FRÉQUENCE PROPRE

Le titre : Wilderness Of Mirrors

L’artiste : The Black Angels

Le format : 2x33T/30 cm.

La date de sortie : 2022

Le genre : Perdu dans le son

C’est qui ?: L’autre versant du Texas

Qui joue dessus ?: Stephanie Bailey, Christian Bland, Jake Garcia, Alex Maas, Ramiro Verdooren

Comment ca sonne ? : Comme entrer en résonnance

Qualité du pressage :

Bonne.

Partisan Records – Pressage original GER

Ce qu’on en pense :

Aimer le Rock’n’Roll, c’est aimer la guitare. Par dessus tout. Electrique, bien sur. Amplifiée. Le seul instrument qui produit le bruit du tonnerre, le fracas de la machine et exprime la colère du dieu du binaire, celui qui crache au ciel. Uniquement en frappant sur des cordes. Car évidemment, seuls les instruments dont le son résulte d’une percussion sont à propos lorsqu’on parle de Rock’n’Roll. Que des outils sur lesquels on cogne. Souffler dans un instrument? Ridicule, pas pratique, pas percutant, on a l’air con et en plus personne ne peut cracher au ciel la bouche dans une trompette. On vous dira que c’est réducteur comme formule, mais vous n’écouterez pas. Car vous le savez, le son de la guitare électrique, autant que sa pratique, est une religion en soi.

Franchement, comment expliquer autrement qu’on aime cette sorte de bruit, quelque chose qui, finalement, n’a pas grand chose à voir avec de la musique. De l’ordre de la vibration et de la sensation, comme un abrutissement volontaire, proche de l’ébriété.

A ce sujet, The Black Angels est un groupe qui sait de quoi il parle, leur musique ayant toujours reposé sur le travail de cette sensation. Une sensation qui vous enveloppe comme un cocon, à l’intérieur duquel tout le monde serait cool. Un groupe pour lequel le rendu sonore est finalement plus important que la composition des morceaux, un groupe capable d’évoquer un horizon juste par le son, plutôt qu’avec la ligne mélodique d’un refrain. Ce qui les place, au coté de My Bloody Valentine, The Brian Jonestown Massacre ou Black Rebel Motorcycle Club, dans la grande Internationale des forçats du son. Du seul son qui compte, celui avec lequel on peut sombrer.

Outre une production enivrante et électrique, le groupe Texan est de surcroit capable de composer de véritables morceaux (c’est pas les Beach Boys non plus, faut pas pousser) ce qui les place largement au dessus de la mêlée.

L’humanité remercie Fender, Gibson, Boss, Marshall et au bout du compte Thomas Edison d’avoir rendu tout cela possible.

MORPHÉE

Le titre : Mission Bells

L’artiste : The Proper Ornaments

Le format : 33T/30 cm.

La date de sortie : 2022

Le genre : Neurasthénie musicale

C’est qui ?: Des anglais un peu mou

Qui joue dessus ?: Max Oscarnold, James Henri Hoare, Bobby Voltaire (pas mal comme pseudo !), Nathalie Bruno

Comment ca sonne ? : Tout doux

Qualité du pressage :

Rendu sonore ok, mais il y a des clicks, comme c’est souvent le cas sur les pressages récents. Merci à l’industrie du disque de rouvrir les usines de pressages des années 70, là ça craint.

Tapete Records – Pressage Original EU

Ce qu’on en pense :

Il y a des groupes comme cela. Des groupes qui donnent l’impression de ne pas vouloir être là. Le chanteur murmure, le guitariste met  l’ampli sur 3 et le batteur une serviette sur la caisse claire. Le résultat pourrait être chiant, mais non. Alors évidemment, ça ne fait pas le même effet que Motörhead. Faut pas comparer les amphétamines et les anxiolytiques, leur usage dépendant de l’envie, du moment de la journée et du nombre d’élus RN à l’Assemblée Nationale.

Donc, si vous avez envie de glander dans votre canapé et de regarder passer les nuages en musique, en pensant à autre chose qu’à la fascination sophistiquée du monde contemporain pour sa propre destruction, The Proper Ornaments est le groupe parfait.

