ARBEIT

Le titre : Fire Doesn’t Grow On Trees

L’artiste : The Brian Jonestown Massacre

Le format : 33T/30 cm.

La date de sortie : 2022

Le genre : Où suis-je ?

C’est qui ?: Un groupe qui a mauvaise réputation

Qui joue dessus ?: Anton Newcombe, Ricky Maimi, Ryan Carlson Van Kriedt, Hakon Adalsteinsson, Uri Rennerts, Sara Neidorf

Comment ca sonne ? : Éperdu

Qualité du pressage :

Bonne.

Edition originale de 2022 – A Recordings LTD – Pressage UK

Ce qu’on en pense :

On avait fini par en avoir marre de The Brian Jonestown Massacre, tout triste qu’on était à l’écoute de leurs derniers albums. On ne sait pas si c’est du à l’exil d’Anton Newcombe en Allemagne, pays des groupes de rock pourris, du National Socialisme et des trains qui arrivent à l’heure, mais il faut bien dire que les albums publiés dans les années 2010 étaient carrément chiants. Le genre de disques qui devraient être livrés avec un sachet d’herbe, sinon c’est mort…

Autre hypothèse, la sortie du film « DIG ! » avait peut être traumatisé Newcombe. Il est vrai que le documentaire montrait un groupe explosant en plein vol, se battant sur scène et finissant par annuler la tournée, défoncés en rase campagne, le van en rade sur le bord de la route. Juste avant l’arrivée des flics. Dans le même temps, le document montrait The Dandy Warhols (quel nom à la con !) signer sur une major et finir sur MTV (alors qu’ils étaient moches comme des poux et que leur musique était sans commune mesure avec celle du groupe de Newcombe).

Pourtant, au milieu de l’épidémie de trucs plus fadasses les uns que les autres, on avait pas lâché l’affaire, se disant qu’un jour ça reviendrait, se contentant d’aller au concerts, le groupe étant toujours resté excellent sur scène.

Pour ce disque, Newcombe a de  nouveau composé de véritables morceaux, délaissant les instrumentaux pénibles de dix plombes. 38 minutes, 10 chansons, le tout enrobé dans le son qui les caractérise, principalement basé sur des parties de guitare sonnant comme celles des grands groupes historiques du « psychédélisme ». Un truc qui, en fait, ne veut rien dire, à moins que vous considériez la Reverb, le Flanger ou le Delay comme des drogues dures. Pour être sur de savoir de quoi on parle, il y a même un hommage à « The 13th Floor Elevators » sur le troisième morceau (« It’s about being free really ») comprenant une citation subliminale de la cruche électrique de « You’re gonna miss me».

Digression à l’usage des jeunes :

Pour les rares personnes qui ne connaitrait pas ce titre, allez écouter l’album du groupe de Rocky Erickson « The Psychedelic Sounds Of The 13th Floor Elevators » (premier morceau de la Face A)  ou bien la compilation « Nuggets » de Lenny Kaye (dernier morceau de la Face B). On vous envie, c’est un des plus grands morceaux de tous les temps. Et tant que vous y êtes, écoutez la compilation Nuggets en entier.

Une chose est sure, Newcombe est de nouveau à la poursuite de son rêve, pur et sacré, celui de faire de son groupe les Byrds du XXIème siècle, perdu dans le son.

SEUL AU MONDE

Le titre : I’m So Free: The 1971 RCA Demos

L’artiste : Lou Reed

Le format : 33T/30 cm.

La date de sortie : 2022

Le genre : Compositions majeures

C’est qui ?: Le prince de la nuit

Qui joue dessus ?: Lou Reed

Comment ca sonne ? : Comme un mec apprenant à jouer de la guitare

Qualité du pressage :

Indigne. Plein de clicks.

Edition originale de 2022 – RCA – Pressage EU

Ce qu’on en pense :

Si vous êtes allé chez le disquaire lors du « Record Store Day », et que avez réussi à atteindre les bacs, au milieu des mecs qui rachètent les disques qu’ils ont vendu pour les racheter en CD (tous des champions de la clairvoyance), vous avez peut être vu ce disque de démos de Lou Reed.

On ne sait pas trop pourquoi, mais les disques de démos cela fait toujours plaisir. Alors c’est sur, cela ne marche pas avec tout le monde et ne fonctionne en fait qu’avec les grands artistes. Qui aurait envie d’écouter des démos de Kurt Vile, hein ? Dans le cas de Lou Reed, c’est d’autant plus intéressant que peu de matériel démo du chanteur atrabilaire a été diffusé officiellement.

