ESPACE D’ATTENTE SÉCURISÉ

Le titre : Sweep It Into Space

L’artiste : Dinosaur Jr

Le format : 33T/30 cm + 1 CD de 4 titres live en plus (le genre de truc qui tombe par terre quand on sort le disque de sa pochette et qu’on se dit c’est quoi ce machin ? Ah oui c’est vrai, faudrait peut être que je l’écoute).

La date de sortie : 2021

Le genre : Pub pour Fender/Jazzmaster.

C’est qui ?: L’autre groupe de Lou Barlow.

Qui joue dessus ?:  Jay Mascis, Lou Barlow, Murph (on suppose), Kurt Vile

Comment ca sonne ? : Moins d’aigus, moins de solos, doit avoir fini par devenir sourd le vieux.

Si c’est une réédition ou un vieux machin, est-ce que ça a bien vieilli ?

Sans objet.

Ce qu’on en pense:

Bon, alors ? 

Dinosaur Jr ou Sebadoh ?

Ben, Sebadoh.

ÉTOILE SOLITAIRE

Le titre : Clay Pigeons

L’artiste : Blaze Foley

Le format : 33T/30 cm.

La date de sortie : 2011

Le genre : Folk, country sur les bords.

C’est qui ?: Un américain, compris bottes et chapeau.

Qui joue dessus ?:  Blaze Foley, et un groupe sur les prises live 

Comment ca sonne ? : A l’os

Si c’est une réédition ou un vieux machin, est-ce que ça a bien vieilli ?

Réédition 2020 de l’album sorti en 2011 (500 exemplaires seulement à l’époque…).

Ce qu’on en pense:

De son vivant, Blaze Foley n’a pas intéressé grand monde. D’ailleurs, il semblerait qu’il n’ait pas forcement fait de gros effort pour y remédier. Parfois, certains musiciens veulent juste…être musicien, sans faire le pied de grue devant les maisons de disques.

Né en 1949, Blaze Foley s’est barré de chez lui à 18 ans, pour vivre sa vie comme il l’entendait, habitant « dans ses chaussures » comme indiqué sur les notes de pochettes rédigées par son ex-compagne (sa biographe également). Assimilé au groupe des « rebelles de la country » (Willie Nelson, Waylon Jennings, etc..), Foley à uniquement enregistré un album studio et deux singles. C’est peu.

Ce disque regroupe des enregistrements « maisons » et des prises lives captées devant un public qu’on soupçonne clairsemé, au vu des applaudissements. Clairement, des concerts de bistrots. Les Etats-Unis étant ce qu’ils sont (musicalement), il semble à l’écoute de ce disque qu’il soit risqué d’aller boire l’apéro au Texas sans risquer l’AVC ou l’épiphanie country en Stetson, tant la qualité des compositions laisse pantois. Douze titres, douze merveilles. 

Dans la presse spécialisée, Blaze Foley serait surement qualifié d’ « écorché vif ». Une formule à la con pour qualifier les gens qui composent de grandes chansons mais qui sont alcooliques ou toxicomanes. Pour son plus grand malheur, le pauvre Blaze l’était (nous nous permettons de rappeler que l’alcoolisme n’est pas un état d’âme mais une pathologie). A tel point qu’il prendra une balle dans le buffet en défendant (raide mort) son voisin. Les boules. 

De nos jours, ses compositions sont régulièrement reprises par Willie Nelson, John Prine, Lyle Lovett et tout le gratin de la country. S’il existe un département « country-music » au paradis, Blaze Foley à du y être admis direct.

