STRANGE FRUIT

Le titre : You Better Run – The Essential

L’artiste : Junior Kimbrough

Le format : 33T/2×30 cm.

La date de sortie : 2002

Le genre : Blues du Delta, certifié conforme

C’est qui ?: Le Mississippi à lui tout seul

Qui joue dessus ? : Junior Kimbrough, Gary Brunside (le fils de R.L. Burnside), Kenny Malone, Charlie Feathers (le vrai ! celui des studios Sun), Kenny Brown, Dale Beavers

Comment ca sonne ? : Comme un soir d’été dans un juke-joint

Si c’est une réédition ou un vieux machin, est-ce que ça a bien vieilli ?

Réédition de 2015. Parfait.

Ce qu’on en pense:

Sans déconner, Robert Palmer et les mecs du label Fat Possum on devrait leur donner une médaille. Puisque ça n’arrivera jamais dans leur pays (les Etats-Unis d’Amérique), le ministre de la culture (Roselyne ?) ferait bien de leur remettre la médaille de Chevalier des Arts et des Lettres (trop tard pour Palmer). On la donne bien à n’importe qui et dans leur cas cela serait amplement mérité (en plus de foutre la honte aux américains). Ne serait-ce que pour le service rendu au patrimoine mondial de l’humanité.

Sans eux, pas de disques de R.L. Burnside, pas de disques de T-Model Ford, pas de disques de Cedell Davis, pas de cathédrale du blues rural fin XXème siècle. Sans parler du travail de rééditions de bluesmen comme Johnny Shines, Fred McDowell, ou même d’artistes « hors-champ » du blues comme Blaze Foley ou Townes Van Zandt. Et en plus, ils éditent aussi des artistes contemporains, comme Heavy Trash, Jay Retard ou les Black Keys. La classe, la vraie, celle qui ne rapporte rien.

C’est pas pour sortir les grands mots, mais quand même, leur travail a quelque chose de proche de celui d’Alan Lomax lorsqu’il enregistrait les bluesmen originels du Delta dans les années 30 pour la bibliothèque du Congrès.

Sans eux donc, pas de disques de Junior Kimbrough. Ce musicien fait partie des gars inconnus qui ont fait un enregistrement ou deux dans les années 60 (période où les p’tits blancs américains se sont vaguement aperçus que le blues, en fait, c’était un trésor national ; cela leur a passé depuis.) Et puis après … rien. Donc les musiciens comme Kimbrough ont continué à travailler (mais pas des boulots genre cadre chez General Motors, hein, des boulots pour Noirs du Mississippi dans les années 60/70), tout en jouant leur musique le soir. Comme Junior Kimbrough, qui tenait un juke-joint à l’ancienne où il se produisait, et dont le premier album n’est sorti qu’en 1992 chez Fat Possum, le musicien étant alors âgé de 62 ans. 

Historiquement, le blues est né dans le delta du Mississippi. Puis les suivants directs de Robert Johnson et Charley Patton (Muddy Waters par exemple) sont partis vers le Nord (où il est vrai ça caille dur, mais où on trouvait beaucoup moins de Noirs pendus aux arbres). Ce faisant, ils ont électrifié leur musique pour aboutir à ce qu’on appelle le « Chicago Blues », un truc chiant à mourir, avec de la basse, plein de batterie et plein de solos de guitare de deux heures. Certains blancs ont d’ailleurs cru qu’on leur parlait directement et se sont sentis obligés de faire pareil toute leur carrière (Eric Clapton par exemple). 

