UNE HISTOIRE DE MICROS

Le titre :Returns to the valley of rain

L’artiste :Giant Sand

Le format : 33T/30 cm

La date de sortie : 2019

Le genre : Les amplis à lampes c’est mieux

C’est qui ?: le groupe d’Howe Gelb, une moitié de Calexico, un tiers d’OP8

Qui joue dessus ?: Howe Gelb et son groupe de jeunesse

Comment ca sonne ?: Brut, genre un seul micro placé au centre

Si c’est une réédition ou un vieux machin, est-ce que ça a bien vieilli ?: 

Ce n’est pas vraiment une réédition, mais le ré-enregistrement du premier album du groupe, sorti en 1985.

Ce qu’on en pense:

Howe Gelb c’est pas n’importe qui.

Trouvant l’enregistrement d’origine pas terrible, le groupe ne jouant pas sur des amplis à lampes et la batterie sonnant 80’s (la caisse claire qui fait pschiiiit….), Gelb a rappelé ses copains de l’époque pour de nouvelles prises. 

Le tout torché en 1 jour et demi comme à l’époque. Et ça s’entend. Les disques où l’on sent le groupe jouer live devant un micro sont plutôt rares. Dans le genre, celui là est parfait. Si en plus les morceaux sont bons, nous sommes heureux.

MOINS CONNU QUE JÉSUS

Le titre : Spencer sings the hits

L’artiste : Jon Spencer

Le format : 33T/30 cm

La date de sortie :  2018

Le genre : Chevalerie Rock’n’roll

C’est qui ?: Le chevalier de la table ronde tournant à 45 rpm qui à permis au rock d’exister dans les années 90, avec son groupe The Jon Spencer Blues Explosion (chevaliers adjoints : Judah Bauer et Russel Simmins).

Qui joue dessus ?: Jon Spencer, Sam Coomes, M. Sord 

Comment ca sonne ?: Garage

Si c’est une réédition ou un vieux machin, est-ce que ça a bien vieilli ?: 

Sans objet

Ce qu’on en pense:

Jon Spencer aurait de quoi avoir les boules, mais c’est mal le connaître.

Après la mort de Kurt Cobain, c’est le désert. Un désert hanté par le trip-hop (chiant), la techno (chiante, et en plus les mecs t’expliquent que c’est le futur…..), Björk ( chiante, qui, je cite, « ne veux plus jamais entendre de guitare électrique ») etc…

Jon Spencer, scrutant la plaine du haut de son fort, n’en a rien à foutre. Il continue de faire du rock’n’roll, comme James Brown faisait du funk : sans chansons, juste de l’intention. L’intention de sonner fort, sale et groovy. Pour un petit blanc c’est pas rien. Il y parvient parfaitement avec son groupe (JSBX pour les intimes) et….TOUT le monde s’en fout. 

L’orage passe et soudain, au tournant des années 2000, les groupes de rock reviennent, notamment The White Stripes avec le succès qu’on lui connaît. De tous ces groupes émergeants à ce moment là (The Strokes, The Black Keys, The Hives, etc….), pas un ne reconnaitra le mérite du Jon Spencer Blues Explosion en tant que gardien du fort. Jack White, pourtant désormais érigé en conservateur du rock garage américain, pourrait faire un effort.

Jon Spencer, scrutant le ciel du fond de son égout (new yorkais c’est plus classe), n’en a rien toujours à foutre. Il s’engueule avec ses copains, pas grave. Il sort donc un disque solo.

Un disque impeccable. Direct. Arrangements supers. Chant habité comme de coutume. Pas de chansons, de la ténacité à la place. On s’en fout les chansons c’est pour les anglais.

Rien que pour ça Jon Spencer mériterait d’avoir sa statue à Brooklyn.

Ceux qui l’ont vu sur scène comprennent.

IT’S JUST A SHOT AWAY

Le titre de l’édition française : Altamont 69 : Les Rolling Stones, les Hell’s Angels et la fin d’un rêve

Le titre de l’édition originale : Altamont : the Rolling Stones, the Hell’s Angel’s and the Inside Story of Rock’s Darkest Day

La date de parution : 2016 (Edition française : 2017 – Traduction: Stan Cuesta)

L’éditeur français: Payot & Rivages

Le genre : Film catastrophe.

L’auteur : Joel Selvin.

