LE ROBERT & COLLINS

Le titre : Can Your Please Crawl Out Your Window ? / Highway 61 Revisited

L’artiste : Bob Dylan

Le format : 45T/17,5 cm.

La date de sortie : 1965

Le genre : La Pléiade en lunettes noires et chemise à pois

C’est qui ?: Un mec qui veut mourir sur scène

Qui joue dessus ?: Bob Dylan, Michael Bloomfield, Al Kooper, Paul Griffin, Bobby Gregg, Harvey Goldstein, Charley McCoy, Frank Owens

Comment ça sonne ? : Comme un bastringue lysergique

Qualité du pressage :

Parfaite.

Réedition en Mono de 2011 – Columbia Records – Pressage US

Ce qu’on en pense :

Dans l’industrie du disque, il y a des trucs bizarres.

Qu’est ce qui fait, par exemple, que les types de Columbia Records ont décidé de sortir un single de Dylan avec « Can you please crawl out the window ? » en face A et « Highway 61 revisited » en face B ?

Bon d’accord, c’était un inédit. Bon d’accord, ça ressemble un petit peu à « Like a Rolling Stone », sorti la même année. Bon d’accord, leur métier c’est de vendre des disques. Mais bon, si Dylan ne l’a pas mis sur l’album, il y a une raison (même si à l’époque il était courant de ne pas mettre le single sur l’album, mais on ne peut pas dire que cela en soit un). Et, euh…, ils le connaissait le morceau qu’ils ont décidé de reléguer en face-b? Pourtant, à l’écoute, on est prévenu dès le début. Un riff d’orgue hyper entrainant, un sifflement bizarre genre kazoo, et surtout deux vers d’entame qui défoncent tout :

Oh God said to Abraham, « Kill me a son »

Abe says, « Man, you must be puttin’me on ».

Que l’on peut traduire par : Dieu dit à Abraham : « Sacrifie moi un fils » / Abe répondit : « Non mais, tu te fous de ma gueule ? ». Vous conviendrez surement que peu de chansons dans le registre pop/rock commencent de cette manière. Et tout le reste du texte est à l’avenant. Typique de Dylan. Intelligent, lettré, drôle mais difficile d’accès si on n’est pas d’origine anglo-saxonne (du genre les allusions a Shakespeare, que la plupart des gens parlant la langue de  Victor Hugo ne capteront pas).

Le problème avec Dylan, c’est qu’avec sa voix de « canard qu’on étrangle » (que beaucoup ne supportent pas, ce qui peut s’entendre), on ne comprend rien de ce qu’il raconte. Alors on écoute quand même les disques, délaissant le texte,  mais en trouvant cela super quand même. Et on les re-écoute, encore et encore. Et un jour on fait l’effort d’essayer de comprendre les textes. Et là…On contemple le haut de la falaise en se disant que c’est encore mieux que ce qu’on croyait, si c’était possible…. Vous avez déjà essayé d’écouter ce qu’il raconte dans « Like a Rolling Stone »? Essayez, vous verrez.

Du coup, on envie les Anglo-Saxons d’y avoir accès sans effort. Pas trop longtemps, quand même. Molière, Hugo, Baudelaire, Camus ou Céline dans le texte, cela doit vraiment être galère pour un Américain.

AMERICAN IDIOT

Le titre : Punk 45: Kill The Hippies! Kill Yourself! The American Nation Destroys Its Young (Underground Punk in the United States of America, 1973-1980 Vol. 1)

L’artiste : Des groupes américains des années 70

Le format : 2x33T/30 cm.

La date de sortie : 2013

Le genre : No Elvis, no Beatles or Rolling Stones

C’est qui ?: Sans objet

Qui joue dessus ?: Pere Ubu, Flamin’ Groovies, Johnny Thunders…et autres

Comment ca sonne ? : Electrique

Qualité du pressage :

Parfaite.

Pressage original de 2013 – Soul Jazz Records – Pressage UK

Ce qu’on en pense :

Soul Jazz Records, un label qui a la classe.