Ayant lâché le Velvet Underground en plein enregistrement de son quatrième album (« Loaded »), le petit Lewis signe chez RCA pour son premier album solo. Il rentre donc en studio le 27 Octobre 1971 pour enregistrer ces démos, tout seul avec sa guitare et sa mauvaise humeur.

Comme on le constate dès le premier morceau, Lou Reed n’a jamais été un grand technicien du jeu de guitare. Il foire sa partie, lâche un « Fuck » et….s’excuse. Lou Reed qui s’excuse ? Alors en fait c’est un être humain ?

En fait il à l’air plutôt de bonne humeur sur l’ensemble de ces enregistrements, où il chante vraiment, loin du parlé/chanté de la fin de sa carrière. C’est d’ailleurs pareil pour le chant, on ne peut pas considérer qu’il soit un grand chanteur, mais pourtant on reconnaît immédiatement le grain et le timbre de sa voix et franchement on est pas certain que cela serait mieux s’il chantait comme Elvis.

Donc en résumé, il joue mal de la guitare et ne chante pas tellement mieux. Mais il reprend le morceau qu’il avait foiré, sauf que ce morceau c’est « Perfect Day ». Et là attention, ça va être dur de ne pas se cogner un syndrome de Stendhal tellement c’est bon. Beau comme le jour.

Interprété toute nue sur guitare acoustique ce morceau révèle l’immense talent de compositeur du musicien New-Yorkais. Et tout le reste du disque est comme cela, présentant des morceaux qui finiront sur albums avec une production parfois limite : « I’m so free », dont la version sur ce disque dépasse la version studio ou bien « Kill your sons », dix fois meilleure que la version studio sur « Sally can’t dance » et sonnant ici comme un sorte de protest-song façon Dylan.

Hélas, Lou Reed n’a pas toujours été bien inspiré concernant la production de ses disques, allant même parfois jusqu’au dérapage en étant accompagné d’un groupe indigne (notamment sur les albums des années 80, avant « New-York »), occultant l’immense qualité de ses compositions. C’est donc chose rare de l’entendre sans groupe de pseudo Métal, sans reverb horrible, sans artifice…. étincelant de talent.

COMMON PEOPLE

Le Titre : Hollywood Junkyard

L’artiste : The Bobby Lees

Le format : Des 0 et des 1

La date de sortie : 2022

Le genre : Rock’n’roll

C’est qui ?: Des américains

Qui joue dessus ?: Kendall Wind, Macky Bowman, Nick Casa et Sam Quartin

Comment ca sonne ? : Un peu comme Gallon Drunk, version générique

Qualité du pressage :

Sortie numérique uniquement…

Ce qu’on en pense :

The Bobby Lees est un groupe moyen, comme la grande majorité des groupes de rock aujourd’hui, et qui a auparavant sorti deux albums que l’on pourrait qualifier, paraphrasant Alain Chabat, de « bien mais pas top ».

Leur dernier album (Skin Suit) a notamment été produit par Jon Spencer, ce qui posait d’ailleurs peut-être un problème. En effet Jon Spencer ne produit d’habitude pas grand monde, excepté lui même. Cela s’entendait carrément sur l’album, qui sonnait comme ceux du musicien New-Yorkais, jusqu’à la caricature. Le problème étant que pour produire ce genre de musique, où l’écriture des chansons n’est pas vraiment le sujet, il faut compenser par une forte personnalité, du type James Brown, Mark E Smith ou Jon Spencer.

Digression malveillante 1:

Le groupe Anglais « Idles » a la même approche, et comme leur chanteur est aussi naze que leurs guitaristes, cela donne un groupe chiant comme la pluie, qui n’a plus rien à dire après le premier album. Il y en a même pour penser que c’est du Rock’n’Roll, comme s’il suffisait de mettre l’ampli sur 11. Si ça marchait, soyez rassuré qu’on l’aurait fait. Mais non.

Jon Spencer n’ayant pas intégré le groupe, l’ensemble pouvait donc être considéré comme bon….mais pas terrible non plus. Et vous le savez, même si ce genre de musique à un coté rustique, elle n’en supporte pas pour autant la médiocrité, surtout sur la longueur d’un album.

Digression malveillante 2 :

D’ailleurs, en réfléchissant un peu, cette musique est elle faite pour être publiée en album ? Au commencement, lorsqu’Elvis s’est matérialisé sur Terre, la notion d’album était accessoire. D’ailleurs, le nom vient littéralement de l’objet : une reliure regroupant plusieurs 78 tours. On pourrait même penser que le format du Rock’n’Roll, c’est le single 7 pouces. Un bout de plastique rudimentaire mais qui une fois posé sur la platine peut produire le bruit du tonnerre, vous faire passer pour un mec cool, faire danser les filles ou vous faire dresser les cheveux sur la tête. Deux minutes trente de décharge et puis c’est tout. Un bien bel outil en effet, l’objet le plus cool qu’ait produit la machine marchande du XXème siècle. Bien plus cool qu’un Iphone. Comme ça c’est bon, on est assuré de passer pour un vieux con.

