MATRICE

Le titre : Louie Louie

L’artiste : The Kingsmen

Le format : 45T/17,5 cm.

La date de sortie : 1963

Le genre : Accident historique

Qui joue dessus ?: Mike Mitchell, Dick Peterson, Steve Peterson, Todd McPherson, Dennis Mitchell

Comment ca sonne ? : Hasardeux

Qualité du pressage :

Bonne.

Disques Vogue – Pressage original FR

Ce qu’on en pense :

Certains morceaux ont une histoire pas possible, improbable, quasiment biblique, et dont la genèse n’est pas très éloignée de la chanson de geste.

Difficile de faire plus prétentieux comme introduction. Et pourtant certains s’autorisent à penser que le rock’n’roll est, avec l’art moderne, le phénomène culturel le plus important du XXème siècle, excuse suffisante pour raconter des conneries et se faire plaisir. Ce genre d’attitude relève en général d’une perte de sens commun issue d’un traumatisme adolescent se traduisant par une forme d’émerveillement dont on ne peut se défaire. C’est pourquoi on leur pardonne, car au fond, l’émerveillement est un sentiment positif et on plaint un peu ceux qui n’en sont jamais les victimes.

A l’origine, « Louie Louie » est un morceau de Richard Berry, un chanteur de rythm’n’blues, un peu tâcheron sur les bords. Qui avait lui même piqué le riff à un groupe appelé « Ricky Riviera & The Rythm Rockers », celui de leur morceau « El Loco Cha-Cha ». Morceau qu’ils n’avaient même pas écrit eux même, la composition en étant attribuée à un certain René Touzet. (Un français ? Punaise, si on pouvait en être sur, on en ferait une gloire nationale). Comme dit Dylan : « Une chanson, c’en est une que tu tiens de quelqu’un d’autre ».

Et un beau jour, un groupe de seconde zone, The Kingsmen, baluchant à Portland depuis la fin des années 50, décida d’ajouter « Louie Louie » à son répertoire. Cela fonctionna tellement bien qu’ils furent capable d’étirer leur version pendant trois-quarts d’heure sur scène tellement le public aimait ça. De toute façon, ils ne savaient pas quoi faire d’autre.

Jusqu’à ce qu’un propriétaire de club les ayant engagé pour un soir, surement impressionné par la quantité de bière qu’il avait pu vendre à la jeunesse pendant le concert, les pousse à enregistrer le titre en studio. Et là, badadoum…, deuxième meilleure vente de singles aux US en 1963, même si le disque fut qualifié à sa sortie par un célèbre DJ de l’époque de « plus mauvais disque de l’histoire du rock’n’roll » (en ces temps là, les DJ de la radio étaient tout puissant et pouvaient faire  la pluie et le beau le temps concernant les ventes, même si le niveau de leur mauvaise foi s’ajustait sur la somme que leur versait les maisons de disques).

Mouahahaha! Plus mauvais disque de l’histoire? Pour dire une connerie comme ça, il n’avait pas du toucher un rond le petit gars. Un disque qu’on peut considérer comme l’acte de naissance du rock garage, le disque qui débute par LE riff : Da da da da daaaaa Da da da Da daaaaa (traduction : Do-Do-Do-Fa-Fa / Sol-Sol-Sol / Fa-Fa). Un riff qu’absolument tous les groupes reprendrons, plus ou moins déformé. Le riff de « Debaser », le riff de « The Passenger », le riff de « Strychnine », le riff de « Smells like teen spirit ». Le même, sous une forme ou une autre.

De plus, le chanteur n’ayant apparemment pas tout a fait saisi les paroles du titre de Richard Berry, sort pendant l’enregistrement un bon gros yaourt inaudible. On ne comprends a peu près rien de ce qu’il dit, sauf apparemment les ligues de vertus de l’époque, auxquelles, même dix ans après Presley, le rock’n’roll foutait toujours des boutons, et qui crurent entendre dans un certain passage une histoire de quequette. (« I felt my boner in her hair »). Et dès qu’on parle de quequette, Edgar J. Hoover, qui en connaissait un rayon, sort de son bureau, convoque ses minions et leur demande d’enquêter. C’est ainsi que le FBI produira un rapport de plus de cent pages sur la chanson…Il n’en fallait pas plus au gamins du lycée pour trouver le morceau encore meilleur.