Mais il  existe une autre histoire, celle des types restés sur place et qui ont conservé l’aspect rustique et vernaculaire du blues. Kimbrough est leur descendant direct. Pas de solos interminables, pas d’esbroufe, juste la pulsation originelle et un son bastringue. Le son du mec qui joue en picolant pour ses copains, le soir après le boulot. Dans n’importe quel autre pays cela serait du folklore. Cela en est d’ailleurs, sauf qu’au Mississippi, la musique produite par ces musiciens parle à tout le monde, au point d’avoir engendré le plus grand phénomène culturel de la seconde moitié du XXème siècle. Tout en restant un truc vernaculaire et absolument pas savant. Comme si les noirs américains avaient établi le chant du monde, basé uniquement sur un ressenti, ce qu’illustre la déclaration sans appel d’un autre Bluesman du même tonneau, T-Model Ford : « Can’t read, can’t write, can’t spell nothing, …but i can play this guitar, when i have to. »

PS : visible sur le site du label (ou sur Youtube) le film « You see me laughin’ : the last of the hill country bluesmen », un documentaire sur les bluesmen publiés par Fat Possum, où vous pourrez voir une fabuleuse brochette de pépés édentés aux yeux bleuis par la cataracte, la santé ravagée par un manque de soins auxquels ils n’ont jamais eu accès, crever la dalle guitare à la main mais jouant leur musique crânement. Cette même musique qui à enrichi Led Zeppelin, les Stones, Jack White et les autres.

PERFIDE ALBION

Le titre : Uppers

L’artiste : TV Priest

Le format : 33T/30 cm.

La date de sortie : 2021

Le genre : The Fall-like

C’est qui ?: Un groupe de Londres

Qui joue dessus ? : Charlie Drinkwater, Alex Sprogis, Nic Bueth, Ed kelland

Comment ca sonne ? : Comme un groupe anglais du début des années 80, avec le son d’aujourd’hui. Bizarre.

Si c’est une réédition ou un vieux machin, est-ce que ça a bien vieilli ?

Sans objet

Ce qu’on en pense:

Depuis la mort de Mark E Smith, il semblerait que plusieurs groupes entreprennent de prolonger l’éternelle crise atrabilaire du musicien le plus désagréable qu’ait compté la ville de Peter Hook. Comme si d’un seul coup c’était permis. Du genre : «Il est mort, on est sur de ne pas se faire insulter!». Il n’y a que Pavement qui n’avait pas compris qu’il fallait attendre, peut-être parce que c’était un groupe américain.

En effet, ces groupes comme TV Priest, sont tous anglais. La presse parlera de post-punk, mais on devrait plutôt dire post-post-punk. Ou bien fake-post-punk ? Non, ça ne passerait pas.

Comme The Fall, TV Priest produit une musique où il n’y pas de chansons. A la place : un rythme et un type qui râle façon « chanter-parler ». Comme The Fall, ce genre de musique est l’expression du « Northern white crap that talks back » (The NWRA – Mark E Smith – Acte II – Scène 3). Un truc qui revient à la mode en Angleterre, apparemment. Sauf qu’être à la mode, c’est différent d’avoir été docker à Manchester dans les années 70. Si en plus on vient de Londres…

Dans le cas de TV Priest, l’ensemble apparaît maniéré, dans le sens où on l’entend en Peinture, c’est à dire « à la manière de ». Au XIXème siècle, on qualifiait de « peinture pompier » ce genre d’approche (les musées de province en sont remplis). Au XXIème, on peut attribuer à ce genre de groupe le même épithète. 

Entre les mecs qui refont Gang Of Four, les mecs qui refont Joy Division, les mecs qui refont The Fall, on n’en peut plus. 

Au bout de 3 écoutes on range le disque et on ressort « Hex Enduction Hour » ou « This Nation’s Saving Grace ». Heureusement qu’ils ne sont pas à portée de baffes  du paradis, d’où Mark E Smith, on en est certain, les insulte copieusement entre deux pintes.

DÉCOMPENSATION

Le titre : Carnage

L’artiste : Nick Cave & Warren Ellis

Le format : 33T/30 cm.

La date de sortie : 2021

Le genre : Textes mis en musique

C’est qui ?: Un musicien qui s’emmerde

Qui joue dessus ? : Nick Cave, Warren Ellis

Comment ca sonne ? : Comme un gospel joué au Bontempi

Si c’est une réédition ou un vieux machin, est-ce que ça a bien vieilli ?