De toute façon, la notion d’album ne parle plus qu’aux vieux cons. Les jeunes ont pris l’habitude de la playlist, des morceaux « en haut de la liste » sur Spotizertunes et c’est peut être mieux. C’est un peu dangereux pour l’aspect patrimonial, mais au moins on ne les reprendra plus à se faire fourguer des albums de remplissage par les majors, qui de toute façon sont à la ramasse depuis la sortie de l’Ipod. Pour eux, la musique c’est un truc gratuit et quand ils viennent chez vous ils disent « Aaaaah mais c’est ça des disques ! »

L’album, en tant que collection de chansons cohérente plutôt qu’assemblage hétéroclite de morceaux moyens, avec les deux singles au début que chaque face, est en fait apparu dans les années 60, avec Dylan et les Beatles. L’industrie du disque a d’ailleurs adoré : on pouvait vendre aux gamins un truc plus cher. Le problème étant qu’ensuite, l’album est devenu le format principal, sauf qu’il fallait arriver à sortir 10 bons morceaux, et qu’il n’y a eu qu’un seul « Sgt Pepper ». Proposer 40 minutes de musique pop, il faut quand même assurer. On ne parlera même pas des doubles ou triples album (malheur…merci The Clash), dont aucun n’est exempt de défaut, à quelques rares exceptions près (« Exile on main Street » par exemple).

Donc, bref, le groupe américain The Bobby Lees a sorti ce single qui à lui seul est bien meilleur que l’ensemble de leurs deux premiers albums. Cela ne sonne plus comme Jon Spencer, tout en restant furibond comme on aime. Il y a même un morceau atypique (Strange Days) qu’on à d’abord pris pour une reprise du morceau des Doors, mais en fait pas du tout (la mémoire qui flanche, la vieillesse, le naufrage …aaaargh). Un titre qui augure du meilleur pour la suite de la production du groupe.

Et bien sur, cela ne sort pas en physique, seulement en numérique, à écouter sur un Iphone…Hahaha.

HOME RUN

       

Le titre : Mrs Robinson

L’artiste : Simon & Garfunkel

Le format : 45T/17,5 cm.

La date de sortie : 1968

Le genre : Ritournelle

C’est qui ?: Des gamins du Queens

Qui joue dessus ?: Paul Simon, Art Garfunkel, un bassiste et un batteur (pas crédités sur le disque)

Comment ca sonne ? : Comme les JMJ

Qualité du pressage :

Pas top.

Édition originale de 1968 – CBS – Pressage FR

Ce qu’on en pense :

Sont pas mignons tous les deux là ? La grande asperge aux cheveux bouclés et le lutin en pleine calvitie, prêts à égayer votre barbecue, votre communion ou votre bar-mitswah (pardon d’avance, mais on n’a pas vérifié l’orthographe. En cas de froissement ou de réaction hypodermique, veuillez déposer votre plainte auprès du Bureau de Gestion des Affaires de Susceptibilité Ethno-Religieuse, 32 boulevard de la Laïcité 75001 PARIS). Bon, qu’est ce qu’on disait? Ah oui, Simon & Garfunkel, ils ont l’air un peu cons sur les bords. C’est normal, ils appartiennent à la catégorie musicale un peu particulière dite «musique de votre tantine».

Digression :

Pour les gens nés dans le dernier quart du vingtième siècle il y avait en fait deux catégories musicales de ce genre, un peu spéciales : la musique de tonton et la musique de tantine.

Dans la première (musique de tonton) il y avait parfois, pour les plus chanceux,  des trucs comme les Stones ou les Beatles, mais surtout, et on ne sait pas pourquoi, le groupe Texan ZZ Top. Un groupe qu’apparemment on ne pouvait écouter qu’en cassette sur l’autoradio (Auto-Reverse) d’une Alfa Roméo.

Dans la deuxième (musique de tantine) il y avait parfois Joan Baez, Dylan, Pink Floyd et a tous les coups Simon & Garfunkel. Tout ça parce que quand votre tantine avait passé son Bafa, ou avait fait un feu de camp sur la plage ou sur une montagne quelconque, cela ne manquait jamais, il y avait toujours un apprenti troubadour avec sa guitare pour faire claquer « The Sounds Of Silence ».

