PLÈBE

Le titre : Confort to me

L’artiste : Amyl And The Sniffers

Le format : 33T/30 cm.

La date de sortie : 2021

Le genre : Fuck la mort

C’est qui ?: Des Australiens.

Qui joue dessus ?:  Amy Taylor, Dec Martens, Gus Romer, Bryce Wilson

Comment ca sonne ? : Electrique

Qualité du pressage :

Excellente.

Rough Trade Records – Pressage original UK

Ce qu’on en pense :

Chez Amyl And The Sniffers, tout est moche. Leurs fringues, leurs coupes de cheveux, leurs vidéos, leurs pochettes de disques. Et même leur musique : un truc bruyant, héritier du punk-rock, avec de gros morceaux de guitare électrique dedans.

Il n’empêche, le genre a beau être extrêmement rudimentaire, il ne suffit pas uniquement de brancher son instrument et de crier dans le micro. Ça c’est bon pour les groupes anglais, du genre Idles, qui n’ont de « Rock’n’Roll » que le volume sonore et le format guitare/basse/batterie.

Deux choses sont essentielles : les parties de guitares rythmiques et la tenue du chant. Et là, on s’en fout que la pochette soit moche ou bien que le batteur arbore un coupe mulet. Dans ces deux registres, le groupe Australien a tout bon, et pas qu’un peu. Des parties de guitares inspirées, avec quelques solos « pour déconner » (il est manifeste que le guitariste n’en a rien à foutre) et un chant qui n’en est pas un, mais dont la conviction emporte l’adhésion.

Comme sur son premier album, Amyl and The Sniffers rappelle une fois de plus à tout le monde ce qu’est le rock’n’roll : un truc débile, même pas de la musique, fait par des gamins, pour des gamins. Moche comme un bouton d’acné, gauche comme un adolescent, où seule l’expression compte, celle de la seule chose qui vaille quand on monte un groupe de rock, celle du crachat au ciel.

ASPARTAME

Le titre : 9 Songs About Love

L’artiste : Jonathan Edward Sunde

Le format : 33T/30 cm.

La date de sortie : 2020

Le genre : Prof d’anglais

C’est qui ?: Un mec de la campagne

Qui joue dessus ?:  Jon Sunde, Andrew Thoreen, Shane Leonard

Comment ca sonne ? : Un peu comme Crosby, Stills, Nash & Young (de loin)

Qualité du pressage :

Exécrable. Pourri de clicks, sur les deux faces, un véritable honte. Comme ils ont de l’humour chez Because Music, ils fournissent le CD en insert….

Vietnam – Pressage FR.

Ce qu’on en pense :

En mettant un coup de pied dans un arbre, vous récolterez une bonne douzaine de musiciens comme J.E Sunde (bon, pas n’importe quel arbre, il faut qu’il soit de la variété lithocarpus folkus arboricum).

En effet, des types à lunettes qui chantent des chansons tristes avec leur guitare, on en trouve à chaque coin de rue. Heureusement, certains d’entre eux sortent un peu du lot. Ce sont en général ceux qui savent écrire des chansons ou de belles mélodies.

Ce genre d’album étant souvent produits de la manière la plus « plan-plan » qui soit (c’est le cas ici, on se croirait dans une pub pour une assurance habitation…), seules comptent la qualité d’écriture, les harmonies quand il y en a, et surtout la faculté du musicien à sortir des mélodies. C’est heureusement ce que l’on trouve sur des titres comme « Love gone to seed » et surtout « I don’t care to dance » (sorte d’hommage à Leonard Cohen, la voix du barde sémite en moins).

Le titre du disque, « 9 songs about love », fout un peu la trouille (pour mémoire, Steve Albini avait intitulé un de ses albums avec Big Black : « Songs about fucking », ce qui, vous en conviendrez surement, est bien plus prometteur).

Il n’empêche que ce disque est plutôt bon, un peu comme on dit « bon comme le pain ». L’ennui c’est que quand on l’écoute, on a l’impression d’être en train d’acheter des fringues chez Hollister.

