ROUTE 66

Le titre : All That Reckoning

L’artiste : Cowboy Junkies

Le format : 33T/30 cm.

La date de sortie : 2018

Le genre : Folk lysergique

C’est qui ?:  Des canadiens

Qui joue dessus ?:  Margo Timmins, Michael Timmins, Peter Timmins, Alan Anton

Comment ca sonne ?: Assourdi

Si c’est une réédition ou un vieux machin, est-ce que ça a bien vieilli ?

Sans objet

Ce qu’on en pense:

Cowboy Junkies fait partie de ces grands groupes oubliés, notamment en Europe.

Réputé à la fin des années 80 pour ses excentricités, du genre enregistrement dans une église avec juste un micro suspendu au plafond (« The Trinity sessions »), ou sa capacité à être le seul groupe à pouvoir reprendre le Velvet Underground sans être ridicule (« Sweet Jane »), la formation Canadienne a fini par disparaître des radars sur le vieux continent. A tort, puisqu’ils n’ont jamais cessé de publier de très bons disques. Des albums, hélas, parfaitement introuvables en France, avant que le commerce en ligne ne se généralise. (Maintenant c’est trop tard, ce sont des petits tirages et chaque album est vendu par des voyous le prix d’un repas dans un 3 étoiles au Michelin).

Dernier album studio en date du groupe, « All that reckoning » montre que rien n’a changé pour le groupe canadien : production « en sourdine », voix habitée et compositions excellentes. La classe. Autrefois influencé par la musique du Velvet Undergound, certains morceaux ressemblent ici à la production récente de Nick Cave (notamment le morceau ouvrant et clôturant le disque, « All that reckoning – Part I », que la grande asperge australienne aurait pu écrire).

En plus d’être un bon groupe, Cowboy Junkies fait partie de ces formations dont la simple écoute donne immédiatement envie de faire de la voiture sur une nationale d’Amérique du nord, 70 mph maxi, la fenêtre ouverte et les yeux rivés sur la bande jaune, en route pour nulle part. Rien que pour ça….

BRANDY

Le titre : The Sophtware Plump On A Wooden Piano

L’artiste : Grandaddy

Le format : 33T/30 cm.

La date de sortie : 2021

Le genre : Tout seul

C’est qui ?:  Des mecs en chemises de bucherons, avec des casquettes

Qui joue dessus ?: Jason Lytle

Comment ca sonne ? : Tristounet

Si c’est une réédition ou un vieux machin, est-ce que ça a bien vieilli ?

Sans objet.

Ce qu’on en pense:

Alors, dès le début, ça paraît être un truc bancal. C’est un disque de Grandaddy (c’est écrit sur la pochette) mais il n’y a que Jason Lytle qui joue dessus. Donc…euh…bon, sans vouloir jouer au plus fin, c’est plutôt un disque de Jason Lytle alors? 

Comme le titre l’indique, il s’agit de l’album de Grandaddy sorti en l’an 2000, « The sophtware plump » interprété au piano. Cet album étant excellent, on écoute Lytle dérouler tout pépère sa série de très bonnes chansons, interprétées façon coin du feu, pantoufles et Lexomyl. 

Tout cela est très bien, mais on ne peut évidemment s’empêcher de penser aux enregistrements originaux. Et il s’avère que, si certaines chansons tiennent debout toutes seules et toutes nues (la plupart, en fait), d’autres semblent réclamer des arrangements (« Miner at the dial-a-view » par exemple). 

On vous l’accorde, ça chipote un peu, mais on peut se demander, en trouduc légitime, à quoi sert ce disque, sachant que l’original est largement supérieur. 

Peut-être simplement à présenter une version acoustique carrément impériale du morceau ouvrant l’album (« He’s simple, he’s dumb, he’s the pilot »), hommage au « Space Oddity » de Bowie (assumé on l’espère) et plus grand morceau du groupe. Un de ces morceaux qui ont fait qu’on pouvait placer Grandaddy au dessus du lot des tacherons indie-rock.