Sa spécialité : les compilations consacrées à un style musical clairement défini, circonscrit dans une période historique donnée. Fondé à Londres dans les année 90, la label était auparavant spécialisé dans le Reggae, le Funk et la Soul (avec notamment les compilations « New Orleans Funk », à tomber raide de joie et qu’on devrait distribuer gratuitement dans toutes les écoles). Ils ont depuis quelques années « élargi le spectre », comme on dit quand on veut se la péter.

Comme par exemple avec les compilations « Delta Swamp Rock » (à faire s’évanouir n’importe quel fan de Tony Joe White) ou les compilations « Country Soul Sisters » (que des filles, que de la country, et des disques qui vous montreront qu’en fait, vous ne le saviez pas, mais vous adorez la country-music).

Chaque compilation est systématiquement accompagnée d’un travail éditorial présentant les enregistrements, avec des notes de pochettes de haute tenue et un travail de ré-edition exemplaire. Tellement bien foutu qu’on serait quasiment prêt à acheter n’importe laquelle des références du label, même la compile de musique caribéenne, ou celles consacrées au Hip-Hop New-Yorkais du début des années 80 (ça on l’a fait, et c’est vachement bien, même si le disquaire, un peu surpris, nous à demandé si on était bien sûr de ce qu’on faisait…)

Pour ce disque le sujet est donc : des 45T de groupes américains punk ou proto-punk sortis entre 1973 et 1980 mais n’étant pas de New-York (c’est écrit dans les notes de pochettes, et on vous l’a dit, ces gens sont précis et attachés à la contextualisation historique). Donc pas de Ramones, pas de New-York Dolls pas de….toute la clique du CBGB. Pas le sujet.

Le sous-titre du disque parlant pour lui (« Kill the Hippies. Kill Yourself ») on à compris qu’on est pas là pour rigoler. Au menu : Pere Ubu, Johnny Thunders & The Heartbreakers, Flamin’Groovies, mais aussi des groupes peu connus, comme The Urinals (un hommage à Duchamp?) avec un formidable « I’m a bug » , ou The Deadbeats avec « Kill The Hippies ».

Tout un programme. Celui d’une musique en dehors de la bienséance, bruyante, grossière et percutante, même quarante ans plus tard. Enfin, pour les gens nés au XXème siècle. Pour ceux du siècle suivant, pas sur.

CATHÉDRALE GARAGE

Le titre : Blow My Mind ! The Doré-Era-Mira Punk & Psych Legacy

L’artiste : Des groupes des labels Doré, Era et Mira

Le format : Numérique ou CD (Pffffff…)

La date de sortie : 2021

Le genre : Le Garage c’est la vie

C’est qui ?: Des gamins qui veulent faire comme les Beatles et les Stones

Qui joue dessus ?: Idem

Comment ca sonne ? : Reverb, pédale Fuzz et toute la panoplie du rock garage

Qualité du pressage :

Ecouté sur Itunes Music. Pas d’édition vinyle, uniquement en CD. Font chier chez Big Beat Records, d’habitude ils font une version vinyle. C’est scandaleux.

Ce qu’on en pense :

Les Beatles avaient prévenu : « Nous n’irons pas aux Etats-Unis avant d’avoir un single N°1 au billboard ».

« I want to hold your hand » ayant rempli la mission, ils partirent donc faire une tournée US, avec notamment deux passages télé au Ed Sullivan Show. Pour vous faire une idée, Ed Sullivan c’était une sorte de super-Michel Drucker qui présentait une émission télé de variétés (avec magiciens et crooners) et ayant une audience d’impact national.

Digression :

New York , le 9 Février 1964, 15 H 12 :

Patty : Salut Karen ! T’as vu ? Ce soir y’a ce groupe anglais qui passe à la télé. Tu viens à la maison, on le regarde ensemble ?

Karen : Ouais super ! Je les ai vus à l’aéroport avant-hier, ils ont l’air trop mignons. Enfin je les ai vus juste un peu, c’était le vrai bordel.