Si vous voulez plaire aux instituteurs, en laissant entendre que sous des dehors un peu rude, vous êtes en fait un grand sentimental, dites que vous aimez ce disque.

Ou plutôt non, dites que vous aimez Dylan, c’est plus classe, et votre dignité s’en portera mieux.

XX

Le titre : Le Tigre

L’artiste : Le Tigre

Le format : 33T/30 cm.

La date de sortie : 1999

Le genre : Grrrrrrrls

C’est qui ?: Le groupe de la chanteuse de Bikini Kill

Qui joue dessus ?:  Kathleen Hanna, Johanna Fateman, Sadie Benning

Comment ca sonne ? : Comme X-Ray Spex

Qualité du pressage :

Excellente.

Réédition de 2015 – Wiiija Records – Pressage UK

Ce qu’on en pense :

Un disque qu’on avait loupé.

Un jour, passant devant la chambre de sa descendance, on s’arrête. Cette voix ça me dit quelque chose. On écoute. On frappe à la porte en demandant : « Euh….c’est quoi ce que tu écoutes ? ». « Le Tigre, tu connais pas ? » « Si si, ça me dit quelque chose ». Mortifié, on se renseigne.

Distribué à sa sortie en 1999 uniquement en CD en Europe, et de manière confidentielle en vinyle : un seul pressage UK en 1999, avant internet, Ebay et Discogs. Ouais bon, on se trouve les excuses qu’on peut, on l’avait bien loupé. Pire : on avait plus tard confondu Le Tigre avec un groupe de clowns appelé « La Femme ». La honte, la vieillesse, le naufrage, etc…

En effet, Le Tigre est le groupe de Kathleen Hanna, la voix de Bikini Kill (bon sang, mais c’est…euh… je vous l’avais bien dit !).

Moins punk-rock que sa formation initiale (juste pour la facture de certains titres), ce disque est excellent.

Pas besoin de revenir sur le coté revendicatif avant l’heure, les Riot Grrrrls, etc….Pour la musique on s’en fout un peu (ma descendance non, apparemment,  d’où son intérêt pour des disques avec des filles en colère, sortis avant sa naissance). Un furieux groupe de rock, sans troud’balle pour gâcher la fête.

GARAGE DEUX PLACES

Le titre : Warzone Earth

L’artiste : Peter Buck

Le format : 33T/30 cm.

La date de sortie : 2015

Le genre : Détendu dans son garage

C’est qui ?: Le guitariste de R.E.M.

Qui joue dessus ?:  Peter Buck, Kurt Bloch, Chris Slusarensko, Krist Novoselic, Bill Rieflin, Jeff Tweedy

Comment ca sonne ? : Un peu comme Count Five ou The Standells

Qualité du pressage :

Bonne.

Mississippi Records – Pressage US

Ce qu’on en pense :

Vous vous souvenez de Peter Buck ? En 1991 c’était le roi de la mandoline avec son pote Michael Stipe , qui lui se prenait comme d’hab pour Ian Curtis, dans une vidéo toute moche qui passait en boucle sur MTV. Quel blaireau quand même Michael Stipe quand il s’y met! Peut-être qu’aux US ça passe, mais franchement, il pensait vraiment qu’en Europe personne n’allait capter qu’il avait piqué sa gestuelle au chanteur de Joy Division ? Il a du croire que l’Angleterre c’était le Midwest….Enfin, on s’en fout, c’est pas le sujet.

Peter Buck, donc, guitariste de R.E.M. (se reforment pas eux ? c’est bizarre), a eu une vie après avoir été une mégastar du Rock’n’Roll pour fac d’Éco, une autre vie après la fin de son groupe. Et qu’est ce que ça fait un guitariste quand ça ne sait pas quoi faire? Ça monte un groupe de rock-garage. Comme à 15 ans. A la dure, un peu pour rigoler, sans promo et sur un petit label dans un bled pourri où il pleut tout le temps, Portland OR. (A la dure, c’est pour de faux, parce que si ce garçon n’a pas fait n’importe quoi de ses sous, il n’a probablement plus besoin de travailler jusqu’à la fin de ses jours).

