THÉ DANSANT

Le titre : Live at the Hotel Utah

L’artiste : Black Francis

Le format : 33T/2×30 cm.

La date de sortie : 2008

Le genre : Live électrique

C’est qui ?: Le type qui a écrit « Velouria »

Qui joue dessus ?: Charles Thompson

Comment ca sonne ? : Telecaster + AC30

Qualité du pressage :

Excellente.

Réédition de 2021 – Demon Records – Pressage EU

Ce qu’on en pense :

Pour les fans de Black Francis/Frank Black/Pixies/Charles Thompson, c’est la fête! En effet, Demon Records a entrepris d’éditer pour la première fois en vinyle les albums du gros Charles qui auparavant n’étaient disponibles qu’en CD (Uniquement le catalogue Frank Black / Black Francis, rien de prévu pour Frank Black & The Catholics).

Comme ces albums sont sortis avant la généralisation d’internet et du streaming, il y a fort à parier que vous les avez déjà et que vous aurez le plaisir de les racheter en vinyle qui, comme chacun le sait, est le véritable format des gentilshommes. C’est pas grave, par les temps qui courent il vaut mieux acheter un bon disque deux fois qu’un mauvais une fois seulement. (On en connaît même qui ont certains albums en quatre ou cinq versions. Des cas désespérés, mais l’industrie du disque les adore).

Pour une fois, ces rééditions sont impeccables  et vous aurez donc le plaisir d’écouter en analogique sur votre platine de bourgeois des albums comme « Bluefinger » ou « Sv n   F ngrs », buvant un Cognac et fumant un Havane, tout(e) vie(ille)ux que vous êtes désormais.

Outre ces rééditions, Demon Records a sorti ce live (qui n’avait auparavant été diffusé que sur clé USB!), où l’on peut entendre Black Francis interpréter ses chansons tout seul à la guitare. Electrique la guitare, bien sur.

Datant de 2007, cet enregistrement comporte en grande partie des compositions solos, mais aussi des morceaux de Pixies, Charles Thompson ayant à cette époque arrêté de virer systématiquement de son répertoire ses meilleures chansons en commençant à se dire que….peut être…il pourrait…si Kim Deal arrêtait de picoler….ça serait possible que……il aimerait bien s’acheter une maison au bord de la mer…..et qu’on pourrait…..comme ça Joey arrêterais de me saouler…. reformer Pixies.

Pour ceux qui n’auraient pas remarqué, cet album démontre une fois de plus, mais ici d’une manière limpide, que Charles Thompson est un excellent guitariste rythmique, comme Lou Reed, doublé d’un grand chanteur, comme Kurt Cobain, triplé d’un grand compositeur, comme Ray Davies. Trois musiciens largement plus reconnus que l’auteur de « Caribou ». On n’a jamais vraiment compris pourquoi. Déjà à l’époque de Pixies on se demandait comment un groupe comme cela pouvait passer inaperçu.

C’est injuste, mais tant qu’il continue on s’en fout.

Ps: en rappel, jouée a la demande du public, une des meilleure version de «Cactus » jamais interprétée dans tout le système solaire.

FUCK YOU

Le titre : The Twenty Seven Points

L’artiste : The Fall

Le format : 33T/2×30 cm.

La date de sortie : 1995

Le genre : Atrabilaire

C’est qui ?: Mark E. Smith et des musiciens sur le point de se faire virer.

Qui joue dessus ?: Mark E. Smith, Brix Smith, Julia Nagle, Stephen Hanley, Carl Burns, Craig Scanlon, Simon Wolstencroft

Comment ca sonne ? : Comme le bruit d’une catastrophe.

Qualité du pressage :

Excellente

Réédition nickel de 2021 – Demon Records – Pressage UK

Ce qu’on en pense :

Nîmes, le 29 Mai 2014, 19H30,  Festival « This Is Not a Love Song » :

Ingénieur du son N°1 :

Bon, c’est bon pour la guitare, la basse et le clavier, mais pour la batterie c’est quoi ce merdier ?

Ingénieur du son N°2 :

Y’en a deux en fait, c’est pour ça.

Ingénieur du son N°1 :

Putain fait chier. Et le chanteur il vient quand ?

Ingénieur du son N°2 :

Il vient pas. Il fait pas de balance.

Ingénieur du son N°1 :

QUOI ? Et nous on fait comment ?