Enfin bref, Simon & Garfunkel, ils ont l’air con…jusqu’à ce qu’ils se mettent à chanter. Et là il faut bien reconnaître que, même si on n’est pas un hystérique du travail des harmonies vocales, il se passe quelque chose. Même si c’est parfois un peu agaçant, comme l’intro de ce single.

Franchement les « didididis » et les « doudoudoudous » du début, euh, bon, pfff…oulala… Mais si vous arrivez à tenir les 30 premières secondes, vous serez récompensé par la puissance mélodique du refrain, d’une telle force qu’il sera à jamais imprimé dans votre cerveau. Par contre après ils recommencerons à chanter les couplets comme des bonnes-soeurs, ce qui finalement ne fera que renforcer l’impact du refrain à chacun de ses retours, jusqu’au dernier, le quatrième, où on ne sait pas pourquoi, ils se mettent à chanter: « Where have you gone, Joe DiMaggio ?, Our nation turns its lonely eyes to you ». Un truc qui n’a rien a voir avec le reste de la chanson mais qui sonne d’enfer (on n’arrive d’ailleurs pas à saisir si les bondieuseries énoncées dans les paroles sont à prendre au premier degré ou si elles sont ironiques, en référence au comportement un peu « olé-olé », comme dirait votre tante, de la Mme Robinson du film de Mick Nichols). Ou alors on mélange tout et soudain tout se télescope: Washington Square, Ann Bancroft renfilant ses bas dans la chambre d’hôtel adultère, le Yankee Stadium, Dustin Hoffman glandant dans sa piscine de bourgeois, l’Empire State Building…aaahhhh King Kong!

De la même manière qu’on aime Ray Davies ou Morrissey parce qu’ils sont Anglais, on aime Simon & Garfunkel parce qu’ils sont New-Yorkais. Considérant la fascination que cette ville peut exercer sur l’imaginaire des petits européens, une simple phrase à propos d’un joueur de Base-Ball, parfaitement inconnu de ce coté de l’Atlantique, suffit à évoquer un continent tout entier. Comme par magie.

Merci Tata.

SABRE AU CLAIR

       

Le titre : (I’m) Stranded

L’artiste : The Saints

Le format : 45T/17,5 cm.

La date de sortie : 1976

Le genre : Décharge létale

C’est qui ?: Le plus grand groupe de rock Australien

Qui joue dessus ?: Chris Bailey, Ed Kuepper, Kym Bradshaw, Ivor Hay

Comment ca sonne ? : Comme un accident de voiture

Qualité du pressage :

Bonne, pour l’époque.

Édition originale de 1976 – Power Exchange Records & Tapes– Pressage UK

Ce qu’on en pense :

C’est loin l’Australie. Super loin. Du coup, en 1976,  personne n’a vraiment compris à l’époque qu’il s’y passait quelque chose. Quelque chose de punk, différent des sauts de cabris d’Angus Young et des murges de Bon Scott.

Il est établi que ce single est sorti en septembre 1976, deux mois avant le premier single des Sex Pistols. Il ne s’agit pas ici de déterminer l’acte de naissance du Punk-Rock tel que tout le monde le connaît, mais quand même. Pour les siècles des siècles, hélas, le Punk-Rock c’est les Sex Pistols. Une distorsion historique que nous devons au talent et à l’opportunité de Malcolm McLaren, leur « manager/branleur » autant qu’à la presse musicale anglaise, qui adore expliquer au monde entier que les Anglais ont tout inventé, même le mauvais temps.

Vous n’êtes donc pas sans savoir, vous qui mangez de la guitare électrique tous les matins au petit déjeuner, qu’en fait tout cela vient des Sonics, des Stooges et des New York Dolls. On en voit d’ici se lever de leur fauteuil roulant en gueulant : « N’importe quoi ! Et les Ramones ? ». Vous énervez pas les gars, vous allez péter votre déambulateur.

Vous savez également que le vrai truc punk, c’est les New-York Dolls, dont l’ultime incarnation est Johnny Thunders. C’est pas qu’on n’aime pas Dee-Dee ou Joey Ramone, mais c’est différent. Et nous aurons la décence de ne pas parler de Johnny Ramone, un type carrément facho, attitude qui fait désordre au milieu de tout ce cirque. Le minimum pour être punk c’était quand même d’être de gauche.

Tout cela pour dire qu’en Septembre 1976, le groupe Australien « The Saints » à sorti son premier single. Punk avant tout le monde (même avant « New Rose », le single des Damned, sorti également en 1976.). Un titre furieux, à la partie de guitare rythmique mortelle, distorsion et pédale Fuzz en avant, et pas plus de trois accords, comme on aime. De toute façon pour ce genre de musique, la guitare rythmique y’a que ça qui compte. Le reste on s’en fout. Pas besoin de vous dire qu’il faut écouter ce morceau à plein volume. « Play it Loud », comme disaient les Stones.