LE DIABLE EST BLANC

Le titre de l’édition française : Mon frère Robert Johnson

Le titre de l’édition originale : Brother Robert

La date de parution : 2020 (Edition française : 2021 / Traduction : Nicolas Guichard)

L’éditeur français: Rivages Rouge

Le genre : Témoin de l’Histoire

L’auteur : Anny C. Anderson

C’est qui ?: La demi-sœur de Robert Johnson

Ce qu’on en pense:

De la vie de Robert Johnson, on ne sait pratiquement rien. A part ce qu’ont pu en dire les musiciens qui l’ont croisé. Notamment Son House, qui lui aurait dit : «Mon p’tit gars, arrête la guitare, tu joues comme un naze. Essaie plutôt l’harmonica »… avant de le revoir deux ans plus tard, sans harmonica, mais jouant de la guitare comme un dingue. 

De là découle toute l’histoire orale du bric-à-brac vaudou : pause-pipi au carrefour, grand type en manteau noir qui lui accorde sa guitare et méga-classe instantanée pour le petit Robert. Bon. Il l’a surement inventé pour se la jouer, ou alors on a confondu avec Tommy Johnson, un autre bluesman qui racontait partout qu’il avait vendu son âme au diable. On s’en fout un peu, faut bien se faire de la pub quand est musicien et c’est le résultat qui compte : Robert Johnson jouait de la guitare comme personne, dans un style très personnel et plutôt compliqué techniquement (on le sait, on a essayé). Puis il est mort, à même pas trente ans, on ne sait pas trop comment non plus (empoisonné par un mari jaloux, selon Sonny Boy Williamson, ce que l’auteure de ce livre semble confirmer). 

L’intérêt du récit d’Anny C.Anderson vient de sa provenance depuis l’autre versant de la vie de Robert Johnson, le versant domestique (et non pas de musiciens un peu alcoolos sur les bords et usés jusqu’à la corde par le chittlin-circuit). Mme Anderson est la demi-sœur de Johnson et elle raconte le souvenir qu’elle garde du musicien, qui lui jouait « Sweet Home Chicago » dans le salon pour la faire danser (rien que d’imaginer la scène, on en a des palpitations…). En douce bien sur, la mère adoptive de Robert ne voulant pas entendre parler de musique profane.

A la lecture du récit, c’est un tout autre portrait du bluesman qui apparait, à cent lieues du fatras habituel le décrivant comme un clodo alcoolique hantant le sud des Etats-Unis et sautant de train en train. Un Robert Johnson qui, apprends t’on, avait même un répertoire follk dans sa musette et qu’il interprétait régulièrement lors de ses prestations. On donnerait bien un bras pour l’entendre jouer « John Henry ».

Dans le deuxième partie du livre, Anny C.Anderson raconte comment la mère adoptive de Johnson s’est fait truander par un certain Steve LaVere qui, sous prétexte d’écrire un livre sur son fils adoptif, lui à « emprunté » la fameuse photo où le musicien figure en costard et chapeau et qui orne la quasi totalité des rééditions de l’artiste. Non content de s’être attribué frauduleusement le copyright d’une des photos les plus emblématique de l’histoire de la musique populaire du XXème siècle, ce voyou a aussi monté une société d’édition et démarché les maisons de disques pour récupérer les droits d’auteurs dus par les jeunots anglais ayant fait des reprises (Stones, Led Zeppelin, Clapton, etc…). Pas mal de pognon on imagine, que la famille de Johnson n’a bien sur jamais perçu. Pire encore, l’auteure raconte amèrement ses démarches auprès d’avocats (tous blancs) qui n’ont jamais fait le nécessaire et n’ont eu qu’un dédain raciste envers la mère de Johnson. 

Après sa mort, la famille de Robert Johnson a mis sa guitare au clou à Memphis et, faute de moyen, ne l’a jamais récupérée. Si ça se trouve, un gamin de 14 ans apprenant la guitare est en ce moment même en train de massacrer l’intro de « Stairway to heaven » sur une vieille guitare qu’il a récupéré chez son pépé… 

RETOUR DE MOJO

Le titre : From Elvis In Nashville

L’artiste : Elvis Presley

Le format : 33T/2×30 cm.

La date de sortie : 2020

Le genre : Pour les vieux cons.

