MAL ENTENDU

Le titre : Let there be rock

L’artiste : AC/DC

Le format : 33T/30 cm.

La date de sortie : 1977

Le genre : Lourd 

C’est qui ?: Le groupe préféré des Allemands

Qui joue dessus ? :  Bon Scott, Angus Young, Malcolm Young, Mark Evans, Phil Rudd

Comment ca sonne ? : Super lourd

Si c’est une réédition ou un vieux machin, est-ce que ça a bien vieilli ?

Sans objet

Ce qu’on en pense:

Ah non pas eux ! Le groupe des bourrins en jean elastis et Americana qui vous coursaient dans la cour du collège pour vous brutaliser. Ça ne manquait jamais, ce genre d’abrutis avait systématiquement le logo du groupe australien sur leur bauges US (mal dessiné en plus…). Vous, vous aviez un cartable normal, genre Tann’s, ce qui vous placait juste avant le  cafard dans leur classification des espèces personnelle. 

Du coup, AC/DC…même pas en rêve. On a préféré écouter leurs contemporains directs, les punks, autrement plus classe, et notamment les Sex Pistols. Vous n’avez pas le monopole du rock bruyant à guitare Monsieur la brute du collège, non, vous ne l’avez pas.

Et c’est donc traumatisé à la vue du logo avec le petit éclair et les cornes du diable à la con qu’on a passé des années à se dire : ce groupe, je veux même pas savoir, j’ai l’impression que je vais me faire piquer mon Nuts chaque fois que j’entends « Hell’s bells» à la radio.

Et pourtant…l’intro en arpèges d’« Hells bells », laissez tomber, des comme ça y’en à pas deux. Le problème c’est qu’après, le mec (Brian Johnson) se met à chanter et là….dur, dur.

Pourtant, le groupe a eu une vie avant « Back in Black » (la deuxième plus grosse vente d’albums de tous les temps, quand même), lorsque l’inénarrable Bon Scott en était le chanteur, avant de mourir bourré comme coin et d’être remplacé par l’autre saucisson.

Bon Scott chantait différemment, et en plus il sentait véritablement le bastringue à dix mètres, ce qui rentre bien dans le cahier des charges (écoutez son « One, two, three » au tout début du disque et vous comprendrez). Dans ce sens, la première  période du groupe est largement supérieure, du simple fait de sa présence derrière le micro. De toute façon, chez AC/DC c’est plutôt la guitare qui fait office de chanteur, et c’est la raison principale qui fait que le groupe perdure, même avec un chanteur mort remplacé par un camionneur.

Car en fait, AC/DC c’est Angus Young. Un gars d’un mètre cinquante, capable d’invoquer le bruit du tonnerre électrique comme personne, faisant oublier le chant un rien pénible juste avec une partie de guitare rythmique terminale. Un type qui joue de la guitare comme s’il vous tapait sur la tête avec un marteau. (« Let there be rock » ou « Whole Lotta Rosie » sur cet album par exemple). Extrêmement lourd, extrêmement juste, surpuissant. La légende dit que lors de l’enregistrement de ce disque (dans les conditions du live et sans re-re) son ampli a pris feu et qu’il a continué de jouer quand même. Une légende comme on les aime, surement des conneries, mais s’il y en a un dont on imagine le Marshall s’embraser, c’est bien lui.

Si vous aimez le rock’n’roll, vous aimez la guitare électrique. Et si vous aimez la guitare électrique, vous aimez AC/DC. Le reste, c’est de la mauvaise foi.

TAXE SUR LA VALEUR AJOUTÉE

Le titre : Earth to Dora

L’artiste : Eels

Le format : 45T/2×30 cm.

La date de sortie : 2020

Le genre : Chansonnettes 

C’est qui ?: Un vieux groupe

Qui joue dessus ?: E, The Chet, Kooool G Murder, P-Boo, Knuckles et le Earth to Dora Orchestra & Choir (vu les noms à coucher dehors, on a soupçonné Mark Everett d’avoir tout fait tout seul comme d’habitude, mais non, ce sont de vrais gens)

Comment ca sonne ? : Nickel trop bien (pour la version en double 45T, l’autre on ne sait pas).

Si c’est une réédition ou un vieux machin, est-ce que ça a bien vieilli ?

Sans objet

Ce qu’on en pense:

Franchement, l’attitude des maisons de disques est lamentable.

