est l’intention qui compte.

5 – Prise de son à l’arrache et pas de production, les arrangements c’est pour les frimeurs.

6 – Si personne ne vous signe (« les majors c’est des cons et de toute façon on n’ira pas »), pas de problème, monter son propre label pour éditer ses disques. (Option : faire aussi ses pochettes soit même).

7 – Commencer jeune et ne jamais s’arrêter, quitte à avoir l’air un peu con la soixantaine arrivée. Mais normalement, à ce stade, vous aurez acquis le statut de « légende underground ».

8 – Connaître la compile « Nuggets » de Lenny Kaye PAR COEUR.

9 – Cracher au ciel en pensant qu’on ne mourra jamais.

10 – Ne pas parler aux hippies.

Selon le décalogue du rock garage précédemment cité, le groupe américain Dead Moon coche toutes les cases.

Trio originaire de Portland et actif de 1987 à 2016, Dead Moon était composé d’Andrew Loomis, de Kathleen « Toody » Cole et de son mari Fred Cole. Cole, véritable relique du binaire neuneu, opérant dans des formations garage depuis le début des années 60. On parle donc d’un mec né en 1948 et jouant toujours sur scène une musique d’adolescent attardé à plus de soixante ans (il le fera jusqu’a sa mort, en 2017). La longévité de Jagger, à la dure, sans les jets privés et les assistants serviles. Une certaine idée de ce que doit être un groupe de rock, la ténacité primant parfois sur le talent, mais là n’est pas le sujet. Trois accord, tout à fond, et le reste on s’en fout. Sans artifice, et tout pour le rock’n’roll.

Musicalement, Dead Moon est un groupe un peu étrange car Cole à parfois des intonations proche de celles de Bon Scott. AC/DC sans le marteau du tonnerre d’Angus Young… Mais l’essentiel est là : la simplicité formelle, l’attitude adolescente « fuck la mort » et les grands coups de guitare derrière les oreilles. Oui-oui au royaume du binaire crado.

Publié à l’origine en 2006 chez Sub Pop, et constituant à la fois une sorte de résumé, autant qu’un testament de la carrière du groupe, cette compilation vient de faire pour la première l’objet d’une publication en vinyle (autant dire qu’avant elle n’existait pas puisque, vous le savez, le vrai format du rock’n’roll c’est ….bip….ok, on arrête). Tout sonne nickel (enfin « nickel » pour un groupe garage, s’entend) et est assemblé dans un coffret tout beau, comprenant même un machin en mousse à l’effigie du groupe dans lequel vous pouvez glisser votre cannette de bière.

Une musique pour la beauté du geste. Pour l’attitude. Pour le ressenti, celui d’être vivant. L’attitude des gamins qui autrefois montaient des groupes dans leur garage après avoir écouté, en vrac : The Velvet Underground, The Stooges, The Troggs, The Sonics, The Rolling Stones, etc, etc… (pour la liste complète demandez à Legs McNeil). Un truc disparu, déjà mort au moment où Dead Moon s’est formé, inexistant aujourd’hui, mais dont la force demeure pourtant (pour ceux qui aime ça). Ce n’est pas un hasard si le coffret à pour titre « Echoes of the past » et si, sur le premier morceau de ce coffret, Cole s’époumone en beuglant : « I’m in a graveyard ».

Un vrai paradoxe. Une musique morte, mais autrefois si vivante qu’elle n’en finit plus de mourrir.

CHAGRIN

Le titre : Now and then

L’artiste : The Beatles

Le format : 45T/17,5 cm

La date de sortie : 2023

Le genre : Fin des haricots

C’est qui ?:  L’honneur du genre humain

Qui joue dessus ?: John Lennon, Paul McCartney, George Harrison, Ringo Starr

Comment ca sonne ? : Triste

Qualité du pressage :

Bonne.

Apple Records / Pressage Original EU de 2023

Ce qu’on en pense :

Il y a quelque chose d’étrange dans le fait d’acheter, en 2023, le nouveau single des Beatles. Rien que de le dire, ça fait bizarre. Un vrai single en dur, 17,5 cm de diamètre avec un trou au milieu. Et pas un truc remasterisé pour la douzième fois, une vraie chanson originale. Inédite. Sortie des cartons des sessions de l’Anthology de 1995.