C’est qui ?: …

Qui joue dessus ?:  Elvis Aaron Presley, James Burton, Eddie Hinton, Chip Young, Norbert Putnam, Jerry Carrigan, David Briggs (oui, celui de Neil Young), Charlie McCoy, Charlie Hodge

Comment ca sonne ? : Super pro, mais super cool.

Si c’est une réédition ou un vieux machin, est-ce que ça a bien vieilli ?

Apparemment, même pas remasterisé. Pas besoin, sonne nickel.

Ce qu’on en pense:

Elvis Presley, c’est un peu comme le monolithe de « 2001, l’odyssée de l’espace ». Apparu soudainement, ne ressemblant à rien d’autre, venu d’ailleurs et faisant un bruit bizarre. Et comme dans le roman d’Arthur C.Clarke, les homo-sapiens n’ont plus jamais vraiment été les mêmes à son contact.

Mis au rancart musicalement par les groupes de la british-invasion pendant les années 60, Elvis a pourtant pu revenir sur le devant de la scène en 1968, à l’occasion d’une émission de télé taillée sur mesure, le fameux « Comeback Special ». Tout en cuir, affuté comme jamais et accompagné de son groupe historique du studio Sun, l’ancien camionneur à alors prouvé au monde entier qu’il pouvait encore faire trembler les murs. De nouveau en pleine patate, il a commencé à rechigner à enchainer navets sur navets à Hollywood, pour revenir à la musique et reformer un groupe. Résultat : le merveilleux « From Elvis in Memphis », sorti en 1969. L’affaire était pliée, le gominé était de retour.

En 1970, rebelote, mais cette fois a Nashville, suite à une engueulade avec son producteur (pour le détail, lire l’immense biographie que lui a consacré Peter Guralnick). Sur place, il convoque la section rythmique du studio Muscle Shoals (qui du coup, même si elle assure grave, s’est mise à flipper sévère) et c’est parti mon kiki pour une session marathon de six nuits. RCA en tirera trois albums, mais en y ajoutant chœurs, violons sirupeux et tout le tralala qui fait que les enregistrements d’Elvis des années 70 sont pénibles. Ce disque rassemble les prises initiales, sans arrangements (pas toutes, si vous êtes un fan congénital il existe une édition en 4 CD regroupant l’intégralité).

Le résultat est d’une qualité hallucinante et Presley y chante comme personne. Ce qui donne la mesure de l’immense gâchis que constitue la fin sa carrière, sabotée par le management du Colonel Parker. Un sagouin nocif à tel point que, dans le métier, plus personne ne voulait écrire pour Elvis, sachant d’avance qu’il se ferait entuber (un comble…). 

C’est ce qui distingue malheureusement « From Elvis in Nashville » de « From Elvis in Memphis » : la qualité du répertoire, en deça de celui des sessions de Memphis. Cela se sent d’ailleurs à l’écoute, les reprises étant meilleures que les morceaux originaux. Reste l’interprétation, hallucinante de qualité (aussi bien de la part du chanteur que du groupe), comme par exemple sur cette version de « Got my mojo workin’ » où l’on sent littéralement le groupe décoller du sol. Et nous avec lui.

MANGE TES MORTS

Le titre : Electrophonic Tonic

L’artiste : Sonic’s Rendezvous Band

Le format :33T/30 cm.

La date de sortie : 2018

Le genre : Gros défouraillage

C’est qui ?: Un ex-MC5, un ex-Stooges, un ex-Rationals, et un quatrième parce qu’il fallait bien que quelqu’un tienne la basse.

Qui joue dessus ?:  Fred Smith (Wouhaou !), Scott Morgan, Guy Rasmussen, Scott Asheton (Oulalalala!)

Comment ca sonne ? : Furieux

Si c’est une réédition ou un vieux machin, est-ce que ça a bien vieilli ?

