MATRICE

Le titre : Louie Louie

L’artiste : The Kingsmen

Le format : 45T/17,5 cm.

La date de sortie : 1963

Le genre : Accident historique

Qui joue dessus ?: Mike Mitchell, Dick Peterson, Steve Peterson, Todd McPherson, Dennis Mitchell

Comment ca sonne ? : Hasardeux

Qualité du pressage :

Bonne.

Disques Vogue – Pressage original FR

Ce qu’on en pense :

Certains morceaux ont une histoire pas possible, improbable, quasiment biblique, et dont la genèse n’est pas très éloignée de la chanson de geste.

Difficile de faire plus prétentieux comme introduction. Et pourtant certains s’autorisent à penser que le rock’n’roll est, avec l’art moderne, le phénomène culturel le plus important du XXème siècle, excuse suffisante pour raconter des conneries et se faire plaisir. Ce genre d’attitude relève en général d’une perte de sens commun issue d’un traumatisme adolescent se traduisant par une forme d’émerveillement dont on ne peut se défaire. C’est pourquoi on leur pardonne, car au fond, l’émerveillement est un sentiment positif et on plaint un peu ceux qui n’en sont jamais les victimes.

A l’origine, « Louie Louie » est un morceau de Richard Berry, un chanteur de rythm’n’blues, un peu tâcheron sur les bords. Qui avait lui même piqué le riff à un groupe appelé « Ricky Riviera & The Rythm Rockers », celui de leur morceau « El Loco Cha-Cha ». Morceau qu’ils n’avaient même pas écrit eux même, la composition en étant attribuée à un certain René Touzet. (Un français ? Punaise, si on pouvait en être sur, on en ferait une gloire nationale). Comme dit Dylan : « Une chanson, c’en est une que tu tiens de quelqu’un d’autre ».

Et un beau jour, un groupe de seconde zone, The Kingsmen, baluchant à Portland depuis la fin des années 50, décida d’ajouter « Louie Louie » à son répertoire. Cela fonctionna tellement bien qu’ils furent capable d’étirer leur version pendant trois-quarts d’heure sur scène tellement le public aimait ça. De toute façon, ils ne savaient pas quoi faire d’autre.

Jusqu’à ce qu’un propriétaire de club les ayant engagé pour un soir, surement impressionné par la quantité de bière qu’il avait pu vendre à la jeunesse pendant le concert, les pousse à enregistrer le titre en studio. Et là, badadoum…, deuxième meilleure vente de singles aux US en 1963, même si le disque fut qualifié à sa sortie par un célèbre DJ de l’époque de « plus mauvais disque de l’histoire du rock’n’roll » (en ces temps là, les DJ de la radio étaient tout puissant et pouvaient faire  la pluie et le beau le temps concernant les ventes, même si le niveau de leur mauvaise foi s’ajustait sur la somme que leur versait les maisons de disques).

Mouahahaha! Plus mauvais disque de l’histoire? Pour dire une connerie comme ça, il n’avait pas du toucher un rond le petit gars. Un disque qu’on peut considérer comme l’acte de naissance du rock garage, le disque qui débute par LE riff : Da da da da daaaaa Da da da Da daaaaa (traduction : Do-Do-Do-Fa-Fa / Sol-Sol-Sol / Fa-Fa). Un riff qu’absolument tous les groupes reprendrons, plus ou moins déformé. Le riff de « Debaser », le riff de « The Passenger », le riff de « Strychnine », le riff de « Smells like teen spirit ». Le même, sous une forme ou une autre.

De plus, le chanteur n’ayant apparemment pas tout a fait saisi les paroles du titre de Richard Berry, sort pendant l’enregistrement un bon gros yaourt inaudible. On ne comprends a peu près rien de ce qu’il dit, sauf apparemment les ligues de vertus de l’époque, auxquelles, même dix ans après Presley, le rock’n’roll foutait toujours des boutons, et qui crurent entendre dans un certain passage une histoire de quequette. (« I felt my boner in her hair »). Et dès qu’on parle de quequette, Edgar J. Hoover, qui en connaissait un rayon, sort de son bureau, convoque ses minions et leur demande d’enquêter. C’est ainsi que le FBI produira un rapport de plus de cent pages sur la chanson…Il n’en fallait pas plus au gamins du lycée pour trouver le morceau encore meilleur.

Reste l’enregistrement des Kingsmen, tout a l’arrache : groupe pas en place, chant approximatif, faux départ en plein milieu du morceau, batterie limite, solo de guitare erratique, texte inaudible. Un truc enfantin, insultant le bon goût, tout comme on aime.

Pour l’auditeur: mouvement de tête de neuneu, battement de pieds de troglodyte. L’épiphanie débile du binaire.

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