Sans objet

Ce qu’on en pense:

Si ça ne s’arrête pas rapidement cette histoire de pandémie, Nick Cave sent qu’il va bientôt craquer.

Conscient d’être le dernier artiste vivant et en pleine possession de ses moyens, on mesure sa frustration. Il n’en peut plus de rester chez lui à Brighton sous la pluie. Il n’en peut plus de boire du thé avec sa femme top-model gothique. Il n’en peut plus de répondre aux questions posées sur son site (http://www.theredhandfiles.com). Il n’en peut plus de donner son accord pour du merchandising débile, même si c’est plutôt drôle (http://www.cavethings.com, où on peut acheter, entre autres, des t-shirts pour enfants avec la mention « Shit for kids »). Il n’en peut plus de jouer du piano tout seul. D’ailleurs, son piano ne veut plus le voir.

Son truc c’est la musique, celle qu’il produit avec les Bad Seeds. Ce qui en ce moment est impossible. Donc il fait des disques avec son collaborateur-arrangeur, Warren Ellis. Comme cet album.

Un album tout pépère, aux arrangements minimalistes. Ne vous attendez pas a retrouver le Nick Cave apocalyptique de « From Her To Eternity » ou « Tupelo ». Comme indiqué sur la pochette, c’est un disque de Nick Cave & Warren Ellis. Creusant le sillon habituel, la grande asperge parle de Dieu, du royaume des cieux, de pluie, de coups de fusils et de…champs de lavande. Manque plus que les licornes. 

Mine de rien, et dans un registre proche, Nick Cave à sorti un album moins bon que celui d’Arab Strap.

Pour les bourgeois, l’artiste sera en tournée l’année prochaine, avec son groupe. Espérons que cela lui fasse du bien.

COOL AS FUZZ

Le titre : Live In The Shit

L’artiste : The Ar-Kaics

Le format : 33T/30 cm.

La date de sortie : 2021

Le genre : J’ai avalé la compile « Nuggets »

C’est qui ?: Un groupe américain

Qui joue dessus ? : Johnny Ward, Kevin Longendyke, Patty Conway, Tim Abbondelo

Comment ca sonne ? : Prise live à l’arrache, avec guitares désaccordées

Si c’est une réédition ou un vieux machin, est-ce que ça a bien vieilli ?

Sans objet

Ce qu’on en pense:

Il y a les vivants, il y a les morts, … et il y a ceux qui aiment le Rock-Garage. 

La forme la plus pure d’une musique faite par des gamins débiles, pour des gamins débiles. Le vrai truc « fais le toi-même » (D.I.Y. comme disent les anglo-saxons), bien plus que celui revendiqué par les punks anglais. Parce que franchement, le crédo punk estampillé 1977 disant qu’on peut tous prendre une guitare et, roule ma poule, je suis un groupe de rock….Bof. Pour un « Nevermind The Bollocks », combien de trucs inécoutables sont sortis entre 1977 et 1979 ? Vous avez déjà écouté Adam & The Ants ?

Signé chez Daptone Records (comme « The Mystery lights », autre excellent groupe du même tonneau ), The Ar-Kaics coche toutes les cases du groupe garage-rock comme on les aime. En effet, il en a tous les attributs:

  • formation guitare/basse/batterie
  • stress post-traumatique « british-invasion 1964 » assumé
  • prédominance de la guitare rythmique / guitare solo minimaliste (accordage nickel facultatif)
  • insignifiance des textes (le texte c’est pour Dylan)
  • sens de l’humour obligatoire
  • format couplet/refrain et puis c’est tout (le pont c’est de la frime)
  • pédale fuzz (pour les puristes)
  • en option : chanter juste

Comme sur leurs enregistrements studios (tous excellents), vous retrouverez tout cela sur ce live enregistré à Richmond en 2020, juste avant la covidation généralisée.