C’est lors de la publication de ces trois albums, composés de versions alternatives et de prises inédites, qu’étaient déjà sortis deux titres inédits, Real Love et Free as a Bird , des morceaux fabriqués à partir de démos de Lennon. Ce nouveau titre, également basé sur une démo de Lennon,  avait été travaillé par les trois Beatles bougeant encore, mais laissé de coté. (Ce qui explique la présence d’Harrison au générique).

On a donc le single dans la main, va bien falloir l’écouter. Ça c’est sur, on va le faire, vu que le bazar est quand même vendu 14 balles (et publié en douze-mille versions avec des pâtes différentes – choisissez votre couleur, un peu comme les Imac du retour de Steve Jobs chez Apple. C’est quasiment plus compliqué d’avoir une version pâte noire basique plutôt qu’un machin rouge ou white marble  – Marbre Blanc? S’ils avaient pu techniquement ils auraient p’tet effectivement tenté la version en marbre de Carrare à 599 euros, prix d’ami….)

Le premier truc qu’on entend c’est « One, Two » puis deux silences, comme si le « Three, Four » était tu, juste avant l’accord de piano qui ouvre le morceau. Un « One, Two » égrené par une voix de pépé. Deux voix de pépé en fait, car on pense ne pas se tromper en disant que McCartney dit « One » et Ringo « Two ». On imagine que les deux blancs laissés le sont pour les absents.

 On pense alors  immédiatement au premier morceau du premier album des Beatles et au « One, Two, Three, Four » tonitruant du McCartney de 1963 précédant « I saw her standing there ». Pas un décompte, plutôt un « Oh-Hisse » à la façon des marins, comme pour prendre le monde sur ses épaules, a l’aune de sa jeunesse. Et là, d’un coup, on se sent tout triste.

Triste, parce que toute cette histoire sent le sapin. On aurait pu se douter en voyant la Face-B : Love Me Do. Sur un même single, le premier et le dernier morceau…On se souvient en général du premier livre qu’on a lu (même si c’est « Oui-Oui champion » d’Enid Blyton). Que se passerait t’il si on avait connaissance du dernier qu’on lira jamais? Si en l’ouvrant, un petit message à caractère informatif se déclenchait vous disant « Attention – ceci est le dernier livre que vous lirez », avec un petit jingle doum dam di dam comme pour les annonces de la Sncf en gare……gloups….l’angoisse existentielle absolue.

Après l’intro, la voix de Lennon, qui paraît fébrile parce qu’inhabituelle. Ne supportant pas sa voix, il avait l’habitude de chanter à travers une cabine Leslie (un machin avec des aimants qui modifie le signal, nous demandez pas, on a jamais vraiment compris comment ça marchait). Là ce n’est pas le cas. Un Lennon tout nu, accompagné post-mortem par ses copains. Pour un bon morceau, mais dont la particularité, étourdissante pour les Beatles, est de dégager un sentiment de tristesse absolue. La tristesse, d’habitude , c’est pas le genre de la maison.

C’est sans compter sur la vidéo qui accompagne la sortie du disque, ou l’on voit les deux Beatles restants en studio, parfois le regard dans le vague. Avec un plan saisissant de McCartney et Ringo Starr en plein refrain, accompagnés en incrustation à leurs cotés de Lennon et Harrison version 67. Et là, s’ouvre à nouveau l’abîme existentiel béant provoqué par ce titre…On aurait quand même préféré avoir quatre pépés à  l’écran plutôt que deux.

Revient en mémoire une archive des années 70 où l’on voit Lennon s’agacer lors d’une interview où la journaliste (Gloria Emerson) lui demande pourquoi il s’est politisé, pourquoi il ne veut plus entendre parler des Beatles, pourquoi il fait « campagne pour la paix » comme un con. Lennon lui répond, narquois : « J’ai grandi, pas vous. Vous voulez retrouver les 4 garçons dans le vent , mais c’est fini », tout juste s’il ne lâche pas un lapidaire : « The dream is over » (l’avait déjà fait – cf le texte du morceau « God » sur son premier album solo).