Reste l’enregistrement des Kingsmen, tout a l’arrache : groupe pas en place, chant approximatif, faux départ en plein milieu du morceau, batterie limite, solo de guitare erratique, texte inaudible. Un truc enfantin, insultant le bon goût, tout comme on aime.

Pour l’auditeur: mouvement de tête de neuneu, battement de pieds de troglodyte. L’épiphanie débile du binaire.

BREXIN

Le titre : Waterloo Sunset

L’artiste : The Kinks

Le format : 45T/17,5 cm.

La date de sortie : 1967

Le genre : God save the Queen

Qui joue dessus ?: Ray Davies, Dave Davies, Pete Quail, Mick Avery

Comment ca sonne ? : Lumineux

Qualité du pressage :

Bonne.

Pye Records – Pressage original FR

Ce qu’on en pense :

Au nom du père, du fils, et du saint esprit.

Ou bien :

Au nom des Beatles, des Rolling Stones, et des Kinks, la trinité des ignorants qui s’en foutent du bon dieu.

Autant les deux premiers ne posent habituellement pas question, mais pour les Kinks ce n’est pas pareil. Les Kinks, c’est un truc bizarre. Une fratrie composée de Ray Davies et Dave Davies, qui n’aura  de cesse de s’engueuler pour le plus grand malheur du groupe. Un peu comme les frères Gallagher, mais  bon…euh… à part la nationalité, on ne voit pas le rapport.

Dave Davies, c’était le coté « rock’n’roll », la guitare saturée, les riffs, les conneries dans les chambres d’hôtel, « You Really Got Me », etc…qui n’a duré que le temps des débuts du groupe.

Ray Davies c’était… la classe intergalactique. Pas rock’n’roll du tout, mais, à l’aise, un des plus grands compositeurs anglais de l’époque. Du genre à prendre Paulo et Lennon en combat singulier.

Et contrairement à ses contemporains, Ray Davies semblait n’être sur terre que pour célébrer son « anglicité », avec ses moyens, en bien ou en mal. Malheureusement pour lui, il ratera le train de la « british invasion » en trouvant le moyen de s’engueuler avec le syndicat des artistes américains, privant son groupe de tournées US pendant les années 60, alors que dans le même temps des groupes d’une moindre importance que le sien ravageront le territoire américain. De quoi renforcer son « anglicitude » ? On ne sait pas.

Ce dont on est certain par contre, c’est que ni les Beatles, ni les Rolling Stones n’auraient pu écrire un morceau comme « Waterloo Sunset ».

Sorti en mai 1967, un mois avant « Sgt Pepper », alors que tout le monde ne parle que de changer le monde, d’arrêter la guerre au Vietnam et de se défoncer au LSD, Ray Davies écrit une chanson sur la gare Londonienne de Waterloo, les lumières des taxis et comment tout ça c’est trop beau vu de sa fenêtre, au coucher du soleil.

Comme quoi, dans la pop music, les paroles on s’en fout un peu, pourvu que la chanson soit là. Et en l’occurrence, pour ce morceau, tout est merveilleux. Les arrangements, le son légèrement suranné, le chant idem, et la mélodie perdue dans la stratosphère.

Peu de chansons font cet effet. Écoutez la, et pendant trois minutes, devenez un soir d’été.

ARME DE DESTRUCTION MASSIVE

Le titre : All Day And All Of The Night

L’artiste : The Kinks

Le format : 45T/17,5 cm.

La date de sortie : 1964

Le genre : Paradis Garage

Qui joue dessus ?: Ray Davies, Dave Davies, Pete Quail, Mick Avery

Comment ca sonne ? : Tout crade

Qualité du pressage :

Bonne.

Disques Vogue – Pressage original FR

Ce qu’on en pense :

31 Octobre 2022 – Bar « Le Truskel » – PARIS / 2ème arrondissement – 23h34

Céline: Ouais, on se fait chier quand même, faudrait on truc du genre le retour du Punk, genre les New York Dolls. Des fringues pas possibles. Chuck Berry joué par des petits blancs défoncés. Ça avait de la gueule.