Influencé par les Feelies, The For Carnation, Mazzy Star et vaguement Syd Barrett, ce groupe Anglais le bon goût de sonner parfaitement pour ce genre d’emploi: pas trop fort, avec quand même des petits embryons de mélodie, comme si on vous tricotait un petit plaid pour la sieste. Un disque à écouter en dormant ? Peut être. Étrangement, il y a un petit passage instrumental plus fort que le reste avant les deux  derniers morceaux, comme pour vous réveiller doucement afin de ne pas louper la fin du disque.

TOUT NU

Le titre : The Modern Lovers

L’artiste : The Modern Lovers

Le format : 33T/30 cm.

La date de sortie : 1976

Le genre : Peinture rupestre proto-punk

C’est qui ?: Le groupe de Jonathan Richman

Qui joue dessus ?: Ernie Brooks, Jerry Harrison, Jonathan Richman, David Robinson

Comment ca sonne ? : Sans artifice

Qualité du pressage :

Excellentissime, une des meilleures rééditions récemment publiée.

BMG – Réedition de 2016 – Pressage EU

Ce qu’on en pense :

Ce disque c’est un truc bizarre, un peu comme Jonathan Richman, le chanteur et compositeur du groupe.

Originaire de Boston, Richman a semble t’il vécu une expérience traumatisante à l’écoute du Velvet Underground. En pleine épiphanie, et n’ayant peur de rien, même s’il était encore tout gamin à l’époque, il décida de se tirer à New-York, jouant seul dans les rues et tentant de s’incruster dans la clique de Warhol. Pour l’incruste on ne sait pas si cela a marché, et peut être a t’il compris rapidement – Richman est un type intelligent –  que ce n’était qu’un ramassis de connards. Toutefois, et selon lui, il aurait vu le Velvet Underground sur scène plus d’une centaine de fois. Si c’est vrai, c’est quand même un putain de record, qui valait en soi le déplacement, en plus de l’obtention directe d’un doctorat en rock’n’roll.

De retour à Boston, remonté comme une pendule, Richman décide de former un groupe de rock, The Modern Lovers. Sans contrat et uniquement par le bouche à oreille, le groupe attirera l’attention de Danny Fields (futur manager des Ramones) et de la maison de disque A&M, à laquelle le groupe enverra des démos qui déboucheront sur l’enregistrement d’un premier album. Et quand on lui demanda : « Qui pour produire ? », Richman, de la manière la plus naturelle, répondit : « John Cale ». Pas con, fallait surtout pas dire Lou Reed.

Le groupe enregistra donc cet album en 1972 et, chose incroyable, la maison de disque ne l’a pas sorti. Il ne fut publié qu’en 1976, Warner jugeant le climat « plus propice » (bien que le groupe soit séparé depuis 1974…). Un climat plus propice, en clair, cela signifie : les New-York Dolls, les Ramones et le « punk » dans les tuyaux. Alors certes, c’est un album largement inspiré par le Velvet Underground mais on se demande bien ce qui se serait passé s’il était sorti en 72 tellement il est bon. Le premier disque punk avant tout le monde ? On ne saura jamais et de toute façon Richman s’en fout. Avec son coté direct qui confine à la naïveté, on dirait une sorte de Oui-Oui du rock, et c’est ce qui en fait sa qualité. Comme une espèce de Lou Reed inversé, sans la toxicité. Il adore la banlieue, le « vieux monde », les voitures, tout en ignorant qu’il écrit l’histoire avec son groupe.

Reste donc cet album excellent, à l’impact direct et presque enfantin, sans la pose New-Yorkaise. Celui d’un type qui veut juste monter un groupe de rock et jouer sa musique, comme l’illustre  le texte de « Roadrunner », l’immense premier morceau du disque : l’histoire d’un gars qui va faire de la voiture toute la nuit parce qu’il trouve le Massachussets formidable, la radio allumée, juste parce que c’est cool. La même radio qu’écoute la petite Jenny, la fille du « Rock’n’roll » du Velvet. Vous ne vous en souvenez plus ? Mais si, c’est le morceau où une gamine qui s’emmerde à mort allume un beau matin la radio (« a New York station ») et là (on résumé vite fait) elle n’arrive pas à croire ce qu’elle entend, elle commence danser au son de la musique, et tout change, et comme le chante Lou Reed : «you know, her life was saved by Rock’n’Roll ».