Ingénieur du son N°2 :

Sais pas.

Ces propos (véridiques), rapportés par notre envoyé spécial de l’époque espionnant la console de retour en faisant semblant de boire une bière, montrent assez bien ce qu’était un concert de The Fall. Un groupe en place et professionnel avec au milieu un mec qui n’en avait rien à foutre de rien. Ce qui bien sur n’était pas tout à fait vrai.

Sur scène, Mark E. Smith jouait de son groupe comme d’un instrument. Pas pour produire de la musique, ce que le groupe assumait parfaitement, mais pour mettre le bordel. Et que je débranche le jack du guitariste, que je tripote les potards des amplis, que je me barre backstage en continuant de chanter, etc, etc.. C’est sûr que pour faire ça, effectivement, pas besoin de balance.

En 40 ans de carrière, The Fall a sorti une trentaine d’albums studio et au moins autant d’enregistrement live. Concernant les albums studios, pas de problème pour le rendu sonore. On ne peut pas en dire autant des enregistrements live où la prise de son peu parfois être qualifiée « d’erratique ». Ce n’est pas le cas avec ce disque dont les enregistrements correspondent à la tournée suivant la sortie de l’album « Cerebral Caustic » (un de leur meilleur), tournée réalisée avec le groupe dont il virera la totalité des membres, après s’être castagné sur scène avec le batteur…

Un live parmi tant d’autres, qui n’égale pas toutefois « Totale’s turns » sorti en 1980 et qui reste la plus pure expression du « northern white crap that talks back ».

POULET FRIT

Le titre : This Is Fame / 1964-1968

L’artiste : Dan Penn, Arthur Conley, The Del-Rays, entre autres.

Le format : 33T/2×30 cm.

La date de sortie : 2016

Le genre : Antidépresseur

C’est qui ?: Des mecs du Sud (des Etats-Unis, pas des mecs de Tarascon)

Qui joue dessus ?:  Les musiciens du label Fame, parfois dans plusieurs groupes

Comment ca sonne ? : Comme le rêve des « mods »

Qualité du pressage :

Bonne.

Edition originale de 2016 – Kent Records – Pressage UK

Ce qu’on en pense :

Dans les années 60, en Alabama, il n’y avait pas que des gros cons ségrégationnistes et des dames qui refusaient de laisser leur place dans le bus.

Il y avait aussi, dans un petit bled nommé Muscle Shoals, le label Fame et son studio, monté par Rick Hall. Comme cela se passait souvent à l’époque, le label avait une équipe de musiciens-compositeurs-arrangeurs maison et «à demeure», chargée d’écrire les chansons des artistes signés par le label. Un peu comme Didier Barbelivien écrivant pour David & Jonathan, par exemple (Attendez un peu avant de dire des gros mots. Merci).

Heureusement pour les américains, ce n’était pas Didier aux manettes mais des types comme Dan Penn ou Spooner Oldham. Des musiciens tellement bons que le petit studio a rapidement vu se ramener des artistes comme Aretha Franklin (qui enregistrera « Respect » au studio Fame), Otis Redding, Etta James ou les Rolling Stones (même Eddy Mitchell ira y faire un disque, mais bon, alors là…euh…joker).

Sur cette compilation, pas d’Otis Redding, pas d’Aretha Franklin, pas de vedettes. Uniquement des enregistrements étourdissants de qualité et témoignant de la production courante d’un petit label paumé dans la campagne portant la musique de «variétés»(version US) à son firmament et écrivant aux milieux des vaches les tables de la loi de la musique Soul. A en tomber raide de joie.

Ils ont du bien rigoler en voyant débarquer Eddy Mitchell….

CURRICULUM VITAE

Le titre : B-Sides & Rarities Parts I & II

L’artiste : Nick Cave and The Bad Seeds

Le format : 33T/ Coffret 7X30 cm

La date de sortie : 2021

Le genre : « Down here for your soul »

C’est qui ?: Le mec bizarre qui chante à coté de Kylie Minogue

Qui joue dessus ?:  Nick Cave, Mick Harvey, Blixa Bargeld, Thomas Wylder, Roland Wolf, Hugo Race, Kid Congo Powers, Barry Adamson, Maryn Casey, Conway Savage, Jim Sclavunos, Warren Ellis, James Johnston, George Vjestica

Comment ca sonne ? : Empoisonné

Qualité du pressage :

Absolument indigne. Pour la qualité sonore, c’est bon, mais il y a des clicks et des bruits de surfaces sur l’ensemble des 7 disques. On ne sait pas ce qu’ils foutent chez BMG, mais une chose est sure, ils ne sont pas traumatisés par le contrôle qualité. Certains coffrets ont même des disques manquants. De plus, le livret est carrément léger vu l’ampleur de la publication. Comble de la complète attitude de cuistre de la maison de disque : pas de coupon de téléchargement. Un vrai scandale.