Enregistrements remixés en 2018 par le label Espagnol « Bang! Records ». Portent bien leur nom eux, car le résultat est explosif. Remarquez, c’est des Basques…

Ce qu’on en pense:

Vu l’ascendance de ses membres (Stooges, MC5, The Rationals), Sonic’s Rendezvous Band est parfois considéré comme un « supergroupe ». Vous savez, ce genre de formation où se réunissent des membres venant de groupes célèbres, pour un résultat du genre montagne accouchant d’une souris.

Ici, rien de tout cela. Le groupe produit le rock’n’roll le plus furieux qui soit, a l’égal des Stooges ou du MC5 (si,si, sans exagérer). Formé en 1974, et en activité jusqu’en 1980, le groupe n’a pourtant produit qu’un unique enregistrement studio, le single « City Slang ». Un morceau hallucinant de fureur, une décharge électrique inouïe, à en perdre ses cheveux. C’est pas dur, si l’écoute de « City Slang » (volume à fond, évidemment) vous laisse de marbre, c’est que vous n’aimez pas le Rock’n’Roll. C’est pas grave, mais on vous plaint un peu quand même. De surcroit, le reste de la production du groupe est à l’avenant. Principalement constituée d’enregistrements live. D’une qualité et d’une puissance électrisante.

Sorti à l’occasion de la découverte d’un deuxième enregistrement studio du groupe (« Electrophonic Tonic »), ce disque rassemble leurs deux seuls enregistrements connus et une série de captations live du groupe. Et alors là…C’est d’une telle qualité qu’on se demande si c’est vraiment enregistré live. Quoi qu’il en soit, on écoute abasourdi neuf morceaux étourdissants. Une véritable épiphanie électrique. Et après on va nous dire qu’ »Idles » c’est un groupe de rock….

PS : si cela vous intéresse, il existe sur l’album live « Second Chance » (disponible uniquement en CD…) une version live tonitruante du morceau « City Slang », pouvant à l’aise être considérée comme un des plus grand moment de rock’n’roll jamais enregistré sur scène. Les gens dans la salle ont du s’évanouir, c’est pas possible autrement. 

COMME LA LUNE, LES ÉTOILES ET LE SOLEIL

Le titre : Instant Karma!

L’artiste : John Lennon with The Plastic Ono Band

Le format : 45T/17,5 cm.

La date de sortie : 1970

Le genre : Envie pressante

C’est qui ?: Le morse

Qui joue dessus ?:  Une moitié des Beatles (Lennon & Harrison), Klaus Voorman, Billy Preston, Alan White

Comment ca sonne ? : Comme un baloche dans les étoiles

Si c’est une réédition ou un vieux machin, est-ce que ça a bien vieilli ?

Version remixée par Yoko Ono (?!?!?), mais pas remasterisée. Un peu différente de la version initiale (piano et chœurs plus en avant).

Ce qu’on en pense:

  • Tittenhurst Park, Ascot, le 27 Janvier 1970, 8h12 :

John : Bonjour Yoko ! Bien dormi ?

Yoko : grmmph

John : Bon d’accord…je vais jouer du piano.

Yoko : grmmph

  • Tittenhurst Park, Ascot, le 27 Janvier 1970, 9h25 :

John : Yoko, viens voir, j’ai écris un truc terrible. Appelle le nabot et le studio, moi j’appelle George.

Yoko : grmmph

  • Studios Abbey Road, Londres, le 27 Janvier 1970, 12h37 :

John : Bon Philou, on enregistre live, je veux pas que ça traine. Après tu feras ton truc plein de reverb à la console. N°1 direct. Paulo en sera vert.

Phil S. : Ouaaais.

  • Studios Abbey Road, Londres, le 27 Janvier 1970, 18h07 :

Phil S. : Ca y est John, c’est bon, mais manque un truc. Des castagnettes ?

John : Tu te fous de ma gueule ? 

Yoko : grmmph

Phils S. : Une chorale pour le refrain alors, mais genre déglingue ?

John : Ok, cool.