François : N’importe quoi ! T’y connais vraiment que dalle. Le Punk c’est les Stooges et si on veut pinailler, on peut remonter jusqu’au Velvet Underground.

Céline : Sans dec, t’y connaît zobi. Et « Helter Skelter »? Et les Sonics ?

François : Qui ça?

Céline : C’est bien ce qu’il m’semblait, t’es vraiment un baltringue, retourne écrire des conneries sur ton blog tout naze.

En fait, ni l’un ni l’autre n’a raison. Quand on regarde bien, on se rend compte que la matrice du Punk, c’est les Kinks. Ce que pas grand monde ne semble vouloir reconnaitre, peut-être par paresse ou simplement par mauvaise foi.

Par paresse, parce que les Kinks n’ont sortis que deux singles concernant le sujet (« You Really Got Me » et « All Day And All Of The Night »). Deux titres publiés à quelques mois d’intervalle en 1964. A l’époque les groupes pouvaient sortir un chef d’œuvre par mois, les maisons de disques étant persuadées que cette connerie de pop music n’allait pas durer. 

Par mauvaise foi, parce que les Kinks n’étaient pas un groupe « rock’n’roll ». Pas de matos fracassé comme les Who, pas d’histoire de défonce comme les Stones. Juste les morceaux, avec en plus la célébration de l’albion éternelle, un truc pas du tout moderne, à une époque où la modernité de la pop music signifiait tout.

Sauf que, le 5 mai 1964 (avant « Satisfaction » des Rolling Stones, avant « Strychnine » des Sonics, avant « Sister Ray » du Velvet Underground, avant « Helter Skelter » des Beatles), les Kinks décoffrent un single de l’enfer : « All Day And All Of The Night ».

Le groupe avait déjà sorti « You Really Got Me », avec le riff qui tue, le son crade, les chœurs qui braillent et la bienséance mise au placard. Un monument d’inconvenance en soi. Quelques mois plus tard, le groupe de Ray Davies enfoncera le clou dans la tête des petits anglais avec « All The Day All Of The Night ».

Une sorte  de « You Really Got Me », en plus grand. Son encore plus crade (la légende dit que Dave Davies à tailladé son ampli avec un tournevis, mais on dit aussi cela de Link Wray, alors…). Ligne mélodique plus forte. Refrain braillé à l’unisson, jusqu’a la saturation. Solo de guitare à l’arrache. Histoire en marche.

Même 58 ans plus tard, il est difficile de ne pas rester interdit à l’écoute du riff et de succomber à l’aisance mélodique de la chanson. On n’évoquera même pas le sujet de la chanson qui, lorsqu’il est exprimé avec autant de force, se passe de commentaire.

Même si, quand même, on ne peut s’empêcher de souligner que parfois, peut être à  cause de certaines fréquences, ou simplement par magie, certains passages ont une résonance particulière, voire traumatisante, comme la ligne ou Ray Davies chante « Girl, i want to be with you » juste avant le refrain. Les frissons partout…..

PS :

Pas besoin de dire que ce disque s’écoute dans sa version Mono, même si la pochette est pourrie.

SLAINTE!

Le titre : Come On Eileen

L’artiste : Dexy’s Midnight Runner & The Emerald Express

Le format : 45T/17,5 cm.

La date de sortie : 1982

Le genre : Baloche 4 étoiles

Qui joue dessus ?: Kevin Rowland, Seb Shelton, Giorgio Kilkenny, Billy Adams, Micky Billingham, Big Jimmy Patterson, Paul Speare, Brian Maurice

Comment ca sonne ? : Bastringue policé

Qualité du pressage :

Bonne.

Mercury – Pressage original FR

Ce qu’on en pense :

Edinburgh – 13 Avril 1982 – Pub « The Dead Well »

Jimmy : Allez les gars, on en bois une dernière.

Les gars : Aaaaaye !

Jimmy : Bon, comme vous êtes trop bourrés, j’y vais. 4 pintes de Tennent?

Simon : Aaaaaaye ! Douuuuuze plutôt.

Jimmy : Arrête Simon, t’es lourd.

Jimmy, revenant avec 2 litres de bières dans les bras: P’tain c’était chaud, c’est pété de monde au bar et à mon avis la cloche c’est pour bientôt. Me saoulent les autres avec Culture Club, vous avez écouté le nouveau single de Dexy’s Midnight Runner ? Iain, passe moi une pièce, j’vais au juke-box.