New York , le 9 Février 1964, 20 H 01 :

Patty : Assieds-toi, ça commence.

Karen : Punaise, ils sont trop mignons et….Hiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii !!!

Patty : Hiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii !!!

Ce 9 février 1964 donc, des millions de gamins et de gamines allument leur télé pour voir Paul, John, George et Ringo faire peter  « All My Loving », « Till there was you », « She loves You », « I saw her standing there » et « I want to hold your hand ». Et plus rien ne sera jamais comme avant. Les Anglais connaissaient déjà la Beatlemania, maintenant eux aussi, ils savent.

Une belle légende, largement répandue par George Harrison, prétend que le taux de criminalité a baissé lors du premier passage télé des Beatles aux Etats-Unis. C’est invérifiable, mais le fait est qu’il y avait quand même 73 millions de personnes devant la télé.

A ce moment là il s’est passé deux choses dans le cerveau des petits américains. Soit un immense hurlement. Soit une immense envie d’acheter une guitare et de faire pareil. Pas de raison que les gens hurlent uniquement à la vue de ces gringalets de Liverpool. (Les pauvres, ils n’avaient rien vu, l’année suivante ce seront les Rolling Stones…).

Le passage télé des Beatles au Ed Sullivan Show est donc historiquement considéré comme le début de ce qu’on appelle la British Invasion. En effet, dans le sillage du groupe de Liverpool, toute la clique des groupes Anglais débarquera sur le continent américain (sauf les Kinks qui trouveront le moyen de s’engueuler avec le syndicat des artistes, ruinant ainsi leur carrière) et entrainant la formation de ouatemille groupes d’adolescents à guitare.

C’est ce genre de groupes que vous retrouverez sur cette compilation. Pas des groupes connus, de ceux qui ont finis sur la fameuse compile « Nuggets » de Lenny Kaye. Même pas des seconds couteaux. Que des groupes parfaitement inconnus, aux noms complètement improbables (les « No-Na-Mee’s » sans deconner ?). Et pourtant…la musique est formidable.

On ne reviendra pas sur les qualités intrinsèques du rock-garage des années 60, mais quand même, on peut se demander si parfois ce n’est pas l’époque qui imprime la musique plutôt que les personnalités.

Si vous êtes de ceux que la pédale fuzz transporte, de ceux qui considèrent que le rock-garage est la plus pure expression du rock’n’roll, ou même de ceux qui veulent juste écouter des groupes de rock en voiture, roulant au soleil, la fenêtre ouverte une clope au bec, ce disque est pour vous.

ÉPICERIE

Le titre : Recorded At The Automat : The Best Of Rough Trade Records

L’artiste : Des groupes du label Rough Trade Records

Le format : 2x33T/30 cm.

La date de sortie : 2015

Le genre : Rétrospective

C’est qui ?: Un label anglais

Qui joue dessus ?: Des groupes du label

Comment ca sonne ? : Sans objet

Qualité du pressage :

Nickel.

Pressage original de 2015 – Rough Trade Records – Pressage UK

Ce qu’on en pense :

Oualalalala ! Rough Trade! La boutique historique de Lardbroke Grove, le label, l’antenne française rue de Charonne dans les années 90 !

Comme Tony Wilson avec Factory Records, Geoff Travis (disquaire Londonien à l’origine, puis fondateur du label) incarne ce qu’on qualifiait alors de « rock indépendant » (les moyens financiers en moins, tout le monde n’ayant pas Joy Division et New Order sous signature).

Car il fut un temps où le terme de « rock indépendant » avait une signification. L’expression d’une manière de faire venant du label Factory, puis démultipliée par l’émergence du Punk en Angleterre.  A savoir, la promotion de groupes en dehors du système des majors, pour la beauté du geste, quitte à y laisser la chemise. Sans des labels comme Factory, Rough Trade, 4AD, etc., pas de Pixies, pas de Joy Division, pas de The Fall, pas de The Smiths (eux on s’en fout, mais il y en a beaucoup qui pensent que c’est de la musique, on ne voudrait froisser personne).

