NARCOSE

Le titre : No other

L’artiste : Gene Clark

Le format : 33T/ 30 cm

La date de sortie : 1974

Le genre : Lyrisme country-rock lysergique

C’est qui ?: Le mec au regard perdu à coté de McGuinn et Crosby sur les photos des Byrds 

Qui joue dessus ? : Gene Clark / Lee Sklar / Butch Trucks / Russ Kunkle / Michael Utley

Comment ca sonne ? : Comme de la variété jouée au paradis

Si c’est une réédition ou un vieux machin, est-ce que ça a bien vieilli ?

Re-masterisé en 2019 à Abbey Road, à partir des masters originaux. Impeccable.

Ce qu’on en pense:

Membre fondateur des Byrds, Gene Clark n’a pourtant pas du rigoler tous les jours. Un comble pour un américain ayant eu 20 ans en Californie dans les années 60. Par malheur, Gene Clark était dépressif. Par malheur, il était dans le même groupe que Roger McGuinn et David Crosby (deux gros égos, le premier étant capable de s’attribuer les crédits de « Mr Tambourine Man », pensant peut-être que Dylan était trop défoncé pour lire les crédits …). Du coup, Clark s’est tiré du groupe des VRP du LSD et a entamée une carrière solo qui s’avérera inégale autant qu’erratique.

Pourtant, en 1974, il enregistre à Los Angeles cet album, « No Other », qui, comme ses autres productions, ne se vendra pas. Mystère? 

Et ben oui, mystère, parce que franchement on ne comprend pas. Ou alors seuls les dépressifs comprennent? C’est vrai que les textes ne sont pas gais et que l’ambiance du disque est un peu sombre (du genre « Third »de Big Star, l’album où il y a « Holocaust »)  et que le chant, le timbre de voix notamment, exprime une sorte de lassitude. Et d’ailleurs ce n’est pas un défaut. Mais bon….les chansons ! Huits morceaux tous plus excellents les uns que les autres. Des mélodies d’une beauté étourdissante. Des envolées lyriques même pas ringardes !

Certes les arrangements, excellents, sont plutôt plan-plan, voire pompiers, mais, tabernacle! avec des chansons comme ça on peut tout faire. Pour une fois, la réputation collé à ce disque de « plus grand des chef-d’œuvre inconnu », n’est pas usurpée.

Nick Cave a surement écouté ce disque 350 000 fois.

Eddy Mitchell aussi, mais lui il n’a rien compris.

DE PROFUNDIS

Le titre : Braindrops

L’artiste : Tropical Fuck Storm

Le format : 33T/ 30 cm

La date de sortie : 2019

Le genre : En dehors des clous

C’est qui ?: Des Australiens (en fait deux anciens de « The Drones » avec un bout de « High Tension » et un bout de « Mod Con »)

Qui joue dessus ? : Gareth Liddiard / Fiona Kitshcin / Erica Dunn / Lauren Hammel 

Comment ca sonne ? : Tordu

Si c’est une réédition ou un vieux machin, est-ce que ça a bien vieilli ?

Sans objet.

Ce qu’on en pense:

Sorte de « supergroupe » de l’underground des antipodes, Tropical Fuck Storm publie son deuxième album. Ne choisissant pas la facilité, les australiens essaient de se cacher sous les apparences d’un groupe low-fi à la con (vous savez ces groupes qui jouent faux exprès avec un son pourri et ont un visuel « fait à la maison » pour faire comme Daniel Johnston, mais ne sont pas foutu d’écrire une chanson). Pourtant, il n’en est rien.

En effet, de prime abord, la pochette est parfaitement hideuse, mais bon, on en à vu d’autres. On sort le disque de la pochette et là….malheur…c’est quoi ce disque rose fuchsia ?! Au cas où on n’aurait pas compris, le dessin horrible de la pochette est reproduit sur le macaron…

A l’écoute, les premières secondes, c’est pareil. Encore un machin avec des guitares bizarres qui se prend pour Can ou Sonic Youth. Sauf que ce n’est valable que…pour les trente premières secondes. Cachées derrière des arrangements atones se dissimulent de vraies chansons. En accord avec Charlie quand il dit « Le beau est toujours bizarre », le groupe passe son temps à « déjouer », avec des parties de guitares étranges et des lignes de basses « à coté ». Il n’empêche que le résultat est une suite de neuf morceaux magnifiques.