Inutile de dire, qu’en plus, c’est le meilleur titre d’album live de tous les temps.

XANAXOPHILIA

Le titre : As Days Get Dark

L’artiste : Arab Strap

Le format : 33T/30 cm.

La date de sortie : 2021

Le genre : Basse fidélité

C’est qui ?: Un groupe écossais

Qui joue dessus ? : Aidan Moffat, Macolm Middletown

Comment ca sonne ? : Comme un truc fait avec GarageBand, la classe en plus

Si c’est une réédition ou un vieux machin, est-ce que ça a bien vieilli ?

Sans objet.

Ce qu’on en pense:

Les reformations de groupes que vous aimez, c’est toujours l’angoisse. Ils se sont tous reformés, sauf les Smiths et les Beatles (Vous me direz : « Et Oasis ? ». Oasis, on s’en fout). Les premiers parce que, s’ils se retrouvent dans la même pièce, ils vont s’entretuer (vu le montant des propositions financières, Morrissey doit VRAIMENT avoir envie d’arracher la tête de Mike Joyce). Les deuxièmes parce que, selon McCartney, « cela n’arrivera pas tant que John Lennon sera mort ».

Après avoir publié six albums, de la fin des années 90 et jusqu’en 2005, Arab Strap avait mis fin à son activité, le groupe pensant avoir fait le tour de la question. C’est peut être cette séparation « à l’amiable » qui fait que le résultat de leur retour, un septième album, donne l’impression qu’en fait il n’y a pas eu de séparation. Tout est comme avant, sauf qu’ils sont plus vieux, ce qui influe sur les thèmes abordés dans les chansons.

Et là, pardon, mais ce sont les meilleurs textes de chansons qu’on a entendu depuis longtemps (avec ceux de Nick Cave, faut pas pousser non plus). Ce qu’il ya de bien avec Arab Strap c’est que, vu les arrangements et la facture de leur musique, ont comprends assez bien, hormis quelques bon vieux roulement de « r » des familles, ce qu’Aidan Moffat raconte (ce qui pour un Ecossais est une sorte d’exploit). En plus les textes sont présents sur la pochette, donc on est sur de ne rien louper (même s’il faut sortir les lunettes pour les lire, il n’y a pas que le groupe qui a vieilli…).

Alors effectivement, c’est un peu triste, un peu dépressif (comme le chanteur) mais ceux qui pensent que le monde est un endroit sérieux n’ont qu’a écouter autre chose. Les autres trouveront ce disque excellent.

A écouter la nuit sur l’autoroute, les phares éteints.

GROOVE ON

Le titre : Motherlode

L’artiste : James Brown

Le format : 2x33T/30 cm

La date de sortie : 1988

Le genre : Le Funk c’est moi !

C’est qui ?: Le mec qui à dit, en plein vol, au pilote de son hélico devant l’emmener jouer devant les troupes américaines : « Vous voulez restez dans l’histoire comme le type ayant tué le funk ? »

Qui joue dessus ? : James Brown, Bobby Byrd, Bootsy Collins, Maceo Parker, et autres

Comment ça sonne ? : Velu

Si c’est une réédition ou un vieux machin, est-ce que ça a bien vieilli ?

Réédition de 2019. Aucune problème.

Ce qu’on en pense:

La discographie de James Brown, c’est le Vietnam… Une sorte d’enfer humide où on ne comprends rien et où il faut systématiquement se demander d’où proviennent les enregistrements, qui joue dessus, à quelle date, etc, etc…Heureusement, certaines éditions comportent des notes permettant d’y voir plus clair, ce qui est le cas pour ce disque. Vous me direz, après tout, on s’en fout, ce qui compte c’est ce qui sort des enceintes, mais on aime bien quand même  savoir qui fait quoi.