C’est qui ?: Un journaliste américain

Ce qu’on en pense:

Comment expliquer un tel foirage ? Un événement souvent qualifié comme étant « le jour où les sixties sont mortes » ? (C’est faux, la réalité étant bien sur plus complexe, mais bon, quand on tient une bonne formule…)

Trois lignes du livre semblent résumer toute l’affaire : « Pour la première fois Mick Jagger peut envisager un futur où les Rolling Stones sont plus grands que les Beatles. Et c’est une vision grisante. »

En effet, à ce moment précis de leur histoire, les Stones ont réussi à survivre au départ de Brian Jones  (et même à sa mort) en le remplaçant par un p’tit jeune brillantissime : Mick Taylor, le groupe sonnant comme jamais. Après avoir foiré leur copie merdique de Sgt Pepper (Their Satanic machin etc….), le groupe va cesser de singer les Beatles et réussir à se réinventer avec la sortie de « Beggar’s Banquet » fin 68 (album où Jones fait encore partie du groupe). La révolution avait d’ailleurs débuté en mai 68 avec la sortie de « Jumpin’ Jack Flash », le single qui, à lui tout seul, fait qu’on leur pardonne d’être devenu le cirque Pinder. A partir de ce moment là, les Stones ne sont plus un simple groupe de  Rock’n’Roll, ils l’incarnent carrement. (A notre connaissance c’est le seul groupe a avoir réussi ce genre de chose, ce qui explique probablement pourquoi ils sont devenus par la suite une marque à part entière, au coté de Coca-Cola ou Nike. Je sais, ça pique un peu, mais ça reste meilleur que Johnny Hallyday).

Donc….le 28 Novembre 1968, Jagger annonce, lors d’une conférence de presse en pleine tournée US, que les Rolling Stones donneront un concert gratuit à San Francisco, le 6 Décembre de la même année. Voulant faire taire les critiques qui commencent à le traiter de sale capitaliste, en raison du prix des places de concert (le double du tarif habituel quand même…), Jagger veut faire un geste cool, mais aussi, un peu sur les bords, un Woodstock à la gloire de son groupe. (En 1969, rien n’effrayait plus Mick Jagger que la possibilité de ne pas être cool. En 2019, il s’en fout, il a été anobli et il vous emmerde).

Le chanteur vient pourtant d’apprendre que le concert initialement prévu au Golden Gate Park de San Francisco ne pourra pas se faire, mais c’est pas grave, il reste huit jours pour trouver un autre site, tout baigne, je suis Mick Jagger des Rolling fuckin’ Stones. 

Résultat : 300 000 personnes iront s’entasser sur une colline battue par les vents et, dans un froid de canard, essaieront d’apercevoir le groupe juché sur une scène d’un mètre de hauteur, gardée par des voyous ultra défoncés et armés de queues de billard…. Sans parler des quatre décès survenus, celui de Meredith Hunter, filmé par l’équipe de tournage, éclipsant les autres.

Puisant dans plus d’une centaine d’entretiens réalisés pour le livre, Joel Selvin retrace brillamment la genèse de la catastrophe, décrivant un groupe à l’entourage douteux et ayant entamé sa déconnection avec le monde des simples mortels (mais pas celui des banquiers). On ne reviendra pas sur les évènements bien connus : annulation du deuxième site 36 heures avant le concert, choix d’un nouvel emplacement ressemblant à une flaque d’huile rance, absence d’encadrement (ni police, ni sécurité), un « service d’ordre » assuré par des Hell’s Angels raides comme jamais, fuite du Grateful Dead qui refusera de jouer, agression du chanteur du Jefferson Airplane, meurtre de Meredith Hunter sous les yeux du groupe.  

Comme en témoigne le film des frères Maysles Gimme Shelter, montrant les motards toxiques carrément sur scène et dévisageant le petit anglais gringalet, blanc de peur, mais tortillant tout de même des fesses en chantant qu’il est copain avec le diable (il faut au moins lui reconnaitre ce courage),  on se doute qu’a ce moment là, Jagger à du avoir le sentiment de passer à la caisse. Son crossroads à lui.

Détaillé, pertinent et d’une lecture aisée, le livre pulvérise le masque du flower power, le groupe en prenant à juste titre pour son grade. Seule leur jeunesse pourra leur servir d’excuse. Et encore….

