CULTIVER SON JARDIN

Le titre : Tuscaloosa

L’artiste :Neil Young + Straight Gators

Le format :33T/2×30 cm

La date de sortie : 2019

Le genre : Sorti des tiroirs.

C’est qui ?: Un canadien qui a mauvais caractère.

Qui joue dessus ?: Neil Young/Jack Nitzsche/Tim Drummond/Kenny Buttrey/Ben Keith

Comment ca sonne ?: Magnifiquement.

Si c’est une réédition ou un vieux machin, est-ce que ça a bien vieilli ?

Sans objet.

Ce qu’on en pense:

Quand on associe le nom de Neil Young à un « backing band », c’est la plupart du temps Crazy Horse. Mais alors, « Straight Gators » c’est quoi ? 

En fait ce sont les musiciens qui ont enregistrés « Harvest » avec lui, et pas n’importe lesquels :

  • au clavier : Jack Nitzsche, auteur du « Needles & Pins » de DeShannon et responsable du riff de piano de « Let’s spend the night together »
  • à la basse : Tim Drummond ex-bassiste de James Brown (oui, comme vous,  on a lâché un petit « whaou ! »).
  • à la pedal steel : Ben Keith, excellentissime
  • à la batterie : Kevin Buttrey, plus laid-back tu meurs (la frappe grosse caisse/caisse claire super cool d’ « Out on the weekend », le premier morceau d’« Harvest », c’est lui)

Et ça donne quoi ? Une vraie tuerie. Moins électrique que Crazy Horse mais soutenant le chanteur d’une manière subtile, voire même « groovy » (on imagine qu’être bassiste de James Brown vous frappe de funkytude à jamais). L’ensemble du disque fait penser, par exemple,  à la façon qu’on les Bad Seeds d’accompagner Nick Cave, dans un autre registre évidemment.

En rêve, 14 Juillet, à la campagne. Baloche à l’ancienne, sur un parquet. Il fait bon. C’est ce  groupe qui fait l’orchestre…

ANGRY ALBION

Le titre : Joy as an act of resistance

L’artiste : Idles

Le format : 33T/30 cm

La date de sortie : 2018

Le genre : En colère.

C’est qui ?: Un groupe de Bristol.

Qui joue dessus ?: Joe Talbot/Adam Devonshire/Mark Bowen/Lee Kiernan/John Beavis.

Comment ca sonne ?: Âpre, et plein de ressentiments. 

Si c’est une réédition ou un vieux machin, est-ce que ça a bien vieilli ?

Sans objet.

Ce qu’on en pense:

Brutal, en colère, le groupe anglais Idles poursuit sur sa lancée, batte de criquet en bandoulière et gants de boxe enfilés. On ne vous sortira pas la vieille scie du « toujours difficile deuxième album » (c’est pas la presse musicale ici), ce disque étant excellent.

Enfin, excellent dans le genre, parce que si vous voulez écouter des chansons du style « Mrs Robinson », c’est raté. Des chansons, il n’y en a presque pas, mais il y a le coup de boule, c’est le principal. 

La production, rêche, met parfaitement en valeur le propos, à savoir : je suis pas content et ça va chier (production de Nick Launay, sommité Indie-Rock : Birthday Party, PIL, Nick Cave, Supergrass, etc….que des vedettes).

Ces gens étant Anglais, et du Sud en plus, on comprend assez bien ce que hurle le chanteur, sans pour autant avoir un DEUG en langues étrangères. Et on constate ravi que les textes, percutants et simples, sont plutôt très bons, ce qui n’arrive plus très souvent.

Au bout du compte, les Anglais en colère ont beaucoup fait pour la musique rock. Pantalonnade du Brexit aidant, on se prend à espérer… 

THE UNION JACK

Le titre : The Mono Collection

L’artiste : The Kinks

Le format : 33T/9×30 cm

La date de sortie : 2016

Le genre : Quality street.

C’est qui ?: Ni le groupe de McCartney, ni le groupe de Jagger.

Qui joue dessus ?: Ray Davies/Dave Davies/Peter Quaife/Mick Avory

Comment ca sonne ?: Comme un soir d’été. 

Si c’est une réédition ou un vieux machin, est-ce que ça a bien vieilli ?

Les huit premiers albums, entièrement remastérisés en mono. Sonne mieux que tout ce que vous avez pu entendre jusque là. (Sauf si vous aviez 15 ans en 1963, viviez en angleterre et avez les pressages originaux, ce qui est franchement déloyal).

Ce qu’on en pense :

On a beaucoup débattu sur la soit-disant mandale en dessous de la ceinture infligée à l’industrie du disque depuis la dématérialisation.