Pour cet album, c’est le cas, il y a des notes de pochettes. A priori c’est une collection d’enregistrements live (ce que n’indique absolument pas le titre du disque) allant de 1969 à 1976. Enfin, c’est ce qu’on à le temps de comprendre si on les lit en écoutant le disque ce qui, frappé de funkytude, est parfaitement impossible passé les 30 premières secondes d’écoute. Soit tu grooves, soit tu lis, mais les deux en même temps, non. Le cerveau reptilien prend le dessus.

C’est donc abasourdi, et après avoir jeté la pochette de l’album par la fenêtre, qu’on succombe à 74 minutes de Funk absolu.

Ecouter James Brown, c’est se poser la question du génie.

Est-ce un génie ? Et qu’est-ce qu’un génie? On peut légitimement se poser la question, le terme étant aujourd’hui largement galvaudé et appliqué à n’importe quel baltringue (le meilleur exemple étant le cas Andy Wharol). Existe t’il plusieurs formes de génie ? Le génie est-il une faculté cognitive ? L’aptitude à appréhender une immense complexité de façon intellectuelle ? Probablement, en ce qui concerne les disciplines nécessitant un apprentissage et résultant d’un processus complexe (en gros, les trucs où il faut réfléchir avant de produire). Mais ce n’est pas le cas de James Brown, né à Augusta GA, ayant grandi dans un bordel, pour finir en taule dès 16 ans. Chez Brown (comme chez les grand bluesmen) il n’y à rien d’intellectuel. Le ressenti est l’unique condition. On pourrait alors parler d’une forme de génie différente, d’une forme de génie « comportementale », liée à la seule façon de s’exprimer dans l’ exercice de sa discipline. Ce qui convient parfaitement à James Brown (ou même à Robert Johnson). Et ce qui est extrêmement rare.

GNOME ALONE

Le titre : FrankBlackFrancis

L’artiste : Black Francis

Le format : 2x33T/30 cm

La date de sortie : 2021

Le genre : Démos létales

C’est qui ? : Le mec à qui Kurt Cobain doit tout

Qui joue dessus ? :  Black Francis

Comment ca sonne ? : Démos avec du souffle

Si c’est une réédition ou un vieux machin, est-ce que ça a bien vieilli ?

Sans objet

Ce qu’on en pense:

Boston, Quartier d’Allston, Mars 1987. Gary Smith, producteur de disque, doit rentrer en studio pour enregistrer un groupe local inconnu. La veille du début des sessions, il convoque le chanteur chez lui (un certain Charles Thompson) pour enregistrer des démos et prendre des notes. 

Bon alors, on ne sait pas s’il en a pris beaucoup (des notes), mais on imagine qu’il a du afficher un grand sourire quand il a entendu un p’tit gros dans son salon faire peter des morceaux comme « Caribou », « Holiday song », « Broken Face » ou « Break my body ». En fait, si ça se trouve il n’a rien vu, c’était juste un boulot, et il est allé se reprendre une Bud au frigo en se disant : « ce truc avec le fils de Nemrod, quelle connerie ! ». On ne saura jamais, faudrait lui demander.

Toujours est-il que le résultat est saisissant. Même si quelques morceaux ne sont pas les meilleurs du gros (deux ne sortiront jamais, et un finira sur une face-b), n’importe quel fan de Pixies aura les cheveux dressés sur la tête en entendant les versions toutes nues de chansons qui figureront sur « C’mon Pilgrim » et « Surfer Rosa » (Deux albums que, normalement, il chérît, sinon c’est un « fan d’opérette ».)