Ce n’est pas pour rien que les Sex Pistols, alors encore infoutus d’écrire leurs propres morceaux, reprenaient « Roadrunner » lors de leurs premiers concerts.

BIG BANG

Le titre : Here’s Little Richard

L’artiste : Little Richard

Le format : 33T/30 cm.

La date de sortie : 1957

Le genre : Bastringue sublime

C’est qui ?: La peau de pêche de Georgie

Qui joue dessus ?: Little Richard et un groupe non crédité

Comment ca sonne ? : Comme le cauchemar des fachos

Qualité du pressage :

Excellentissime.

Specialty – Réedition de 2012 – Pressage US

Ce qu’on en pense :

Little Richard, cauchemar ambulant de tous les connards. Uniquement par nature.

Petit rappel rapide de sa config :

  • tout noir
  • ouvertement efféminé
  • fringué comme pas possible, avec maquillage et pompadour
  • hurle comme un damné
  • joue une musique de malpropre, bruyante et libidineuse

Tout cela dans la Georgie dans années 50, état du Ku Klux Klan. Avec le recul, on a du mal à y croire. Le Klan aussi, on imagine. S’il y avait eu une coupe du monde de la transgression, Little Richard l’aurait gagné tous les ans (jusqu’à ce qu’il flippe pour son âme et devienne révérend).

Sorti en 1957, en même temps que les disques déterminants de Chuck Berry, il était difficile d’écouter cet album dans de bonnes conditions. Pour les pressages originaux, laissez tomber. Pour les rééditions, c’est la jungle depuis que les droits d’édition sont tombés dans le domaine public et qu’on trouve un paquet de rééditions apparemment masterisées avec un Iphone. Jusqu’en 2012, ou Specialty, le label d’origine, a re-masterisé le disque pour cette édition, en mono, à partir des masters originaux.

Alors on pose le disque sur la platine, et au premier contact du sillon, on passe de « awopbopaloobop balam bam boo » à … « AWOPBOPALOOBOP BALAM BAM BOO »….les cheveux qui se dressent sur la tête…..les frissons partout….la gloire en mono. Avec l’impression d’écouter le disque pour la première fois. Exsangue à l’écoute de cette voix. LA voix. Pour l’éternité, celle du rock’n’roll. Un truc impossible, un type qui chante comme un fusil mitrailleur. L’équivalent vocal du graffiti de Woody Guthrie sur sa guitare(This machine kills fascists), que le bon dieu avait surement gravé en douce sur les cordes vocales de Little Richard. Sûr que personne n’a vérifié à l’autopsie.

Figurant sur ce disque, quasiment que des titres à tomber par terre (Tutti Frutti / Ready Teady / Long Tall Sally / Rip It Up / Jenny Jenny). Contrairement à son copain Berry, il n’y a pas de guitare, mais la voix et l’énergie font tout.

Cette voix qu’adorait imiter McCartney, quand il en avait encore (le pauvre, après tout c’est pas sa faute si à 80 balais il n’en a plus – faites attention il est fortement déconseillé de dire du mal de Paul McCartney, votre papa à tous). Cette voix que Paulo prenait pour « Helter Skelter » ou « Sgt Pepper’s Lonely Hearts Club Band» (Le morceau, pas l’album). La voix rock’n’roll des Beatles.

Car en effet, sans Little Richard, pas de Beatles, pas de Sgt Pepper, pas de Stones, pas de Stooges, pas de…….rien du tout, en fait.

PS : les gens capables de se dire à l’écoute de «Tutti Frutti », « Long Tall Sally » ou « Jenny Jenny » : « Ouais, ben ça m’en touche une sans bouger l’autre », en plus d’être vulgaires, devraient s’inquiéter pour leur âme.