Trois minutes plus tard, les mêmes, debout sur la table : Coooome on Eileen – yaourt alcoolisé – At this moment you mean everything, You in that dress – yaourt alcoolisé – Oh, come oooon , Eileeeeeen.

Le patron du pub : On ferme ! Arrêtez moi ce bordel !

Les gars : Ta gueule Tony !

Il est vrai qu’à l’écoute de ce morceau, pas besoin de se forcer pour imaginer les murgeots de n’importe quel pub du royaume-uni reprendre en cœur le refrain, une pinte à la main, raide mort avant la fermeture. C’est un peu fait pour.

Après un premier album un peu bof, Kevin Rowland était à la recherche d’une nouvelle formule pour son groupe. Personne ne sait pourquoi, il s’est alors mis en tête de faire de la « soul celtique », remplaçant les cuivres par les instruments traditionnels du folklore anglo-saxon, avec violons, accordéon, piano bastringue et banjo. Le tout fringué en salopette horrible. Un truc qui a de quoi foutre la trouille.

C’est donc en 1982 qu’est sorti le deuxième album du groupe, entièrement dédié à cette formule, une sorte de version « variétés » des Pogues avant l’heure, sans  la toxicité, et la classe en moins. Après le succès moyen du premier single, la maison de disque a eu la clairvoyance de sortir « Come On  Eileen » en single. Succès mondial et plus grosse vente de single en 1982 dans les pays anglo-saxons.

Un vrai morceau de « variétés », selon la défintion de Maritie et Gilbert Carpentier, où même si la voix de Rowland est un peu agaçante, il faut bien reconnaître qu’il sait écrire des chansons, comme le montre l’album dont est extrait ce single, encore écoutable quasiment en entier 40 ans après, ce qui n’est pas le cas de beaucoup de disques de ce genre sortis au début des années 80.

C’est un peu craignos sur les bords, mais les arrangements et la chanson sont bons et si vous deviez un jour vous marier, vous donneriez cher pour que Dexy’s Midnight Runner fasse l’orchestre. Rien à voir avec le baltringue qui vous passera les Blues Brothers juste après la pièce montée. Même votre mémé sera ravie.

SINGULARITÉ

Le titre : Marlene / Jackie And Edna

L’artiste : Kevin Coyne

Le format : 45T/17,5 cm.

La date de sortie : 1973

Le genre : Un type avec la tête trop grosse par rapport au reste de son corps

Qui joue dessus ?: Kevin Coyne

Comment ca sonne ? : Comme un AVC

Qualité du pressage :

Bonne.

Virgin Records – Pressage original FR

Ce qu’on en pense :

Afin de promouvoir sa nouvelle entreprise, Virgin Records, Richard Branson était à la recherche de talents singuliers, façon de se démarquer de la concurrence, attitude logique de la part d’un label indépendant. C’est donc la même année (1973) qu’il a signé Mike Oldfield et Kevin Coyne, en se disant : « c’est des originaux, on verra bien ce qui se passe ».

Il s’est donc passé : « Tubular Bells », le machin de Mike Oldfield, propulsé par le succès du film « L’exorciste » (Souvenez vous, c’est le film où une gamine possédée par le devil hurle au prêtre complètement dépassé par les évènements : « Ta mère bute des scythes en enfer ! ».) Un pensum de 4 morceaux seulement, mais d’une durée de 56 minutes. Aïe aïe aïe ! Presque entièrement instrumental, mais par contre intégralement chiant. Y’avait pas que la gamine qui était possédée par le diable…Un disque imbitable, mais une des plus grosses ventes des années 70. Branson était content, son label propulsé dans la stratosphère.

Pour Kevin Coyne par contre, il ne s’est pas passé grand chose. Même si le premier disque qu’il a produit pour Virgin est un chef d’œuvre (« Marjory Razorblade », déjà évoqué ici par un éminent collaborateur), il a du en vendre 50 000 fois moins que son copain de promo. Issu de cet album, le single « Marlene » a été publié 4 fois, avec à chaque fois des morceaux différents en face-B, mais celui qui nous intéresse c’est le pressage français, celui avec « Jackie and Edna » en face-B (même si le morceau figurant sur la face A est excellent aussi).