Cet album est commercialisé en deux versions (on parle des éditions vinyles) : 

  • une « standard », en album simple (2 faces, en 33 tours)
  • l’autre en version double (4 faces, en 45 tours) intitulée « Spéciale », ou « Deluxe ultimate » ou « Pour les bourgeois », on ne sait plus et on ne veut pas le savoir. Pourquoi pas « Edition super de la balle» tant qu’on y est? Au point où on en est…

Digression technique : pour ne pas raconter n’importe quoi, on vient de vérifier. La version pressée en double 45 tours, celle qui nous intéresse, c’est la version « Deluxe ». Tout un programme…

On est hélas habitué à l‘attitude ridicule et vénale de l’industrie musicale pour les rééditions de vieux machins (du genre rééditions du catalogue de Led Zeppelin en version « deluxe + +», « remasterisées du feu de dieu par la Nasa», avec versions alternatives dont tout le monde se fout, et poil de cul de Jimmy Page en prime).

Le problème c’est que cette pratique, d’habitude réservée au vieilles scies, s’étend désormais à la commercialisation des nouveautés, directement vendues en ligne par le label (le disquaire du coin, déjà agonisant, n’a qu’à aller se faire foutre).

Si ce n’étaient que des versions fétichistes de l’édition originale, à la limite cela resterait du commerce. Par exemple, si vous avez envie d’acheter le prochain Teenage Fanclub avec en insert un autographe des membres du groupe, c’est possible. Mais le disque restera le même que l’édition standard.

Dans le cas présent, c’est différent. Comme chacun le sait, moins les sillons sont resserrés sur une face, meilleur est le son. On nous vend donc une version de base sonnant moins bien (techniquement en tout cas), tandis que la version sonnant vraisemblablement la mieux est vendue plus chère, avec tout un tas de merdier dont on a rien à cirer (franchement, des magnets décomposant le titre de l’album, on croit rêver) histoire de justifier le prix. Il y a même la version CD avec, ils ont de l’humour chez PIAS.

Vous aurez deviné que, couverts de honte et en bon laquais des marchands de musique, nous nous sommes procuré la version « Deluxe ». Et effectivement, au milieu des inserts, des autocollants et des babioles, il y a un album excellent.

ERRATUM

Le titre : To Bring You My Love – Demos

L’artiste : PJ Harvey

Le format : 33T/30 cm

La date de sortie : 2020

Le genre : Version alternative 

C’est qui ?: L’idole des bobos

Qui joue dessus ? PJ Harvey

Comment ca sonne ? : Pas comme des démos

Si c’est une réédition ou un vieux machin, est-ce que ça a bien vieilli ?

Sans objet

Ce qu’on en pense:

Les versions démos d’albums de PJ Harvey on en a déjà écouté. Celles de son premier album « Dry », où elle joue ses chansons en version acoustique (ou presque) et celles de « Rid of me » (pareil, mais avec une guitare électrique). A priori, avec la sortie des démos de son troisième album….on voit venir la maison de disques à des kilomètres. Mais on l’achète quand même:

  • parce qu’on on aime bien acheter des disques (chez certains c’est même une sorte de pathologie)
  • parce que c’est PJ Harvey
  • parce qu’on n’a pas envie d’acheter l’album de Fontaines D.C.
  • parce que la pochette vaut à elle seule l’achat du disque (alors que celle de l’album de Fontaines D.C. est hideuse)
  • parce que même si ca sent l’arnaque, on voudrait quand même vérifier si c’est bien, des fois que, on sait jamais, et puis acheter un disque de PJ Harvey ca fait toujours plaisir, et puis…etc, etc….aaaaaah

Sauf que cette fois, ce ne sont pas de simples démos à la guitare, mais de véritables enregistrements où la chanteuse joue de tous les instruments. Le tout donnant l’impression d’écouter l’album, qu’on connaît pourtant par cœur, en version « rock garage ».

A la mention du terme « rock garage », on devient tout chose, sachant que quelque part, c’est une des expressions les plus pure de la musique rock. Celle des débiles adolescents. Celle qui nous fait dresser les cheveux sur la tête, croire qu’on ne mourra jamais et donne envie de cracher au ciel. Mais alors, que pourrait bien être un disque « garage » de PJ Harvey ? Parce que quand même, niveau écriture, madame est quand même carrément au dessus de la mêlée des groupes des années 60 traumatisés par la british invasion ? Un pur disque de Rock’n’Roll ?

Je veux, oui !