WHITE SABBATH

Le titre de l’édition française : John Lennon : Les Derniers Jours

Le titre de l’édition originale : The Last Days Of John Lennon

La date de parution : 1991 (Edition française : 1993 – Traduction: François Gorin)

L’éditeur français: Lieu Commun / Edima

Le genre : Indiscrétions post-mortem invérifiables.

L’auteur : Frederic Seaman

C’est qui ?: L’assistant personnel de Lennon en 1979 et 1980.

Ce qu’on en pense:

Les livres comme celui là, on ne sait jamais quoi en penser. 

On doute de leur intérêt. On doute de l’honnêteté de l’auteur, et de la notre, qui sommes capable de lire le récit détaillé de la vie quotidienne de quelqu’un qu’on ne connais même pas et qui de surcroit n’est plus là pour donner son avis. Bref on à honte, mais comme c’est Lennon, on lit quand même, sachant qu’en fait il ne s’agit pas que de lui. Il s’agit aussi de Yoko Ono, avec en arrière pensée cette question: la japonaise est-elle vraiment une succube de l’enfer, tellement pénible que McCartney a quitté les Beatles ?

Bon….

De Février 79 à Décembre 1980, Frederic Seaman a été l’assistant personnel de la rock star, plongé dans la vie domestique des LennOno, au Dakota Building, aux Bermudes et au Record Plant pendant l’enregistrement de Double Fantasy. Il a donc tout vu de très près : Lennon et ses enfants, Yoko Ono pendue au téléphone à spéculer sur la vente de vaches laitières, Lennon composant à la guitare après plusieurs années de silence, Yoko Ono consultant ses numérologistes avant chaque décision, Lennon en plein caca nerveux parce que y’a plus de clopes…. et même Mark Chapman (le neuneu qui s’est senti obligé de prouver à l’auteur d’« Happiness is a warm gun » qu’il avait raison).

Le récit de Seaman est précis, détaillé, exhibitionniste et la conclusion, en gros, c’est que John Lennon était un gamin de 13 ans prisonnier dans le corps d’une rock star de 40, et que c’est Yoko qui avait la clé.

On comprend pourquoi Mme Ono n’a donc pas du tout apprécié le livre, où elle est décrite comme une parfaite sorcière, martyrisant Lennon, méprisant son fils ainé Julian et gonflant tout le monde en studio (ce qui va dans le sens de ce que beaucoup de fans des Beatles veulent entendre). S’en suivront plusieurs procès, dont l’un d’entre eux obligera Seaman à restituer à la veuve les objets ayant appartenu au chanteur se trouvant encore en sa possession (photos personnelles comprises). L’auteur travaille depuis la sortie de ce livre à une bio de Yoko Ono (depuis 26 ans donc…pas évident d’avancer avec 10 avocats accrochés a chaque cheville).

On trouve dans ce livre l’apparente confirmation d’une anecdote étrange, racontant comment John Lennon, lors d’une petite croisière aux Bermudes virant à la catastrophe à cause d’une tempête, a tenu seul la barre du navire des heures durant, pendant que tout le monde dégobillait. 

On préfèrera rester sur cette image : Lennon bataillant derrière le gouvernail sous une pluie battante, hurlant au ciel « Dieu est mort! », capitaine Achab version champignons hallucinogènes.

STEVE LE TREMBLEUR

Le titre de l’édition française : Lonely boy : Ma vie de Sex Pistols

Le titre de l’édition originale : Lonely boy : Tales from a Sex Pistols

La date de parution : 2017 (Edition française : 2017 – Traduction: Jacques Guiod)

L’éditeur français: E/P/A

Le genre : Filou.

L’auteur : Steve Jones (avec Ben Thompson)

C’est qui ?: Le type qui a insulté Bill Grundy en direct à la télé anglaise, et le guitariste des Sex Pistols.

Ce qu’on en pense:

On ne savait pas qu’il savait lire, encore moins qu’il savait écrire. Pourtant Steve Jones à bel et bien publié une biographie, certes coécrite avec Ben Thompson (un illustre inconnu). 

Avec un père ancien boxeur parti battre la campagne alors qu’il avait deux ans, remplacé par un beau-père (ancien boxeur lui aussi) qui le cognait régulièrement, le jeune Stevie n’a pas du rigoler tous les jours dans son enfance. Petite frappe de Shepperd’s Bush, le futur Sex Pistols avait tout de la mauvaise graine, passage en centre pour délinquants juvéniles compris.