BMG – Pressage Original UK

Ce qu’on en pense :

Certains petits jeunes se demanderont peut-être ce qu’est une face-B. A juste titre, le format single 45 tours ayant disparu depuis longtemps.

Au commencement, lorsqu’ Elvis est descendu sur terre, la musique populaire était diffusée, outre les passages radio, via la commercialisation de morceaux de plastique circulaires sur lesquels était gravée la chanson qu’on voulait vendre. Les choses étant ce qu’elles sont, il fallait bien mettre quelque chose sur l’autre face, sous peine de passer pour un gros bâtard capitaliste. Plusieurs solutions s’offraient alors à la maison de disque :

  • mettre le même morceau en version instrumentale (méthode dite « Phil  Spector », largement reprise par l’industrie du disque)
  • placer une chute de studio pas terrible (pratique également largement répandue)
  • faire une reprise (honnête, mais risqué)
  • ne rien mettre (single uni-face, plutôt rare)
  • mettre un vrai morceau (plus rare encore, et ne marchant qu’avec les grands artistes. Exemple : « I’m The Walrus », plus grande face-B de tous les temps.)

Publiée pour la première fois en vinyle, cette édition reprend les morceaux de la version CD (sur les 5 premiers disques), augmentée d’inédits plus récents et principalement issus des sessions de « Push the sky away », « Skeleton tree » et « Ghosteen » (sur les deux derniers disques).

Si vous aimez Nick Cave, au point de connaitre tout ce qu’il a publié depuis The Birthday Party, vous possédez déjà l’ensemble de ce qui est édité ici, hormis le 7ème disque. Vous n’êtes donc pas sans savoir que la version acoustique de « The Mercy Seat » est supérieure à la version studio, que certaines faces-b sont à tomber par terre (au hasard : « God’s Hotel », « Come into my sleep », « Good good day », « She’s leaving you ») et qu’il est inexplicable que « The Ballad of Robert Moore and Betty Coltrane » ait fini sur la face-B de « Where the wild roses grow » plutôt que sur « Murder Ballads ». Sans parler des reprises, toutes excellentes.

Le 7ème disque, le seul vraiment inédit, comporte lui des versions différentes de titres publiés sur « Skeleton Tree » et « Ghosteen » (dont une version glaçante de « Skeleton Tree », enregistrée en plein drame) ou des inédits, d’une qualité équivalente à l’ensemble.

Comme pour tous les grands artistes, on distingue des périodes chez Nick Cave, ce qu’illustre indéniablement ce coffret, même si ce ne sont « que » des face-b ou des inédits. L’écoute d’affilée de l’ensemble des 7 disques (faut avoir le temps, mais c’est possible) à quelque chose de fascinant, révélant comment la musique du chanteur australien s’est transformée, passant de la clameur au murmure.

MORNE PLAINE

Le titre : Sympathy For Life

L’artiste : Parquet Courts

Le format : 33T/30 cm

La date de sortie : 2021

Le genre : Perdus en mer

C’est qui ?: Un groupe de New-York

Qui joue dessus ?:  Andrew Savage, Austin Brown, Max Savage, Sean Yeaton

Comment ca sonne ? : Comme une jam session peu inspirée.

Qualité du pressage :

Bof bof. Il y a des clicks et des bruits de surfaces.

Rough Trade – Pressage Original US

Ce qu’on en pense :

On y a cru. Après avoir écouté le formidable single « Walking at a downtown place », ou plutôt sa vidéo diffusée sur Youtube, on s’est dit : ça va être super. On va pouvoir écouter un  album récent, produit par un groupe formé au XXIème siècle et arrêter de se dire que c’est mort et qu’on va finir par écouter du classique.