BERNADETTE SOUBIROUS

Le titre : Seven Psalms

L’artiste : Nick Cave

Le format : 33T/25 cm.

La date de sortie : 2022

Le genre : Messe

C’est qui ?: Un pote de Kylie Minogue

Qui joue dessus ?: Nick Cave, Warren Ellis

Comment ca sonne ? : Comme votre communion solennelle

Qualité du pressage :

Tout pourri, comme d’habitude avec les dernières parutions de Nick Cave. Il y a un problème et on lui a écrit pour lui dire. On attend la réponse.

Cave Things – Pressage original GER

Ce qu’on en pense :

Con comme on est, quand voit un disque avec Nick Cave écrit dessus, qu’est-ce qu’on fait à votre avis ? Parce que bon, c’est quand même pas Jason Lytle ou Stephen Malkmus. On l’achète, évidemment. Même si on a bien vu que c’était Nick Cave tout seul (sans les Bad Seeds), que le titre c’est « Seven Psalms » (même sans parler anglais couramment, on peut se douter), et qu’en plus il y a une petite croix sur la pochette. Pas une croix grecque, hein, ni une croix de Saint André, mais bien celle qui a servi de fond de plan pour toutes les églises et d’étendoir à Christ.

Enfin bref, il s’agit bien d’un disque où Nick Cave récite en Face A sept petits poèmes, avec en Face B un instrumental.

Deux choses qui fâchent :

  • il n’y a pas les textes. Ni sur la pochette, ni en insert. Vu la teneur de la production (il n’y a pas de musique, alors que c’est quand même publié en disque plutôt qu’en recueil, mais peut-être que ca faisait un peu salaud de publier sept textes rachitiques, donc tant qu’a faire autant éditer cela sur un 25 cm même si cela ne rime à rien, mais y’aura bien quelques fans qui l’achèteront et que, pfffffffff….ça y est, on en a marre…) Donc, a moins d’être parfaitement bilingue, il faut se fader de lire les textes sur internet ou sur Itunes.
  • l’instrumental en face B, franchement, c’est une blague. Autant faire un 25 cm uniface si c’est pour publier ce genre de truc.

Sinon, c’est Nick Cave qui récite des textes (plutôt bons) où il parle du bon dieu. Le problème étant qu’ auparavant, Nick Cave parlait plutôt du dieu de l’ancien testament, un dieu colérique qu’il ne fallait pas emmerder, sinon c’était pluie de sauterelles et compagnie. Là, il s’agit bien du dieu des JMJ et de Jean-Paul II (on ne sait plus le nom du pape actuel et on ne va pas chercher sur internet).

On nage en plein syndrome « Gospel », Aretha Franklin et la chorale qui tue en moins. Et encore, pour l’album de gospel de la chanteuse Américaine (« Amazing grace »), on a tellement l’impression d’être à la messe que c’en est saoulant, et qu’on se dit que ce genre de disque ne devrait pas être commercialisé dans les pays considérant la laïcité comme un vertu cardinale. Là, vu qu’il n’y a même pas de musique, on se demande où on est…

SICK BOYS

Le titre : Cave World

L’artiste : Viagra Boys

Le format : 33T/30 cm.

La date de sortie : 2022

Le genre : Night-club de l’enfer

C’est qui ?: Des Suédois

Qui joue dessus ?: Elias Jungqvist, Henrik Höckert, Linus Hillborg, Oskar Carls, Sebastian Murphy, Tor Sjöden

Comment ca sonne ? : Tordu

Qualité du pressage :

Bonne.

Year 0001 – Pressage original UK

Ce qu’on en pense :

Sur les pochettes de leurs disques, pas de photos du groupe. Dommage, car le chanteur vaut le déplacement à lui tout seul.

Torsepoil, blindé de tatouage, petit bidou et lunettes de soleil, on se dit qu’un mec montant sur scène comme ça n’en a rien à foutre de rien et qu’on ne va pas regretter de ne pas être allé voir les clowns de Coldplay couiner dans leurs fringues d’abrutis.