Revendiquant son identité de voyou, Jones raconte donc sa vie en ne cachant ni son penchant compulsif pour le vol, ni sa tendance chronique à vouloir sauter sur tout ce qui bouge. Il confirme même la légende selon laquelle le matériel des Sex Pistols provenait bien du vol d’une partie de celui de Bowie, lors d’un des deux concerts d’adieu de Ziggy Stardust à l’Odeon Theater. Ouais, bon….Il doit trouver cela rock’n’roll.

Retraçant sa carrière de Pistols, puis sa vie de camé à Los Angeles, où il jouera dans des groupes tous plus mauvais les uns que les autres, le récit du guitariste ne contient pourtant pas de révélations fracassantes. Notamment en ce qui concerne leur album, où pourtant une question demeure, une question qui nous hante depuis longtemps: mais qui à écrit les terribles morceaux de « Never Mind The Bollocks » 

Car ce disque, c’est tout sauf de la musique punk telle qu’elle a été produite en Angleterre en 1977. Le truc Do It Yourself du punk on veut bien, mais dans l’ensemble cela a donné naissance a une flopée de groupes comme les Slits ou The Adverts, dont les morceaux n’étaient pas de la même trempe que « Bodies » ou « Anarchy in the UK ».

Selon Jones, les textes sont de Johnny Rotten (on le croit, en tout cas on veut bien croire qu’ils ne sont pas de lui). Mais qui a écrit« Pretty Vacant »« God Save The Queen »« Seventeen»,etc… ? Matlock, comme on le dit souvent? Steve Jones lui-même ? On ne le saura jamais…Ce qu’il y a de vraiment étrange, connaissant l’égo des musiciens,  c’est que personne n’en revendique la paternité… 

Véritable ruffian sans éducation, Steve Jones ne s’entendra jamais vraiment avec Rotten et Matlock, qui venaient eux d’un milieu bien plus privilégié et qui étaient plus instruits (son copain c’était Paul Cook, un gars comme lui).

Au delà de la fanfaronnade du loubard, il y a pourtant quelque chose de touchant dans son récit, où l’on distingue un malaise permanent, un sentiment constant de ne pas être à sa place, même en tant que guitariste voyou, donnant son sens à l’étrange titre du livre et figurant le petit garçon angoissé se cachant derrière un monstrueux son de guitare, invoquant le bruit du tonnerre terminal.

LE NOISEGATE, TU CONNAIS?

Le titre de l’édition française :Perfecting Sound Forever : Une histoire de la musique enregistrée.

Le titre de l’édition originale :Perfecting Sound Forever – An aural history of recorded music

La date de parution : 2009 (Edition française : 2014 – Traduction: Cyrille Rivallan)

L’éditeur français: Le Castor Astral

Le genre :Pointu, mais accessible.

L’auteur :Greg Milner

C’est qui ?:Un journaliste américain.

Ce qu’on en pense:

Il y a des titres de livres qui font un peu peur, comme c’est le cas ici avec celui de Greg Milner, consacré aux techniques d’enregistrement de la musique et du son. Heureusement, les choses se passent parfois comme dans les chansons, donc comme dirait Bo Diddley : « You can’t judge a book lookin’ at the cover ».

Loin d’être rébarbatif, Greg Milner réussit le tour de force d’être à la fois pointu tout en évitant l’écueil du traité universitaire auquel le titre pourrait laisser croire.

Retraçant l’histoire de la captation musicale, Milner évoque les liens étroits entre méthodes d’enregistrement et moyens de diffusion, les deux étant plus ou moins mêlés, selon l’intention du producteur. Par exemple : les productions de Phil Spector, bâties non pas pour une restitution fidèle, mais pour exploser dans les petits transistors qui se répandaient alors dans toute l’Amérique, notamment chez les adolescents en slips de bains. 

Outre l’aspect technique, l’auteur évoque aussi largement la dimension psychologique du « ressenti » de l’écoute, tordant le cou à l’idée qu’il faudrait sans cesse rechercher le son parfait ( ça c’est bon pour faire vendre des CD de Dire Straits). Le tout parsemé d’anecdotes et de détails souvent très drôles (mention spéciale au chapitre 7 intitulé : « L’histoire du groupe qui s’est écrêté à mort »). L’air de rien, et sans s’ennuyer, on ressort de la lecture bien moins bête qu’avant. 