Kevin Coyne c’était un mec tout bizarre, une sorte de proto-Daniel Johnston. Cela s’entend des les premières mesures et surtout cela s’entend dans son chant et son jeu de guitare.

Coyne jouait de son instrument assis uniquement, en le posant à plat sur ses genoux, et chantait bizarrement, à moitié en parlant du nez, sans vraiment articuler et en roue libre. (Le meilleur exemple étant le premier titre, éponyme, de l’album « Marjory Razorblade », qui du propre aveu de Johnny Rotten a influençé sa façon de chanter pour les Sex Pistols).

Sur « Jackie and Edna », le timbre du chanteur résonne étrangement avec la tristesse du sujet (le sujet étant: mon amour d’enfance à fait des enfants avec un autre donc j’ai les grosses boules). Une sorte de plainte, répandant l’empathie et la solitude dans votre cerveau à la façon d’une goutte d’eau sur un buvard. Et ce qu’il y a de surprenant c’est que le résultat est tout sauf larmoyant, tout sauf triste, et qu’au final, cela fait même un peu peur. Comme peut faire peur la vérité. En tout cas, c’est la plus belle chanson d’amour qui soit. Sinatra et Julio Iglesias peuvent aller se faire foutre. Tranquille.

Post Scriptum :

Dans le même veine, Coyne a écrit « House on the hill », une chanson sur l’asile psychiatrique où était cloîtré son frère et dont il devait s’occuper (figurant sur l’album « Marjory Razorblade »). Si vous n’avez pas la patate, évitez de l’écouter. Le texte et la mélodie sont formidables, mais c’est un peu comme s’il y avait un prix à payer.

USONIEN

Le titre : A Little More With Reigning Sound

L’artiste : Reigning Sound

Le format : 33T/30 cm.

La date de sortie : 2021

Le genre : Musique populaire digérée

C’est qui ?: Le groupe de Greg Cartwright

Qui joue dessus ?: Greg Cartwright, Alex Greene, Greg Roberson, Jeremy Scott, Graham Winchester, Coco Hames, John Whittemore, Elen Wroten, Krista Wroten

Comment ca sonne ? : Comme le glissement des pneus sur l’asphalte, entre Phoenix et Tucson – 10 AM – Temp : 77°F

Qualité du pressage :

Moyenne (il y a des clicks).

Merge Records – Pressage original US

Ce qu’on en pense :

Reigning Sound est le groupe de Greg Cartwright. Un de ces types peu connus, mais qui pourtant sont le sel de la musique américaine. Disquaire, producteur, musicien dans plusieurs groupes, et pas des moindres (The Detroit Cobras, The Oblivians). En plus, il est né à Memphis. Un vrai pedigree de champion.

Tout comme Wilco, Giant Sand, The Sadies, ou de multiples autres formations américaines qui viennent pourtant de la scène dite « indé », Reigning Sound ne fait rien d’autre que prolonger l’héritage maintenant séculaire de la musique américaine. Sous une forme canonique, que certains qualifieront de rétrograde.

Comme s’il avait été question, ne serait-ce qu’une seule seconde, de « progresser ». Il n’y a que les anglais pour penser que le rock pouvait être « progressif » et d’ailleurs quand on y pense, les groupes rangés « prog », comme disent les disquaires, sont tous des groupes anglais qui peuvent être considérés comme les plus grandes catastrophes du genre (Marillion…au secours). Pensez vous vraiment qu’un type comme Alex Chilton avait l’intention de faire « progresser le genre » ?

Reigning Sound s’inscrit dans la même lignée. Celle qui ne fait qu’honorer la musique américaine. Toujours la même. Celle qui vient du croisement du blues et des rengaines hillbillies.

Par contre c’est un parti pris qui supporte moyennement la médiocrité. Il faut des chansons et de bons arrangements. C’est évidemment le cas de Cartwright et ses copains. Avec une aisance édifiante. Guitare, basse, batterie, pedal steel, violon, Wurlitzer, toute la panoplie de la musique américaine comme on l’aime. Une sorte de sésame qui vous met direct le pied dans l’avion, direction Kennedy Airport. Un véritable artisanat, dans le sens le plus noble du terme.