Si on regarde de plus près, cette histoire de label indépendant et  de « rock indé », à l’origine, c’est vraiment un truc Anglais. Ce sont les premiers à s’être dit « Capitol Records tu m’enmerdes », je vais faire mon truc dans mon coin. Une sorte de version « mercantile » du DIY des punks. A tel point que ce seront des labels anglais qui signeront des groupes américains significatifs ne trouvant pas preneur dans leur pays (comme 4AD avec Pixies par exemple). Pratique qui semble typiquement Anglaise et qui consiste à observer le monde avec acuité, à se saisir de ce qu’il propose de meilleur, et se l’approprier en disant qu’en fait ce truc super que vous ne connaissiez pas, c’est anglais, of course.

Digression :

Les Anglais ont toujours fait cela.

Exemples :

  • le Rock’n’roll c’est américain, mais historiquement il s’est éteint à la fin des années 50. Il faudra que les Beatles et toute la « British Invasion » le remette sur le devant de la scène pour qu’il se refasse une santé.
  • le Punk Rock, c’est américain. Il faudra tout le talent en « public relations » de Malcom McLaren pour faire croire au monde que ce sont les Sex Pistols qui l’ont inventé.
  • Ils conduisent à gauche, mangent n’importe quoi, n’utilisent pas le système métrique et pensent qu’ils ont inventés la machine à vapeur, alors qu’ils ont utilisés les travaux d’un français, Denis Papin (bon d’accord c’est hors sujet, mais quand même…)

Enfin bref, vous trouverez sur cette compilation une sorte d’anthologie de ce que le label a sorti de meilleur, dont de nombreux groupes injustement oubliés (comme Swell Maps, avec l’extraordinaire morceau « The Hellicopter Spies » par exemple). Faites attention quand même, il y a un morceau des Smiths en plein millieu, et pas le meilleur…

QUARTIER LATIN

Le titre : Everyday Is Like Sunday

L’artiste : Morrissey

Le format : 45T/17,5 cm.

La date de sortie : 1988

Le genre : L’enfer c’est les autres

C’est qui ?: Un Dupont

Qui joue dessus ?: Morrissey, son groupe de 1988, et plein de violonistes

Comment ca sonne ? : Suranné

Qualité du pressage :

Bonne. On entend bien les violons…

Rédition de 2010 – Major Minor/EMI – Pressage EUR

Ce qu’on en pense :

Entendue un jour, lors d’une interview radio du grand Nick Kent, dans un français flingué par un accent anglais pourtant délicieux, cette sentence étrange : « Mowissé, c’est un type beuzarre ». Effectivement, on pourrait qualifier de spécial un mec interdisant la vente de hot-dog à ses concerts (« La viande, c’est le meurtre » / The Smiths / Acte IV – Scène III) ou bien racontant n’importe quoi sur l’immigration, le tout drapé dans l’Union Jack.

Bizarre ou pas, il faut bien constater que des spécimens comme Steven Patrick Morrissey, il n’y en a pas deux. Autrefois chanteur de l’orchestre anglais pour étudiants en lettres modernes « The Smiths », le chanteur poursuit depuis 1987 une carrière solo, sortant régulièrement de bons disques. Il paraît. C’est, en tout cas, ce que nous on dit ceux qui arrivent à le supporter, lui,  sa voix et sa manière de chanter.

Car si sa voix vous file des boutons, comme pour les « Smiths », il est quasiment impossible d’écouter un de ses albums en entier. Par contre, il a publié en 35 ans de carrière quelques singles foudroyants, qui vous font dire que, quand même, on pourrait faire un effort.

Dans « Everyday is like Sunday », Morrissey chougne son spleen, perdu sur une plage anglaise. L’avantage avec lui, c’est sa diction parfaite, facilitant la compréhension des textes, même avec un niveau d’anglais moyen. Ce qui permet de constater qu’il est surement le plus grand parolier qu’ai connu Manchester, ou même l’Angleterre. Un peu comme Leonard Cohen, dans un autre registre : une langue simple, permettant l’écoute de certains de ses morceaux juste pour le texte. Une chose plutôt rare dans le registre « pop music pour adolescents à lunettes ».