A l’apéritif, au bistro, ou à un barbecue, vous pourrez désormais vous la péter à mort en demandant à vos copains s’il savent faire la différence entre phonographe et gramophone, et s’il ne trouvent pas un peu que le noisegate c’est quand même une invention infâme. La classe, quoi.

Ne pas oublier évidemment d’expliquer pourquoi la stéréo est un invention merdique de l’industrie musicale (« queeeeeuuuoiii ?? »), et de préciser à vos potes que s’ils n’ont jamais écouté Sgt Pepper en vinyl (la version Mono, évidemment), et ben….c’est  des blaireaux. Avec un peu de chance vous serez le seul dans ce cas et jeté séance tenante tout habillé dans la piscine, parce que vraiment, vous êtes trop gonflant avec vos conneries de puriste.

TENACE

Le titre de l’édition française :De fringues, de musique et de mecs

Le titre de l’édition originale :Clothes Clothes Clothes Music Music Music Boys Boys Boys

La date de parution : 2014 (Edition française : 2015 – Traduction :Anatole Muchnik )

L’éditeur français: Buchet-Chastel

Le genre :Plus honnête tu meurs.

L’auteur :Viv Albertine

C’est qui ?:La guitariste des Slits, groupe punk anglais de la fin des années 70.

Ce qu’on en pense:

Les autobiographies mémorables de musiciens rock ne sont pas légions (en tout cas celles traduites dans la langue de Hugo), et en général co-signées par un(e) journaliste. Il arrive même parfois que le résultat ne soit pas fameux (par exemple, on est sur que Neil Young a écrit la sienne tout seul comme un grand…). C’était sans compter sur la formidable guitariste des Slits.

Afin de raconter sa vie, Viv Albertine à décidé de scinder son livre en deux, la première partie (« Face A ») retraçant sa jeunesse punk londonienne  et la deuxième (« Face B »), évoquant ses années post punk/mère au foyer. Et contrairement à ce qu’on pourrait penser, les deux périodes sont aussi intéressantes l’une que l’autre.

En bonne punk, Albertine commence son livre par un premier chapitre consacré à la masturbation, manière de dire qu’elle n’à pas l’intention de tourner autour du pot et qu’elle va fournir un témoignage d’une honnêteté sans faille. Et en effet, l’ensemble du récit est sans filtre,  certains passages avoisinant même le gênant, sans pourtant jamais verser dans l’infamie ou l’exhibition.

Ayant fait partie du premier cercle formé autour des Sex Pistols en 1975-76, avant qu’ils ne signent sur une maison de disque, Albertine livre un témoignage de première main sur l’époque et sur toute la fameuse clique : Sid pas encore Vicious, les Clash tout juste sortis du pub-rock, la boutique Sex et ses fringues paposs, le melon de Malcolm McLaren, etc…, égratignant au passage quelques légendes et confirmant ce dont on se doutait déjà, à savoir que certains n’étaient pas là pour rigoler et avaient bien l’intention de faire carrière, ce qui n’est pas du tout, mais alors pas du tout punk (Mick Jones….., Vivienne Westwood….).

Les Slits étaient un groupe entièrement féminin et le récit de leur carrière laisse amer. On retrouve chez les punks (pas tous), l’ensemble des comportements machistes et mysogines qu’on croyait l’apanage des Stones, et comme dirait les Stooges, c’est « No Fun » à tous les étages concernant la question féminine. 

Le livre étant d’une rare honnêteté, la guitariste ne livre pas le témoignage d’une dure à cuire bataillant au milieu d’un tas de mecs antipathiques, mais bien celui d’une gamine qui en bave sévère, faisant passer avant tout chose son envie d’être dans un groupe de rock.

Mais ce n’est rien au regard de la deuxième partie du livre, où Viv Albertine, en ayant marre de sa vie de mère au foyer, reprend la musique. On l’écoute donc nous raconter comment elle se pointe dans les pubs, toute seule avec sa Telecaster, pour jouer ses chansons, la peur au ventre. 

Un courage qui force le respect. 

Un vrai geste punk.