On pose donc le disque sur la platine. Premier morceau super, celui diffusé sur internet. Deuxième morceau, excellent. C’est parti, on peut sortir les bières et les Craven, ça va être cool. Et puis…un morceau tout pourri. Et  un autre bien moyen, et un cinquième vraiment pas inspiré. Pffff… A se demander si on va écouter l’autre face.

L’autre face : un espèce de bidule en début de face, et puis un bon morceau (« Homo Sapien »). Un vrai, comme ils savent faire. Leur vraie musique, celle qui descend du singe, des Stooges et du Velvet Underground. Mais la suite, rebelote. Des trucs ennuyeux et qui ne marchent pas…pour finir sur un morceau chiant comme la pluie, mais qui n’est pourtant pas le pire du disque.

Alors, on sait bien que les groupes ont besoin de travailler et que la pandémie a compliqué les choses, mais là franchement, ça sent les fonds de tiroirs, ou pire, le manque d’inspiration en phase terminale.

4 A.M.

Le titre : Fantasy Island

L’artiste : Clinic

Le format : 33T/30 cm

La date de sortie : 2021

Le genre : Night-Club

C’est qui ?: Un groupe de Liverpool

Qui joue dessus ?:  Pas de crédits sur le disque. On suppose que c’est les même que d’habitude

Comment ca sonne ? : Comme en boite de nuit, juste avant la fermeture.

Qualité du pressage :

Bonne.

Domino – Pressage Original EU

Ce qu’on en pense :

Clinic fait partie de ces groupes qu’on reconnaît immédiatement à l’écoute. Non seulement parce qu’ils font toujours la même chose (ça c’est pas dur), mais aussi parce qu’on reconnaît leur son, même s’ils le modifie à chaque disque, sans pour autant devenir ennuyeux (et ça c’est beaucoup plus dur). L’essentiel étant le sentiment que dégage leur musique : celle d’une formidable soirée passée en boîte de nuit, quelques gin-tonic dans le cornet. Une sorte de ouate sonore, mais qui fonctionne à chaque fois.

Pour cet album, c’est comme d’habitude. Plein de reverb, son étouffé bizarroïde, pulsation qui fait taper du pied, ajouts sonores étranges (du genre bruit du laser dans Space Invaders) et chanteur qui marmonne à mort. Sur un titre il y a même du saxophone, de la harpe et des cordes(?!?), façon cocktail-bar…Mais une  chose demeure, celle qui fait la grande qualité du groupe : sa capacité à produire une pulsation. La bonne, celle qui fait bouger la tête comme un neuneu (notamment sur le titre « Fantasy Island »).

Au milieu de tout les groupes anglais, (ceux du rayon « trucs et bidules » qui sonnent tous comme Wire, The Fall, Gang Of Four, Joy Division, etc….ad lib…aaaaargh), les groupes à l’identité sonore prononcée sont plutôt rares. Clinic en fait partie et, mine de rien, publie depuis vingt ans des disques tous aussi bons les uns que les autres. Le meilleur remède à l’insipidité généralisée qui frappe actuellement les groupes anglais.

LE MEILLEUR AMI DE L’HOMME

Le titre : Fragments Of A Rainy Season

L’artiste : John Cale

Le format : 33T/3X30 cm

La date de sortie : 1992

Le genre : Firmament des enregistrements live

C’est qui ?: Le mec qui joue du violon sur « Venus In Furs »

Qui joue dessus ?:  John Cale

Comment ca sonne ? : Comme un type tout seul au piano avec ses chansons

Qualité du pressage :

Bonne.

Réédition de 2016 – Mute – Pressage UK

Ce qu’on en pense :

Il arrive parfois que de très grands disques passent quand même « sous le radar », ce qui est le cas de ce live de John Cale, sorti en 1992, et jamais réédité jusqu’en 2016.

John Cale, c’est un type qui a une opinion, un discours, sur la musique. Sur sa nature même. (A l’université on dirait une approche « ontologique »). On ne fait pas le conservatoire et on ne joue pas avec La Monte Young sans avoir un avis sur ce que ce sont la nature du son, les fréquences, le spectre sonore ou le travail des harmonies. Enfin bref, pour le meilleur ou pour le pire, un truc d’intellectuel. Ce qu’il montrera brièvement avec The Velvet Underground avant de se faire virer par Lou Reed, puis tout au long de sa carrière solo.