Digression rapide définissant le « fan d’opérette » de Pixies :

  • il pense que «Monkey gone to heaven » est le plus grand morceau de tous les temps. 
  • il regrette trop de ne pas les avoir vu sur scène à l’époque (en fait c’était sa période Guns’n’Roses, pouvait pas tout faire)
  • il dit LES Pixies
  • il a entre 40 et 50 ans et se comporte n’importe comment lorsqu’il va voir le groupe en concert post-reformation

Sur cet enregistrement il n’y a quasiment rien : du souffle, une guitare acoustique et la voix de Black Francis (et même le téléphone qui sonne à un moment…). Sauf que :

  • les compositions ne ressemblent à aucunes autres de l’époque
  • la qualité de grand guitariste rythmique de Black Francis est déjà là
  • il a sa voix de jeunot, qu’il a perdu depuis
  • et en plus il chante les solos de guitare

Enfin bref, quiconque apprécie la musique du dernier grand groupe de rock de l’histoire pleurera de joie en entendant la voix pleine d’écho de Black Francis répéter comme dans un gospel « Break my body, Hold my bones », inaugurant le dernier instant où le Rock’n’Roll aura eu un gout, écrivant sans le vouloir son épitaphe.

DINOSAURJUNIOROLOGUE

Suite à un débat houleux au sein de la rédaction concernant le dernier album de Dinosaur Jr, nous publions la réponse d’un lecteur érudit (Ber Rig, sûrement un pseudo…), agacé par le traitement un peu « light » accordé à ce disque. Se décrivant lui même comme: « un fan hardcore du groupe depuis 92 qui n’a aucune objectivité sur ce groupe et à qui on a proposé d’écrire un truc parce que le maitre des lieux avait la flemme », nous avons pu constater que, comme disait Philippe Paringaux: « C’est ceux qui aiment qui ont raison » .

Le titre :Sweep It Into Space

L’artiste : Dinosaur Jr

Le format :le bundul ultime avec une casquette violette, un thermos, un sticker , une planche de skateboard (YESSSS) et un CD pour pouvoir l’écouter dans la voiture, à un volume non permis dans l’enceinte familiale.

La date de sortie : 2021

Le genre : Pub pour Fender/Jazzmaster avec Big Muff et amplis Marshall

C’est qui ?: De vieux grunger’s des 90’s qui souhaitent payer leurs factures

Qui joue dessus ?: Jay Mascis, Lou Barlow, Murph (on suppose), Kurt Vile

Comment ca sonne ? :

Comme du Dinosaur Jr classique, en auto pilote depuis une vingtaine d’années, le groupe n’invente rien à chaque fois mais c’est toujours un plaisir que de ré entendre ces mélodies saturées. Le son reste le même, le matériel et les techniques d’enregistrement ne varient pas, tout est géré à la maison dans l’antre du chef. Particularité cette fois ci, la présence de Kurt Vile , coincé (volontairement ?) chez Mascis pendant le confinement. Annoncé à la production, Kurt Vile raconte n’avoir jamais endossé ce rôle auparavant, ni touché à une console. Mascis à joué le rôle d’initiateur mais a mené sa barque comme d’habitude. Vile a semble t’il appris et joué tous les morceaux. Cela s’entends et amène un présence subtile, mais qui interpelle l’oreille des habitués. C’est même flagrant sur le tube « I ran away » avec ce riff de Vile qui s’intègre parfaitement au reste. Trois accords et un refrain parfait suivi d’un pont qui te fait dresser les poils. Merci les gars.

Kurt Vile a parfois été comparé à Mascis pour son approche nonchalante de slacker 90’s (Pavement, Silver Jews) , mais surtout pour leur qualité commune : un certain savoir faire en terme de mélodie. Un couplet parfois bancalou et un refrain libérateur, et ce chant parfois à la limite .

La présence inhabituelle, d’instruments comme le piano, l’orgue, par de légères touches rappelle les échappées solo de Mascis (Take it back, ). On ne saura pas qui à suggéré à l’autre ces ajouts… mais cela participe allègrement à améliorer la singularité des morceaux. Un peu comme l’album « Hand it over » où l’on retrouvait trompette et flûte, LP largement sous estimé dans la disco du groupe, gorgé de tubes.

Le groupe sort les muscles sur «I met the stones », titre très hard 70’s mais encore une fois avec un refrain qui mets tout le monde d’accord (du moins les fans). « N say » sonne comme du Sugar, du coup on attend une future collaboration avec ce vieux Bob Mould (?) 