On en arrive même à penser que Tropical Fuck Storm ressemble à ce qu’aurait pu devenir Arcade Fire, sans le melon de Win Butler et Regine Chassagne. (Alors eux on les plaint, quelqu’un devrait leur dire que ce n’est pas parcequ’on cite Duchamp que de la musique balucharde va se transformer en or). 

Au milieu de la soupe froide généralisée, genre Fontaines D.C. et The Murder Capital, Tropical Fuck Storm sauve 2019 à lui tout seul.

Excellent.

QUASAR

Le titre : Ghosteen

L’artiste : Nick Cave & The Bad Seeds

Le format : 2x33T/ 30 cm

La date de sortie : 2019

Le genre : Les boules

C’est qui ?: Le meilleur des Australiens

Qui joue dessus ? : Nick Cave / Warren Ellis / Thomas Wydler / Martyn Casey / Jim Sclavunos / George Vjestica

Comment ca sonne ? : funéraire

Si c’est une réédition ou un vieux machin, est-ce que ça a bien vieilli ?

Sans objet.

Ce qu’on en pense:

Après l’album de reprises, l’album de rupture amoureuse, l’album de comptines meurtrières, après….à peu prés tout, Nick Cave publie un album de musique pour funérarium. On sait, c’est une blague de mauvais goût, mais cela décrit assez bien l’ambiance du disque.

Vu le titre et la teneur des textes, qui indiquent d’entrée qu’on n’est pas là pour rigoler, impossible d’écouter cet album sans invoquer la vie personnelle du chanteur. Impossible d’éviter le pathos et certains effets gênants, comme quand Nick Cave répète ad lib « waiting for you », donnant envie à l’auditeur de sortir de la pièce discrètement.

Impatient de découvrir la nouvelle production d’un grand artiste le jour de la sortie, on s’est senti obligé de l’écouter en rentrant du boulot, dans les embouteillages. Ce n’est pas du tout fait pour ça. Il y a des disques qu’on ne peut écouter que chez soi, en ne faisant rien d’autre. Des disques que vous n’écouterez pas souvent mais que vous aimerez quand même, un peu comme le premier Suicide (et ne venez pas prétendre que vous écoutez souvent les hurlements d’Alan Vega au petit déjeuner).

Passée la sorte de gêne qui s’instaure à l’écoute, « Ghosteen » demeure un disque extraordinaire, même si, comme la plupart des doubles albums, il est trop long (fin de la face B/ début de la face C un peu en creux). Vu l’ambiance, on n’en voudra pas au chanteur d’avoir manqué de discernement et d’avoir oublié de supprimer deux ou trois titres, ratant de peu le chef d’œuvre.

On à vérifié sur la pochette, il s’agit bien de Nick Cave AND The Bad Seeds, et pas seulement Nick Cave & Warren Ellis, tant la présence du groupe est discrète. En fait, c’est un disque « a capella » et l’australien n’a jamais aussi bien chanté. De même, les textes sont excellents, avec des passages fulgurants (« Everything we need is just too far, we are photons released from a dying star »). Quand on aborde des thèmes aussi personnels, et à la fois aussi universels, que la perte, la mort et l’absence, pas d’issue : c’est le chef d’œuvre ou rien.

Conscient ou pas des défauts de l’album, Cave conclut l’ensemble sur un morceau de 15 minutes venu d’ailleurs, à proprement parler étourdissant, rattrapant l’ensemble dans une conclusion hallucinée.

AMERICAN IDOL

Le titre : Twelve nudes

L’artiste : Ezra Furman

Le format : 33T/ 30 cm

La date de sortie : 2019

Le genre : rock-indé ? rock ? pop ? quelle importance ?

C’est qui ?: Un américain comme on les aime

Qui joue dessus ? : Ezra Furman / Sam Durkes / Jorgen Jorgensen / Ben Joseph

Comment ca sonne ? : Comme un vieux juke-box

Si c’est une réédition ou un vieux machin, est-ce que ça a bien vieilli ?

Sans objet.

Ce qu’on en pense:

Fringué en jupe avec aplomb, Ezra Furman produit depuis le début des années 2010 la meilleure musique rock issue des Etats Unis d’Amérique qui soit. Après quatre albums, dont deux qu’on peut, a minima, qualifier d’excellents (Day of the Dog et Transangelic Exodus), le cinquième est présenté par son auteur comme étant « son album Punk » (on invente rien, il y a même une déclaration d’intention en insert dans l’album).