Parce que le reste, faut quand même arriver à se le fader : arrangements de cordes lourdingues, chant maniéré et pose d’artiste maudit façon Oscar Wilde. Il suffit de regarder la pochette (l’originale ou celle de la réédition) on exagère à peine. Un mal nécessaire, pour l’entendre lâcher au détour d’un couplet, sur une mélodie parfaite :

« How I dearly wish i was not here

In this seaside town

That they forgot to bomb

Come, come, come, nuclear bomb ».

CALIFORNIA DREAMIN’

Le titre : The Morning Becomes Eclectic Session

L’artiste : Spain

Le format : 33T/30 cm.

La date de sortie : 2013

Le genre : Tindersticks au soleil

C’est qui ?: Un groupe de Los Angeles

Qui joue dessus ?: Daniel Brummel, Josh Haden, Randy Kirk, Matt Mayhall, Dylan MacKenzie

Comment ca sonne ? : Über cool

Qualité du pressage :

Excellente.

Édition originale de 2013 – Glitterhouse Records – Pressage GER

Ce qu’on en pense :

Vous en avez marre d’écouter des disques médiocres? D’acheter des albums tout pourris vendus en édition spéciale qui coutent la peau du cul, comme le dernier Parquet Courts par exemple? Vous en avez marre qu’on vous dise qu’ Idles c’est un groupe de rock? Et pire que tout, vous en avez marre de l’embourgeoisement de Nick Cave, devenu le chanteur préféré des « happy few » ?

Ressortez vos vieux machins.

Alors vieux, ça dépend. Les trucs si vieux que vous n’étiez pas nés, faut voir. On rentre dans le patrimonial et la question de la « vieillesse » devient hors sujet. Tout le monde à l’intégrale des Beatles, de Dylan et des Stones (en Mono), non ?

Les trucs vieux de quand vous étiez petits alors? Ok. Comptant sur votre qualité d’homme (femme) de gout vous pouvez y aller tranquille, et en plus certains font encore de la musique. Comme Spain, par exemple.

Un groupe américain qui a sorti plusieurs albums dans les années 90, puis qui s’est séparé avant de se reformer au milieu des années 2010. Un groupe méconnu, jouant dans le même registre que des artistes contemporains comme Kevin Morby ou Kurt Vile. Mais la comparaison s’arrête là.

Enregistré en 2012, dans les conditions du live, pour la station de radio KCRW, cet album constitue une sorte de « Best-Of » de la première période du groupe. Avec des versions d’une qualité équivalente aux productions studios. Les mêmes morceaux, sans arrangements et effets de mixages, ajoutant un coté brut de décoffrage mais n’enlevant rien à la qualité des versions.

Beau comme un soir d’été.

WANKERS

Le titre : Spiral Scratch

L’artiste : Buzzcocks

Le format : 45T/30 cm.

La date de sortie : 1977

Le genre : Dehors les vieux

C’est qui ?: Les mecs qui ont organisé les deux concerts des Sex Pistols au Free Trade Hall de Manchester

Qui joue dessus ?: Pete Shelley, Steve Diggle, Howard Devoto, John Maher

Comment ca sonne ? : Nature

Qualité du pressage :

Excellente.

Réédition de 1991 – Document Records – Pressage UK

Ce qu’on en pense :

Un single a l’ancienne, avec 2 titres par faces, comme ceux des Beatles ou des Kinks dans les années 60. Bizarre pour des punks…mais en fait, pas tant que ça.

En effet, il y a un malentendu historique sur le Punk-rock, principalement du à la gueulante des Sex Pistols braillant « Noooooooo Fuuuuuuture », comme si c’était la fin du monde, le tout fringué comme l’as de pique et insultant les mémés anglaises.