PS : comme pas mal de pressages récents, l’édition vinyle est indigne et pétée de défauts de pressages (en tout cas celle que nous avons écoutée, la version UK/US « Tri-Stripe Blue/Green/Clear ». Tout un programme…)

ÉTOILE NOIRE

Le titre : Big Star – Complete Third / Vol. 1 : Demos To Sessions To Roughs

L’artiste : Big Star

Le format : 2x33T/30 cm.

La date de sortie : 2016

Le genre : Dévasté

C’est qui ?: Le groupe d’Alex Chilton

Qui joue dessus ?: Alex Chilton, surtout (pour les démos à la guitare acoustique), et des musiciens de chez Stax Records (Steve Cropper, Jim Dickinson, punaise !)

Comment ca sonne ? : Lumineux sur le premier disque, inquiétant sur le second

Si c’est une réédition ou un vieux machin, est-ce que ça a bien vieilli ?

Edité à partir des masters originaux. Impeccable.

Ce qu’on en pense:

Le troisième album de Big Star, toute une histoire… La moitié du groupe s’est barré pour cause de dépression ou de défonce chronique (ou les deux), laissant Alex Chilton tout seul avec le batteur. Qu’a cela ne tienne ! Chilton, défoncé et dépressif aussi, tente d’enregistrer un troisième album, secondé par Jim Dickinson, figure historique du label Stax. Et ca ne va pas se passer tout seul, à tel point que le disque  restera inachevé.

Cet album sortira d’abord en vinyle en 1978 (14 titres), sous le nom de « Third », puis en CD 9 ans plus tard (avec 17 titres) sous le nom de « Sister Lovers-The third album » et finalement en 1992 sous le nom de « Third/Sister Lovers » (avec 19 titres). Bref, on n’y comprend rien.

C’est le problème avec les mecs défoncés, il faut faire le tri dans ce qu’ils ont laissé. Ou alors tout publier : les démos, les mise à plat et les mix finaux. C’est ce qu’a entrepris le label Omnivore Recordings en 2016, en éditant le coffret « Big Star-Complete Third » (3 CD). Ici, il s’agit du premier volume de l’édition vinyle, un double, avec sur le premier disque les démos acoustiques de Chilton, et sur le second des démos avec un groupe.

Un premier disque, donc, ou Chilton joue ses morceaux tout seul à la douze-cordes. Des morceaux d’une beauté étourdissante. Les mecs de Teenage Fanclub ont du faire un AVC en l’écoutant.

Un deuxième disque complètement différent, donnant l’impression qu’il se passe quelque chose d’étrange avec Chilton quand il se retrouve en studio avec d’autres musiciens. Sur ces démos, sa voix change, et l’ambiance aussi, annonçant la tonalité glauque du résultat final, qui fera de « Third » un des plus grand disque dépressif de l’histoire de la pop music, mais aussi un des plus beau qui soit. Pas vraiment une surprise de la part d’un gars qui termine une des ses chansons en chantant d’une voix trouble: « You’re a wasted face, you’re a sad-eyed lie, you’re a holocaust ».

PUITS SANS FOND

Le titre : New Breed R&B

L’artiste : Luther Ingram, Barbara Perry, Austin Taylor, et plein d’autres, c’est une compilation.

Le format : 33T/30 cm.

La date de sortie : 2018

Le genre : Musique Noire

C’est qui ?: Des groupes américains, catégorie soul-music

Qui joue dessus ?: On ne sait pas, mais pas des branques.

Comment ca sonne ? : Comme le Rhythm’ n’ and Blues, le vrai

Si c’est une réédition ou un vieux machin, est-ce que ça a bien vieilli ?

Sans objet.