Et là, on se demande si cette version ne serait pas supérieure à la version originale. On ressort l’exemplaire de 1995. On l’écoute, en connaissant déjà le résultat de la comparaison : les versions démos sont meilleures. « To bring you my love », « Meet Ze Monsta », et « The Dancer » (avec clappements de mains, castagnettes et chant venu d’ailleurs), ou encore la version terminale de « Long Snake Moan »,  en témoignent.

Le seul autre artiste qu’on connait dont les démos sont parfois supérieures aux versions albums, constituant un continent a part entière, c’est Bob Dylan.

Il serait temps que PJ Harvey se remette à la musique.

AD LIBITUM

Le titre : Mirrored Aztec

L’artiste : Guided By Voices

Le format : 33T/30 cm.

La date de sortie : 2020

Le genre : Rock-indé 

C’est qui ?: Le groupe de Robert Pollard, l’ancien groupe de Tobin Sprout 

Qui joue dessus ?: Robert Pollard, Doug Gillard, Bobby Bare Jr, Mark Shue, Kevin March

Comment ca sonne ? : Comme des maquettes.

Si c’est une réédition ou un vieux machin, est-ce que ça a bien vieilli ?

Sans objet

Ce qu’on en pense:

La pandémie, la distanciation sociale, l’écroulement du circuit des tournées, Robert Pollard, lui il s’en fout : il a prévu de sortir avec son groupe 3 albums en 2020 et c’est pas un petit virus qui s’accroche, ou un gros président qui s’accroche aussi, qui vont l’arrêter. 

Donc là, c’est le deuxième de l’année et le « on-ne-sait-plus-combientième » du groupe (le 29èmeapparemment, mais la discographie est un peu cryptique). On s’en fout, dès les premières mesures on sait qu’on est à la maison, et dès le deuxième morceau on peut sortir les bières et les Craven.

18 morceaux, 2 bières, une clope et 40 minutes plus tard on croit qu’on a de nouveau 20 ans. Que demander de plus ?

Il faudra bien un jour reconnaître le talent d’écriture de Robert Pollard, dont l’aisance mélodique force le respect.

Il faudra bien aussi reconnaître les qualités de Doug Gillard, véritable guitariste rock’n’roll (oui, ça ne veut rien dire, mieux vaut écouter le disque pour comprendre).

Il faudra peut-être enfin reconnaître que Guided By Voices est actuellement l’un des grands groupes de rock américain en activité. 

Et pourtant leurs disques ne sont même pas distribués en Europe…Le prochain sort la semaine prochaine. 

SYNDROME DE STENDHAL

Le titre : Idiot Prayer – Nick Cave alone at Alexandra Palace

L’artiste : Nick Cave

Le format : 2x33T/30 cm.

La date de sortie : 2020

Le genre : I am glowing, I am flying, look at me now!  

C’est qui ?: Le chanteur de Nick Cave & The Bad Seeds

Qui joue dessus ?: Nick Cave

Comment ca sonne ? : Comme un type jouant du piano dans le hall de Grand Central Station, un 25 Décembre.

Si c’est une réédition ou un vieux machin, est-ce que ça a bien vieilli ?

Sans objet

Ce qu’on en pense:

Quel artiste peut se ramener en disant: mettez moi juste un piano là, au  milieu de nulle part, et je m’occupe de tout, vous allez voir.

Posons la question :

Allô, Sir Paul Mc Cartney?: Oui, mais j’ai plus de voix, quelqu’un veut bien chanter à ma place? Son altesse Sir Mick Jagger?: Oui, certainly darling, mais qui sponsorise? Mister Neil Young?: Ouais ouais, mais je l’ai déjà fait et vous m’emmerdez, là, je passe le motoculteur. Monsieur Leonard Cohen?:  Je sais pas. Y’a le wi-fi au paradis ? Attendez, je demande.

Nick Cave, lui, il peut. Et les doigts dans le nez. Certes, il n’est il n’est ni mort, ni ménopausé comme ses compères cités plus haut.

Ne sachant pas quoi faire pendant le confinement, le chanteur australien à donné seul un concert, filmé dans un bâtiment victorien du XIXème à Londres et retransmis en streaming (payant, faut pas rêver non plus), où on le voyait jouer une partie de son répertoire, sur un piano posé au milieu d’un espace immense.