Détendu du slip et sans être obligé par ses collègues de R.E.M. de jouer un ré mineur toutes les 4 mesures, les morceaux de Peter Buck sont bons, voire très bons, comme on aime (c’est à dire guitare/basse/batterie, distortion, et le chanteur qui gueule « one, two, three, four » au début). Aussi bons que ceux de certains de ses collègues dont il pourrait être le père.

Les disques de Peter Buck sont uniquement édités en vinyle et ne sont pas pas disponibles sur les plateformes dématérialisées. Un homme de goût. Et n’allez pas me dire que c’est une attitude élitiste. Cette musique, désormais, tout le monde s’en fout (ces albums ne sortent d’ailleurs pas en Europe).

SUDATION AMÉRICAINE

Le titre : Fire Of Love

L’artiste : The Gun Club

Le format : 2x33T/30 cm.

La date de sortie : 1981

Le genre : Paye ton Mojo

C’est qui ?: Le groupe de Jeffrey Lee Pierce (le Yoda de Nick Cave)

Qui joue dessus ?:  Jeffrey Lee Pierce, Ward Dotson, Rob Ritter, Terry Graham

Comment ca sonne ? : Comme Noir Désir au début. Ah non, en fait c’est l’inverse

Qualité du pressage :

Bonne.

Remasterisation et réédition de 2021 – Blixa Sounds / Pressage US

Ce qu’on en pense :

Sorti en 1981 aux USA et en 1982 en France (chez New Rose), ce disque en a traumatisé plus d’un. A commencer par Nick Cave et Bertrand Cantat (oui d’accord, c’est pas exactement la même catégorie, mais bon).

Un disque mortel, au son terrible. Des guitares sans distorsion, au son clair (genre Fender Telecaster + Vox AC 30) mais qui sonnent comme si il y en avait (de la distortion). Comment c’est possible ça? Un truc vaudou? C’est ce son de guitare qui donne sa singularité au disque (en plus, bien sur, des compositions, du chant halluciné et du bazar blues/vaudou/mojo plutôt bien assumé pour des gens de type carrément caucasien.)

On avait ce disque dans sa version française, celle de New Rose donc, avec la pochette différente, celle en noir et blanc. Et nous étions heureux.

Ayant lu dans la presse que le disque était remasterisé pour le meilleur (avec  des commentaires du style : « Enfin réédité !!! »), nous nous sommes empressés d’en acquérir un exemplaire. Tout tremblant. Si c’est encore mieux que l’original, qu’est ce que ça va être? Vous pensez qu’on va tomber dans les pommes?

Et bien pas du tout. Il y a bien un chouilla de basse en plus dans le mix, et moins d’aigus en général, mais sinon cela sonne à peu près comme notre vénérable exemplaire de 1982. En se renseignant un peu, on a compris. Ce disque n’avait jamais été réédité proprement et les versions CD sonnaient apparemment de manière indigente (on ne savait pas, les CD on pensait que c’était du merchandising, genre des sous-bocks vendus dans des boites en plastique).

Finalement, en comparant les deux versions, on peut considérer que cette réédition est finalement supérieure à l’originale, notamment sur certains morceaux (« She’s like heroin to me », « Ghost on the highway ») où la voix moins en avant et la basse moins en retrait donne un meilleur équilibre.

Ouais bon, ça chipote grave quand même, car le disque est tellement bon que même sur une bonne vieille cassette CRX-90, le traumatisme est le même.

BORN TO LOSE

Le titre : L.A.M.F.

L’artiste : The Heartbreakers

Le format : 33T/30 cm.

La date de sortie : 1977

Le genre : Rock’n’Roll

C’est qui ?: La moitié des New-York Dolls

Qui joue dessus ?:  Johnny Thunders, Walter Lure, Jerry Nolan, Billy Rath

Comment ça sonne ? : Furieux

Qualité du pressage :

Bonne.

Réédition et remasterisation de 2021 – Jungle Records/ Pressage Tchèque.

Ce qu’on en pense:

Une histoire hallucinante, pour un disque extraordinaire, dont seuls les types comme Johnny Thunders peuvent être à l’origine.