Que dire des solos de Jay Mascis? Déjà, que c’est le seul guitar-hero de cette planète à qui on autorise cet exercice; que cette fois ci il en fait moins et que ça ne fait que servir les titres. Toujours bien sentis, ils restent à jamais la marque de fabrique du groupe depuis 35 ans (qui est capable de se taper la version « no words just solo » de « Alone » ?), alors, quand il sont parfaitement dosés… on est aux anges.

La pièce maitresse de l’abum reste « And me » avec cette folk jouée à 200 à l’heure et qui nous rappelle immédiatement l’album « Green Mind », le bonheur est ultime, le volume est à fond dans la voiture..

Outre la vitesse, c’est surtout ce « fouetté » de poignet, si cher à Mascis, fait de contre temps et/ou double croches, qui impressionne , de surcroit sur une folk… singularité partagée avec Thurston Moore, dans un style différent.

Par contre, je n’ai pas compris ce que faisaient ces deux titres de Sebadoh sur le disque? Une erreur?

Ok, c’était nul. Lou Barlow nous gratifie de deux super titres qui auraient pu se retrouver sur « Bakesale » ou « Harmacy » et on apprécie que le patron lui laisse cette latitude. D’autant plus que Lou nous offre toute l’étendue de ses qualités vocales et mélodiques. Un peu comme les interventions de Lee Ranaldo au sein de Sonic Youth, qui avait droit à ses deux titres réglementaires par album, on va pas bouder notre plaisir. On lui conseille aussi vivement d’appeler Jason Loewenstein pour se remettre au taff.

Si c’est une réédition ou un vieux machin, est-ce que ça a bien vieilli ?

Sans objet.

Ce qu’on en pense:

Que du bien, même après environ une centaine d’écoute, ce qui est bon signe. Pas de lassitude, contrairement aux LP précédents (« Glimpse » ou « Farm »).

L’album sent moins le pathos, il est plus pêchu dans l’ensemble . Est ce dû à la présence de Vile ?

Attention, le reste de cette chronique n’intéresse plus que 3 personnes en France :

Où placer cet album dans le top du groupe ?

1- You’re living all over me

2- Green Mind

3- Where you been

4- Bug

5- Hand it Over

6- Dinosaur

7- Whithout a sound

8- Sweep it into space

9- I bet on sky

10- Farm

A VAINCRE SANS PÉRIL, ETC, ETC…

Le titre : The Disappearing Act

L’artiste : Lumer

Le format : 33T/30 cm/Mini-Lp.

La date de sortie : 2021

Le genre : Réminiscence

C’est qui ?: Des gamins du Nord de l’Angleterre

Qui joue dessus ?: Alex Evans, Benjamin Jackson, Benjamin Morrod, William Evans

Comment ça sonne ? : Comme une Peel Session de 1982

Si c’est une réédition ou un vieux machin, est-ce que ça a bien vieilli ?

Sans objet

Ce qu’on en pense:

Depuis quelques années, il se passe des trucs bizarres chez les jeunes qui montent des groupes de rock. Semblant attester de la décrépitude du genre, ils en choisissent une forme canonique et l’assument jusqu’au bout. Pour les américains, c’est le rock garage (communément appelé syndrome post-traumatique de la compilation Nuggets). Pour les Anglais, ce sont les groupes de la fin des années 70 et du début des années 80 (aussi appelé syndrome post-traumatique Ian Curtis). Pour les français, c’est…aaarggh….crouic…..schrrrrk…..je passe dans un tunnel, allo Houston ?….

C’est le cas de Lumer, un groupe de jeunes formé dans le Yorkshire. Effectivement, pas vraiment le terreau des Beach Boys. 