A notre connaissance, cet album est le seul enregistrement (avec quelques démos du Velvet) où on peut entendre les chansons de Cale débarrassées du « discours ». Sans arrangements, comme un bluesman. Au risque de la mélodie, ce truc vulgaire…. Une chose étonnante sachant que l’exercice « unplugged », c’est pas le genre de la maison et qu’on se demande comment il a fait pour d’un coup, pendant cette tournée, arrêter de se la péter.

Le résultat : un des plus grand enregistrement live de tous les temps. Non seulement les compositions sont excellentes mais l’interprétation est hallucinante de qualité. De son répertoire, mais également de celui des autres, avec des reprises excellentes, qui ont un gout, une couleur (« Heartbreak Hotel » du camionneur, extraordinaire, ou « Hallelujah » de Léonard Cohen, avant que l’autre mickey de Jeff Buckley se mette à la chouiner pour les midinettes). Et par dessus tout, une version tétanisante de « Fear (Is a man’s best friend ) », à vous faire dresser les cheveux qu’il vous reste sur la tête.

Enfin, celle qui figure sur la version originale. Car en effet, cette réédition est augmentée d’un troisième disque présentant des versions différentes de certains morceaux, également des prises lives, mais dans des versions avec des arrangements de cordes. Et alors là, attention. Si vous avez apprécié celles du disque original, les versions de « Fear » et « Paris 1919 » risquent de vous perdre à jamais. Vous êtes prévenus.

ACTE MANQUÉ

Le titre : The CBS Tapes

L’artiste : The Rubinoos

Le format : 33T/30 cm

La date de sortie : 2021

Le genre : Musique pour barbecue

C’est qui ?: Un groupe de pop avec un nom à la con

Qui joue dessus ?:  Jon Rubin, Don  Spindt, Tommy Dunbar, Royse Ader

Comment ca sonne ? : Comme Jonathan Richman

Qualité du pressage :

Bonne.

Yep Roc Records – Pressage EU

Ce qu’on en pense :

San Francisco , le 3 Novembre 1976.

Un cadre de chez CBS Records : « Bon allez les gars, on enregistre demain, mais avant, venez avec moi au studio pour vous faire la main. Vous jouerez ce que vous voudrez. On laissera tourner la bande quand même, on sait jamais. »

Le groupe : « Ah bon ? Vous êtes sur Monsieur? Mais on n’a rien répété, alors…euh… »

Le cadre de CBS Records: « Mais si, mais si. Par contre, pas plus d’une heure quand même, ça coute une blinde les heures de studios et ce soir je vais voir Lynyrd Skynyrd au Winterland.»

Le groupe : « Bon, ok »

On ne connaissait pas The Rubinoos, et on avait rien loupé. En fait, c’est un groupe de variétés genre power-pop assez moche, ayant eu du succès dans les années 70, notamment avec le tube « I think we’re alone now » (Oui, oui, c’est bien le morceau auquel vous pensez. Et oui,…c’est horrible). Si vous voulez vous faire mal, essayez d’écouter leur premier album, celui qu’ils enregistreront dès le lendemain de la session faisant l’objet de cet album.

Ce disque est donc une sorte de jam-sessions où le groupe joue pour moitié ses compositions et pour moitié des reprises (et même un jingle publicitaire Pepsi-Cola !). Et, contre toute attente, c’est excellent. En roue libre, mais hyper en place, on dirait The Modern Lovers ou Jonathan Richman (oui, on sait, c’est la même chose). Tellement à l’aise qu’ils se payent même le luxe de reprendre les Beatles. Deux fois en plus, et pas n’importe quels titres: « She love you » et « I want to hold your hand ». Le genre de truc qui, en général, ne marche jamais. Une de leur composition (« I want her so bad ») ressemble même à une sorte de proto-punk.

On se demande bien ce qui a pu se passer pour que leurs albums soient pourris. La faute au type de CBS records, revenu de son concert de Lynyrd Skynyrd et briffé par la cellule marketing ? Nous ne remercions pas CBS d’avoir «putassifié » un groupe comme cela en leur faisant sortir des disques indignes.

