ROOT BEER


Le titre :
Root hog or die

L’artiste : Des paysans avec des guitares, des violons, des banjos.

Le format : 33T/6×30 cm

La date de sortie : 2015

Le genre : Le sel de la terre.

C’est qui ?: Des paysans.

Qui joue dessus ?: Des paysans avec des guitares, des violons, des banjos ou sans rien…a cappela.

Comment ca sonne ?: Vernaculaire.

Si c’est une réédition ou un vieux machin, est-ce que ca a bien vieilli ?

Enregistrements remastérisés, sonnent plutôt bien pour des enregistrements effectués, pour les plus anciens, il y a 90 ans.

Ce qu’on en pense :

En 2015, Alan Lomax aurait eu 100 ans.

Pour l’occasion, Mississippi Records a publié un coffret de 6 albums résumant l’essentiel de son travail d’enregistrement des musiques populaires, réalisé pour la Bibliothèque du Congrés américain et la série « Folk American Music ».(Par populaire, comprendre musique du peuple (folk), pas celle qui est populaire dans le Billboard).

L’ensemble est vertigineux, témoignant de la vivacité incroyable de la musique folklorique dans les pays anglo-saxons (USA surtout, Angleterre, Irlande) et quelques pays latins (Espagne, Italie). La cathédrale musicale des gueux. Dylan a du en acheter 10 exemplaires d’un coup.

Le label aurait pu proposer une sorte de « best-of » des enregistrements déjà connus, mais ce sont majoritairement des inédits qui sont rassemblés dans ce coffret. Loin d’être des fonds de tiroirs, la qualité et l’intêret musical restent intacts, ce qui en dit long sur l’importance historique du matériel accumulé et préservé par les Lomax (père et fils), qui mériteraient d’avoir leurs têtes sur les billets de un dollar.

Petite précision: il n’y a évidemment aucun enregistrement réalisé en France qui, comme chacun le sait, est un pays bon à rien en ce qui concerne la musique populaire.

MY HEART STOOD STILL

Le titre : Da doo ron ron

L’artiste : The Crystals

Le format : 45T/17,5 cm

La date de sortie :  1963

Le genre : Stupidité adolescente.

C’est qui ?: Le groupe vocal à géométrie variable dirigé par Phil Spector.

Qui joue dessus ?: La La Love/Don Randi/Hal Blaine, et d’autres dont on est pas certain.

Comment ca sonne ?: Comme une épiphanie tonitruante.

Si c’est une réédition ou un vieux machin, est-ce que ça a bien vieilli ?

Ne vieillira jamais.

Ce qu’on en pense :

Peut-être la plus grande intro de toute la musique pop enregistrée : un bourdon de cuivres à l’unisson à frémir, des clappements de mains à l’arrache, un rebond de basse hypnotisant, un roulement de batterie au son venu d’ailleurs, le tout débouchant sur un premier vers absolument niais, chanté par une gamine. N’importe quel homo-sapiens taperait du pied.

Impact immédiat, mélodie entrainante, brièveté de la chanson, thème adolescent débile : toute la panoplie de la chanson pop est là, magnifiée par le son pété de reverb du studio de Phil Spector, pour les siècles des siècles.

Comme a dit je sais plus qui : « Dieu existe, il joue de la batterie sur Da doo ron ron. »

Amen.

FACES CACHÉES

Le titre : B sides

L’artiste : Mrs Magician

Le format : 33T/30 cm

La date de sortie : 2013

Le genre : Garage, tendance pop-songs.

C’est qui ?: 4 gars de San Diego.

Qui joue dessus ?: Jacob Turnbloom/Tommy Garcia/Cory Stier/Evan Ehrich

Comment ca sonne ?: Comme des démos.

Si c’est une réédition ou un vieux machin, est-ce que ça à bien vieilli ?

Sans objet.

Ce qu’on en pense :

Groupe de San Diego ayant la même approche que Guided By Voices : des chansons pop au son pourri, sonnant comme des démos de très bons morceaux, avec une véritable aisance mélodique.

Tout est écrit par un seul membre du groupe, Jacob Turnbloom, un gars avec qui on boirait bien l’apéritif vu la qualité des morceaux, dix fois mieux que les 2/3 de ceux de Ty Segall (un contemporain qui à une approche similaire, mais à plus « la côte » qu’un véritable talent d’écriture).