En face-B, le titre « No Time », du même tonneau, avec notamment un riff d’intro cataclysmique, dont le son imprime à lui seul le sentiment de licence absolue que dégage cette forme de musique. Abrasif, violent et à l’arrache, exprimant le fracas industriel d’un monde en perdition. Le morceau parfait s’il vous prend l’envie de vous taper la tête contre les murs.

BON COMME LE PAIN

Le titre : Sunshine Superman

L’artiste : Donovan

Le format : 33T/30 cm.

La date de sortie : 1966

Le genre : Pop music, avec un « P » majuscule

C’est qui ?: Le seigneur de la mélodie raffinée

Qui joue dessus ?: Donovan, Bobby Ray, « Fast » Eddy Ho, Shawn Philips

Comment ca sonne ? : Aérien

Qualité du pressage :

Parfaite.

Réédition de 2005 (En mono) – SUNDAZED– Pressage US

Ce qu’on en pense :

Ce pauvre Donovan…Dans le documentaire historique de Pennbaker consacré à Dylan (« Don’t Look Back » – si vous ne l’avez pas vu, il faut faire quelque chose), tout le monde se souvient du hippie sémite en lunettes noires, lisant les charts à sa cour dans sa chambre d’hôtel anglaise, et gueulant « WHO’S THAT FUCKIN’ DONOVAN? ».

Du coup, évangélisant les paroles de Dylan, beaucoup ont cru que Donovan était un mec qui faisait de la variété et qui empêchait son altesse Le Zim d’être premier au billboard. Il est vrai qu’a l’époque, Dylan était extrêmement défoncé, extrêmement prétentieux, mais d’une forme de prétention qu’on pardonne à ceux dont les cheveux sont ébouriffés par le vent de l’histoire. Toujours est-il que ce pauvre Donovan est passé pour un con, alors qu’il n’en est rien.

Sorti en 1966, ce disque (son troisième album) précède l’immense succès de « Mellow Yellow » sorti l’année suivante, succès qui finira de le placer dans la catégorie des chanteurs « gentillets ». Comme si la gentillesse était un défaut alors que tout le monde sait que c’est une forme de noblesse. Nick Drake par exemple, son direct contemporain, et dont la musique est proche, conserve lui une toute autre aura. Mais bon, s’il faut se suicider pour entrer dans l’histoire, non merci. Même si certains pensent apparemment que cela améliore la musique, on se demande encore pourquoi. On aurait quand même préféré voir Kurt Cobain « rouiller »,  et faire mentir Neil Young, plutôt que d’avaler une cartouche de 22. Ce sont d’ailleurs les mêmes qui reprochent à McCartney son coté « gentillet choupinou », l’opposant à l’aspect plus Rock’n’Roll de Lennon. N’importe quoi, et de toute façon, des deux, le génie c’était McCartney.

Sur ce disque, comme sur le précédent (« Fairytale »), émerge l’immense talent de mélodiste de Donovan. Talent qui se concrétisera de manière éclatante sur les deux albums suivants, « Mellow Yellow » et « The Hurdy Gurdy Man ».

Oublié de l’histoire, car moins flamboyant que ses contemporains, Donovan à pourtant sa place à coté de Ray Davies, Lennon et McCartney. Il suffit d’écouter le dernier morceau de l’album (« Celeste ») pour s’en convaincre avant de tomber dans les  pommes complètement « syndromedestendhalisé ». Une mélodie d’une telle beauté que Nick Cave s’est dit en l’écoutant qu’il ferait pareil avec les Bad Seeds quand il serait vieux et sevré.

Non content d’avoir appris le finger-picking aux deux Beatles lors de leur séjour en Inde en 68, Donovan a aussi élevé un des innombrables fils illégitimes de ce trouduc de Brian Jones. La gentillesse comme forme ultime de la noblesse. Malheureusement pour lui, et pour nous tous, le monde appartient aux toxiques.

ARVERNICANA

Le titre : Taormina

L’artiste : Jean-Louis Murat

Le format : 33T/30 cm.

La date de sortie : 2006

Le genre : Chroniques du temps mauvais

C’est qui ?: Mornac

Qui joue dessus ?: Jean-Louis Murat, Stéphane Reynaud, Fred Jimenez, Laure et Christophe Pie

Comment ca sonne ? : Rond

Qualité du pressage :

Parfaite. Dynamique, pas de clicks, pas de souffle

Pressage Original de 2020 – PIAS – Pressage FR

Ce qu’on en pense :

Le rock français, personne ne sait ce que c’est. A part peut être les fans de Johnny Hallyday, mais personnellement on n’à toujours pas compris.