L’Amérique, la vraie, celle qui à traumatisée des centaines de gamins européens du siècle dernier et qui n’a jamais eu besoin de croire qu’elle devrait un jour être « great again ».

L’AUTRE BOB

Le titre : Tremblers And Goggles By Rank

L’artiste : Guided By Voices

Le format : 33T/30 cm.

La date de sortie : 2022

Le genre : Garage band

C’est qui ?: Le groupe de Robert Pollard et Doug Gillard

Qui joue dessus ?: Robert Pollard, Doug Gillard, Bobby Bare Jr., Mark Shue, Kevin March

Comment ça sonne ? : Comme un groupe de garage-rock avec les moyens d’aujourd’hui

Qualité du pressage :

Bonne.

Guided By Voices Inc. – Pressage original US

Ce qu’on en pense :

Etre fan de Guided By Voices, c’est du boulot. Sans déconner, c’est quoi cette nouvelle habitude de sortir 3 albums par an? En plus, ils ne sont même pas distribués en Europe. Pffffff…Que des imports américains. La grosse galère pour avoir les disques en France sans payer un smig de frais de port, et en plus, le temps qu’il traverse l’atlantique, le suivant est déjà sorti…Et si vous ne faites pas gaffe, ça vient d’un vendeur anglais. Malheur…Le postier vous présente la facture des frais de douanes et alors là: merci le Brexit!. Quelle bande de cons ces anglais….Ça va qu’ils ont inventé le football, la mauvaise foi et la pop music, sinon on serait tout énervé.

Digression :

On a bien conscience que ceci ne concerne que les vieux cons qui s’accrochent à la distribution de la musique sous format physique et qui pensent que sa version dématérialisée n’a pas d’existence. Ne leur en veuillez pas trop. Ils pensent que le seul format légitime pour le  rock’n’roll, c’est le 45T-7 pouces, et ont des expressions bizarres du genre : « c’est beau comme un single des Kinks ».

Par contre, si internet devait disparaître un jour et que les serveurs de Spotify ne soient plus accessibles, va pas falloir venir les emmerder pour écouter le premier album du Velvet Underground dans leur salon. Ça sera non. Un bon gros NON, en mémoire de tous les disquaires morts au champ d’honneur.

Mais finalement, cela en vaut la peine de galérer pour avoir les disques de Guided By Voices sur votre platine. Parce qu’on sait qu’on va immédiatement retrouver le truc qu’on aime. Le son qu’on aime. L’attitude qu’on aime. Celle d’un vieil instituteur de plus de 60 balais (les chevaux blancs désormais, mais toujours en Converse) et qui continue de faire de la musique parce que c’est cool. Selon le format canonique venu du rock garage : guitare/basse/batterie et puis c’est tout. Parce que rien d’autre n’importe. Parce que le reste on s’en fout. Parce qu’au bout du compte, seule demeure l’expression de l’éternelle adolescence qu’honore cette musique. Fuck la mort.

SEMPER FIDELIS

Le titre : Doggerel

L’artiste : Pixies

Le format : 33T/30 cm.

La date de sortie : 2022

Le genre : Pixies-like

C’est qui ?: Le groupe de Charles Thompson

Qui joue dessus ?: Black Francis, Joey Santiago, Paz Lenchantin, David Lovering

Comment ca sonne ? : Comme un disque de Frank Black avec la guitare de Santiago

Qualité du pressage :

Moyenne.

Infectious Music / BMG – Pressage original EU

Ce qu’on en pense :

Lyon – Le Transbordeur – 27 Mai 1991 :

Le groupe de première partie a fini son concert depuis une demi-heure. Lumière dans la salle. Rideau ouvert et matos du groupe sur scène. Plus qu’à attendre. En patientant donc, on discute. T’as du feu ? J’ai paumé mon briquet. Tiens, vas-y garde le, j’en ai deux, et au fait…et soudain un son strident, une note aigüe, bien plus forte que la musique d’ambiance, alors que personne n’ est sur scène. Bizarre. Bon sinon t’as révisé pour le bac ? Parce que moi pas trop et….putain mais ça s’arrête pas ce bruit, c’est quoi ? Et là, toute lumière allumée, on tourne la tête et on comprend que Joey Santiago vient d’entamer le concert. Les autres montent sur scène. Le gros attrape sa Telecaster, la lumière s’éteint et le groupe entame « Rock Music » (deuxième morceau de « Bossanova »), pulvérisant à jamais le cerveau d’une bonne partie de la salle.