En plus ce ne sont que des faces-b de singles… !?…

Ce groupe inconnu n’a en fait sorti que 2 albums, alors que Ty Segall 3 657.

C’est scandaleux.

GROUND CONTROL TO MAJOR COYNE

Le titre : Marjory razorblade

L’artiste : Kevin Coyne

Le format : 33T/2×30 cm

La date de sortie : 1973

Le genre : Chef d’œuvre inconnu.

C’est qui ?: Un musicien Anglais qui n’à pas eu ce qu’il méritait.

Qui joue dessus ?: Kevin Coyne et son groupe excellent (Il y a même un Français : Jean Roussel).

Comment ca sonne ?: Acoustique, avec beaucoup de relief.

Si c’est une réédition ou un vieux machin, est-ce que ça a bien vieilli ?

La production, excellente et toute simple, n’a pas vieilli.

Ce qu’on en pense:

Chez Kevin Coyne, tout est singulier. 

La voix et le chant, qui ont influencés John Lydon, période Rotten (de son propre aveu). Le jeu de guitare, Coyne jouant de l’instrument bizarrement posé à moitié à plat sur ses genoux, se servant principalement de son pouce pour pincer les cordes. Les compositions, ne ressemblant à rien, un peu comme les chansons de Syd Barrett. 

Le problème étant que Kevin Coyne lui aussi ne ressemble à rien. Il a de drôles de proportions, sa tête paraissant trop grosse pour son corps. On est loin de la figure Rimbaldienne de l’ex-membre de Pink Floyd, les cheveux collés au soda, posant  assis torse nu sur son parquet bicolore. Coyne n’avait pas l’image vendeuse d’un proto-Kurt Cobain. Ce qui explique peut-être son faible succès et son oubli relatif.

Même si certains thèmes abordés sont un peu plombants (« House on the hill », la plus belle chanson sur la maladie mentale, à égalité avec « Holocaust » de Big Star), la musique de Coyne est joyeuse, par essence (« Marlene » par exemple).

Et pourtant. Ce disque est un double album et c’est peut être le seul double album où toutes les chansons sont excellentes (même sur le blanc des Beatles il y a des conneries). Un des rares cas où on ne se dit pas « en élaguant un peu, ça aurait fait un super album ».

On peut dire que « Jackie and Edna » est la plus belle chanson d’amour qui soit. Sans rire.

UNE BALLE DANS LE PIED

Le titre : Dogrel

L’artiste : Fontaines D.C.

Le format : 33T/30 cm

La date de sortie : 2019

Le genre : FAC 2057

C’est qui ?: Des Irlandais (du Sud)

Qui joue dessus ?: Des jeunes de Dublin.

Comment ca sonne ?: Bizarre. Voix très en avant, le reste tout au fond.

Si c’est une réédition ou un vieux machin, est-ce que ça a bien vieilli ?

 Sans objet.

Ce qu’on en pense:

Fontaines D.C. a sorti l’an dernier une poignée de singles pas mal du tout (« Too Real » notamment). On attendait donc l’album avec impatience (Vraiment ? Non, mais des fois on en a marre d’écouter les Stones).

Sur les 11 titres de l’album, 7 figurent sur les singles précédents. 11-7= 4, on attendait de voir ce que donnerait les quatre titres restants. Et c’est un peu le problème, parce qu’ils sont faiblards.

Ne pas écrire de chansons et pratiquer le « chant parlé » façon Lou Reed, demande de compenser par un autre élément : le mur du son, la morgue, l’anarchie inezeyouké, avoir Mark E.Smith derrière le micro, etc….En tout cas quelque chose d’énergique, voir dangereux. Dans le cas présent, on est dubitatif. Peut-être est-ce dû au mix : la voix (pas sensationnelle) est tout en avant alors qu’on dirait que le groupe joue dans le pub d’à côté….On peut monter le son à fond, même pas sûr que les voisins gueulent. Les titres déjà connus sonnaient mieux sur les singles….