Bon nombre des meilleurs groupes de rock sont ceux qui véhiculent par leur aspect, autant que par leur musique, un sentiment de licence. En faisant rapide, ont peut considérer Jerry Lee Lewis comme le pape de ce genre d’attitude, sorte de proto-voyou originel : et que je me marie avec ma cousine de 15 ans si je veux (alors que je le suis déjà), et que je bois des tonneaux si je veux, et que je suis défoncé H24 aux amphetes parce que…..parce que, et que je mets le feu à mon piano parce que je suis Jerry Lee Lewis et je vous emmerde, etc, etc…Des gens pour qui c’est « tout dans le rouge » ou rien.

Vous aurez surement remarqué que ce genre d’attitude a largement disparu. Dans le champ de la musique rock en tout cas. Elle a peut-être déménagée vers le rap, on sait pas, si y’a pas de guitare on se fait chier…

Il n’est toutefois pas obligatoire d’être un voyou, doublé d’un junkie, pour monter un groupe de rock de ce genre. Par contre il faut que votre musique exprime ce sentiment de licence, que vous deveniez le « street walkin cheetah with a heart full of  napalm » du morceau des Stooges. C’est ce qui différencie Viagra Boys de ses contemporains (Fontaines DC, Idles, TV Priest, …et…on sait plus qui tellement ils sont chiants).

Alors bien sur, il ne faut pas s’attendre à se manger une décharge comme avec les Stooges ou les Sonics, et comme d’habitude cela ressemble à vingt mille trucs que vous avez déjà entendu (Suicide/PIL/Bowie/Jon Spencer) mais Viagra Boys  semble bien parti pour reprendre le boulot là ou l’a laissé The Fat White Family , dernier bon groupe de la tendance « musique toxique avec opiacés ». De plus, certains textes sont excellents (« Ain’t no thief »), évoquant des personnages et des situations qu’on croirait sortis d’un roman d’Irvine Welsh. La classe.

Pour une fois, on peut écouter un disque sorti en 2022 sans s’endormir avant la fin.

STARS AND STRIPES

Le titre : Free Again : The « 1970 » Sessions

L’artiste : Alex Chilton

Le format : 33T/30 cm.

La date de sortie : 1996

Le genre : J’ai avalé la collection de disques de la Bibliothèque du Congrès

C’est qui ?: The Letter, The Box Tops, Big Star, etc…

Qui joue dessus ?: Alex Chilton, Terry Manning, Richard Rosebrough, Jeff Newman, Paul Cannon

Comment ca sonne ? : Comme Big Star

Qualité du pressage :

Excellente.

Réédition de 2012 – Omnivore Records – Pressage US

Ce qu’on en pense :

Alex Chilton, c’est le mec bizarre qui chantait « The Letter » en 1967, avec son groupe The Box Tops. A l’écoute du single, impossible de deviner que le gars avait seulement 16 ans. Et ce n’est pas parce qu’il était tout minot qu’il n’avait pas d’avis sur la musique. Ne voulant pas suivre l’orientation « pop band » que voulait prendre le groupe à la suite du succès mondial du single, il s’est engueulé avec Dann Penn (leur producteur, pourtant pas un branque) pour finir par se tirer du groupe afin de faire ce qu’il voulait.

Débarrassé de toute contingence mercantile, Chilton est entré en studio (les studios Ardent, Memphis-Tennessee, la classe quand même) pour faire son disque, ce disque…qui pourtant ne sera jamais publié. Le label, ne sachant pas quoi en faire, finira par le sortir en 1996, avec un tout petit tirage, ce qui donnera des sueurs froides bibliques aux fans hardcore de Big Star.

Ces enregistrements se situent juste avant que Chilton fonde Big Star avec Chris Bell. Musicalement, c’est du même niveau et on pourrait considérer que ce disque fait partie de la discographie du groupe. Tout est excellent et quand on mesure que Chilton n’avait que vingt ans lors de ces sessions, on reste interdit. L’ensemble éclate d’une incroyable musicalité, s’appropriant toute l’histoire musicale américaine avec une aisance surnaturelle (sur « I wish i could meet Elvis » par exemple), à la façon de Dylan ou de Neil Young.