Engagés par Malcolm McLaren pour participer au fameux Anarchy Tour des Sex Pistols de 1977, Johnny Thunders et ses potes (dont Jerry Nolan, son confrère des New York Dolls) débarquent en Angleterre. Suite au passage télé des Pistols, où un Steve Jones tout bourré offusquera toutes les mémés anglaises en insultant le présentateur, la tournée verra la plupart de ses dates annulées.

Le label de Chris Stamp (le frère de l’autre), Track Records (The Who,Hendrix, Bolan, entre autres), en manque de signature « punk », engage la bande de junkies et les envoie en studio. Ce qui vaut probablement mieux que de les laisser dans la nature, comme en attestent les empreintes digitales de l’Identité Judiciaire anglaise figurant au verso de la pochette, qui sont celles des membres du groupe (les quatre en même temps coffrés par les flics de Leeds, grand chelem, bravo les gars!).

Tout se passe bien en studio. Ce qui sort de la console et des moniteurs du studio convient à l’exigence de fureur des New-Yorkais, sauf que quand le groupe demande une copie de travail sur cassette pour l’écouter, le résultat est tout pourri. Suivrons des semaines de mixages afin d’aboutir à un résultat satisfaisant (c’est a dire reproduisant sur disque la fulgurance de leurs prestations scéniques, parce que quand même, monsieur, le punk, c’est un peu Johnny Thunders et les New-York Dolls qui l’ont inventé et on est pas là pour trier les lentilles).

Croyant l’affaire pliée, Jeannot Tonnerre s’en retourne à New York. Resté en Angleterre, Walter Lure, le guitariste, remixe le tout à sa sauce. Puis c’est le tour de Jerry Nolan, le batteur, de remixer une troisième fois l’ensemble…Si vous avez écouté l’album publié en 77, vous conviendrez surement que le disque est bon, mais que le rendu sonore est proche d’une sorte de bouillie auditive, vous faisant vous demander s’il n’y aurait pas carrément un défaut de masterisation. Les boules.

Que se serait-il passé pour le groupe s’il avait sorti cet album avec le son qu’il souhaitait ? Pour une fois, Johnny Thunders était « the right man in the right time in the right place » . Au lieu de cela, le disque sortira sous un mix indigent avec un son pourri, en amoindrissant l’impact.

En 2020, à la mort de Daniel Secunda (un des deux producteurs), une copie des bandes master a été retrouvée dans son grenier (une bande sans titre, avec la seule mention « Copy Master 12.7.77 »!!!), permettant la remasterisation de cet album et rendant justice à ce que Johnny Thunders avait en tête à l’époque.

Etant sans commune mesure avec le son de l’original, la  nouvelle écoute est proche de l’épiphanie. Une pure giclée de Rock’n’Roll, un des plus grands disque punk de tous les temps. La guitare de Chuck Berry joué par des petits blancs défoncés et des frissons partout à l’écoute d’un groupe de junkies brayant « Boooorn to lose ».

Wayne Kramer avait raison quand il disait: « Johnny serait allé chercher la défaite dans la gueule de la victoire ».

TUMBLEWEED

Le titre : Ramp

L’artiste : Giant Sand

Le format : 2X33T/30 cm.

La date de sortie : 1991

Le genre : United States Of America

C’est qui ?: Des mecs de l’Arizona

Qui joue dessus ?:  Howe Gelbe, John Convertino, Paula Jean Brown, Joey Bruns, Indiosa

Comment ca sonne ? : Sans fard

Qualité du pressage :

Excellente.

Réédition et remasterisation de 2020 – Fire Records/ Pressage UK.

Ce qu’on en pense:

Il y a des gens qui donnent l’impression d’être nés musiciens. Qui transpirent littéralement la musique. Si on se cantonne au champ de la musique pop, ils sont en général américains ou anglais. Et ils peuvent tout faire (sauf peut être de la musique militaire).

C’est le cas d’ Howe Gelb et d‘une de ses formations, Giant Sand. Formé au milieu des années 80, le groupe a depuis sorti des albums régulièrement bons, voir très bons, voir carrément excellents. Comme ce disque, Ramp.