Ce qu’on en pense:

Alors…on a bien essayé de lire les notes de pochettes, mais c’est en anglais et…. a pas tout compris. C’est apparemment une compilation de groupes, genre soul-music, publiés sur le label anglais Ace Records, compilés par le label Kent, mais qui serait en fait le même label. Donc si c’est anglais, cela doit avoir un rapport avec le truc des mods, la northern-soul du début des années 60, on sait pas trop et on s’en fout , ce disque étant une tuerie intégrale.

Contrairement à ce que laisse penser la pochette, il n’y a pas que des vieux enregistrements (cela va des années 60 aux années 2000, il y a même BB KING, avant qu’il ne devienne chiant avec ses solos de deux plombes), et l’ensemble témoigne de la vivacité étourdissante de la musique noire américaine. 

LRAR

Le titre : King of Rock and Roll

L’artiste : Little Richard

Le format : 33T/30 cm.

La date de sortie : 1972

Le genre : Awop bopaloobop balaam bam boo

C’est qui ?:  The « Georgia Peach »

Qui joue dessus ?:  Little Richard et un groupe qui défonce tout (pas de détails des effectifs dans les crédits, hélas).

Comment ça sonne ? : Comme un instrument de torture pour fascistes

Si c’est une réédition ou un vieux machin, est-ce que ça a bien vieilli ?

Pressage US de 1972. Nickel.

Ce qu’on en pense:

Après avoir inventé le Rock’n’Roll, avec quelques uns de ses copains de l’époque, Little Richard s’est mis à flipper grave pour son âme. Du coup, il a tout arrêté en 1959, pour devenir révérend. Fini la musique du diable et les bastringues, que du gospel et le bon dieu. Pendant ce temps là, tout un tas de p’tites blanchettes s’est emparé de sa musique pour finalement en faire un phénomène culturel mondial. On imagine que ça a du le gonfler et il n’a pas fallu longtemps pour qu’il ressorte sa flamboyante pompadour pour aller expliquer aux p’tits anglais qui c’était le patron. S’en est donc suivi une série de « retours », à partir du milieu des années 60.

Sorti en 1972, ce faux-live constitue une de ces énièmes piqure de rappel adressée aux gamins fans d’Elvis, des Beatles et des Stones qui n’auraient pas remarqué que la musique qu’ils aiment tant doit TOUT à ces musiciens transgressifs de type « non-caucasien », avec qui ils n’auraient même pas pu boire l’apéro dans les états ségrégationnistes du Sud.

Originaire de Macon (GA), Little Richard constituait à lui tout seul une sorte de grand-chelem de la transgression : tout noir, ouvertement efféminé, maquillé et fringué comme c’est pas possible, poussant des hurlements de damné et jouant une musique jugée débilitante, aux accents libidineux même pas dissimulés. Tout ça en pleine lumière, dans les années 50, et en Georgie, état du Kux Kux Klan….A coté, les punks c’est des fillettes.

Le disque commence donc par un boniment hilarant annonçant le roi revenu d’exil et que « vous allez voir ce que vous allez voir ». Puis des trompettes, genre « arrivée de Richard Cœur de Lion » dans le Robin des Bois de Disney, et d’un coup…cette voix tonitruante, unique, qui résonnera à jamais dans l’éternité comme étant celle du Rock’n’Roll. Little Richard est revenu mettre les pendules à l’heure, égrenant les noms de quelques vedettes de l’époque (Ike & Tina Turner, Creedence, Aretha Franklin) et lâchant un définitif : « Elvis Presley, have you heard the news ? I’m gonna walk over your Blue Suede Shoes 

La classe à ce point là, ça devrait être interdit.

D.O.A.