Alors on lit partout dans la presse qu’à l’aune d’un groupe comme Fontaines D.C. « le rock’n’roll n’est pas mort ». On se permettra d’en douter. Si ce disque était sorti à l’époque de ses références avouées (Joy Division/Clash/Gang Of Four/The Fall/The Smiths) et où il était encore vivant (le rock), le groupe ne serait sûrement pas allé plus loin que la banlieue de Dublin.

Dommage, la pochette est pas mal…

UNLUCKY JIM


Le titre :
Lucky Jim

L’artiste : The Gun Club

Le format : 33T/30 cm

La date de sortie : 1993

Le genre : Chant du cygne

C’est qui ?: Le groupe de Jeffrey Lee Pierce, un gars qui a réussi à se péter la rate (au sens propre) à force de picoler.

Qui joue dessus ?: Jeffrey Lee Pierce et la formation du groupe « deuxième époque », mais sans Kig Congo Powers.

Comment ca sonne ?: Comme si on entendait le groupe à travers un mur capitonné.

Si c’est une réédition ou un vieux machin, est-ce que ca à bien vieilli ?

 Ré-édition nickel chez Cooking-Vinyl.

Ce qu’on en pense:

C’est le dernier album du groupe et le moins connu, le moins cité, et on se demande bien pourquoi.

L’écoute des deux premiers morceaux est tétanisante, notamment grâce à l’interprétation de Jeffrey Lee Pierce, dont Bertrand Cantat rêve encore. Tout le reste est à l’avenant, un lot de chansons propres à renforcer les traumatismes de Nick Cave qui lui doit quand même un max. Quant à Dave Eugene Edwards, n’en parlons pas.

Deux ans plus tard, Jeffrey Lee Pierce réussira à se pochetronner définitivement et s’envolera backstage attendre Lux Interior. 

Le sort de Jeffrey Lee Pierce est injuste, mort dans l’indifférence et complètement ignoré dans son pays, dont il n’a pourtant jamais cessé d’honorer la musique.

IT’S SO COLD IN ALASKA

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Le titre : Berlin

L’artiste : Lou Reed

Le format : 33T/30 cm

La date de sortie : 1973

Le genre : Plus noir tu meurs.

C’est qui ?: Le mec qui a fait un hit avec une chanson parlant de fellation.

Qui joue dessus ?: Des enfants qui pleurent et des métalleux égarés.

Comment ca sonne ?: Froid comme le zéro absolu.

Si c’est une réédition ou un vieux machin, est-ce que ça a bien vieilli ?: Le zéro absolu conserve plus que bien.

Ce qu’on en pense:

C’est le disque qui a fait que Lou Reed, déjà vachement taciturne, est devenu encore plus méchant. 

Sorti en 1973, tout le monde trouve ca glauque. Lester Bangs trouve ça bien, mais n’est pas sûr. Les ventes sont pourries, dont la moitié réalisée par erreur, l’acheteur pensant retrouver les travelos de « Walk on the wild side ». Reed, qui pense à juste titre pour une fois que c’est un chef d’œuvre, est super vénère et trouve que le public c’est vraiment qu’un tas de blaireaux.

Ça parle de gens qui se rencontrent, se défoncent, s’aiment, se défoncent, font des enfants et …se défoncent quand même. Le tout finissant très très mal. 

On ne parle pas souvent de « concept album » à propos de ce disque et pourtant…c’est surement le seul ayant un préalable à sa composition (la narration de la relation mortifère de deux junkies) et qui l’accompli brillamment dans un suite de chansons extrêmement cohérente.

Nous défions quiconque d’être capable d’écouter « The kids » en prenant son petit déjeuner.

PAS MOU DU TOUT

Le titre : Sunshine rock

L’artiste : Bob Mould

Le format : 33T/30 cm

La date de sortie : 2019

Le genre :Rock indé quand ça voulait encore dire quelque chose 

C’est qui ?:Le guitariste de Oussequeredou et le Yoda de Black Francis

Qui joue dessus ?:Bob Mould et deux autres gars inconnus au bataillon

Comment ca sonne ?:Comme un orage électrique, sans paratonnerre

Si c’est une réédition ou un vieux machin, est-ce que ça a bien vieilli ?: 

Sans objet

Ce qu’on en pense:

Les amplis dont les potards vont jusqu’à 11 ont été inventé pour Bob Mould. 