Si on écoute bien le morceau d’où est tiré la célèbre rengaine (« God save the queen », pour les jeunes qui ne sauraient pas de quoi on parle ou qui penseraient qu’un punk c’est un mec avec un chien, une kro à la main, trainant dans les allées du Printemps de Bourges), on entend clairement « there’s no future…for YOU ». L’index pointé sans équivoque sur les vieux cons.

On ne va pas vous faire l’insulte de vous expliquer ce qu’était le punk-rock, mais musicalement l’intention n’était absolument pas de tout foutre à la poubelle. Juste de revenir à une musique simple et percutante (et aux chiottes « Emmerson Lake and Palmer », « Genesis » et consorts). Chuck Berry et Buddy Holly joué par des branleurs.

C’est exactement ce qu’on fait Pete Shelley et ses copains sur leur premier single « Spiral scratch ». Et en bons branleurs, ils ont mis « Boredom », le meilleur morceau, sur la face-b.

La classe punk.

ANOTHER GIRL IN THE NEIGHBORHOOD

Le titre : Teenage Kicks

L’artiste : The Undertones

Le format : 45T/17,5 cm.

La date de sortie : 1978

Le genre : Single qui tue

C’est qui ?: Des Irlandais

Qui joue dessus ?: Feargal Sharkey, John O’Neil, Damian O’Neil, Michael Bradley, Billy Doherty

Comment ca sonne ? : Comme si Buddy Holly était né à Belfast

Qualité du pressage :

Excellente.

Réédition de 2008 – Salvo – Pressage UK

Ce qu’on en pense :

C’est l’histoire d’un gamin.

Un gamin qui trouve qu’une fille de son quartier est vachement mignonne. Alors il se dit qu’il va lui passer un coup de fil. Et après, on verra. Il se fera peut-être jeter, mais au moins il aura essayé. Parce que, comme il le dit, il se sent seul. Et il pense que si elle veut bien de lui, il pourra la serrer fort, très fort, parce que c’est tout ce qui pourra lui arriver de mieux.

Voici résumé le texte de « Teenage Kicks », un morceau du groupe Irlandais « The Undertones ». Tellement bon, qu’à sa sortie, John Peel l’a diffusé deux fois d’affilée à l’antenne de la BBC.

On dit souvent qu’on reste traumatisé par la musique qu’on écoute à l’adolescence et qu’elle détermine vos goûts musicaux. On ne sait pas si c’est vrai pour les gens qui écoutent du jazz ou du classique au collège (il doit bien y en avoir deux ou trois), mais on est certain que cela fonctionne avec la musique pop et le Rock’n’Roll, dont la nature même est l’expression électrique du sentiment adolescent.

Dans le cas de « Teenage Kicks », la forme exprime parfaitement le propos, puissance 10, rappelant ce qu’avait déjà fait Chuck Berry en chroniquant admirablement la vie adolescente américaine des années 50 et bâtissant à lui tout seul la cathédrale du sweet little sixteen.

Pour « The Undertones », c’est un peu différent. Ils vivent dans l’Irlande des années 70, les Ramones sont passés par là, donc ils font avec les moyens de l’époque : batterie percutante et grosse guitare. Ce qui rend l’expérience encore plus probante, car il y a une corrélation entre la guitare électrique, le volume sonore et l’intensité du sentiment exprimé. Il suffit d’écouter l’intro de batterie, qui explose dans vos enceintes, directement suivie par la partie de guitare rythmique qui finit le boulot. Trois secondes suffisent à vous électriser, et ce avec des moyens rudimentaires.

En effet, le punk étant alors devenu le moyen d’expression des jeunes à guitare, le morceau à l’avantage d’être d’une simplicité enfantine et peut être repris par n’importe quel mauvais guitariste, rajoutant à l’universalité de la formule. Un vrai truc de gamin.

Quiconque a eu un jour 15 ans ne peut qu’être transporté par les 2 minutes 26 secondes de ce morceau, qui a en plus le luxe de s’élever d’entrée au dessus la mêlée avec la première phrase chantée par Feargal Sharkey :« Are teenage dreams so hard to beat ? », que l’on pourrait traduire par : « Les rêves adolescents sont indépassables ». Le genre de truc qui résume à lui tout seul le Rock’n’Roll et qu’on devrait inscrire au frontispice de tous les bâtiments publics.