Le titre de l’édition française : Motörhead, la fièvre de la ligne blanche

Le titre de l’édition originale : White Line Fever

La date de parution : 2002 (Edition française : 2004 / Edition révisée pour cause de décès en 2017 – Traduction : Jaak Geerts)

L’éditeur français: Camion Blanc

Le genre : Pas dormi de la semaine

L’auteur : Lemmy Kilmister et Janiss Garza

C’est qui ?: Keith Richards pour de vrai

Ce qu’on en pense:

Il y a des groupes dont on n’a pas forcement envie d’écouter les disques mais dont on veut bien lire les interviews du chanteur, sa personnalité dépassant le cadre de sa musique (Morrissey, chanteur des Smiths, par exemple, ou bien Liam Gallagher, personnage fascinant dont on n’arrive pas à savoir s’il déconne ou si, vraiment, il serait capable de manger du foin tellement…, enfin bref….). Un peu l’inverse de Kevin Shields et My Bloody Valentine, en fait.

C’est le cas de Motörhead, dont le chanteur/bassiste/fondateur Lemmy Kilmister ressemblait à une sorte de « boss de fin » dans la catégorie musicien rock toxique. Survivre à sa rencontre vous octroyait direct le grade lieutenant-colonel de l’académie Johnny Thunders. En fait, comme on se doute, tout ça c’est du cirque mais on aimerait bien quand même l’avoir pour tonton.

Le truc bizarre avec Lemmy, c’est sa passion pour la seconde guerre mondiale. Vous me direz, c’est le cas de beaucoup de tonton, mais chez lui cela va jusqu’à porter une croix de fer ou une casquette de nazi. En fait, en regardant un peu, on s’aperçoit qu’ils l’ont presque tous faits, sauf les Beatles : Brian Jones, Bowie, Lou Reed, les Stooges. Peut-être parce que pour que cette génération, étant les gamins de ceux qui avaient vécus la deuxième guerre mondiale et voulant vraiment provoquer leurs vieux, faire le salut hitlérien en gueulant « Arbeit macht frei ! », ça marchait à tous les coups. Il s’en explique d’ailleurs, lors d’un passage moyennement sympa pour les Français, accusés d’avoir ouvert la porte aux Allemands en fuyant, et considérant que pour lui c’est un hobby lui permettant de se rappeler le passé et que si ça ne vous va pas…allez vous faire foutre.

Comme beaucoup d’autobiographie de musicien, il s’agit en fait d’un grande interview mise en forme de manière à fournir un livre. Pas grave. C’est drôle, rempli de témoignages historiques (le gars à quand même vu les Beatles au Cavern Club, et été roadie pour Hendrix) et de réflexions philosophiques (« Si vous pensez que vous êtes trop vieux pour le Rock’n’Roll, c’est que vous l’êtes vraiment »).

PS : si ça vous saoule de lire 400 pages sur les sixties, le rock’n’roll, les amphétamines et Motörhead, passez direct à l’excellent film documentaire de Greg Olliveret et Wes Orshoski  intitulé « Lemmy », sorti en 2010. Un des meilleurs qui soit, toutes catégories confondues.

EXCEPTION CULTURELLE

Le titre : Live On Other Planets

L’artiste : Supergrass

Le format : 2x33T/30 cm.

La date de sortie : 2020

Le genre : Testament live

C’est qui ?: Le groupe dont vous auriez aimé faire partie quand vous étiez jeune.

Qui joue dessus ?: Gaz Coombes, Mick Quinn, Danny Goffey, Rob Coombes

Comment ca sonne ? : En roue libre

Si c’est une réédition ou un vieux machin, est-ce que ça a bien vieilli ?

Sans objet

Ce qu’on en pense:

Souvent, quand on voit un groupe anglais sur scène, on se dit : putain c’est carré, super en place, les chansons sont bonnes, ça sonne nickel, et pourtant c’est des gamins de 18 ans…ça doit être un pays à part. Ce qui est bien normal pour  un petit Français, né au pays de Victor Hugo, d’Edouard Manet, de François Truffaut mais aussi de Johnny Hallyday. 

Avec Supergrass, en 1995, cette impression on l’avait puissance 10.

Nous avons vérifié, Gaz Coombes avait 19 ans à la sortie de leur premier single (« Caught by the fuzz »). Et le reste de leur premier album était à l’avenant : que des grandes chansons. A vous dégouter de monter un groupe au pays de la baguette, au même âge. 