Franchement, elle peut crever la bouche ouverte. Ce coffret de rééditions illustre parfaitement comment elle s’est foutue de la gueule de ses clients, et depuis longtemps. 

On avait déjà écouté ces albums (en réédition évidemment, parce que pour les pressages originaux c’était un peu compliqué avant Ebay et Discogs, sans parler des prix). Au regard de la façon dont sonnent ces rééditions, on a carrément l’impression d’écouter les albums pour la première fois (et directement envie d’aller étrangler le patron de la maison de disque qui vous a vendu ces éditions pourries qui sont dans votre salon depuis 30 ans…. )

On ne reviendra pas sur la qualité musicale des albums des Kinks sortis dans les années 60 (si vous n’êtes pas au courant… euh…on sait pas trop quoi vous dire, à part qu’il n’est pas trop tard).

En plus des albums, il y a aussi un double Lp regroupant les singles sortis pendant cette période (Alléluia !), et franchement, « You really got me » et « All the day and all of the night» en mono…laissez tomber, la messe est dite.

Dérive de puristes, le débat sur la différence entre Mono et Stéreo n’a pas lieu d’être. Sauf pour les enregistrements des groupes de rock entre 1962 et 1968, ça va de soit…

LE RÊVE D’HENRY

Le titre : Distant Sky

L’artiste : Nick Cave & The Bad Seeds

Le format : 33T/25 cm

La date de sortie : 2018

Le genre : La classe ultime.

C’est qui ?: Le dernier des vivants.

Qui joue dessus ?: Nick Cave et la version des Bad Seeds avec Warren Ellis.

Comment ca sonne ?: Violent et velu. 

Si c’est une réédition ou un vieux machin, est-ce que ça a bien vieilli ?

Sans objet.

Ce qu’on en pense :

Ep 4 titres « live » sorti pour la promotion d’un film que personne n’a vu : Distant Sky, film de la tournée « Skeleton tree », diffusé uniquement dans certaines salles, un jour seulement. (Si vous habitez Tulle, tant pis pour vous).

Après le départ de Blixa Bargeld des Bad Seeds, Nick Cave a du transpirer un peu…Heureusement, sa collaboration avec Warren Ellis lui a permis de retrouver le même niveau de qualité, tant dans les arrangements, que dans ses prestations sur scène. 

Et sur scène donc….il semblerait que nous soyons en présence d’un groupe quasiment parfait : arrangements, chant, précision, énergie, charisme. 

Alors, on comprend pourquoi Nick Cave est le seul artiste dont on attend la sortie des nouveaux albums. (Franchement qui se précipiterait acheter le dernier Ty Segall ou le dernier Kurt Vile le jour de sa sortie ?).

Au programme sur ce disque, pourtant tout petit: Jubilee StreetDistant SkyFrom Her To Eternity et The Mercy Seat. Durant ces 4 morceaux, Cave montre que quand on écrit de grandes chansons et qu’on peut les interpréter avec l’énergie brute du rock’n’roll, les murs de la ville tremblent. 

Ayant réussi à devenir une sorte de croisement entre les Stooges (pour l’énérgie, pas le son) et Leonard Cohen (pour la qualité d’écriture), Nick Cave est le dernier des artistes vivants.

La version de Jubilee Street présente sur cet enregistrement détruit tout sur son passage.

PS : l’édition vinyle de ce 4 titres est parfaitement indigente (problème de pressage). C’est quand même terrible qu’un des meilleur disque live jamais paru soit imprimé sur du papier de verre.

On ne félicite pas la maison de disque qui mériterait de mourrir balayée par une pluie de sauterelles.

YOUNG FEELIES UNDERGROUND

Le titre : Whoosh!

L’artiste : The Stroppies

Le format : 33T/30 cm

La date de sortie : 2019

Le genre : Minimalisme.

C’est qui ?: 4 australiens.

Qui joue dessus ?: C.Serfaty/ A.Lord / A. Hewitt / R. Heane

Comment ca sonne ?: Comme les Feelies, sans guitare acoustique.

Si c’est une réédition ou un vieux machin, est-ce que ça a bien vieilli ?

Sans objet.

Ce qu’on en pense:

Des groupes influencés par les Feelies, il n’y en a pas eu tant que ça.

Ici c’est évident, ces jeunes gens ont dans leur Iphone l’intégrale du  groupe de Glenn Mercer, mais aussi le Velvet Underground et Young Marble Giants. 

La production est minimaliste,  mais parfaite pour ce genre de groupe aux motifs musicaux répétitifs, aux instruments sans effets et aux lignes de chants…moyennement expressives (comme les Feelies, les cordes vocales ne sont pas leur principal argument).