Phil S : On pourra mettre des claquement de mains, s’il te plait ?

John : Putain, Phil, tu fais chier, t’es pas avec les Ronnettes là.

  • The Red Lion Pub, Londres, le 27 Janvier 1970, 19h16 :

John : Alors, répétez après moi : « ‘cause we aaaaall shiiiiine on, like the moon, and the stars and the sun ». C’est bon ? Allez, tous ensemble !

Yoko : grmmph ?

John : C’est bon pour la prise de son, Phil ? Oh Phil ! Je te parle ! Arrête de picoler putain, je veux que ça soit fini ce soir. Allez ! On retourne au studio.

  • Studios Abbey Road, Londres, le 27 Janvier 1970, 23h42 :

Phil S. : Ayé ! C’est moi qui l’ai fait !

John : Ah non, commence pas ! La chanson c’est moi qui l’ai écrite, je veux bien que tu sois crédité comme producteur mais tu m’entuberas pas comme les autres en t’incrustant dans les crédits. Envoie les bandes à l’usine et met leur la pression, je veux que ça sorte rapido. Ça fera chier qui tu sais.

Yoko : grmmph grmmph

Phil S. : Des castagnettes ?

John : Sans dec, je vais t’assommer !

Le 6 février 1970, sortait « Instant Karma ! », 3èmesingle solo de John Lennon, écrit, enregistré et mixé dans la même journée et publié 10 jours tard. Le 10 avril, Mc Cartney annonçait la séparation officielle des Beatles.

Réédité en 2020, quarante ans après la rencontre de Lennon et du connard qui lui a tiré dessus, les bandes on été remixées par sa veuve. De quoi frissonner, quand on sait comment Yoko Ono a tendance à réécrire l’histoire. Pour les rééditions d' »Imagine », par exemple, elle a  carrément rajouté son nom aux crédits. Désormais, on peut lire sur la pochette : « Composed by John Lennon & Yoko Ono ». Je vois que vous venez de vous étrangler, c’est normal. Buvez un verre d’eau, ça finira par passer.

Le résultat est un peu différent de la version originale, moins « brut de décoffrage », avec la batterie repoussée dans le mix, ce qui est un peu dommage, car la partie d’Alan White  était un des caractéristiques singulière du morceau: bien foutraque, un peu à la manière d’Animal, le batteur du Muppet Show.

Reste la chanson, extraordinaire, qui peut désormais résonner dans vos enceintes, débarrassée des craquements de votre vieux single de 1970, pour les siècles des siècles.

C’EST LA MÈRE MICHEL, ETC…

Le titre : Homegrown

L’artiste : Neil Young

Le format : 33T/30 cm.

La date de sortie : 2020

Le genre : Back from the grave

C’est qui ?: Un canadien atrabilaire (ah non, en fait maintenant il est américain mais c’est un peu pareil)

Qui joue dessus ?:  Neil Young, Ben Keith, Tim Drummond , Levon Helm, Robbie Robertson, Emmylou Harris, Joe Yankee, Karl T Himmel, Stan Himmel, Mazzeo

Comment ca sonne ? : Über cool.

Si c’est une réédition ou un vieux machin, est-ce que ça a bien vieilli ?

Sans objet

Ce qu’on en pense:

Après avoir publié « On The Beach » en 1974, Neil Young a enregistré un album entier qu’il a décidé de ne pas sortir, au profit de « Tonight’s the night ». Certes, « Tonight’s the night » est un de ses tout meilleurs albums. Tellement bon que ce ne l’a pas dérangé de foutre au placard cet album. « Homegrown » donc. 

Ben faut vraiment s’appeler Neil Young pour mettre de côté un disque comme celui là. On va mettre cela sur le compte de sa consommation d’opiacés de l’époque…

Enregistré avec le groupe qui joue sur « Harvest » (pas Crazy Horse donc), le disque diffuse le même sentiment de coolitude absolue. Plus « laid-back » tu meurs. De surcroit, le personnel « additif » convoqué pour les sessions d’enregistrement laisse rêveur : Levon Helm, Robbie Robertson de « The Band » et Emmylou Harris.