D’abord, Jean-Philippe Smet était Belge. Bon d’accord il a été naturalisé Français, mais ça l’a tellement concerné qu’il a tout fait pour ne pas payer d’impôts en France, ce qui, en soi, est un motif d’excommunication. Et si on considère que le Rock’n’Roll c’est Little Richard, les Stones ou The Jon Spencer Blues Explosion, on ne voit pas le rapport. En fait on se demande si Johnny Hallyday n’était pas plus proche de la catastrophe naturelle que du chanteur de variétés.

La chanson française par contre, on sait ce que c’est. Et le seul « groupe de rock » français qui ait jamais pu prétendre à l’appellation (Noir Désir) à fini sa carrière en se rapprochant plus du registre de Léo Ferré que de celui des New York Dolls.

Il est par contre certain que les artistes français voulant exercer dans le champ de la musique pop ne peuvent pas s’extraire de 70 ans musique populaire anglo-saxonne.

Il y a alors deux attitudes :

  • Soit se considérer comme étant de la filiation d’artistes comme Brel, Brassens ou Barbara et creuser le sillon en considérant que ces choses là ne sont pas périmées. Bon courage, mais pourquoi pas.
  • Soit considérer qu’on fait de la musique pop à l’aune de sa condition de « non-anglo-saxon », mais en ayant une parfaite connaissance du sujet.

C’est la deuxième voie qu’a suivi Jean-Louis Murat, voulant écrire des chansons « de là où il parle », comme on dit sur les plateaux télé, tout en sachant tout de Tony Joe White, Wilson Pickett, Mark Hollis ou Robert Wyatt. A notre connaissance, c’est le seul à l’avoir fait, avec peut être Alain Bashung.

L’avantage avec cette attitude, c’est qu’on se débarrasse des grimaces « pop music/rock’n’roll » pour faire valoir la spécificité de la chanson française : sa langue. (ok, on va faire comme si Dylan n’existait pas). Et dans ce domaine, Jean-Louis Murat sait de quoi il parle.

Sur ce disque, édité pour la première fois en vinyle, il y a tout ce que l’on aime chez lui: les textes riches, le vouvoiement amoureux, le grain de la voix, la production soignée et l’évocation subliminale de la musique anglo-saxonne qui l’a nourri.

Ajouté à cela des compositions, un son et un groupe qui donne l’impression d’une correspondance avec la production de Neil Young. Le même format, la même attitude mais modelée par un terreau différent. Ce n’est pas rien.

LA GRANDE CRADO

Le titre : Jumpin’ Jack Flash

L’artiste : The Rolling Stones

Le format : 45T/17,5 cm.

La date de sortie : 1968

Le genre : Patrimoine mondial de l’humanité

C’est qui ?: Le meilleur groupe Londonien

Qui joue dessus ?: Mick Jagger, Keith Richards, Brian Jones, Bill Wyman et Charlie Watts

Comment ca sonne ? : Sale, pourri, faux, mais tellement cool

Qualité du pressage :

Bonne, pour l’époque.

Pressage Original de 1968 – Decca – Pressage FR

Il existe une version mono remastérisée figurant dans le coffret sorti en 2016, « The Rolling Stones in Mono ». Excellente, comme l’ensemble de ces rééditions, mais le coffret étant épuisé il est désormais vendu par des voyous à des tarifs prohibitifs.

Ce qu’on en pense :

Dta..Da! Dtodada Dtodada, Dtodada Dta..Da! Dtodada Dtodada, Dtodada Dta..Da !

Vous l’avez bien évidemment reconnu, le seul, unique et indestructible riff de «Jumpin Jack’ Flash», titre des Rolling Stones sorti en mai 1968.

Cette année là, c’était un peu la zone pour le groupe de Charlie Watts : arrestation pour possession de stupéfiants pour Jagger et Richards, embarquement sans retour vers la stratosphère pour Brian Jones et impasse artistique avec leur dernier album tout naze, «Their Satanic Majesties Request ». Ça craignait, il fallait faire quelque chose.

Sorti en 1967, «Their Satanic Majesties Request» était en effet une sorte de machin psychédélique, vaguement «inspiré» de Sgt Pepper et d’un air du temps rempli de fumée de marijuana, de spiritualisme oriental à deux balles et d’allers-retours chez le dealer du coin. Ultime expression de la première période des Stones, où on peut considérer qu’ils ne faisaient que singer les Beatles, en rajoutant un chouilla de blues. Après «Jumpin’ Jack Flash», tout sera différent.