Tout cela n’empêche pas la musique de fonctionner, distillant une « coolitude» bienvenue, une nuit d’été sur l’autoroute à 2h du matin, 110 au compteur…y’a pas le feu.

On trouve quand même que « Cellophane Car » ressemble vachement au « Roadrunner » des Modern Lovers, mais c’est pas grave.

PALIMPSESTE GARAGE

Le titre : Too much tension!

L’artiste : The Mystery Lights

Le format : 33T/30 cm

La date de sortie : 2019

Le genre : Glissement de temps garage.

C’est qui ?: 4 gamins américains.

Qui joue dessus ?: M.Brandon / L.A.Solano / A. Amini / Z. Butler.

Comment ca sonne ?: Comme un nuggets. (La compile de Lenny Kaye, pas le truc de MacDo).

Si c’est une réédition ou un vieux machin, est-ce que ça a bien vieilli ?

Sans objet.

Ce qu’on en pense :

Deuxième très bon disque du groupe, après l’excellent album éponyme de 2016, et rien de nouveau.

Parce que la nouveauté, The Mystery Lights n’en a rien à cirer. Tous les « canons esthétiques » du rock garage sont là : farfisa, guitare en avant, reverb et traumatisme british invasion pur jus.

Début de l’intermède du pisse-froid :

Ouais c’est toujours pareil, ça ressemble à 10 000 trucs déjà entendus. En plus ça sonne exactement comme The Standells ou Count Five, on se croirait en 1966. Y’ a même un passage pompé sur « What goes on » du Velvet. C’est pas ça qui va faire avancer le schmilblick. Je retourne réecouter Radiohead, ça au moins c’est moderne.

Fin de l’intermède du pisse-froid .

On ne se l’explique pas, mais un triste sire a réussi à glisser sa prose dans ces lignes. Nous en sommes désolés, surtout que nous ne cautionnons pas ces propos rétrogrades. Encore un qui pense que le rock’n’roll est un art majeur…

KING ROBERT

Le titre : Warp and woof

L’artiste : Guided By Voices

Le format : 33T/30 cm

La date de sortie : 2019

Le genre : Morceaux de chansons.

C’est qui ?: Le groupe de Robert Pollard, le type gravement atteint de « tragoudirhée » (cherchez pas c’est un mot qu’on vient d’inventer pour faire le malin).

Qui joue dessus ?: Robert Pollard, Doug Gillard et des membres du groupe dans sa première formation, mais sans Tobin Sprout.

Comment ca sonne ?: Prise de son à l’arrache, guitare en avant.

Si c’est une réédition ou un vieux machin, est-ce que ça a bien vieilli ?

Sans objet.

Ce qu’on en pense:

En veilleuse depuis 2004, Guided By Voices s’est reformé en 2012, avec ses membres originaux (enfin plus ou moins, ça dépend des albums, Robert Pollard restant toujours aux commandes). Depuis, le groupe enquille les albums comme dans les années 90. Donc là, c’est quand même le 29ème(!?!), et même le deuxième sorti cette année….

En gravant 24 morceaux sur deux faces (37 minutes) le groupe renoue avec sa manière étrange de composer des « bouts de morceaux » du genre : intro/couplet/refrain… et c’est tout. Avec au milieu des vrais morceaux de chansons. 

Bref c’est toujours aussi bien, aussi mélodique, aussi rythmé par un jeu de guitare percutant et simplissime.

Plus de 30 ans après ses débuts, Guided By Voices force le respect, portant au pinacle le truc qu’on aime tous, ce truc adolescent neuneu qui consiste à ne jamais se prendre au sérieux, tout en étant persuadé qu’on est le meilleur groupe du monde dans son garage.

Quand Robert Pollard mourra, il se fera enterrer en Converse, une Budweiser dans la main.

A L’OUEST

Le titre : 20 years in a Montana missile silo

L’artiste : Pere Ubu

Le format : 33T/30 cm

La date de sortie : 2017

Le genre : Rien à voir avec Alfred Jarry.

C’est qui ?: Le groupe du Mark E. Smith du Middlewest.

Qui joue dessus ?: David Thomas et ses copains du moment.

Comment ca sonne ?: Délétère.

Si c’est une réédition ou un vieux machin, est-ce que ça a bien vieilli ?

Sans objet.

Ce qu’on en pense :

Dernier album en date du groupe de David Thomas (le 17èmequand même), seul membre permanent depuis 1975, et ce coup ci ça ressemble à quelque chose. 

Parce qu’avec Père Ubu c’est pas gagné d’avance : chanteur barré, membres du groupe overdosés, référence obscure à l’inventeur de la pataphysique, étrangeté sonore : dans la presse on appelle ça un groupe « culte ». 