Pour dire le niveau, outre des compositions excellentes, il y a carrément une reprise de « Jumpin’ Jack Flash ». Le truc que personne n’ose faire (ça va pour déconner, ou pour s’échauffer, mais de là à le mettre sur un album…). Une reprise intelligente, au groove létal, la meilleure qu’on ait jamais entendue (d’ailleurs on n’en connaît pas d’autres, sauf bien sur celles des baluchards français qui sortent de leurs terriers pour la fête de la musique).

Dernier morceau du disque, « All we ever got from them was pain », sorte de version pessimiste du « Thirteen » de Big Star, d’une beauté troublante et dont l’écoute à sans aucun doute traumatisé Elliott Smith.

A L’OUEST

Le titre : Gene Clark Sings For you

L’artiste : Gene Clark

Le format : 2x33T/30 cm.

La date de sortie : 2018

Le genre : Laurel Canyon forever

C’est qui ?: Un des mecs des Byrds

Qui joue dessus ?: Gene Clark, Jim Dickinson lui même et d’autres non crédités

Comment ça sonne ? : Comme des démos

Qualité du pressage :

Excellente.

Édition originale de 2018 – Omnivore Records – Pressage US

Ce qu’on en pense :

Gene Clark faisait partie des membres fondateurs des Byrds, avec Roger(Jim) McGuinn et David Crosby. Et il en était le principal compositeur (c’est lui qui a écrit « Eight Miles High », entre autres). A tel point que ses collègues, moins prolifiques mais beaucoup plus retords, feront tout pour minimiser son impact au sein du groupe, rejetant ses compositions au profit des leurs pour des questions de droits d’auteurs, entrainant son départ du groupe en 1966. Charles Manson ne dira pas le contraire, hippy ne rime pas forcément avec cool….Rien d’étonnant d’ailleurs de la part d’un type comme McGuinn, capable de s’attribuer avec un culot stratosphérique la composition de « Mr Tambourine Man » sur les crédits de leur reprise de Dylan. Putain de beatnik carriériste. (Et oui, en fait, ce n’est pas un oxymore. De la même manière il y a eu pire: des punks carriéristes, dont le nom par exemple commence par Mick et finit par Jones).

Du coup, le pauvre Gene Clark, déjà pathologiquement dépressif, s’est retrouvé en plein Laurel Canyon avec sa guitare comme seule amie. Nous précisons que son état mental n’a rien à voir avec sa qualité de compositeur et que si tous les dépressifs écrivaient des chansons comme lui, la production musicale mondiale aurait bien plus d’allure.

Gene Clark a donc durant l’année 1967 écrit des chansons, tout seul dans son salon. Encore et encore. Plus de 200, d’après lui, ce que semble confirmer le voisinage, notamment Michelle Philips, des Mamas and the Papas, qui venait souvent lui rendre visite quand elle en avait marre que son mari lui tape dessus (John Phillips, chanteur du groupe – le gros blaireau qui porte une toque sur les images d’archives. Encore un hippy qui avait laissé sa coolitude au placard et la réservait aux maisons de disques, trouvant finalement que la fin du patriarcat, façon West Coast, ça allait bien 5 minutes…).

En vue de d’obtenir un nouveau contrat d’enregistrement, Clark rentre en studio fin 1967 afin de produire un acétate et démarcher les maisons de disques. Ce qui ne donnera rien, si bien que  les acétates seront perdus, oubliés, « oblivionisés »….puis retrouvés 50 ans plus tard, permettant ainsi la publication de ce disque par Omnivore Records (un label impeccable, déjà responsable de Big Star – Complete Third ).

En plus de vous replonger direct dans la Californie de 1967, ce disque confirme l’extraordinaire qualité de compositeur de Gene Clark, annonçant le chef-d’œuvre absolu qu’il publiera en 1974 (« No Other », peut être un des plus grand chef d’œuvre inconnu, qu’aiment citer les pitres qui veulent se la jouer, ceux qui vous disent « Nan, sans dec tu connais pas ? Rooh, t’es sur ? Vraiment ? Pourtant je croyais…non rien, laisse tomber », juste avant de se prendre une claque).