Si tous les disques punk pouvaient être comme ça…

Bon en fait, c’est pas vraiment du punk, au sens «Pistolien»du terme. C’est juste que le son est plus dur qu’avant (un chouilla), qu’il a viré les arrangements de cuivres et de claviers, forçant le chant de manière à sonner éraillé. Et puis un gars qui n’hésite pas, dans l’Amérique de Donald, à se trimballer dans la rue en robe, maquillé comme une fille … respect. Rien à apprendre en terme d’attitude Punk.

Et la musique ? Et bien …elle est d’enfer. Excellente production, pour des morceaux formidables, servis par une voix singulière (on a vérifié, Ezra Furman n’est pas le pseudo du chanteur de Wolf Parade, dont le timbre est très proche). Furman possède une véritable aisance mélodique, révélant un compositeur en pleine possession de ses moyens (ça change) et sur ce disque les influences qu’on pouvait sentir sur ses premiers albums (Jonathan Richman/Lou Reed) ont disparues. De plus, les textes sont bons, parfois poignants («Transition from Nowhere to Nowhere »), voire drôles (« My teeth hurt »). Il y à même un tube : « In America ».

Une autre Amérique, singulière comme un roman de Philip K.Dick.

PS : Après le dernier morceau, il y a un « endless ring » silencieux : un sillon qui se boucle sur lui même, faisant tourner le disque à l’infini, en silence (un peu comme à la fin de Sgt Pepper, mais sans musique). Il faut alors se lever et pousser le bras pour s’apercevoir qu’il y a un morceau caché. Über cool…

BOUCAN SUPRÉMATISTE

Le titre : Schlagenheim

L’artiste : Black Midi

Le format : 33T/ 30 cm

La date de sortie : 2019

Le genre : Groupe de rock avec de vrais musiciens

C’est qui ?: Des gamins Londoniens

Qui joue dessus ? : Cameron Picton / Georgie Greep / Matt Kelvin / Morgan Simpson 

Comment ca sonne ? : Wunderbar!

Si c’est une réédition ou un vieux machin, est-ce que ça a bien vieilli ?

Sans objet.

Ce qu’on en pense:

Au même titre que Can, Suicide ou The Fall, Black Midi est une curiosité. Une de celles qu’on aime sans pour autant savoir pourquoi. Une musique qui échappe à l’analyse critique (vous me direz avec la musique rock c’est pas dur, le terme analyse critique pouvant paraître, à juste titre, comme un gros mot). Une musique qui n’en est pas. Ni mélodie, ni refrains, ni riffs, ni chansons. A la place, une sensation. 

Est-ce du à une utilisation particulière du spectre musical ? au rythme (s) ? à une fréquence particulière? On n’en sait rien, toujours est-il que la sensation demeure et qu’on peut constater qu’une musique rock dépouillée de tous ses artifices habituels fonctionne pourtant. A la manière d’un équivalent blanc du blues.

Selon Peter Guralnick : « le blues est une sensation ». Force est de constater que le blues, le vrai, celui du Delta du Mississippi présente des similitudes: pas vraiment de chansons, mais une scansion rythmique, un son, procurant une sensation, témoignant d’une intention et d’un ressenti. 

La presse musicale range Black Midi dans la catégorie post-rockou math-rock, deux inventions qui relèvent de la pure connerie, dans le but de coller une étiquette aux groupes pénibles genre Toirtoise ou Lysistrata. Une avant-garde de pacotille. Ce genre d’approche est éminemment difficile à tenir, comme en témoigne la montagne de groupes catégorisés post-rock/math-rock, tous plus chiants les uns que les autres. 

Avec Black Midi, rien de tout ça. Un disque au son mortel, une musique exécuté avec une précision terrible, un truc qui ne ressemble à rien d’autre, comme Can, comme Suicide, comme The Fall.

Considérant que ce genre de groupe est extrêmement rare, on attend la suite avec impatience.

BURGONDES

Le titre : Laurent

L’artiste : It It Anita

Le format : 2x33T/ 30 cm

La date de sortie : 2018

Le genre : Hommage à Sonic Youth

C’est qui ?: Des belges.

Qui joue dessus ?: Michaël Goffard / Damien Aresta / Bryan Hayart / Elliot Stassen

Comment ca sonne ? : Comme Sonic Youth (période « Sonic Nurse »)

Si c’est une réédition ou un vieux machin, est-ce que ça a bien vieilli ?