Ce qui impressionne ici c’est l’étendue et le foisonnement des emprunts : jazz, country, rock’n’roll, pop, blues, rock garage, bruitisme façon Velvet Underground. A peu près tout ce qu’a produit de meilleur l’Amérique au XXème siècle. Pareil pour la facture: banjo, guitare, piano, pedal-steel, distorsion, etc…

Le tout servi sans aucun maniérisme, avec une prise de son de compète, brute et intemporelle (façon « j’ai mis le micro au milieu du studio »). On défie quiconque de deviner la date de sortie du disque (1991, en plein bazar Guns’n’Roses) à la simple écoute. Pas besoin de dire qu’en plus les compositions sont excellentes.

Une musique qui a un goût, une odeur, à 1000 lieux de l’auto-tune et du noise-gate.

L’album que Jeff Tweedy rêve de faire depuis qu’il est tout petit.

PS : la réédition de cet album est agrémentée d’un deuxième disque présentant une sorte de « jam / chute de studio » issue des sessions d’enregistrements. Un peu pour les archivistes, même si on peut y entendre sur un titre le groupe sonner comme…Sonic Youth. Ils savent tout faire, et les doigts dans le nez.

ROLLING THUNDER REVIEW

Le titre : No Sleep ‘Til Hammersmith

L’artiste : Motörhead

Le format : 33T/30 cm

La date de sortie : 1981

Le genre : Flashé au radar.

C’est qui ?: Un groupe mauvais pour la santé.

Qui joue dessus ?:  Ian Fraser Kilmister, Eddie Clark, Phil Taylor

Comment ca sonne ? : Lourd

Qualité du pressage :

Bonne.

Réédition de 2015. Sanctuary/Bronze/BMG-Pressage EUR

Ce qu’on en pense:

Les enregistrements lives, en général, c’est pas fameux. Sauf pour certains groupes : les Stones, Nick Cave, The Fall, James Brown, Sonic’s Rendez Vous Band ou…Motörhead.

D’obscures légendes circulent sur le volume sonore des concerts de Motörhead, ceux d’une époque d’avant la limitation à 100 db. Notre préférée, c’est celle du mec qui raconte qu’il a été littéralement « couché » par un ligne de basse de Lemmy, renversé par le déplacement d’air devant les enceintes. Il est un peu con lui, faut être taré pour se mettre devant les enceintes.

En plus de produire une musique absolument tonitruante (en étant seulement trois sur scène), l’ensemble de cet enregistrement montre un groupe hyper en place, à la métrique implacable. Et pour ce genre de musique, ça compte. Le batteur fait des trucs que c’est pas possible ou alors c’est des re-re (ce qui est de la triche, mais n’est pas exclu) ou alors … les amphétamines c’est vraiment un truc de dingue.

Si vous n’aimez pas le Hard Rock, vous pouvez l’écouter quand même. Comme gueulait Lemmy à l’entame de chaque concert : « WE ARE MOTÖRHEAD. WE PLAY ROCK’N’ROLL! ». A juste titre.

Avec un usage approprié, ce disque devrait rapidement devenir le préféré de vos voisins.

RÊVE ADOLESCENT

Le titre : After Laughter Comes Tears : Complete Stax & Volt Singles + Rarities 1964-65

L’artiste : Wendy Rene

Le format : 2X33T/30 cm.

La date de sortie : 2012

Le genre : Soul Music Iso 9001

C’est qui ?: Une gamine née à Memphis

Qui joue dessus ?:  Wendy Rene, évidemment, mais pas de détails des effectifs.

Comment ca sonne ? : Brut. Sent bon le studio analogique.

Qualité du pressage :

Pas terrible. Le son est bon, mais c’est plein de clicks. C’est plus ce que c’était chez Light In The Attic…

Réédition et remasterisation de 2012. Light In The Attic – Pressage US

Ce qu’on en pense:

Nous sommes mi-1963 et il fait chaud à Memphis. La petite Mary Frierson, qui s’embête un peu au lycée, chante également dans un quartet vocal avec son frangin et deux autres types. Dans la même ville, pas loin de chez elle, se trouvent les bureaux du label Stax Records.