Après avoir répandu la joie et l’optimisme all over the world dans les années 60, le dernier morceau des Beatles dégage une tristesse infinie  et le sentiment que la fête est finie. On le savait déjà, mais qu’eux même le disent, ça nous fait mal aux années 60. On ne voulait pas que cela arrive, mais pour paraphraser Duchamp : c’est toujours les autres qui meurent.

En fait, ce n’est pas un single, c’est une épitaphe.

OSCILLATEUR HARMONIQUE

Le titre : 1

L’artiste : The Beatles

Le format : 2x33T/30 cm

La date de sortie : 2000

Le genre : Patrimoine mondial de l’humanité

C’est qui ?:  Le cauchemar d’Elvis Presley

Qui joue dessus ?: John Lennon, Paul McCartney, George Harrison, Ringo Starr

Comment ca sonne ? : Joyeux

Qualité du pressage :

Bonne.

Apple Records / Pressage Original EU de 2000

Ce qu’on en pense :

McCartney est un type qui ne rechigne jamais à parler à la presse et à évoquer son passé de « Beatle Paul ». L’inverse de Dylan, qui ne donne plus d’interview, ou de Jagger, qui quand il en donne, essaie de raconter à tout le monde qu’il ne se souvient plus de rien….la putain de blague, quand on sait que, depuis plus de quarante ans, son vrai métier c’est comptable.

En fait, être « Beatle Paul », est le présent de McCartney. Pour l’éternité, et il le sait. C’est pourquoi lire une de ses fréquentes interviews est un exercice difficile. Immanquablement, seront évoqués le destin des Beatles, John Lennon, She loves you yeah yeah yeah, les filles qui font pipi dans leurs culottes en hurlant, Sgt Pepper, etc…Immanquablement, vous vous direz: « Tiens, ça fait longtemps que j’ai pas écouté les Beatles » (au moins 15 jours, pour les cas graves…). Immanquablement vous sentirez monter une grosse envie d’y remédier. Allez zou, c’est bien beau les interviews de Paulo, on met un disque.

Alors…les albums on les connaît par cœur, même les versions remasterisées en Stéréo ou en Mono, les lives…y’en a pas des masses et de toute façon c’est sans interêt, les pirates …bof, l’Anthology de 1994 …c’est trop long et cela reste des documents, plus que des disques…je sais pas…fait chier…allez on arrête de réfléchir et on met la compile « One » (version moderne de la compile « Twenty Greatest Hits – The Beatles », pour les vieux), assemblage de tous leurs singles, dans l’ordre chronologique.

Et là, tout revient. Plus fort que la madeleine de Marcel, ou les réminiscences en petits paragraphes de Perec. Une fois encore, pendant quelques minutes, vous aurez 12 ans, le pick-up ou le walkman auto-reverse sur les oreilles, l’harmonica, la basse qui rebondit, Love, love me do, les deux voix de Lennon et McCartney qui s’assemblent, etc…

Car une chose est frappante à l’écoute, outre la mélodie : l’impact du chant à l’unisson des voix de McCartney et Lennon. Un truc vraiment étrange, comme une sorte de bourdon mystique. On se demande d’ailleurs si la fréquence sonore produite par leurs deux voix n’a pas des propriétés étranges, les mêmes que celles produites par la guitare de Chuck Berry sur l’intro de « Johnny B.Goode » ou l’intro de « Teenage Kicks », ou celle de « Pretty Vacant ». Une sorte de résonance, telle que la physique l’entend.