Sans objet.

Ce qu’on en pense:

Contrairement à une légende tenace qu’entretiennent les Français, ce n’est pas parce qu’on est Belge qu’on ne sait rien faire. D’ailleurs en ce qui concerne les groupes de rock, les Gaulois feraient mieux de ne pas la ramener, leurs voisins ayant régulièrement produit d’excellentes formations. 

C’est le cas d’It It Anita, groupe de rock Liégois au nom débile, tendance bruit/accords bizarres/sonic youth/transpi. Des petits jeunes qui ont surement beaucoup écouté les new-yorkais et Deus, n’en conservant pour leur musique que le meilleur (impact sonore; répétitivité basée sur un riff; progressions d’accords bizarres) et virant tous les trucs pénibles de la clique de Thurston Moore (pose arty certifiée fondation Louis Vuitton; discours chiant de musicologue des niches ; tendance à produire des morceaux de deux plombes).

Ce qui peut être une qualité peut également être un petit défaut, faisant du son des belges une sorte de fac-similé sonore du groupe new-yorkais (sur disque en tout cas). Au fond, on s’en fout, les morceaux sont bons et le disque donne envie de monter le son, à part peut-être le morceau « chanté-parlé » où une voix féminine récite un texte moyennement fameux (en plus, voulant évoquer Zola, elle prononce Rou-jonMacquart au lieu de Rou-gonMacquart, ça fait désordre).

Il serait bien que le ministère de la culture Belge leur alloue une subvention afin de les envoyer à Chicago chez Steve Albini pour la production du disque suivant. 

HERE I AM WITH MY HANDS

Le titre : Beneath the Eyrié

L’artiste : Pixies

Le format : 33T/ 30 cm

La date de sortie : 2019

Le genre : Palimpseste rock’n’roll

C’est qui ?: Le groupe préféré de Kurt Cobain

Qui joue dessus ?: Charles Thompson / Joey Santiago / Paz Lenchantin / David Lovering.

Comment ca sonne ? : Moins bien qu’avant

Si c’est une réédition ou un vieux machin, est-ce que ça a bien vieilli ?

Sans objet.

Ce qu’on en pense:

Le problème avec Pixies c’est….Pixies, le groupe qui a publié d’affilée de 1987 à 1990: C’mon PilgrimSurfer RosaDoolittle et Bossanova. (Amen…)

Le problème c’est le traumatisme. On en connaît certains qui ne s’en sont jamais remis. Une épiphanie électrique, démolissant l’époque MTV, pulvérisant Mickael Jackson et Guns’n’Roses. 

Le problème c’est l’absolue originalité et qualité d’écriture de ces disques , qui font de Pixies le dernier grand groupe de rock important, incarnant à lui tout seul le rock dit « indé » des années 80/90. (Vous me direz et Nirvana ? Et ben, c’est moins inspiré et moins inventif. Et si on veut se mettre à compter les chef-d’œuvres, c’est fanny au comptoir pour le groupe de Boston).

Il est donc impossible d’aborder la production actuelle du groupe autrement qu’à l’aune de ses albums des années 80. Et donc à l’écoute on se dit :

  • ils sont où les hurlements terrifiants du chanteur ?
  • pourquoi il ne chante plus comme avant ?
  • pourquoi les thèmes des chansons sont- ils anodins ?
  • pourquoi la batterie sonne comme ça ?
  • elles sont où les parties de guitare rythmiques létales ?
  • il est mort Steve Albini ?

Fini les chansons sur la masturbation, l’inceste et les lémuriens. 

Fini les phrases comme « bloody your hands on a cactus tree, wipe it on your dress, send it to me » ou « this human form where i was born, i now repent ».

Fini les comptines toxiques hurlées par un loup-garou, aux progressions d’accord faussement simples, tellement bien écrites qu’on dirait les Kinks trempés dans de l’acide.

Alors il reste quoi ? Se poser la question est en soi une façon de biaiser la réponse, puisque c’est attendre une chose que le groupe n’est pas censé reproduire (les événements s’étant quand même produits il y a 30 ans.)