Mais Gene Clark n’était pas fait pour. N’a pas voulu, ou vraisemblablement n’a pas pu envoyer chier McGuinn et Crosby afin de conserver le groupe qu’il avait fondé. N’a pas pu voyager pour faire la promo de sa musique. N’a pas pu jouer le jeu. A la fin, c’est toujours les cuistres qui gagnent. Mais tant que des publications comme celle-là existent, une autre histoire peut être racontée.

DÉCALOGUE

Le titre : Berry Is On Top

L’artiste : Chuck Berry

Le format : 33T/30 cm.

La date de sortie : 1959

Le genre : ROCK’N’ROLL

C’est qui ?: Le mec qui a joué avec Christophe Pie

Qui joue dessus ?: Chuck Berry, Johnnie Johnson, Fred Below, Willie Dixon, Ebby Hardy

Comment ca sonne ? : Trop bien. On soupçonne certaines fréquences produites par la guitare électrique d’avoir un effet direct et irrémédiable sur le cerveau reptilien.

Qualité du pressage :

Excellente.

Réédition de 2013 (en Mono) – Wax Time – Pressage EU

Ce qu’on en pense :

C’est l’Été, la saison de la jeunesse, des filles en jupes et des plombiers en short.

Et qu’est ce qu’on a envie d’écouter un soir d’été en regardant griller les merguez, une bière à la main avec ses copains ? Chuck Berry, bien sur, l’apôtre électrique de la jeunesse éternelle.

Digression 1:

Si vous n’éprouvez pas l’envie d’écouter Chuck Berry lors d’un barbecue entre amis un soir d’été, vous avez peut-être un problème (ou alors vous êtes allemand). Ce n’est pas très grave et cela peut s’arranger. Ou bien vous êtes né au XXIème siècle, ce qui est moins grave qu’être allemand, mais qui peut aussi se soigner en allant voir votre tonton qui se fera un plaisir de vous expliquer les joies de la musique binaire amplifiée. Vous trouviez déjà qu’il était un peu craignos, là c’est bon, vous pourrez le ranger dans la case « vieux con ».

Si Moïse avait joué dans un groupe de Rock, au lieu de glander dans le désert avec ses copains, il serait sûrement descendu du Mont Sinaï avec ce disque sous le bras. Sorti en 1959, cet album de Chuck Berry a un certain coté « Tables de la Loi », tant les titres qui le compose semblent appartenir au patrimoine mondial de l’humanité. Sur les douzes titres, six peuvent être considérés comme des cathédrales de la musique rock (Carol/Maybellene/Johnny B. Goode/Little Queenie/Roll Over Beethoven/Around And Around), une d’elle ayant même été envoyée dans l’espace à destination des potentiels extra-terrestres qui ramasseront la sonde Voyager. Lennon n’avait pas tort quand il disait que si on voulait donner un autre nom au Rock’n’Roll, on pourrait l’appeler « Chuck Berry ».

Alors pourquoi on écoute encore ce disque plus de 60 ans après sa parution? On ne va pas se lancer dans un cours d’histoire chiantissime, parler du label Chess ou du fait que Berry a vendu des disques parce qu’il chantait comme un blanc alors qu’il ne l’était pas (l’inverse d’Elvis). Ni du fait que, comme ses copains noirs qui ont « écrit le livre »  avec lui (Little Richard et Bo Diddley), il a toujours gardé du ressentiment vis à vis de tous ces p’tits blancs qui lui ont piqué sa musique. Des anglais, en plus…

Digression 2:

A ce sujet, il existe une scène extraordinaire figurant dans le documentaire « Hail hail Rock’n’Roll » (facilement consultable sur Youtube), où on voit Chuck Berry, son groupe, et Keith Richards répéter « Carol » en vue d’un concert. Jamais le dernier quand il faut se comporter comme un connard, Berry fait rejouer à Richards l’intro du morceau des dizaines de fois, juste pour l’emmerder et voir s’il l’anglais va craquer et lui coller un pain. Sous-titre : c’est ma musique, rends moi la monnaie, aujourd’hui tu passes à la caisse.