1968 donc, et rien à l’horizon, il fallait pourtant bien occuper le terrain. Les Stones entrent alors en studio le 20 avril 1968, pour tout remettre à plat et enregistrer ce single, un truc bizarre, qui ne ressemble à rien.

En effet, ça commence étrangement: une guitare au son bizarre (en fait une guitare acoustique enregistrée dans un petit magnéto portatif pourri), des timbres faux, une descente de basse dissonante, une ponctuation à la guitare typique de Richards, sorte de croche foireuse (le « tadadin ! – silence – tadadin !»), Jagger qui dit un truc genre « Watcha » et soudain…un riff qui vous consume directement l’hypothalamus, comme un petit coup de boule dans le cortex cérébral. La suite : vous bougez la tête comme un neuneu en vous disant « Ouaaaaaah …..c’est super cool ».

C’est à ce moment précis que les Stones se transforment, jusqu’a devenir à eux seuls l’incarnation du Rock’n’Roll, inaugurant une période canonique allant de «Beggar’s Banquet» à «Exile on Main Street» (des disques tellement bons qu’après on leur pardonnera tout, même d’être devenus le cirque Pinder sponsorisé par Pepsi-Cola…) et où ils exprimeront pleinement leur super-pouvoir : celui de vous rendre cool, rien qu’a l’écoute de leurs disques.

En effet, la musique des Rolling Stones (de cette période) à la faculté de répandre autour d’elle un vernis de coolitude absolu, ruisselant sur l’auditeur et parvenant même à rendre les gens plus beaux qu’ils ne le sont véritablement. Ce que Martin Scorcese a parfaitement  compris, utilisant le morceau dans une scène mémorable de «Mean Streets», ou De Niro, sur un léger ralenti, rentre dans un bar, une jeunesse à chaque bras, resplendissant comme un seigneur de la nuit. Du coup, Harvey Keitel n’est pas content du tout.

En fait, il n’y a presque pas de chansons, hormis le refrain où Jagger chante « But it’s aaaaalright »(on confirme, c’est carrément über alright…), l’aspect prédominant du morceau étant la partie de guitare de Richards. Un truc vraiment bizarre où, comme souvent chez lui, le silence entre les notes est aussi important que ce qu’il joue (certains pensent même que Dieu existe, il est en fait caché dans la main droite de Keith Richards). Un truc simple où le rythme, l’attaque, avec lequel les cordes sont frappées font la différence. Vous l’aurez d’ailleurs surement constaté chaque 21 Juin, jour où pullulent à chaque coin de rue les reprises médiocres de ce morceau (pour compliquer le tout, c’est en accordage ouvert de Sol et si vous ne l’avez pas remarqué, bon courage pour le reproduire…bienvenue chez les baltringues).

Bill Wyman, le bassiste, revendique la paternité du riff en question, ce que les deux autres ne lui accorderons jamais. De toute façon on s’en fout, ce riff existait déjà avant : c’est celui de « Satisfaction » joué à l’envers…(de l’aveu même du guitariste).

On pourrait parler du texte, qui ajoute à la singularité de l’ensemble : «I was born in a crossfire hurricane» ou «I was raised by a toothless bearded hag». On ne comprend pas tout de ce que raconte Jagger, ça ne veut pas dire grand chose, peut être que cela parle du Christ, mais on s’en fout : «it’s alright, in fact, it’s a gas. » .

Si l’enfer existe, il est certain que la sono joue ce morceau pendant que vous signez les papiers avant d’entrer.

PASTORALE AMÉRICAINE

Le titre : Forever in my mind

L’artiste : Son House

Le format : 33T/30 cm.

La date de sortie : 2022

Le genre : Chant du monde

C’est qui ?: Un contemporain de Charley Patton

Qui joue dessus ?: Son House, et puis c’est tout.

Comment ca sonne ? : Vernaculaire

Qualité du pressage :

Parfaite.

Pressage Original de 2022 – Easy Eye Sound – Pressage US

Ce qu’on en pense :

Enregistré en 1964, période où quelques étudiants blancs ont d’un coup percuté que le trésor national américain ce n’était ni la guerre, ni le base-ball, ni le deuxième amendement infâme de leur constitution, mais bien le blues, cet enregistrement de Son House à quelque chose de frappant. Résumant parfaitement la qualité vernaculaire, mais pourtant universelle, d’une musique de paysan.

Son House fait partie de ces bluesmen des origines, enregistrés par Alan Lomax dans les années 30 pour la Bibliothèque du Congrés et disparus par la suite, n’intéressant personne et frappés de négritude. Tout cela avant que dans les années 60, des musiciens Anglais, Brian Jones le premier, viennent expliquer aux américains que « (I can’t get no) Satisfaction », en fait, c’est du blues, bande de baltringues.