L’obscénité et la fureur

Le titre de l’édition française :England’s dreaming : les Sex Pistols et le Punk

Le titre de l’édition originale :England’s dreaming : Sex Pistols and Punk Rock

La date de parution : 1991(Edition française : 2002 – Traduction : Denys Ridrimont )

L’éditeur français: Allia

Le genre :Pas d’avenir.

L’auteur :Jon Savage

C’est qui ?:Un journaliste musical anglais (Sounds/Melody Maker/The Face) qui à eu le bon goût d’avoir 24 ans en Angleterre en 1977, et de garder la tête froide.

Ce qu’on en pense:

Comme l’évoque le sous-titre de l’ouvrage, il s’agit de retracer ici l’histoire d’un groupe furieux, The Sex Pistols, qui à cristallisé à lui tout seul l’explosion du punk en 1977. Grâce à eux, même votre mémé sait ce qu’est le punk(le « painque », en français) et en à au moins aperçu un spécimen une fois (bon ok, avec un chien et une kro à la main, pas un vrai punk, mais c’est dans l’idée).

On est toujours un peu réticent quand ce sont les anglais qui parlent du punk, car ils ont une sale tendance à raconter partout que ce sont eux qui l’ont inventé. On pourrait presque dire qu’il y à une attitude britannique qui consiste à observer ce qu’il y a d’intéressant dans le monde, à s’en emparer et à dire qu’en fait, vous ne le saviez pas, mais ce truc super c’est anglais…

Rien de tout ça avec Jon Savage, qui s’attache bien à son sujet : les Sex Pistols et leur contexte. Aucune amnésie scélérate vis à vis des groupes New-Yorkais, des New York Dolls, des Ramones, etc…. 

Somme de 700 pages, le livre raconte donc par le menu les aventures de Malcolm McLaren, ancien Teddy Boy vendeur des fringues de Vivienne Westwood sur King’s Road, devenu manager à la ramasse d’un groupe dont les membres, en plus de s’engueuler constamment, seront très vite dépassés par les évènements.

Tout y est, de la visite de Johnny pas encore Rotten dans la boutique de fringues en spantex, jusqu’ au dernier concert au Winterland, lors d’une unique tournée US où le n’importe quoi confinera au sublime. Le récit étant entrecoupé de descriptions du contexte anglais où l’insulte sonore s’est épanouie : désarroi social, temps pourri, musique dominante rock-prog affreuse, scène londonienne minuscule et consanguine, groupes vraiment incompétents (sauf à Manchester), et extréme brièveté d’un mouvement qui sera très vite rattrapé par le grand public et les iroquoises roses fluo.

La précision et l’érudition de l’auteur force le respect, faisant de cet ouvrage une référence absolue sur le sujet. Comme si cela ne suffisait pas, l’ouvrage est complété d’une bibliographie et surtout d’une discographie (de 62 pages !) ultra-complète et ultra-pertinente.

Dire que John Savage maîtrise son sujet est un euphémisme. 

All access

Le titre de l’édition française :Bill Graham présente : une vie rock’n’roll

Le titre de l’édition originale :Bill Graham presents : My life inside Rock and out

La date de parution : 1992(Edition française : 2011 – Traduction : Nicolas Richard )

L’éditeur français: Le Mot et le Reste

Le genre :The right man, at the right time, in the right place

L’auteur :Bill Graham et Robert Greenfield

C’est qui ?:Le premier une légende de l’industrie culturelle américaine, le second un journaliste américain.

Ce qu’on en pense:

Pour inventer l’industrie du spectacle « Rock’n’Roll » il fallait bien quelqu’un qui ne l’était pas vraiment. D’ailleurs Bill Graham était plutôt fan de salsa…

Parti de rien (mais vraiment rien du tout, ayant été recueilli par un famille d’accueil New-Yorkaise après avoir été éloigné de sa famille et surtout des Nazis pendant la seconde guerre mondiale), le petit immigré de Brooklyn a commencé par des « soirées » dansantes avec Jefferson Airplane pour finir par organiser la tournée US des Stones de 1981 (que des stades, avec Mick Jagger fringué en survet’) ou le Live Aid en 1985. Ouais bon, musicalement c’est pas la gloire, mais niveau organisation ca se pose là quand même.

Ce qui frappe à la lecture du livre, outre l’égo et le caractère bien trempé du bonhomme (capable d’engueuler Hendrix ou les Stones), c’est son incroyable résilience.