C’est à cet instant précis que nous avons perdu notre envoyé spécial de l’époque. Nous ne l’avons jamais revu.

Qu’aurait’-il pensé du groupe reformé ? Rien. Parce que ce n’est pas le même groupe. Il se serait peut être demandé pourquoi cela ne s’appelle pas Pixies 2. Il se serait demandé pourquoi la production sonne comme Weezer. Il se serait demandé pourquoi Pixies a l’air d’être devenu le backing-band de Black Francis, version Joey Santiago, un peu comme une formule. Il se serait demandé si le groupe ne devrait pas changer de producteur. ll se serait dit que le premier morceau est pas mal mais que tout cela est bien timide, et se serait demandé pourquoi les disques de Charles Thompson en solo sont meilleurs. Et puis il aurait arrêté de se prendre la tête en se disant que c’est simplement un bon disque.

Juste avant de réécouter « Bossanova », à plein volume, histoire de vérifier que…non, il n’ avait pas rêvé.

JE SUIS MORTE UNE CENTAINE DE FOIS

Le titre : Back To Black

L’artiste : Amy Winehouse

Le format : 45T/17,5 cm.

La date de sortie : 2006

Le genre : Pop music

C’est qui ?: Une grande chanteuse

Qui joue dessus ?: Amy Winehouse et 28 musiciens (on ne va pas faire la liste, dès qu’il y a des arrangements de cordes on se retrouve avec plusieurs équipes de foot…)

Comment ca sonne ? : Comme si Sinatra avait été une femme, avec arrangements de cordes de l’enfer et la classe en plus.

Qualité du pressage :

Bonne.

Universal/Island Records – Pressage original UK

Ce qu’on en pense :

Définition du Petit Robert pour le terme « Diva »: cantatrice célèbre. Définition de « Cantatrice », dans le même dico: chanteuse professionnelle d’opéra ou de chant classique. Ah ben bravo Monsieur Robert, le petit, le grand, ou qui que vous soyez! Et Billie Holiday? Et Janis Joplin? Et Diana Ross, Dusty Springfield ou Polly Jean Harvey? Monseigneur Robert, on va vous emmener chez Spliff (le pays magnifique où les disques viennent pour mourir) et vous verrez que des « divas », il n’y en a pas que sur la scène de l’Opéra Bastille, du Carnegie Hall, ou dans les BD de Hergé. D’un autre coté, qui aurait envie d’être comparée à Maria Callas? Surement pas Amy Winehouse. Tout ce qu’elle voulait c’était chanter et composer. En vrai.

Trois choses étaient frappantes à l’écoute de ce single, sorti en 2006 :

  • en premier lieu la production, comme si un inédit du Brill Building avait atterri sur votre platine.
  • en second la voix, à des années lumières des chanteuses génériques pourrissant les charts à grand coups de vocalises ou de vocoder.
  • en dernier, la composition. Terrible et servie par des arrangements de la mort avec un refrain sonnant comme la version musicale du chœur d’une tragédie grecque.

Un disque montrant que finalement dans la musique pop, le son et la facture importent peu, et que souvent seule chanson compte. Premier reproche des peine à jouir : cela sonne comme un disque des années 60. Un argument tout pourri, comme si par exemple on jugeait une peinture sur sa facture, ou qu’on considérait qu’on ne peut plus faire de films en noir et blanc. L’argument à la con de la modernité, qui n’a aucune valeur quand on parle de ritournelle populaire.

Sur ce morceau, tout est parfait. La mélodie, la voix, la production, le texte édifiant qui résonne avec les arrangements (ou l’inverse, ce qui revient au même). Un vrai single qui tue. Pas besoin de préciser que la qualité de ce titre n’a rien a voir avec tout le fatras habituellement associé à Amy Winehouse : addictions, comportement erratique et billet gagnant pour le club à la con des 27. Vivante, le morceau n’en serait que meilleur.

NEUNEU

Le titre : Dungeon Master

L’artiste : Gus Englehorn

Le format : 33T/30 cm.