On n’a jamais bien compris ce terme, ça doit être une manière polie de dire : c’est bien, mais des fois ils font n’importe quoi…

En effet: albums des années 70 mythiques, albums des années 80 « à boire et à manger » pour être poli, albums des années 90 plus réussis, albums des années….comment on dit ? 00 ? 2000 ? bref, albums des années 2000 sortis uniquement en CD , donc on boude. 

Si on considère que c’est un groupe tout court, ce dernier album est très réussi, car il contient tout ce qui fait qu’on peut considérer Père Ubu comme une très bonne formation : compositions originales, traitement sonore particulier, chant singulier. Fini les instruments malvenus, les arrangements foireux ou les monologues pénibles. 

Juste une manière singulière d’appréhender le format de la chanson pop (c’est à dire en refusant d’en faire) qui a quelque chose d’unique. Et aujourd’hui, les groupes dont on peut qualifier la musique d’unique, y’en a pas des masses…

EMERGENCY ROOM

Le titre : Wheeltappers and shunters

L’artiste : Clinic

Le format : 33T/30 cm

La date de sortie : 2019

Le genre : Musique de nuit.

C’est qui ?: Des gars de Liverpool.

Qui joue dessus ?: A.Blackburn / B.Campbell / J. Hartley / C.Turney.

Comment ca sonne ?: Son bizarroïde et déformé,  un peu comme en boite de nuit vers 4h du matin.

Si c’est une réédition ou un vieux machin, est-ce que ça a bien vieilli ?

Sans objet.

Ce qu’on en pense:

Depuis presque vingt ans, ce groupe de Liverpool, qui monte sur scène déguisé en chirurgien (masque compris), sort des albums d’une qualité constante. C’est le genre de groupe qu’on aime d’avantage pour la façon dont il sonne que pour ses compositions. Même si les chansons sont bonnes, c’est le son du groupe qui le singularise. On pourrait presque leur appliquer le mot de John Peel à propos de The Fall : « Always different, always the same ». Ici c’est le son qui change à chaque album, tout en restant similaire au « cahier des charges » initial: beaucoup d’écho,  effet sur la voix (ou alors le chanteur mâche un très gros chewing-gum…) / riffs joués à l’orgue / rythme entêtant.

La déclinaison 2019 se rapproche du son des albums des années 2000, en mettant cette fois en avant la basse. On ne comprend absolument rien de ce que raconte le chanteur (il doit chanter avec son masque) mais on s’en fout, c’est super.

Comme quoi à Liverpool, y’a pas que les Rolling Stones.

Il y a la photo d’un gros gorille placée en insert dans l’album. On trouve cela super cool.

HALLOWEEN PARADE

Le titre : Live at the Paramount

L’artiste : Nirvana.

Le format : 33T/2×30 cm

La date de sortie : 2019

Le genre : Pixies-like.

C’est qui ?: Le dernier groupe de rock’n’roll.

Qui joue dessus ?: Kurt Cobain/Krist Novoselic/Dave Grohl

Comment ca sonne ?: Puissant. Prise de son nickel.

Si c’est une réédition ou un vieux machin, est-ce que ça a bien vieilli ?

Sans objet.

Ce qu’on en pense:

C’est la première fois que cet enregistrement en concert est disponible officiellement, capté en 1991 à Seattle, peu de temps après la sortie de « Nevermind » (seule une version vidéo existait). D’ici la fin de l’année 91 le groupe deviendra la plus grosse vente de l’industrie musicale, virant Mickael Jackson de la première place des classements (YES !). C’est le meilleur enregistrement live du groupe, celui de Reading étant moins bon et le Unplugged étant….unplugged. C’est aussi un des meilleurs disque live tout court: groupe en place, son énorme et chant, euh, comment dire?…terminal?

Nombreux à cette époque se sont demandés devant le succès du groupe : pourquoi eux et pas Pixies. Même qualité des compositions, même puissance sonore (genre « bruit du tonnerre »), même singularité dans le chant, bref un registre identique.

Sauf que….les voix des deux chanteurs ne sont pas tout à fait les mêmes. Black Francis était capable des mêmes intonations que Cobain, sauf que sa voix et ses hurlements sont de l’ordre de l’étrangeté, de la violence, voire…inspirent la peur. Dans le cas de Nirvana c’est différent. La voix de Cobain est une sorte de plainte, immensément expressive, qui fait qu’on a immédiatement envie de lui de demander « Qu’est-ce qui va pas mon petit gars ? », une sorte de pathos vocal,gros comme un camion. 

Avec « Nevermind » Nirvana a instantanément ridiculisé les blaireaux du genre Guns’n’roses, popularisé le rock indépendant et fait qu‘on écoutait Lush dans les supermarchés (véridique).

Pour cela, nous lui en seront éternellement reconnaissant.