Sur les photos de presse, on se croirait sous Thatcher. Mais tant qu’on reste photogénique, ce n’est pas grave. C’est d’ailleurs ce qui différencie ce groupe de la clique à laquelle la presse ne manquera pas de les associer (celle de Fontaines DC, Idles, Uppers, etc…que des gens qui ne ressemblent à rien). 

Quand on tient une station service, ne ressembler à rien ce n’est pas grave. Mais quand on fait groupe de rock, et de plus dans un genre où l’écriture de chansons est facultative, et où votre personnalité est votre principal argument, ça coince un peu. Ou alors il faut avoir un son terrible, une personnalité digne de Nick Cave, ou bien ressusciter Mark E Smith,  mais jusque ici, on n’a récemment rien vu de ce genre.

Dans le cas de Lumer, même si ont les sent influencés par Joy Division, The Birthday Party et The Fall, leur son évoque également la production de groupes plus récents, comme The Black Angels ou Black Rebel Motorcycle Club. Avoir bon goût suffirait t’il aujourd’hui à monter un groupe de rock? Ne peut-on plus exister autrement que « sous influence » ? Il semblerait.

Si vous en avez marre qu’on vous traite de vieux con parce que vous n’écoutez que des disques sortis avant 1993, et que vous voulez écouter un disque sorti en 2021, il va falloir vous contenter de ça…

LA MINEUR/SOL/LA MINEUR/FA

Le titre : Endless Arcade

L’artiste : Teenage Fanclub

Le format : 33T/30 cm.

La date de sortie : 2021

Le genre : Couplet/Couplet/Refrain/Couplet/Refrain/Pont/Refrain

C’est qui ?: Un groupe écossais qui n’en peut plus qu’on le bassine avec Big Star

Qui joue dessus ?:  Norman Blake, Euros Childs, Francis Macdonald, Raymond McGinley, David McGowan

Comment ca sonne ? : Comme d’habitude

Si c’est une réédition ou un vieux machin, est-ce que ça a bien vieilli ?

Sans objet

Ce qu’on en pense:

Rien ne va plus chez Teenage Fanclub….Ils sont tellement vieux qu’il y en a carrément un qui a pris sa retraite! Gerard Love, qui de surcroit à composé un bon paquet des morceaux du groupe. Il paraît que les fans hardcore (il y en a) en ont piquée une suée. Ouais bof, il reste quand même Norman Blake et Raymond McGinley, pas exactement n’importe qui.

Alors certes, ils ne sont plus trop « Teenage », mais c’est vraiment pas un drame. On en connaît qui sont encore capable de chanter « Hope i die before i get old » à l’age de 77 ans, alors y’a de la marge.

A l’instar de leurs compatriotes de « The Jesus And Mary Chain », Teenage Fanclub demeure un groupe sous-estimé et un peu sous le radar. C’est le problème avec les groupes qui font de bons albums, de manière à peu prés régulière et sur le long terme : la presse spécialisée ne sait plus quoi en dire. Alors elle ne dit rien.

Pénétrons un instant dans le cerveau de Jimmy Derien, rock-critic en 2021 dans un hebdomadaire musical :

Putain c’est quoi déjà ce groupe, ça me dit quelque chose. C’est pas le truc qu’écoute mon tonton ? Fais chier, je vais voir sur Wikipédia.

Ah oui, c’est ça ! Alors qu’est-ce que ça raconte ? gnagnagnagnagna Ecossais gnagnagnagnagna Années 90 gnagnagnagnagna Big Star (c’est quoi ça?) gnagnagnagnagna Guitares gnagnagnagnagna Groupe culte. Houlà, si y’a groupe culte, faut que je fasse gaffe.

Pfff, en plus ils sont vieux, ont plus de cheveux et sont fringués comme des ingénieurs béton. Qu’est ce que je vais raconter ? Allez j’écoute quand même, je suis un professionnel.

Ah merde, ca colle pas du tout avec les groupes anglais actuels, ils écrivent vraiment des chansons. 

Qu’est-ce que je vais devenir ?