Ça c’est pour l’orchestre…Ajoutez des compositions de premier ordre et vous avez sous les yeux (ou dans les oreilles) un bon gros morceau des années 70, dans ce qu’elles ont produit de meilleur outre atlantique. 47 ans plus tard….Ce genre d’acrobatie historique n’est pas donné à tout le monde.

CARTE VERMEIL

Le titre : Buy The Fire

L’artiste : Thurston Moore

Le format : 2x33T/30 cm.

La date de sortie : 2021

Le genre : Sonic Youth sans Lee Ranaldo

C’est qui ?: L’ex de Kim Gordon

Qui joue dessus ?: Thurston Moore, Deb Googe, James Sedwards, Jon Leidecker, Jem Doulton, Steve Shelley (yes !)

Comment ca sonne ? : Gros son, de traviole.

Si c’est une réédition ou un vieux machin, est-ce que ça a bien vieilli ?

Sans objet

Ce qu’on en pense:

Des albums solos, Thurston Moore en a publiés plusieurs. Des biens, des pas biens, des chiants. En fait on ne sait plus trop. Les trucs imbitables sortis sur le label de Sonic Youth, SYR Records, ça compte ? (vaudrait mieux pas…).

Du coup, on est un peu méfiant vis à vis de sa production solo, surtout la récente, parce que là…euh…jouer d’une guitare suspendue au plafond en tapant dessus, on sent que le résultat va pas être facile à encaisser.

Thurston Moore, c’est le genre de type à pouvoir écouter « Metal Machine Music » de Lou Reed en entier. Et de trouver ça bien. C’est son coté « intellectuel ».

Mais, il y a un autre Thurston Moore, celui de Sonic Youth, celui des parties de guitare mortelles, qui ont données lieux aux passages « symphoniques » de leurs albums. Un truc qu’eux seuls savaient faire, appuyé par un jeu de guitare et un son unique.

C’est de ce Thurston Moore là dont il s’agit sur cet album. Le vrai, celui des guitares lourdes accordées bizarrement, du tournevis coincé dans le manche, celui du rock’n’roll. Pas le spécialiste en groupes underground inécoutables qu’on invite dans chaque documentaire consacré au hardcore Américain ou à Pere Ubu.

Bon alors, il craque un peu au début de la 3èmeface, en faisant peter un morceau de 16 minutes, mais ça passe encore. Par contre l’instrumental de 14 minutes (« Venus ») à la fin…bof. Pas grave, c’est le dernier morceau, on peut changer de disque dès qu’il commence. Dommage.

Il n’empêche, c’est son meilleur album solo.

OS À MOELLE

Le titre : Stories From The Cities, Stories From The Sea – Demos

L’artiste : PJ Harvey

Le format : 33T/30 cm.

La date de sortie : 2021

Le genre : Demos

C’est qui ?: La diva des bobos

Qui joue dessus ?:  PJ Harvey

Comment ça sonne ? : Propre, pour des démos.

Si c’est une réédition ou un vieux machin, est-ce que ça a bien vieilli ?

Sans objet

Ce qu’on en pense:

En entête des crédits du disque, cette mention : « Performed, recorded and produced by PJ Harvey ». Une fois de plus, un disque de démos de PJ Harvey, celles de son 5èmealbum, « Stories From The Cities, Stories From The Sea», sorti en 2000. Des versions « primitives » (dans le bon sens du terme), d’un niveau supérieur au produit studio fini, a l’instar des autres versions « démos » de ses albums.

Alors, on se pose la question : les arrangements, ça sert à quoi? 

On qualifie généralement « d’arrangements » le travail consistant à donner une « couleur » à la chanson, accentuant certains éléments, en amoindrissant d’autres et ajoutant des effets sonores. 