Il reste des chansons et la guitare de Santiago. Bonnes, mais pas excellentes, à l’orientation plus « ballades », certains titres rappelant Cohen (période I’m your man) ou Nick Cave. C’est bien mieux que le premier album du groupe reformé (Indy Cindy), et aussi bon que le précédent (Head Carrier). Enfin bref, on coupe les cheveux en quatre pour dire que c’est un groupe différent, qui s’il ne s’appelait pas Pixies aurait droit à plus d’indulgence (on ne vous fera pas le coup du « bon disque de rock, mauvais disque de Pixies », les Inrocks ont déjà du le faire).

Pour les bourgeois, il existe une version de l’album comprenant un disque supplémentaire de démos non retenues pour l’album. Des morceaux d’une facture proche des chansons de la première période, confirmant de manière pernicieuse que le groupe a le fondement entre deux chaises.

On est toutefois heureux d’avoir été le contemporain du Black Francis hurlant en 1990 :

YOUR MOUTH’S

A MILE 

AWAY ! 

MUESLI

Le titre : Renegade

L’artiste: Dylan Leblanc

Le format: 33T/ 30 cm

La date de sortie : 2019

Le genre : Variété américaine.

C’est qui ?: Un chanteur américain.

Qui joue dessus ?: Dylan Leblanc et son groupe.

Comment ca sonne ?: Comme une station FM US en 1985.

Si c’est une réédition ou un vieux machin, est-ce que ça a bien vieilli ?

Sans objet.

Ce qu’on en pense:

A priori, le p’tit Dylan n’a rien pour plaire.

Son nom, qui est son véritable patronyme, je sais c’est pas sa faute, mais bon…c’est un peu comme si un français s’appelait Jimmy Derien, ça fait pas rêver.

Le titre de l’album,«Renegade», alors que le bonhomme à l’air aussi toxique et rebelle que votre mémé…

La pochette de l’album, photo noir et blanc d’un mec tout en noir, chapeau compris. On dirait la mascotte de la marque de céréales pour constipés Quaker, sans le jabot. 

Oulalala…

Bon…

On écoute quand même, en se disant que, non, on n’est pas du genre à s’arrêter sur une mauvaise impression (même si c’est pour cette raison qu’on n’a jamais pu écouter Red Hot Chili Pepper et qu’on a bien fait). 

Enregistré à Nashville, le disque sonne …comme un disque de Tom Petty période Mitterand premier septennat, certains arrangements étant carrément pompiers et le chant du genre couinant. Ça va être dur. En passant, c’est incompréhensible cette tendance à vouloir sonner comme dans les années 80. Faut vraiment ne pas les avoir vécues pour en avoir envie…. 

Et pourtant, et pourtant…les chansons sont magnifiques. «Renegade», «Lone Rider», …c’est quand même un peu la classe («une vraie qualité de songwriting»comme dirait la presse spécialisée en levant le petit doigt). 

Alors oui, la production rend l’ensemble pénible, voire presque inaudible (« Bang bang bang » et son refrain à faire fuir un sourd), mais au point où on en est, on se dit qu’on est content de pouvoir encore  écouter de temps en temps de vraies chansons. Mais à quel prix ?

On peut comprendre que certains fuiront en courant à l’écoute de la voix et de la production de l’album, qui en agacera sévère plus d’un. C’est dommage. On devrait lui donner un coup de main à ce petit gars. Lui présenter Steve Earle, Howe Gelb ou Tony Joe White. 

Arf! Trop tard pour Tony Joe White…

EIGHT MILES HIGH

Le titre : Spirit Of Eden

L’artiste : Talk Talk

Le format : 33T/ 30 cm

La date de sortie : 1988

Le genre : Ascenseur pour la stratosphère.

C’est qui ?: Le groupe de l’immense Mark Hollis.

Qui joue dessus ?: Mark Hollis/Lee Harris/Paul Webb/Tim Friese-Greene et 13 autres musiciens.

Comment ca sonne ?: Comme un rêve de pierre.

Si c’est une réédition ou un vieux machin, est-ce que ça a bien vieilli ?

Réédition de 2012. Rien à dire. En bonus et insérée dans le vinyle, une copie de l’album sur DVD, réalisée à partir des masters analogues. Ils ont du goût chez Parlophone.

Ce qu’on en pense:

Qui pourrait penser, à l’écoute de cet album, que c’est le même groupe qui a vendu des millions de disques au début des années 80. Avec deux premiers albums tendance pop à synthé (voir « It’s my life »ou « Such a shame »,et sa vidéo pour le moins étrange, replacée dans le contexte de l’époque) Talk Talk avait doucement entamé en 1986 un changement de registre avec l’extraordinaire « The Colour Of Spring » .