Répertoire, c’est bien le mot. Qui aurait cru que le junkie sorti d’un bled paumé d’Australie en aurait un? Qui aurait dit que le « chanteur » de The Birthday Party en deviendrait un? Sur cet enregistrement, Nick Cave, carrément en apesanteur, chante comme jamais et interprète ses compositions avec une aisance stratosphérique. Certains morceaux, dont les versions studios étaient déjà tétanisantes et dont on se demandait ce qu’elles pourraient bien donner jouées au piano, prennent une dimension nouvelle (« Higgs Boson Blues », « Papa won’t leave, Henry », « Jubilee Street »). Tout est dans la modulation. Celle de l’interprétation et celle du chant (« Are you the one i’ve been waiting for », par exemple).

Si vous aimez Nick Cave, ce disque vous laissera exsangue, interdit. 

PS 1: le pressage vinyle de cet enregistrement est absolument indigne, comportant des défauts entrainant des bruits de fond et des cliquetis intolérables qui donnent envie de pleurer. Nous avons directement contacté l’artiste et vous tiendrons au courant.

PS 2: la sécurité sociale anglaise devrait subventionner l’enregistrement du répertoire entier de l’artiste sous cette forme. 

IMPOTS.GOUV.FR

Le titre : Hear me out / Mambo sun

L’artiste : Pixies

Le format : 45T/30 cm.

La date de sortie : 2020

Le genre : Crise de l’entertainment  

C’est qui ?: L’ancien groupe de Kim Deal

Qui joue dessus ? Black Francis, Joey Santiago, Paz Lenchentin, David Lovering

Comment ca sonne ? : Comme d’habitude.

Si c’est une réédition ou un vieux machin, est-ce que ça a bien vieilli ?

Sans objet

Ce qu’on en pense:

La pandémie, c’est la lose pour les musiciens. Pas de tournées, pas de revenus, pas de chocolat. Alors on sauve les meubles, en sortant des « bidules ». Comme ce single en « édition limitée » (on attend avec impatience le groupe qui aura l’humour de sortir un disque en collant dessus un sticker « édition illimitée»), pressé sur pâte jaune translucide.

Un maxi 45-tours donc, mais seulement deux morceaux : en face A un titre inédit, « Hear me out », et en face AA une reprise de T-Rex.

Tout ceci est complètement quelconque et le morceau inédit sent à plein nez la bonne vieille chute de studio. 

Il y a trente ans, les chutes de studios chez Pixies étaient électrisantes, comme tout ce que touchait le groupe de Boston. Maintenant, on s’en fout.

Et en plus, la pochette est indigne.

TAXE TOBIN

Le titre : Empty Horses

L’artiste : Tobin Sprout

Le format : 33T/30 cm.

La date de sortie : 2020

Le genre : Rock-indé 

C’est qui ?: Le type qui, avec Robert Pollard, écrivait les chansons de Guided By Voices 

Qui joue dessus ?:  Tobin Sprout, Tommy Schichtel, Seve Vermillon, Gary Vermillon

Comment ca sonne ? : Un peu comme Teenage Fanclub.

Si c’est une réédition ou un vieux machin, est-ce que ça a bien vieilli ?

Sans objet

Ce qu’on en pense:

Guided By Voices. Un groupe américain au nom ridicule qui a pourtant participé durant les années 90 à la préservation d’une certaine forme de musique rock. Celle qu’on aime évidemment, la débile, pas finie, mais remplie de ritournelles adolescentes.

Envers et contre tout, Guided By Voices a « gardé le fort » comme dirait John Wayne. Envers le trip-hop, envers Björk, la techno merdique et Radiohead. Tobin Sprout en faisait partie et en composait les morceaux, aux cotés de l’inénarrable Robert Pollard.

Après le suicide de Kurt Cobain, et en pleine mort annoncée du Rock’n’Roll, dont les apôtres mentionnés précédemment appelaient la fin de tous leurs vœux avec une véritable mauvaise foi, planqués derrière une modernité de pacotille qui ne convient pas à la pauvreté du genre, ce groupe américain a donc continué de produire son rock garage bizarre, à l’arrache, mais avec de vraies chansons (quitte à les massacrer en studio, mais c’est un autre sujet).

Tobin Sprout a quitté Guided By Voices en 1996, pour ensuite faire des disques de temps en temps , et ce qu’il voulait tout le temps (il est plasticien de formation). Un disque de temps en temps, ca donne 7 albums depuis 1997, alors que dans le même temps, son ancien collègue, sorte de compositeur logorrhéique, en a sorti 17, sans compter les albums solos (de bons disques en plus, ajoutant à la légende de Robert). 