4 JUILLET

Le titre : The Complete John Peel Sessions

L’artiste : The White Stripes

Le format : 2X33T/30 cm

La date de sortie : 2016

Le genre : Binaire

C’est qui ?: Deux américains qui faisaient croire qu’ils étaient frère et soeur

Qui joue dessus ?:  Meg White, Jack White

Comment ca sonne ? : Brut et rugueux

Qualité du pressage :

Pas top. Pas mal de clicks et l’amorce de la face B est foirée.

Third Man Records – Pressage US

Ce qu’on en pense :

Il s’est passé quelque chose au début des années 2000. Un dernier petit soubresaut, un dernier verre pour la route.

Afin d’enterrer définitivement tous les trucs pénibles des années 90 comme le trip-hop, la techno, Radiohead ou Björk, est apparue une multitude de groupes à guitares, intéressés uniquement par le format « canonique » guitare/basse/batterie. Un truc alors qualifié par la presse de « retour du rock ». En sismologie on appelle cela une réplique.

Parmi eux, un groupe de Detroit, The White Stripes, qui poussa jusqu’à l’os le retour aux origines en intégrant à sa musique le blues du delta et reprenant à son compte l’ensemble de l’héritage musical américain (version populaire, hein, parce que franchement le jazz ça emmerde tout le monde et de toute façon c’est de la vraie musique, ce qui n’est pas le sujet du Rock’n’Roll). Quiconque a vu sur scène le groupe à cette époque en est sorti traumatisé.

Datant de 2001, ces Peel Sessions retranscrivent parfaitement ce qu’était le groupe à l’époque. Un truc improbable, un mec qui joue avec une guitare en plastique, une fille à la batterie, une cohésion hallucinante, comme si Adam et Eve avaient monté un groupe de rock. Mais un furieux, avec bruit du tonnerre et expulsion du jardin pour tapage nocturne.

Brut de décoffrage, Jack White fait pas mal de pains, un peu à l’arrache,  mais on s’en fout, ils ont le Mojo et ils le savent.  Ecoutez la version d’ « Hello Operator », directement suivie d’une version tonitruante du « Baby Blue » de Gene Vincent, vous verrez.

LE CIEL BAS ET LOURD

Le titre : Teenage Snuff Film

L’artiste : Roland S. Howard

Le format : 2X33T/30 cm (3 faces).

La date de sortie : 1999

Le genre : Zone industrielle désaffectée

C’est qui ?: Un Australien

Qui joue dessus ?:  Roland S. Howard, Mick Harvey, Brian Hooper, Steve Boyle

Comment ca sonne ? : Comme la bande son d’une overdose

Qualité du pressage :

Parfaite.

Réédition de 2020 – Mute – Pressage EU

Ce qu’on en pense :

Quand il était petit, Roland S. Howard faisait partie du groupe australien The Boys Next Door, qui deviendra plus tard The Birthday Party, le vaisseau toxique des débuts de Nick Cave.

Conscient des talents de compositeur d’Howard, Cave sentira la concurrence arriver et refusera de jouer les morceaux de son copain, ce qui entrainera le départ d’Howard vers une autre formation Australienne : Crime And The City Solution. Mais ce n’est qu’avec son premier album solo, sorti en 1999, qu’on comprendra que Nick Cave, ce petit saligaud, avait eu raison de ne pas vouloir rester dans l’ombre de son collègue. Roland S. Howard est effectivement un grand compositeur, jouant dans la même catégorie que la grande saucisse de Warracknabeal.

Epuisé depuis des millénaires, ce premier album solo, « Teenage Snuff Film », a été réédité en 2020 chez Mute.

Un disque immense. Une façon de faire quasiment désuète pour l’époque : son clair, arrangement de cordes et guitare bruitiste du genre reverb dépressive. Le tout dans une ambiance crépusculaire à vous glacer le sang, renforcée par la teneur des textes. Si vous aviez prévu de danser, ressortez plutôt votre exemplaire de « Blue Monday » (en version originale anglaise maxi-45T, cela va de soit) ou alors un  vieux James Brown.

Sorti en même temps que les soit-disant « chefs-d’œuvres » de Radiohead et juste avant la résurgence des groupes à guitares façon Jack White, cet album était à priori hors sujet. Enfin, hors sujet pour les gens qui pensaient qu’il y en avait encore un, alors que le « sujet » en question était déjà mort depuis longtemps.

Si vous aimez Nick Cave, période « Your funeral, My Trial », vous écouterez le premier morceau du disque (« Dead Radio ») 15 fois d’affilée.