Plongé dans le cirque des groupes psychédéliques opiacés de la fin des années 60 à San Francisco, Bill Graham a résisté à tout:

  • aux « Trips Festival » avec Ken Kesey, les Merry Pranksters et tout le tremblement
  • aux tentatives du Grateful Dead de lui faire prendre de l’acide à son insu (ils finiront par réussir, d’une manière particulièrement retorse, ce qui donne lieu à un des meilleurs passage du livre)
  • aux « Motherfuckers » (un groupe d’activistes naturistes) qui avaient investi sa salle de spectacle et décidés qu’elle leur appartenait
  • à la mesquinerie de Chuck Berry et au boulard de Crosby, Stills, Nash & Young
  • a Peter Grant (l’infâme manager d’un quintal de Led Zep) et son équipe de voyous, qu’il à réussi à faire arrêter par les flics (alors là, respect…)
  • aux supplications des gros nazes chargés d’organiser le concert des Stones à Altamont, en quête d’un véritable professionnel
  • a l’incendie criminel d’une de ses salles de spectacles, en représailles de ses déclarations « gauchistes » (on vous fait grâce des insultes antisémites)

Naviguant au milieu des égos surdimensionnés, des musiciens pénibles et des mecs défoncés, Graham à pourtant réussi à définir les bases de ce que sont aujourd’hui les tournées des groupes de rock. ll a même inventé le merchandising et les t-shirt à 50 $ avec la langue de Jagger imprimée dessus…On lui doit aussi d’avoir lancé la carrière de Santana, ce qui est peut-être pire que le merchandising vénal pour fans transis.

Récit d’un carrière hallucinante et témoignage d’une époque où les maisons de disques n’étaient pas encore totalement gérées par des comptables, ce pavé de 800 pages se lit pourtant tout seul, tant il est traversé par le vent de l’histoire de l’industrie musicale. Une industrie qui puise aujourd’hui la majorité de ses revenus dans les concerts.

Le Sud, tout le temps

Le titre de l’édition française :Hellfire

Le titre de l’édition originale :Hellfire

La date de parution : 1982 (Editions française de 2001– Traduction : Jean-Marc Mandosio)

L’éditeur français: Allia 

Le genre :Southern comfort

L’auteur :Nick Tosches

C’est qui ?:Un ancien journaliste musical américain, devenu ecrivain.

Ce qu’on en pense:

Plus qu’une biographie de Jerry Lee Lewis, ce livre a tout d’un roman. 

Afin de décrire les origines familiales du pianiste infernal, Tosches trace le portrait de l’Amérique rurale des états du Sud de la fin du 19èmesiècle/début 20ème, faite d’entreprenariat agricole, de défiance vis à vis de l’état, d’évangélisme borderline et d’un soupçon de consanguinité et d’alcoolisme. Parfait pour un roman, non ? 

De plus, avec le genre de loulou qu’est Jerry Lee Lewis, le matériau d’origine est « chaud-bouillant ». Tout est en place pour le drame babylonien et c’est bien ce qui se passe, l’auteur des « Grosses boules de feu » ayant du mal à saisir pourquoi les anglais, lors de sa première tournée chez eux, n’arrivent pas à comprendre comment on peut se marrier avec sa cousine de 13 ans, sans pour autant avoir divorçé de sa première femme. Sont coinçés ces anglais, feraient mieux de venir faire un tour en Louisiane pour se détendre, au lieu de  lui pourrir ses concerts….

Tout le livre fonctionne sur la description de cette ambivalence qu’on retrouve dans les personnages typiques du Sud, des gens pétris de contradictions, se vautrant dans ce qu’ils considèrent comme le péché, tout en se retournant toutes les cinq minutes pour voir si le jugement dernier ne serais pas pour bientôt. Le tout, dans le cas de Jerry Lee Lewis,  mélangé avec la musique du diable et engendrant la rock-star originelle, avec toute sa panoplie: arrogance biblique, toxicamie et alcoolisme king size, comportement de rebelle et crachat au ciel. Et, des fois que vous n’auriez pas compris, crémation d’un piano sur scène.

Enfin bref, un des meilleurs livres jamais écrit sur un grande figure du Rock’n’Roll. Si Jerry Lee Lewis n’avait pas existé, Jim Thompson l’aurait surement inventé.