Certains se rappellent où ils étaient lorsqu’ils ont appris l’assassinat de Kennedy. Certains se souviennent de ce qu’ils faisaient lorsqu’ils ont appris que deux avions avaient percutés le World Trade Center.

D’autres se rappellent exactement où et quand ils ont entendu pour la première fois « Teenage Kicks ».

NOIR SABBAT

Le titre : Tostaky

L’artiste : Noir Désir

Le format : 33T/30 cm.

La date de sortie : 1992

Le genre : Fan du Gun Club

C’est qui ?: Le plus grand groupe de rock français

Qui joue dessus ?: Bertrand Cantat, Serge Teyssot-Gay, Frederic Vidalenc, Denis Barthe

Comment ca sonne ? : Comme un groupe de rock

Qualité du pressage :

Bof. Pas de dynamique. Réalisé à partir du master original de 1992, celui du CD donc, ce qui jette immédiatement un doute puisqu’ apparemment il n’y a pas eu de mastering spécifique à l’édition vinyle. Merci Barclay…

Réédition de 2012 – Barclay – Pressage EU

Ce qu’on en pense :

Selon John Lennon, « le rock français, c’est comme le vin anglais ». Pas sympa comme formule, mais pas vraiment faux non plus. Effectivement, si vous êtes français et admirez, on ne sait pas… au hasard…les New York Dolls, au point de vous dire « c’est trop cool, je vais faire pareil avec mes potes ! » (comme se l’ont dit des milliers de gamins à travers le monde), vous allez sentir votre douleur si vous êtes né à Vierzon.

Pour les français, faire « groupe de rock » c’est la galère ultime. Les américains ont eu Elvis, la France Brigitte Bardot. Deux véhicules transgressifs, d’une force équivalente, sauf qu’il n’y en à qu’un qui sert à faire de la musique.

En France, pas de tradition musicale populaire. Pas d’instruments de musique trainant dans les familles. Pas de pépé bourré qui se met au piano à la fin du repas pour faire chanter tout le monde. A la place, des livres, Hugo, Zola. Ça va pas le faire.

Surtout que si on essaie quand même, se pose immédiatement le problème de la langue. Chanter en Anglais ? OK, mais alors avec un accent impeccable, ce qui risque de vous propulser direct au bord du précipice si vous avez glandé en cours d’anglais. Chanter en Français ? Ok, mais là va falloir assurer et montrer que si, à la place d’un piano il y avait chez vous le Lagarde & Michard ou « La légende des Siècles », ce n’était pas pour rien. Sans parler de l’ombre de Brassens, Barbara ou Brel qui viendra planer sur vos épaules.

Un des rares groupe français à avoir réussi dans ce registre, c’est Noir Désir. Un peu comme l’exception qui confirme la règle, pour les raisons suivantes :

  • des textes excellents, en langue natale, qui « sonnent » comme peuvent sonner ceux en anglais, tout en évoquant le meilleur de la littérature française. Exemple, entre autres : Agenda donnez moi de vos dates à damner  ou J’ai la nausée quand je reste assis, si je suis couché je ne joint pas les « debouts » .
  • la capacité à écrire de grandes chansons
  • un format simple guitare/basse/batterie/distorsion/volume sonore/on n’est pas là pour rigoler/ qui fait que, quand même, on est un groupe de rock
  • un grand guitariste, Serge Teyssot-Gay
  • des prestations scéniques à la hauteur de l’intensité de la musique
  • le meilleur nom de groupe qui soit

C’est ce qui a fait la force de « Tostaky », disque qui à montré à sa sortie que, peut-être, on pouvait faire du Rock’n’Roll à Bordeaux, en étant un groupe à part entière. (Vous me direz : « Oui mais et les Thugs alors ? Ben les Thugs, même s’ils ont été signés chez Sub Pop (la classe quand même), n’ont jamais eu la singularité de Noir Désir, étant frappés du syndrome : « Ah oui c’est pas mal, mais on dirait untel en moins bien ». En étant méchant, on pourrait même dire que leur musique évoque immédiatement celle de Hüsker Dü et donne juste envie d’écouter Bob Mould. Un syndrome inhérent à la quasi-totalité des groupes français, sauf Noir Désir).