Pour pas se faire chier, et plutôt que de ressortir le livre de Sciences Physiques du lyçée, que, d’ailleurs, on sait plus où il est, on est allé sur Wikipédia chercher la définition de la Résonance:

La résonance est un phénomène selon lequel certains systèmes physiques (électriques, mécaniques, etc.) sont sensibles à certaines fréquences. Un système résonant peut accumuler une énergie, si celle-ci est appliquée sous forme périodique, et proche d’une fréquence dite « fréquence de résonance ». Soumis à une telle excitation, le système va être le siège d’oscillations de plus en plus importantes, jusqu’à atteindre un régime d’équilibre qui dépend des éléments dissipatifs du système, ou bien jusqu’à une rupture d’un composant du système.

Caramba! Maintenant on comprend tout ! Pourquoi tout le monde aime ça, même les allemands!

C’est particulièrement sensible sur « Love Me Do », « From Me to you » ou « I want to hold your hand », et sur tous les singles véritablement écrits de manière conjointe, c’est à dire ceux du début, quand McCartney et Lennon composaient encore ensemble.  A partir de 65/66, ils écriront séparément, et cela se sentira à l’écoute même si les morceaux resteront signés Lennon-McCartney.  (Exemples : Eleanor Rigby : Paulo / Day Tripper : Lennon).

Tout ça pour dire qu’on reste quand même interdit devant l’enfilade de titres, que tout le monde connaît par cœur, même à 60 ans de distance,  établissant tout de même dans l’inconscient collectif que la musique du XXème siècle c’était cela.

C’est d’autant plus étrange que ce n’est même pas tout à fait du rock’n’roll. Cela en à vaguement la forme, mais si cela en était vraiment, il n’y aurait pas eu de place pour les Stones, leur directs contemporains. En fait, on dirait de la musique pour enfants. Chose qui leur a été reproché à l’époque, par un arrière garde de vieux cons, qui n’avaient en fait que l’aspect infantile à leur reprocher (quelques années plus tard, ces mêmes vieux cons pourront se défouler sur les Stones en essayant de les foutre en taule toute la seconde moitié des années 60).

Love Me do / Fom Me to You / She Loves You / I Want To Hold Your Hand / Can’t Buy Me Love / A Hard Day’s Night / I Feel Fine / Eight Days A Week / Ticket To Ride/ Help !

La plus grande enfilade de singles jamais publiés par un groupe, en seulement 3 ans et 7 mois (d’ Octobre 1962 à Juillet 1965…). A partir de la mort de leur manager, Brian Epstein, l’ensemble se délitera (Sgt Pepper : l’album de McCartney, le Blanc : moitié Lennon, moitié MCCartney, moitié Harrison, Let It Be : les engueulades et la fin, publié après Abbey Road, Abbey Road : un dernier pour la route, avant les actions en justice).

C’est tellement bon qu’on ne peut s’empêcher de considérer les premiers singles des Beatles comme la réponse « karmique » de l’Histoire à Auschwitz. Un truc positif et universel. Pour une fois, des mecs brillants, drôles et intelligents parlaient dans le micro. Et en plus, le monde entier les écoutait. Pour un temps, on a pu penser : Un partout, la balle au centre. Jusqu’à ce que le saint patron des pauvres types assassine Lennon devant chez lui, sur un trottoir New-Yorkais, en plein hiver.

RIGOR MORTIS

Le titre : Bird Machine

L’artiste : Sparklehorse

Le format : 33T/30 cm

La date de sortie : 2023

Le genre : Lève toi et marche

C’est qui ?:  Un groupe américain excellent

Qui joue dessus ?: Mark Linkous, Jason Lytle, Spencer Linkous, Melissa Linkous, Steve Nistor, Paul Dillon, Alan Waterhead

Comment ca sonne ? : Comme un disque de Sparklehorse

Qualité du pressage :

Nickel, pour une fois.

Anti / Pressage POL de 2023

Ce qu’on en pense :

Memphis, Tennessee, le 24 avril 1979 :

Le petit Bruce Springsteen, enfin pas si jeune que ça puisqu’il a déjà 30 ans, a réussi à s’introduire en douce à Graceland. Il est là, tout tremblant dans la « southern breeze », devant la tombe d’Elvis Aaron Presley, ne sachant pas trop quoi faire…Alors il lui parle. « Dis-moi, comment t’as fait pour devenir Elvis ? ».  Venue d’ailleurs, un voix pleine de reverb rockabilly lui réponds : « Sais pas, j’ai rien compris à ce qu’il s’est passé. Alors je me suis laissé faire. Moi je voulais juste faire plaisir à ma maman. A la fin j’en avais tellement marre que j’étais défoncé H24 et que j’ai finis par mourir assis sur mes chiottes. T’es sur que c’est ça que tu veux ? Allez, maintenant dégage de chez moi.».