Force est de constater qu’à 65 ans, Tobin Sprout n’a rien à envier au petits jeunes qui produisent le même genre de musique. Avec des chansons de cette qualité, on préfère un album de Tobin Sprout tout les 5 ans plutôt qu’un double album de Kurt Vile ou de Ty Segall tous les 6 mois.

JUST KIDS

Le titre de l’édition française : Le reste n’était qu’obscurité

Le titre de l’édition originale : This Searing light, the Sun and Everything Else

La date de parution : 2019(Edition française : 2020 – Traduction : Julien Besse)

L’éditeur français: Allia

Le genre : Regrets

L’auteur : Jon Savage

C’est qui ?: Un journaliste anglais, du genre sommité de la période Punk & Post-Punk.

Ce qu’on en pense:

Sous-titre du livre : « L’histoire orale de Joy Division ». En effet, et à l’instar du cultissime « Please Kill Me » de Legs McNeil et Gillian McCain, l’ouvrage est constitué d’extraits d’entretiens dont l’assemblage forme un récit. A ce sujet, pas d’embrouille, Jon Savage liste en fin d’ouvrage la provenance des interviews, au cas où on le soupçonnerait de vouloir faire parler les morts. 

On connaît tous l’histoire. On connaît tous là fin. On se demande tous ce qui à bien pu arriver à Ian Curtis. Mais il ne s’agit pas que de cela. L’intérêt de l’ouvrage tient dans l’évocation directe, par ceux qui étaient aux premières loges, de trois éléments essentiels à la compréhension de la musique de Joy Division : le contexte historique (l’Angleterre de la fin des années 70), le contexte topographique (le Nord de l’Angleterre et Manchester) et le contexte musical (l’immédiat post-punk).

Ce qui frappe avant tout, c’est l’extrême brièveté de l’affaire (3 ans à peine) et la rapidité avec laquelle le groupe est passé du statut de formation locale dont tout le monde se fout à celui de plus grand groupe anglais (ce que 40 ans après on a du mal à mesurer, le suicide du chanteur ayant tendance à occulter la musique). 

Et ce avec un seul album (Closer étant sorti « post-mortem »), et sans l’appui d’une maison de disque. Alors oui, il y avait bien Tony Wilson, Alan Erasmus et Factory Records, mais vu l’amateurisme revendiqué et le credo Do-It-Yourself érigé en vertu cardinale, on était loin d’être chez Warner.

C’est d’ailleurs l’autre élément frappant qui ressort de la lecture : l’amateurisme absolu de la chose, le truc « pour la beauté du geste », qui deviendra la marque de fabrique du label de Tony Wilson. L’idée qu’on peut faire « sans » : sans signer sur une major, sans donner d’interviews à ces types condescendants de Londres, sans même…réfléchir. Parce qu’après tout, le Rock’n’Roll, c’est ca. Un truc idiot de gamins.

A tel point que personne ne se dira « il est épileptique, il devrait être hospitalisé ». Personne ne se dira « les textes qu’il écrit sont d’une teneur carrément morbide pour un gamin de 20 ans ». Personne ne se dira « ce concert on ne devrait pas y aller, il à déjà fait plusieurs crises sur scène ». A 20 ans on se dit (et apparemment Ian Curtis aussi) : tant pis, on le sait, mais on fait avec. Et c’est aussi exactement ce que se sont dit Bernard Sumner, Peter Hook et Stephen Morris.

Et c’est exactement ce qu’ils regrettent.

Infiniment.

Cool Britannia

Le titre de l’édition française: Dans l’ombre des Beatles

Le titre de l’édition originale: As time goes by

La date de parution: 1973 (Edition française : 2019 – Traduction : François Landon)

L’éditeur français: Rivages Rouge

Le genre: Vent de l’histoire.

L’auteur: Derek Taylor

C’est qui ?: Un journaliste anglais, devenu attaché de presse des Beatles en 1964, puis des Byrds et des Beach Boys, avant de revenir travailler pour les Beatles chez Apple (la société des Beatles, pas celle de Steve Jobs).

Ce qu’on en pense:

Il existe une légende qu’affectionnent les journalistes : celle du 5èmeBeatles. Certains font même des listes : George Martin, Brian Epstein, Neil Aspinall, etc…. Listes où figure régulièrement Derek Taylor, mais franchement, s’il devait y avoir un 5èmeBeatles, à part leur producteur George Martin, on ne voit pas trop qui cela pourrait être.