Sorti en pleine « Britpop », « I should coco » peut tranquille être rangé dans la catégorie des « meilleurs premiers albums de tous les temps ». Ce qui les place quand même au coté du Velvet Underground, des Stooges, des Sex Pistols, de Joy Division, etc…

En fait la Britpop, c’était eux. Bien plus que la redite Beatles/Stones amplifiée par le NME entre Blur (bien, mais pas top) et Oasis (carrément des gros tacherons spécialistes en « rock-pompier »). 

THE, ETC…

Le titre : Little Bastards

L’artiste : The Kills

Le format : 2x33T/30 cm.

La date de sortie : 2020

Le genre : Less is more

C’est qui ?: Adam et Eve, version fashion week

Qui joue dessus ?: Alison Mosshart, Jamie Hince, un ordinateur

Comment ca sonne ? : Comme si HAL-9000 avait monté un groupe de rock

Si c’est une réédition ou un vieux machin, est-ce que ça a bien vieilli ?

Sans objet

Ce qu’on en pense:

Des groupes en « The » des années 2000 (The Strokes, The White Stripes, The Hives, The Black Keys, etc…), c’était peut-être le meilleur, à égalité avec le groupe de Jack White. Une bonne chanteuse, un grand guitariste, un son. La classe en supplément, de celle qui fait se dire : pourquoi je joue pas de la guitare comme ça, moi ? Le seul défaut était que sur scène, à deux seulement avec une boite à rythme, c’était dur…

On peut parfois mesurer l’état de forme d’un groupe à la qualité des ses face-b de singles. 

Disgression : enfin, on pouvait, quand les groupes sortaient encore des singles, et sans prendre en compte la période allant de 1965 à 1969, une période à part, pour ne pas dire « venue d’ailleurs ». A titre d’exemple « I’m The Walrus » des Beatles est la face-b d’« Hello Goodbye ». « I’m the walrus » une face-b !!!!! on croit rêver, mais non.

C’était le cas de Pixies, de Nick Cave, de Sonic Youth (des Smiths aussi, il paraît, mais il faudrait vérifier auprès d’un spécialiste en musique de baltringue et nous n’en connaissons pas).

Toujours est-il que parallèlement à leurs 5 albums, The Kills a toujours sorti des singles, cet album étant la collections de leurs face-b. Et on constate que le groupe a toujours été en forme. On le savait déjà vu qu’on avait les singles en question, mais on adore acheter les bons disques deux fois. A des années lumières d’Idles, Fontaines D.C. et tout le tralala.

Vaut l’achat rien que pour les parties de guitare de Jamie Hince.

READY-MADE

Le titre de l’édition française : Girl In A Band

Le titre de l’édition originale : Girl in a band

La date de parution : 2015 (Edition française : 2015 – Traduction : Suzy Borello)

L’éditeur français: Le Mot et le Reste

Le genre : Je suis une artiste, vous l’avais-je déjà dis ?

L’auteur : Kim Gordon

C’est qui ?: La bassiste de Sonic Youth

Ce qu’on en pense:

Comme quoi on peut avoir fait partie d’un grand groupe de rock, mais n’avoir rien à dire qui soit susceptible d’être publié. On ne doute pas de la sincérité de Kim Gordon, mais franchement là c’est chiant, et si c’est pour nous expliquer que Thurston Moore est un gros con, on s’en doutait déjà.