On écoute ce disque parce que les parties de guitares sont extraordinaires,et qu’au bout du compte, on peut dire ce que l’on veut, mais le rock’n’roll C’EST la guitare électrique.

On écoute ce disque parce que l’intro de « Johnny B.Goode » et de « Roll Over Beethoven » sont peut être les plus beaux sons qu’un homo-sapiens ait jamais produit.

On écoute ce disque parce que les textes sont formidables et sonnent comme des riffs de guitare, justement. Un exemple, parmi d’autres, extrait du texte de Johnny B. Goode : « But he could play a guitar just like a-ringin’ a bell ». Essayez de le dire à haute voix. Même avec un accent français des Combrailles, ça sonne. On a donné le Nobel de littérature à Dylan, on aurait aussi bien pu le donner à Berry.

On écoute ce disque parce qu’on en a rien à foutre qu’il soit sorti il y a plus de 60 ans. On ne va quand même pas s’interdire d’aimer la peinture de la Renaissance Italienne sous prétexte qu’elle a plus de 500 ans ? Là, c’est pareil. Roll over Beethoven, tell Tchaïkovski the news.

COPYRIGHT

Le titre : Songs Of The Recollection

L’artiste : Cowboy Junkies

Le format : 33T/30 cm.

La date de sortie : 2022

Le genre : Album de reprises

C’est qui ?: Des Canadiens

Qui joue dessus ?: Margo Timmins, Michael Timmins, Peter Timmins, Alan Anton, Jeff Bird, Aaron Goldstein, Jesse O’Brien, Andy Maize

Comment ca sonne ? : Bien mieux que les reprises de baluchards infligées à tous les coins de rue chaque 21 Juin

Qualité du pressage :

Bonne.

Edition originale de 2022 – Proper Records – Pressage UK

Ce qu’on en pense :

Le dernier album de Cowboy Junkies est un album de reprises, exercice difficile. Pour s’en sortir,  « faut avoir la classe », comme on disait dans les tribunes d’Old Trafford en 1966, après avoir vu George Best dribbler toute la défense adverse, gardien compris. Effectivement, les précédents qui viennent immédiatement à l’esprit proviennent d’artistes qui l’ont, et pas qu’un peu: Nick Cave avec « Kicking against the pricks », The Hot Rats (le groupe du chanteur et du batteur de Supergrass) avec « Turn Ons », Cat Power avec « The Covers Record » ou Bowie avec « Pinups ». Mais bon, que Cowboy Junkies ait la classe, on le savait déjà.

Pour rajouter à la difficulté de l’exercice, le groupe de Toronto a choisit de ne reprendre que des brêles : Dylan, Bowie, Neil Young, Gram Parsons, les Stones, Vic Chesnutt, The Cure. Même pas peur.

Il faut dire que le groupe était surement conscient de sa capacité à digérer les grandes chansons. Comment oublier leur reprise de « Sweet Jane » (de celles qui peuvent provoquer un AVC) figurant sur « The Trinity Sessions », s’appropriant le morceau jusqu’à ressusciter le pont, d’une beauté ahurissante, et que Lou Reed pourtant ne chantait plus. Par la suite, le chanteur New-Yorkais reconnaitra que…peut être…il n’aurait pas du l’enlever. Faire changer d’avis Lou Reed, cela tient carrément du super-pouvoir.

Alors certes le groupe a vieilli, Margo Timmins ressemble de plus en plus à une mémé, mais cela ne s’entends pas du tout et de toute façon c’est sans importance. Et si notre mémé chantait comme Margo Timmins, on irait se faire payer le 4H tous les jours chez Mamie. Car outre l’interprétation et les arrangements des morceaux, systématiquement excellents, l’ensemble est comme toujours dominé par la voix électrisante de la chanteuse (électrisant dans le sens ou chacun de vos poils vont se dresser d’un coup à son écoute, même là où vous ignoriez que vous en aviez).

Mention spéciale au dernier morceau, une reprise du « Seventeen Seconds » de The Cure, à la partie de guitare mortelle et ayant l’avantage de permettre à ceux que le groupe anglais laisse de marbre de pouvoir profiter du morceau tranquillement.