Evidemment, rien de tout cela n’est arrivé, car quand on parle aux morts, ils ne répondent pas. Heureusement, sinon on vous laisse imaginer le merdier au Panthéon, à Arlington, ou pire encore, devant les tombes d’Oscar Wilde ou Jim Morrison au père Lachaise.

Tout ça pour dire que les disques posthumes, il faut s’en méfier comme du sourire de Mick Jagger. Faire parler les morts, cela marche rarement. C’est pourtant un album posthume de Sparklehorse qui est publié, 13 ans après que Mark Linkous se soit tiré une balle en plein cœur…

Les précédents honorables existent, comme par exemple l’album posthume de Cohen terminé par son fils. Les exemples indigents existent, hélas, aussi. Là c’est le frère de Linkous qui a rassemblé les bandes et a demandé de l’aide pour finir le boulot à Jason Lytle sur certains titres. Selon lui, l’album était terminés à 90%, la liste des morceaux et leur ordre arrêté, et son frère avait même défini le titre : « Bird Machine » (c’est d’ailleurs son écriture sur la pochette).

Le résultat est un truc étrange. On dirait des morceaux arrangés pour « sonner » comme un disque de Sparklehorse (voix compressée, mellotron, petits bruits parasites dans le mix, etc..). Afin de ne pas mourir idiot, on a immédiatement re-écouté le dernier album en date de Sparklehorse et la différence saute aux yeux. Les arrangements sont ici bien moins riches. Ce n’est pas forcément grave, mais un peu gênant tout de même car c’est bien « Sparklehorse » qui est écrit sur la pochette du disque… On a donc l’impression que les « 90% prêts » étaient en fait 90% de démos plutôt élaborées qui ne demandaient qu’à être arrangées au moment du passage en studio. Il y a même deux ou trois titres un peu faiblards qui laissent penser qu’ils n’auraient peut-être pas été retenus. On pinaille un peu, car la qualité d’écriture et l’aisance mélodique de Mark Linkous demeurent tout de même, faisant de ce disque un bon album.

Heureusement, grâce à  l’intelligence artificielle, ce genre de bricolage sera bientôt obsolète et nous pourrons enfin écouter le nouvel album des Beatles, tout en contemplant les océans entrer en ébullition.

PS :

On vient d’assister au Barnum médiatique qu’ont relancé les Stones pour la sortie de leur nouveau single, et contre toute attente, il semble bien qu’ils aient une fois de plus repoussé les limites du temps et de l’espace en étant le premier groupe à avoir sorti un disque posthume de son vivant.

DO NOT GO GENTLE INTO THAT GOOD NIGHT

Le titre : The Death Of Randy Fitzimmons

L’artiste : The Hives

Le format : 33T/30 cm

La date de sortie : 2023

Le genre : Grosses guitares

C’est qui ?:  Des Suédois

Qui joue dessus ?: Sir Howlin’ Pelle Almquist, Sir Chris Dangerous, Sir Nichlaus Arson, Sir Vigilante Carlstroem, Sir The Johan and Only

Comment ca sonne ? : Comme une tronçonneuse dans la forêt de Bambi

Qualité du pressage :

Pourrie, une vraie honte. Le seul disque qu’on a du racheter pour avoir une version limite potable (la basique, en pâte noire – n’achetez pas la version « cream » à la con vendue par la Fnac)

Disques Hives / Pressage POL de 2023

Ce qu’on en pense :

Bon. Nous sommes en 2023 et on peut légitimement se demander si le rock’n’roll existe encore.