Il est evident qu’il est extrêmement difficile d’être la seule femme dans un groupe de rock, aussi « indépendant » et « cool » soit-il (les habitudes phallocrates ont la vie dure). C’est toutefois le seul véritable interêt de l’ouvrage. Le problème étant cependant que le livre est publié dans une collection consacrée à la musique rock et que d’autres musiciennes ont témoigné du sexisme endémique d’une meilleure manière (cf la formidable autobiographie de Viv Albertine, guitariste des Slits)

La biographie de musicien rock c’est casse-gueule. Soit c’est drôle (là non, et c’est pas le genre de la maison), soit c’est éclairant sur la musique du groupe (là non plus), soit c’est le récit d’une carrière qui à changé la face de la musique (toujours pas, n’en déplaise au fan de Sonic youth). De la même manière, l’exposé sur 300 pages de sa propre « coolitude » à quelque chose d’exaspérant. Et pourtant on n’est pas les derniers à penser que Kim Gordon l’est (cool).

En annexe du texte, une note de l’éditeur : « Kim Gordon est artiste, musicienne, productrice, styliste, écrivaine ( ?!!?!!?) et actrice ». Rien que ça. Il fallait bien ce rappel pour justifier la publication d’un tel pensum.

FRUIT ÉTRANGE

Le titre : The Delta Sweete

L’artiste : Bobby Gentry

Le format : 2x33T/30 cm.

La date de sortie : 1968

Le genre : Firmament de la « variété » américaine

C’est qui?: Une chanteuse américaine du Missisippi

Qui joue dessus ? : Bobby Gentry et une section rythmique de haute volée, un ensemble de cuivres idem, et un ensemble de cordes

Comment ca sonne ? :  Comme la brise du Sud (des Etats-Unis, pas les Bouches du Rhône)

Si c’est une réédition ou un vieux machin, est-ce que ça a bien vieilli ?

Réédition de 2020 chez Capitol Records, en Stéréo. Remasterisation à partir des masters originaux, selon le mix Stéréo de l’époque, celui-ci étant le mix original (le mix mono de 1968 n’étant qu’une mise à plat du mix stéréo). 

Ce qu’on en pense:

Faisant partie des plus grandes chanteuses américaines de « country-variétés » (catégorie que nous venons d’inventer), Bobby Gentry est pourtant inconnue en France. A ce titre, il est symptomatique qu’elle ne figure même pas dans le « Dictionnaire du Rock », ouvrage respectable pourtant  supervisé par Michka Assayas. Sans chercher plus que cela, on à trouvé dans cet ouvrage une entrée « Dolly Parton » ainsi qu’une entrée « Cindy Lauper »….

On ne sait pas trop pourquoi, mais l’étiquette « country-music » semble troubler bien des jugements en France, jusqu’à provoquer parfois une véritable cécité. Remarquez, on parle quand même d’un pays capable de vénérer un clown tel que Johnny Halliday, alias Jean Philippe Smet dont l’état civil est plutôt révélateur de l’authenticité de sa musique, alors…soit.

Toujours est-il que Bobby Gentry est une immense chanteuse ainsi qu’une immense compositrice, comme le montre la réédition de son deuxième album. Forte du succès de son premier disque  (celui où figurent « Ode to Billy Joe » et « Mississippi Delta »), et plutôt que d’enfoncer le clou avec un disque similaire façon «southern belle », Roberta convoque : un ensemble de cuivre, un ensemble de cordes et des musiciens dont l’importance historique n’est plus à prouver (Hal Blaine, nom de dieu!, le gars qui joue de la batterie sur « Da doo Ron Ron », entre autres.. ).

Résultat : un disque immense. Un chant parfait, des compositions parfaites servies par des arrangements inhabituels pour un disque de country. Ce qui est d’autant plus étonnant sachant que le personnel convoqué est utilisé avec parcimonie et sans emphase. On n’est pas chez Phil Spector là, c’est « la chanson avant tout ». Le Sgt Pepper de la country ?

A la fin des années 60 et jusqu’au début des années 70, l’équivalent de la musique dite « de variété » en France, c’était cela de l’autre coté de l’Atlantique. A croire que l’on a que la musique que l’on mérite…   

PS : la réédition de ce disque s’accompagne d’un album entier de versions inédites ou alternatives, d’une qualité égale aux enregistrements de l’album. C’est Noël.