La date de sortie : 2022

Le genre : Rock indé générique

C’est qui ?: Un surfeur à la retraite

Qui joue dessus ?: Gus Englehorn

Comment ca sonne ? : Fait à la maison

Qualité du pressage :

Bonne.

Secret City Records – Pressage original CAN

Ce qu’on en pense :

Contrairement à l’Angleterre, il y a aux Etats-Unis une véritable tradition de la musique « bricolée ». Le truc que la presse appelle « low-fi » et dont Lou Barlow ou Robert Pollard sont les papes officieux. (On aurait aussi bien pu dire Daniel Johnston, plus « low-fi » que lui, tu meurs.)

La musique des gens « bizarres », celle de ceux qui font leur truc dans leur coin et assument généralement eux-mêmes la production de la pochette de leurs disques avec un boite de Crayola, des collages de coupures de presse ou un Polaroid. La musique du « nerd », finalement devenu un figure commode de l’industrie du divertissement.

Digression malveillante à l’égard des groupes « indés » américains :

Tout cela remonte à l’émergence du rock indépendant en Angleterre, le label Factory Records en tête. Pour le label de Tony Wilson, tout était « bricolé », même si le visuel était pourtant confié à Peter Saville, formé aux Beaux-Arts, mais capable de rendre l’affiche d’un concert deux jours après que le groupe ait replié le matos. La vraie esthétique « do it yourself », on la doit aussi à des groupes comme The Fall, dont la facture des pochettes des premiers singles (collages, écriture manuelle et rendu photocopieuse) sera reprise par une large majorité de groupes indés américains: Black Flag, The Dead Kennedys, Sonic Youth ou Pavement (ces derniers allant même jusqu’à piller musicalement Mark E. Smith comme des gorets, mais c’est un autre sujet). Bizarrement, cela n’arrivera pas au plus grand des groupes américains de l’époque, Pixies,  qui signera avec le label anglais 4AD, pour qui la production visuelle comptait autant que le contenu des disques, parfois au détriment de son catalogue.)

Il faut bien dire que, quand vous êtes américain, il n’en faut pas beaucoup pour que vous soyez catapulté dans la catégorie « nerd » : un livre d’Albert Camus dans la musette, une aversion pour les armes à feu ou la simple reconnaissance du bien commun, et des lois qui vont avec, comme une nécessité et c’est bon : vous êtes communiste, le nerd ultime pour les américains. C’est peut être aussi pour cela que, pour la majorité des habitants des USA, les français sont des « nerds ». Mais des « nerds » qui leur plaisent, de gentils « nerds », version Disney, parce que…Paris, parce que…Gabrielle Chanel (même si c’était une salope), parce que la baguette, parce que l’apéritif, l’anisette, les croissants et par dessus tout l’élégance infinie des autochtones possédant deux chromosomes X.

Tout cela pour dire qu’au premier regard jeté sur la pochette de ce disque (une photo floue d’un gars déguisé en pape façon Marvel avec une cape), on comprend où on est. On sent que ça va être un truc que n’importe quel quarterback de base qualifiera de bizarre ou naze, claquant les fesses de sa cheerleader préférée dans le même mouvement. Lui, il s’y connaît en musique, son père a tous les albums des Eagles.

Pour notre plus grand plaisir, c’est le cas. Un vrai disque « indé », avec en plus un véritable talent pour l’écriture. Des morceaux sans cadre précis et dont la qualité est de pouvoir basculer à tout moment vers quelque chose de différent, comme si on avait caché une chanson à l’intérieure d’un autre («The Gate », premier morceau de l’album). Seul défaut, les deux derniers morceaux ne sont pas à la hauteur du reste, placés à la fin de la face B, comme si le musicien avait hésité à les virer, ce qui aurait pourtant fait de l’ensemble un disque parfait. Dans une autre vie, Gus Englehorn était surfeur des neiges, carrière professionnelle, sponsors, dents blanches et tout le bastringue. Sa carrière finie, il a pris une guitare et depuis il fait de la musique, bien mieux que la plupart des ses contemporains. Peut-être que certains groupes anglais devraient en faire autant et troquer leurs guitares pour un surf.  Sauf qu’en Angleterre il n’y a ni montagnes, ni déferlantes.