Par la suite, Noir Désir sortira un album encore meilleur, « 66667 Club », pour finalement s’éloigner du format groupe de rock pur et dur avec « Des visages, des figures », véritable accomplissement de ce que peut produire un groupe français s’éloignant des clichés rock’n’roll (un de leur principal défaut, principalement du à la tête de con qu’est Bertrand Cantat) et affranchi des influences anglo-saxonnes, augurant du meilleur à venir.

Tout cela avant l’infamie.

On ne saluera jamais assez le courage de Serge Teyssot-Gay, qui a eu la décence de mettre un terme au groupe, évitant d’ajouter la honte à la tristesse.

PERDU DANS LE MIX

Le titre : Raw Power

L’artiste : Iggy & The Stooges

Le format : 33T/2×30 cm.

La date de sortie : 1973

Le genre : Chef d’œuvre d’airain

C’est qui ?: Le groupe preferé de Jim Jarmusch

Qui joue dessus ?: Iggy Pop, James Williamson, Ron Asheton, Scott Asheton

Comment ca sonne ? : Dangereux

Qualité du pressage :

Excellente.

Réédition de 2012 – Columbia Records – Pressage US

Ce qu’on en pense :

Vous connaissez surement cet album. Et vous vous êtes sans doute demandé s’il n’y avait pas un problème avec le mixage. Et ce, dès l’écoute du premier morceau, le mortellissime « Search & Destroy ».

Le genre de morceau impossible à écouter en sourdine. A fond ou rien, les voisins qui hurlent, vos parents (ou la daronne) qui débarquent en gueulant « C’est quoi ce bordel ? T’es sourd ?». Rien à foutre, tout pour la décharge, et après moi le déluge.

Sur ce morceau, James Williamson défouraille une partie de guitare extraordinaire qui peut, à l’aise,  être considérée comme un des plus grand moment de rock’n’roll jamais enregistré. Sauf que…on l’entend à peine.

En charge du mixage, sa majesté David Bowie avait en 1973 pris le parti de mettre en avant la voix d’Iggy Pop, d’enterrer la guitare dans le mix et d’assourdir complètement la basse. Pour le plus grand plaisir de Ron Asheton, relégué à cet instrument alors qu’il était à l’origine guitariste  sur les deux premiers albums et n’était responsable que de quelques petits riffs  insignifiants dont personne ne se souvient, comme par exemple «TV Eye», «No Fun» ou «I Wanna Be Your Dog»…

En 1997, Iggy Pop a remixé l’ensemble et cette édition présente les deux versions, remasterisées. Et sur sa version il y a une différence notable, un peu comme si on avait allumé la lumière. Sur le mix d’Iggy Pop on entend la basse et la guitare, et cela change tout. Etant déjà tétanisant dans le mix de Bowie, l’ensemble du disque sonne désormais comme la déflagration terminale d’une certaine idée du Rock’n’Roll. Celle qui veut vous griller la cervelle, imprimer directement dans votre cerveau reptilien, sous un déluge éléctrique sans précédent, la phrase d’entame de l’album « I’m a street walking cheetah, with a heart full of napalm », révélant instantanément l’adolescent cramé qui est en vous et vous permettant de le redevenir pendant 3 minutes et 26 secondes incandescentes. Un véritable spasme cognitif.

Si des archéologues extra-terrestres débarquent chez vous et vous demandent : «C’était quoi cette musique bruyante que les gens écoutaient au XXème siècle », passez leur un exemplaire de ce disque. Enfin bon, ça c’est au cas ou vous auriez paumé votre exemplaire de « Fun House ».