Digression :

Stax Records, c’est le véritable label de la soul-music. Pas comme les trucs édulcorés et blanchisés de chez Motown. Et ne nous faites pas dire ce qu’on n’a pas dit, l’importance historique du label Motown est indéniable, mais chez Stax c’était différent. On s’en foutait de plaire aux p’tits blancs et vous n’aviez pas Berry Gordy H24 sur le dos.

La petite Mary Frierson, 16 ans, passe donc la porte du studio Stax, 926 East McLenore Avenue, où elle tombe direct sur Jim Stewart, l’un des deux dirigeants du label, qui l’auditionne sur le champ. S’en suit un contrat d’enregistrement et la publication d’un single sur Volt Records, le sous-label de Stax : « After Laughter ».

Non seulement elle chante aussi bien qu’Aretha Franklin, mais en plus elle compose! A 16 ans! Et quand elle n’enregistre pas ses chansons, elle les écrit avec Steve Cropper ! Elle ne sortira qu’une poignée de singles en 1964 et 1965, et après s’en ira faire des trucs sérieux, parce que les ritournelles adolescentes, elle n’avait pas que ça à faire! La classe.

Le genre de truc qui ne peut arriver qu’aux Etats-Unis dans les années 60.

Le genre de truc qui fait qu’on aime la musique pop.

SCIENCE COGNITIVE

Le titre : m b v

L’artiste : My Bloody Valentine

Le format : 33T/30 cm.

La date de sortie : 2013

Le genre : Dérèglement des sens

C’est qui ?: Un groupe anglais un peu fainéant

Qui joue dessus ? : Kevin Shields, Bilinda Butcher, Deb Googe, Colm O’Ciosoig

Comment ca sonne ? : Comme si le Chat du Cheshire avait monté un groupe

Si c’est une réédition ou un vieux machin, est-ce que ça a bien vieilli ?

Ré-édition de 2021, tout en analogique. Nickel.

Ce qu’on en pense:

My Bloody Valentine, c’est un peu comme AC/DC, dans un registre complètement différent, bien sur. Comme pour AC/DC, c’est la guitare qui compte chez My Bloody Valentine. Le reste importe peu. Pour Angus Young, il s’agit d’essayer de vous pêter le crâne à grand coup de guitare électrique, façon coup de boule de voyou. Et ça marche. Pour Kevin Shields, c’est pareil, mais avec le son. Sauf que là c’est pas le coup de boule, c’est plutôt une sorte de gros câlin lysergique. Et ça marche aussi.

En effet, My Bloody Valentine est le seul groupe à notre connaissance dont l’écoute vous donne le sentiment d’être totalement défoncé, et ce uniquement par le son de guitare (sauf en concert évidemment, où là il fallait choisir entre l’instinct de survie qui vous dictait « Vas t’en, tu vas perdre l’audition !» et l’envie de rester dans la salle en se disant « Putain j’ai jamais vu ça, je pourrais le raconter à mes petits enfants! » – qui n’en auront rien a foutre).

On ne reviendra pas sur les légendes urbaines entourant la production de ce disque (22 ans d’attente (!), Creation Records soi-disant ruiné par le coût des sessions de Loveless– comme si Oasis n’avait pas vendu de disques…), le résultat effaçant tout ce qu’on a pu lire dans la presse.

Il faut bien le dire, des groupes comme My Bloody Valentine il n’y en à pas 36. Pas de chansons, pas de refrains, pas de paroles. A la place, un bruit absolument magnifique. Le haut qui devient le bas, la droite qui devient la gauche (si seulement…), du bruit qui devient de la musique.

PS : le pressage de cette réédition de 2021 est absolument parfait: pas de clicks, pas de bruit de fond, son du feu de dieu, pochette antistatique et cartes postales en insert pour faire plaisir. Décollage assuré.

PS-bis, publié par la République des vieux cons: il n’est pas conseillé d’écouter ce disque sur un enceinte Bluetooth diffusant des fichiers MP3.