On se rappelle la cassette achetée chez le disquaire local (à l’époque il y en avait un dans chaque ville, même petite…) et le traumatisme qui s’en suivit. Finis les synthés ! Une production sèche, avec une batterie qui sonnait.…comme une batterie (en 86 c’était vraiment pas la norme), une chorale d’enfants, 20 pippos à l’unisson, et des mélodies, des vraies! Et la voix ! Désormais audible, et non plus noyée au milieu des nappes de claviers Korg ou Roland. La voix de Mark Hollis ! L’homme qui chantait comme un cuivre ! 

Et nous n’avions encore rien vu, ou entendu. En 1988, Mark Hollis et Tim Friese-Green, normalement producteur , mais en fait 5èmeBeatles du groupe puisqu’il co-signera désormais les compositions, s’attèlent à la production de l’album suivant. Pour ce faire, ils convoquent des musiciens en studio et leur demandent d’improviser avec leur instrument de prédilection, sans aucune indication, et ce dans un large registre : harmonica, basson, clarinette, cor anglais, dobro, etc…. Une fois les enregistrements réalisés, ils en assemblent certaines parties pour constituer les arrangements des chansons.

Le résultat est époustouflant. Unique. Un chef d’œuvre qui ne ressemble à rien d’autre. Des morceaux à la structure peu commune, un son particulier, et une voix à tomber par terre. Il y a même un solo de craie sur tableau noir.

Par contre, c’est parfaitement invendable. Pas un single, pas un riff, rien d’accrocheur, un cauchemar pour EMI. Le plus beau suicide commercial qui soit. Le vrai, pour l’amour de la musique. 

Mark Hollis est mort cette année, bien trop jeune, et tout le monde s’en fout.

C’est terrible. 

TEENAGE KICK

Le titre : Amyl and The Sniffers

L’artiste : Amyl and The Sniffers

Le format : 33T/ 30 cm

La date de sortie : 2019

Le genre : Fille qui hurle dans le micro.

C’est qui ?: Des australiens tout vilains.

Qui joue dessus ?: Amy Taylor/Dec Martens/Bryce Wilson/Gus Romer

Comment ca sonne ?: Grosse distorsion, amplis sur 11.

Si c’est une réédition ou un vieux machin, est-ce que ça a bien vieilli ?

Sans objet.

Ce qu’on en pense:

Aaaaaaah !… ça c’est le genre de groupe qui fait plaisir. Et pourquoi ? Parce qu’il rappelle à tout le monde qu’il faut prendre le rock’n’roll pour ce qu’il est vraiment : un truc pas raffiné du tout, carrément idiot, vulgaire, libidineux sur les bords et bruyant. D’ailleurs, est-ce vraiment de la musique ? Pas sûr. C’est aussi (autant ?) une histoire d’image. 

Et avec Amyl and The Sniffers, coté image, c’est le grand chelem, comme en témoigne une de leur dernières vidéos : « Some Mutts (can’t be muzzled) », où on peut admirer:

  • une blondinette maquillée vulgaire, gesticulant comme une possédée, vous montrant son derrière où est inscrit son nom sur un terrible short « Le Coq Sportif »(le même que Maxime Bossis)
  • un guitariste ressemblant à votre copain de 5ème en 1984, celui qui avait des Americanas, un jean elastis et le logo AC/DC mal dessiné sur sa trousse
  • un bassiste qui semble sorti de la banlieue de Gdansk, période Solidarnosc
  • un batteur à chemise de bucheron et à la coupe de cheveu comme on n’en fait pas.

En 11 morceaux et 29 minutes, ce premier album paru chez Rough Trade vous transforme immédiatement en adolescent cramé, dodelinant bêtement de la tête, la bave au lèvres, sur le point d’hurler « A boire, ou je tue Thom Yorke ! ». Ne posez pas votre cerveau très loin, des fois que….

Alors les pénibles diront que ca ressemble à un vieux groupe de punk, que la fille chante comme Ari Up ou Poly Styrene…ouais bon…on va arrêter de s’inquiéter pour eux, c’est pas notre faute s’il ne comprennent rien à l’évangile selon Johnny Thunders.

On écoute cet album à  plein volume, la tête remplie du bruit salvateur, attendant la poussée d’hormone et se disant que ca fait vraiment chier de réviser son bac. Plutôt envie de jouer de la guitare électrique, même mal.