Digression :

Afin d’éclairer le propos, quelques extraits de « Les arrangements pour les Nuls », ouvrage de référence constitué de témoignages de musiciens concernés, publié sous la direction de Phil Spector: 

  • « J’ai mis du clavecin, pour donner une couleur Victorienne. » (Ray Davies/ The Kinks)
  • « J’ai joué de ce truc bizarre en intro, le mellotron. La chanson de John était déjà super, mais là je savais que tout le monde allait devenir dingue (Mc Cartney / Strawberry Fields Forever)
  • « On a noyé la voix de Michael au milieu du reste, pour faire mystérieux. De toute façon on comprenais déjà rien à ce qu’il racontait ». (Peter Buck /REM)
  • « J’en fait pas. Pas besoin, le rock’n’roll c’est moi. » (Keith Richards)
  • «Je ne sais pas de quoi vous parlez. »(Mark E. Smith/The Fall)
  • « Mc Cartney est un abruti. « Let it be » était très bien comme ça. Une autre Margharita, John ?  » (Phil Spector)
  • « Si je croise Phil Spector, je lui fait bouffer les masters de « The Long And Winding Road » ! (Paul Mc Cartney)

En fait, les arrangements, c’est un peu comme le maquillage. Personne n’en a vraiment besoin, mais on ne sait pas pourquoi, beaucoup de gens pensent que cela va les rendre plus attirants. Alors que tout le monde sait bien que, comme l’a dit un grand architecte allemand , « la beauté est l’éclat de la vérité ».

Il va sans dire que tout ce qui vient d’être dit est parfaitement contredit par l’abum « Sgt Pepper’s Lonely Hearts Club Band », où la qualité des arrangements égale l’excellence du niveau d’écriture, mais des disques comme cela, il n’en sort que tous les mois de juin 1967.

Maintenant on en est sur, PJ Harvey, on la préfère sans artifice. 

En plus d’être meilleur que sa version studio, ce disque à l’immense avantage de nous permettre d’écouter une version de « This mess we’re in » dépolluée de la présence de Thom Yorke. 

ALTERNATIVE

Le titre : Love Is The King

L’artiste : Jeff Tweedy

Le format : 33T/30 cm.

La date de sortie : 2020

Le genre : Folk music

C’est qui ?: Le mec de Wilco

Qui joue dessus ? :Jeff Tweedy et ses gamins (Spencer Tweedy, Sammy Tweedy)

Comment ca sonne ? : Sans artifices

Si c’est une réédition ou un vieux machin, est-ce que ça a bien vieilli ?

Sans objet

Ce qu’on en pense:

Quand il en a marre de Wilco, Jeff Tweedy fait des disques avec ses enfants. Des disques de folk, en roue libre. 

Disgression : A l’instar de Radiohead, Wilco fait partie de ces groupes adorés par la critique dite «exigeante » (du genre Pitchfork ou les Inrocks), parce que considérés comme progressistes. Comprendre : « tu  vois, c’est pas que de la folk basique, c’est surtout prendre les canons esthétiques de la musique américaine et les déconstruire pour la renouveler. Une autre caipirinha, Rodric ? ». Avec son groupe, Tweedy s’est donc vu attribuer la casquette de grand « songwriter ». Alors, oui, Wilco c’est un bon groupe. Avec de bonnes compositions et un vrai travail sur les arrangements, notamment avec l’apport de leur guitariste Neils Cline. Sauf que, s’ils ont composé de bonnes chansons, ils n’ont jamais écrit de grandes chansons. Cela n’enlève rien aux qualités de Tweedy, mais certains feraient mieux de réviser leur Dylan avant de s’asseoir devant leur clavier.

Enfin bref, pour cet album Tweedy a fait comme pour ses précédents disques solo, il l’a enregistré tranquillou avec ses gamins. Sans arrangements. Sans réfléchir. Et ça se sent. Et c’est mieux que le dernier Wilco.