Ce livre constitue en fait la mise en forme de notes prises par l’auteur à l’époque, et « à chaud », de 1964 à 1969.  Peut être pour se préserver de l’amnésie lysergique qui n’allait pas manquer d’arriver ? Celle qui fait dire que ceux qui ont vécu les sixties dans le milieu de la pop ne peuvent pas en parler, trop défoncés qu’ils étaient pour se souvenir de quoique ce soit ?

En fait, le titre est trompeur puisque l’auteur évoque autant son travail pour les Beatles, que sa période californienne de 65 à 69, où on l’invita à monter une société de « public relations »uniquement sur sa réputation. Ce qui de son propre aveu était un malentendu : « comme si j’avais été un kilo d’herbe – juste là pour faire planer les foules. J’étais le type qui avait assuré la promo des Beatles, donc je pouvais catapulter n’importe qui vers les sommets ».

Bourré d’humour (mention spéciale au passage sur le festival Monterrey Pop où Taylor à délivré pas moins de 1100 accréditations journalistes alors que l’espace presse ne pouvait en accueillir que 250…), le livre témoigne d’un regard lucide, empli de dérision sur l’époque. Taylor est anglais, on ne se refait pas. Evoquant le phénomène de la Beatlemania, autant que le naufrage des Beatles et de leur compagnie Apple, Taylor à la décence de ne pas se mettre en avant, voire même de minimiser son rôle. Sauf dans le cas d’Allen Klein, l’homme d’affaire qui à entubé à la fois les Beatles et les Stones, et dont il à facilité l’entrée dans le management d’Apple Records, introduisant ni plus ni moins que le loup dans la bergerie. Une vrai forme d’honnêteté (en même temps qu’une bonne grosse boulette). Chose étrange, Taylor trouve Allan Klein plutôt sympa, apparemment  c’est bien le seul.

Reflet d’une époque électrisante, cet ouvrage s’adresse avant tout aux obsédés congénitaux de la musique pop des années 60. De ceux qui connaissent le jour exact de la sortie de Sgt Pepper, ou bien le numéro d’immatriculation de la coccinelle blanche garée en arrière plan, derrière George Harrison, sur la pochette d’Abbey Road

THE FALL POUR LES NULS

Le titre : Totally Wired / The Rough Trade Anthology

L’artiste : The Fall

Le format : Triple 33T/30 cm.

La date de sortie : 2003

Le genre : Blues blanc

C’est qui ?: Le groupe de Mark E. Smith

Qui joue dessus ?: Mark E. Smith, Marc Riley, Steve Hanley, Craig Scanlon, Karl Burns, etc…on s’y perd, ça change tout le temps

Comment ca sonne ?: Comme un lundi matin.

Si c’est une réédition ou un vieux machin, est-ce que ça a bien vieilli ?

Remastérisé, mais c’est sans importance.

Ce qu’on en pense:

Pour ceux qui ne connaissent pas The Fall, on vous plaint. 

Pour ceux qui n’aiment pas The Fall, on vous comprend. 

Pour ceux qui voudraient aimer The Fall, ce disque est pour vous.

Sorti en 2003, ce triple album regroupe les singles publiés par le groupe sous signature Rough Trade. Vu qu’il y  à quand même 6 faces (31 morceaux), on pourrait se dire qu’il couvre un large éventail de la carrière du groupe. Même pas. The Fall n’a sorti avec le label Londonien que 2 albums, un live et un mini-lp.

La musique de The Fall est singulière. Absolument unique, dans le sens où c’est le seul équivalent blanc du Blues du delta. Oui, un véritable blues blanc, européen, anglais même.

Comme le blues, la musique de The Fall est une scansion.

Comme le blues, la musique de The Fall fait systématiquement taper du pied.

Comme le blues, la musique de The Fall est avant tout une sensation (selon la définition de Peter Guralnick – cf son ouvrage « Feel like going home »).

Comme le blues, la musique de The Fall est l’expression vernaculaire et véritable d’une population déclassée, dévalorisée, le vrai language du « Northern white crap that talks back».

En ce sens, et figurant au panthéon des enregistrements live, le 6èmetitre de la face C (« The NWRA ») résume à lui seul toute la musique du groupe.

The North will rise again.