Quel est le dernier bon disque de rock’n’roll que vous avez écouté ? Une sortie récente et du vrai rock’n’roll, hein, pas Coldplay ou l’album de Blur. Ni une réédition de Johnny Thunders and the Heartbreakers ou du Gun Club. Vous ne savez pas, c’est normal.

Le rock’n’roll, tel que les honnêtes gens l’entendent (à savoir 3 ou 4 personnes plutôt jeunes et en colère, crachant au ciel et invoquant le bruit du tonnerre, toutes guitares en avant), aujourd’hui cela n’intéresse plus personne, sauf pour vendre des places de concerts à des tarifs prohibitifs, instaurant ainsi un étrange tourisme bourgeois dont la raison d’être est le : « je l’ai vu sur scène » (et aussi « j’ai acheté un t-shirt 50 balles, un décapsuleur et des chaussettes avec dessus une grosse bouche qui tire la langue»).

Les jeunes s’en foutent. Ceux qui ont du talent préfèrent, à raison, s’en servir pour faire autre chose et ceux qui ont envie de s’acheter une guitare électrique et de mettre le volume sur 11 sont peu nombreux. On peut donc considérer que le séisme est circonscrit à une période donnée, de 1954 à 1973, en gros. Avec des répliques en 1976, en 1991 et vaguement en 2001. Et puis plus rien. Ce n’est pas grave, même si pour les vieux cons nés au siècle dernier, ça pique un peu.

Peut-on aimer une chose morte? Oui, encore heureux. Personne ne va s’interdire d’aimer, par exemple, les romans de Zola uniquement parce que ces textes sont parus il y a plus d’un siècle. Et écouter « Sgt Pepper» aujourd’hui c’est un peu comme se retrouver à Orsay devant « Le Déjeuner Sur l’Herbe ». Avec l’immense avantage que vous n’êtes pas obligé de vous trimballer à Paris et que, dans votre salon, vous ne serez pas dérangé par l’irruption d’une trentaine de Japonais vous encerclant soudain devant la toile de Manet, façon Blitzgrieg Tour Operator…

Il n’empêche que, de temps en temps, paraissent des disques qui fonctionnent comme une sorte de piqûre de rappel. En général des groupes au format « rock garage ». Et qu’une chose soit claire, il  ne s’agit pas là de nostalgie, mais bien de retrouver une « sensation », à la manière dont Peter Guralnick l’entend quand il dit que « le blues, c’est une sensation ». Pour le rock’n’roll c’est pareil, seule la sensation compte et de toute façon c’est la même musique, l’une étant la version commerciale de l’autre.

C’est pourquoi deux niches,  parmi le fatras  des classifications établies par la presse et les disquaires, sont à même de faire perdurer la sensation dont on parle. D’un coté les groupes dits « psychédéliques », comme « The Black Angels », « The Brian Jonestown Massacre » ou « The Black Rebel Motorcycle Club ». De l’autre des formations « garage » comme « Amyl and The Sniffers », « The Mystery Lights » ou « The Hives ».

The Hives, un groupe comme on les aime. 2 faces pour faire péter 30 minutes de rock’n’roll furieux, à écouter à fond pour faire chier les voisins, tout dans le rouge, en remuant la tête comme un débile. Alors les connards diront que c’est toujours pareil et qu’on à déjà entendu cela 200 fois. On s’en branle et nous les invitons à faire l’acquisition d’une guitare électrique et à nous envoyer leurs démos.

The Hives, c’est la guitare rythmique létale qu’on adore. Jamais de solo. A la place des « riffs » de guitare rythmique. Comme les Kinks, comme Lou Reed (« Sweet Jane » ou « Dirty Boulevard », au hasard), comme Black Francis (« Wave of Mutilation », « Caribou », « Where is my mind », « Nimrod’s son », « River Euphrates », …bon allez, on arrête).

L’aristocratie des accords en barré, l’inverse de Johnny Marr et ses arpèges à la con, la guitare tenue comme un marteau, pour mieux enfoncer le clou. Au paradis, les portes s’ouvrent au son d’un Fa Majeur, c’est bien connu.