Après avoir traumatisé Black Francis avec Hüsker Dhü, Bob Mould a formé Sugar, établissant le son de ses productions futures. Au terme de Sugar, il a continué à sortir des albums, honorables mais moins inspirés.

On connait l’anecdote de l’annonce sur le mur de la fac disant « groupe recherche bassiste  fan de Peter Paul & Mary et Hüsker Dhü », le résultat donnant naissance à Pixies.

A l’écoute de l’album le gros Charles doit raser les murs. Le patron est revenu et ca va chier. Pixies doit sortir un album cette année, ça a intérêt à être du même niveau…

Black Francis donnerait un bras pour pouvoir écrire de nouveaux des morceaux de la trempe de « I Fought ».

TÊTE DE VEAU

Le titre : The deconstruction

L’artiste : Eels

Le format : 33T/25 cm x2

La date de sortie : 2018

Le genre : Pop songs avec arrangements de qualité.

C’est qui ?: E (Mark Everett)

Qui joue dessus ?: Mark Everett, sans Prozac ni Xanax , qui fait tout tout seul, sauf l’ensemble à cordes et la chorale, parce qu’il n’a que deux bras. 

Comment ca sonne ?: Très très bien, comme d’habitude. Everett a un « son », a la fois par son chant et par ses arrangements, toujours justes.

Si c’est une réédition ou un vieux machin, est-ce que ça a bien vieilli ?: 

Sans objet.

Ce qu’on en pense:

Sujet qui fâche : il y a 15 morceaux. Ce qui installe tout de suite la suspicion : l’artiste n’est pas foutu de faire le tri, alors il met tous les trucs qu’il pense super, à l’auditeur de se démerder.

Sauf que là….Tout est parfait. Une suite de chansons admirables, soutenues par une voix au grain particulier et des arrangements simples, mais servant chaque chanson (vous me direz que c’est enfoncer une porte ouverte, mais on en a vu beaucoup se prendre pour Brian Wilson pensant masquer des chansons faiblardes). La régularité et la qualité des productions de Mark Everett depuis 20 ans n’est pas un hasard. 

Mark Everett est injustement sous-estimé, alors que pendant ce temps là The National court toujours….

RUMINANT

Le titre : Pursuit of momentary happiness

L’artiste : Yak

Le format : 33T/30 cm

La date de sortie : 2019

Le genre : Mur du (gros) son

C’est qui ?: Des jeunes

Qui joue dessus ?: Oli Burslem, Vincent Davies, Elliot Rawson. 

Comment ca sonne ?: Comme Black Rebel Motorcycle Club un jour où le chanteur ne ferait pas la gueule, avec en plus des arrangements de cuivres un peu artificiels. Il y a aussi du Mellotron, plus pour faire plaisir à la famille qu’autre chose….

Si c’est une réédition ou un vieux machin, est-ce que ça a bien vieilli ?: 

Sans objet

Ce qu’on en pense:

Alors on va tout de suite évacuer le sempiternel débat : pas d’originalité, on l’a déjà entendu dix fois. Comme dirait Perceval : « C’est pas faux », mais on s’en fout.

Vu le son du bazar on imagine sans peine la puissance dégagée en concert, ce qui sort déjà le groupe du lot (non non, j’ai rien dit sur Kurt Vile) et le place là où un groupe de rock se doit d’être : des jeunes qui jouent une musique simple, sauf qu’en 2019 elle est obligatoirement nourrie du passé. 

Sur le deuxième morceau (Fied) le chanteur hurle « What you’ve got is what you make it », ce qui semble sonner comme une déclaration d’intention louable. Aujourd’hui c’est un peu comme à l’école, si on a bien fait ses devoirs, tout se passe bien. Et un groupe qui rend un hommage à peine voilé à Mark. E. Smith (sur le premier morceau de la face B) a tout pour plaire.

 Le groupe a le bon gout de ne proposer que 10 morceaux (5 par faces, le bidule appelé « interlude » ne comptant pas), se distinguant ainsi de nombre de ses contemporains qui pensent qu’on a envie de passer 6 faces en leur compagnie (non,non, j’ai rien dit sur Kurt Vile).