A l’instar de Skip James, ou Junior Kimbrough, Son House a pu bénéficier d’une deuxième vie dans les années 60, et même signer pour un disque chez Columbia Records, managé par le gamin (Dick Waterman) à l’origine de cet enregistrement.

La première chose qui frappe, c’est la qualité et la précision de l’enregistrement. Outre les inflexions du chant, on entend toutes les modulations du jeu de guitare. Toute l’interprétation. Car il s’agit bien de cela, de la forme que prend l’interprétation. Comme disait Dylan (« dit », pardon, il n’est pas mort), « le folk, c’est une chanson que tu tiens de quelqu’un d’autre ». C’est exactement pareil pour le blues, les répertoires s’entrecroisant sans cesse, et seule l’interprétation faisant la différence. (C’est aussi exactement cela qui fait dire à Peter Guralnick, grand historien de la musique américaine, que « le blues, c’est une sensation »).

A l ‘écoute de ce disque on perçoit toute la subtilité de l’interprète, la moindre inflexion du chant, le moindre grognement, la moindre modulation du jeu de guitare, comme si on avait enregistré avec des moyens modernes le blues du Delta (ce qui n’est pas le cas des enregistrements de Lomax datant des années 30). Pour les amateurs, on est pas loin du traumatisme…

CAPITAINE FRACASSÉ

Le titre : Live Seeds

L’artiste : Nick Cave & The Bad Seeds

Le format : 33T/3X30 cm.

La date de sortie : 1993

Le genre : « Throw a Dollar on the bar, then kiss my ass and leave. »

C’est qui ?: Le musicien préféré de Wim Wenders

Qui joue dessus ?: Nick Cave, Mick Harvey, Blixa Bargeld, Thomas Wylder, Conway Savage, Martyn P. Casey

Comment ca sonne ? : Orageux

Qualité du pressage :

Son nickel, propre et pas de clicks, c’est Broadway.

Par contre, pas de livret de photos comme dans l’édition originale en CD de 1993. Sont radins chez Mute. Pressé sur pâte rouge, bof.

Pressage Original de 2022 – Mute – Pressage GER

Ce qu’on en pense :

Depuis quelques années maintenant, existe un bidule appelé « Record Store Day ». Créé à l’origine pour faire la promotion du support vinyle et des disquaires indépendants, il s’agit désormais d’une opération commerciale des maisons de disques, fourguant des pseudos rééditions ou inédits, en éditions limitées vendues la peau des testicules. Il paraît même que certains font la queue devant les boutiques ce jour là, se précipitant dans les bacs en faisant fuser les « ouah putain trop bien le single rouge de Space Oddity » ou les « j’adore les Kinks, trop dommage que Jim Morrison soit mort dans un accident de deltaplane… ».

Pourtant, de temps en temps, cet « évènement » est l’occasion de publications intéressantes, comme ce live de Nick Cave sorti en 1993, que tout le monde connaît, mais qui n’avait jamais été édité en vinyle. Youpi.

Sur ce disque vous pourrez entendre le Nick Cave d’avant, le Nick Cave défoncé et sauvage, se plantant dans les textes, chantant faux, mais hurlant à la lune comme personne. Pareil pour le groupe, moins policé et moins en place qu’aujourd’hui.

Ces enregistrements ont été captés lors de la tournée suivant l’album « Henry’s Dream », disque que le chanteur australien trouve lui même « moyen-moyen », mettant en cause la production « lisse » de David Briggs. « Moyen-moyen », faut quand même  être un peu gonflé vu la qualité des chansons, mais bon.

Sauf qu’a l’écoute du disque on constate qu’effectivement les versions live des morceaux extraits de ce disque sont meilleures que celles de l’album, avec notamment une version extraordinaire de « Papa won’t leave you, Henry » et une version mortelle de « Brother, my cup is empty », l’hymne national des amateurs d’apéritifs terminaux. Même constat pour « John Finn’s wife » et surtout pour « Jack the ripper », dont la version live, prodigieusement toxique, surpasse largement la version studio. (« We go to bed in a bucket of butcher’s knives »…oualalalala…).

Au menu également, et valant à elle seule l’achat du disque, la meilleure version live jamais publiée de « From her to eternity ». Un morceau unique, définissant à lui seul ce qu’est la musique de Nick Cave. Vous en connaissez beaucoup d’autres des types qui racontent comment ils lèchent le plafond de leur appartement ruisselant des larmes de leur voisine du dessus ?